C 39;est Le Destin De Lisa

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Louella Kammann

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Aug 5, 2024, 10:20:29 AM8/5/24
to cantlacanta
Le ciment le plus fort de l'Union sera toujours la culture et le savoir. Car cette Europe o chaque Europen reconnait son destin dans le profil d'un temple grec ou le sourire de Mona Lisa, qui a pu connaitre des motions travers toute l'Europe en lisant MUSIL ou PROUST, cette Europe des cafs, dont parle STEINER, cette Europe dont SUARES disait qu'elle est une loi, un esprit, une coutume , cette Europe des paysages et des folklores, cette Europe dont ERASME, dont on disait qu'il en tait le prcepteur, disait qu'il fallait demander chaque jeune, dj, de parcourir le continent pour apprendre d'autres langues et se dfaire de son naturel sauvage . Cette Europe, parcourue par tant de guerres,de conflits : ce qui la tient, c'est sa culture.

Notre fragmentation n'est que superficielle. Elle est en fait notre meilleure chance. Et au lieu de dplorer le foisonnement de nos langues, nous devons en faire un atout ! L'Europe doit tre cet espace o chaque tudiant devra parler au moins deux langues europennes d'ici 2024. Au lieu de regretter le morcellement de nos contres, renforons les changes ! En 2024, la moiti d'une classe d'ge doit avoir pass, avant ses 25 ans, au moins six mois dans un autre pays europen. Qu'il soit tudiant ou apprenti. Et ici mme o quelques pionniers, comme Bologne, Montpellier, Oxford ou Salamanque ont cru dans le pouvoir de l'apprentissage, de l'esprit critique et de la culture, je veux que nous soyons la hauteur de ce grand dessein.


Je propose la cration d'universits europennes qui seront un rseau d'universits de plusieurs pays d'Europe, mettant en place un parcours o chacun de leurs tudiants tudiera l'tranger et suivra des cours dans deux langues au moins. Des universits europennes qui seront aussi des lieux d'innovation pdagogique, de recherche d'excellence. Nous devons nous fixer d'ici 2024, d'en construire au moins une vingtaine. Mais nous devons, ds la prochaine rentre universitaire, structurer les premires, avec de vritables semestres europens et de vritables diplmes europens.


Et ces liens doivent tre tisss ds le lyce. Je souhaite que nous engagions un processus d'harmonisation ou de reconnaissance mutuelle de diplmes de l'enseignement secondaire. Comme nous l'avons fait, justement pour les tudiants, avec le processus de Bologne, lanons ds aujourd'hui, un processus de la Sorbonne qui permettra de parachever un vrai cursus permettant les changes, les changements et les transitions dans tout le systme secondaire europen.


Parce que comme le rappelait MOUNIER, l'universel se parle aux hommes en plusieurs langues, qui chacune en rvle un aspect singulier. A travers ces initiatives, ce ne sont pas des actes de rsistance que je vous propose. Ce sont des actes de conqute pour les gnrations venir. Parce que ce qu'il reste la fin, c'est ce qui unit les hommes ! C'est cette vie collgiale que vous aurez vcue Paris, Milan, Berlin ou Gdansk ! C'est cela qui compte, ce qui fera ce ciment europen, ce fil inscable qui tient l'Europe, qui fait que quand les gouvernements se brouillent, quand les politiques parfois ne sont plus les mmes, il y a des femmes et des hommes qui portent les histoires communes.


Mais je veux surtout vous faire toucher du doigt que vos gnrations ont conjuguer cette Europe en plusieurs langues. L'Europe du multilinguisme est une chance indite. L'Europe, a n'est pas une homognit dans laquelle chacune et chacun devraient se dissoudre. Cette sophistication europenne, c'est cette capacit penser les fragments d'Europe sans lesquels l'Europe n'est jamais tout fait elle-mme. Mais c'est ce qui fait que partout, quand un Europen voyage, il est un peu plus qu'un Franais, qu'un Grec, qu'un Allemand ou qu'un Nerlandais. Il est un Europen parce qu'il a dj en lui cette part d'universel que reclent l'Europe et son multilinguisme.


Et l'Europe doit tre faite de ses langues et elle sera toujours faite d'intraduisibles. Et cela, il faut le porter. Le dbat politique et journalistique est nourri de ces intraduisibles. Vous savez, je vais vous faire une confidence: demain, les uns et les autres souhaiteront voir les petites divergences, les discussions qu'il y aura sur ce discours, et ceux qui n'auront pas d'ides essaieront de voir tous les blocages en disant : "regardez, l...". Ces blocages, je les ai constats bien souvent, parfois cela existe, mais bien souvent, ce ne sont pas des blocages fondamentaux. Ce sont des parts de ces intraduisibles. C'est une diffrence de langue, de culture. C'est ce qui fait que quand on prononce le mot "dette", il n'a pas tout fait le mme sens et les mmes implications en France et en Allemagne ! Il faut prendre cela en compte lorsqu'on se parle.

Nos dbats politiques sont toujours plus compliqus en Europe que dans le reste du monde. Parce que, en quelque sorte, le Sisyphe europen a toujours son intraduisible rouler. Mais cet intraduisible, c'est notre chance ! C'est la part de mystre qu'il y a dans chacune et chacun, et c'est la part de confiance qu'il y a dans le projet europen. C'est le fait que, un moment donn, ne parlant pas la mme langue et ayant cette part d'inconnu et d'irrductible diffrence, nous dcidons de faire ensemble, alors que nous aurions d nous sparer. Je revendique cette part d'intraduisible, d'irrductible diffrence, parce que je veux imaginer Sisyphe heureux.


Et parce qu'au fond, la circulation des ides et des hommes, ce que la jeunesse europenne aura porter, vouloir pour l'Europe, c'est ce qui nous a toujours unis, bien plus que la raideur des rgles ou des frontires. C'est pourquoi nous devons faire confiance l'Europe, ce que nous avons appris les uns des autres au fil des sicles, pour trouver le chemin de cette unit."


Lettre de Gargantua son fils Pantagruel. "[...] C'est pourquoi, mon fils, je t'engage employer ta jeunesse bien progresser en savoir et en vertu. Tu es Paris, tu as ton prcepteur Epistmon : l'un par un enseignement vivant et oral, l'autre par de louables exemples peuvent te former. J'entends et je veux que tu apprennes parfaitement les langues : premirement le grec, comme le veut Quintilien ; deuximement le latin ; puis l'hbreu pour l'Ecriture sainte, le chalden et l'arabe pour la mme raison ; et que tu formes ton style sur celui de Platon pour le grec, sur celui de Cicron pour le latin. Qu'il n'y ait pas d'tude scientifique que tu ne gardes prsente en ta mmoire et pour cela tu t'aideras de l'Encyclopdie universelle des auteurs qui s'en sont occups." RABELAIS - PANTAGRUEL (1532) - CHAPITRE 8

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