LETTRE OUVERTE aux Français et particulièrement aux Bordelais
Luc Adolphe Beyon Tiao, l’ex-premier ministre du régime autocrate du dictateur Blaise Compaore au Burkina Faso, a soutenu sa thèse, le vendredi 6 février 2015 dont le sujet portait sur « Régulation des Médias d’Afrique Francophone : Cas du Burkina Faso ». Ce même homme qui a ordonné l’intervention de l’armée pour tirer à balles réelles sur les manifestants aux mains nues le 30 octobre dernier. On reste désarçonné en prenant connaissance de la réquisition complémentaire spéciale signée de ses mains le 23 octobre 2014.
Sa thèse fut soutenue grâce au président de l’Université Bordeaux-Montaigne, Monsieur Jean-Paul Jourdan, qui tente de redorer sa médaille du meilleur collaborateur afin de mieux subvenir aux besoins que requiert la disponibilité universitaire à transmettre, communiquer des savoirs. Cet homme de pouvoir dirigé par Jean-Pierre Poussou pour Le personnel de l'administration dans le sud-ouest aquitain de la fin de l'Ancien Régime aux années 1880, dont l’élection fut annulée le 24 mai 2012 :
Pour rendre son jugement, le tribunal s'est fondé sur l'échange de mails et de SMS intervenus entre les membres du conseil d'administration - via leurs ordinateurs et téléphones portables - pendant la séance et avant le vote pour rendre son jugement. Le tribunal considère que "quand bien même le vote a eu lieu à bulletin secret avec passage dans l'isoloir, ces comportements doivent être regardés comme une manœuvre qui, ayant des conséquences décisives sur les résultats du scrutin a été de nature à altérer la sincérité de celui-ci et à entraîner, par voie de conséquence, son annulation".
Jean Paul Jourdan, indique à EducPros qu'il va faire appel du jugement et demandera également son sursis à exécution. Un administrateur provisoire devrait être nommé début juin 2012.
A dit assumer sa position et ne rien savoir sur les raisons qui poussent le peuple Burkinabè à s’insurger et à réclamer la mise en Justice par la Cour burkinabè de ce criminel déchu. Néanmoins les Burkinabè sont présents de tout leur poids « pour que la pleine participation des Burkinabè de l’Extérieur au choix démocratique du Président du Faso en Octobre 2015 soit effective afin d’éviter de faire de nous des apatrides et des bombes à retardement » (http://news.aouaga.com/).
Nous sommes tous conscients des histoires passées et présentes qui à plusieurs reprises nous ont fait vivre des génocides. Ce président d’université se dit aussi membre du Parti Socialiste depuis qu’il est devenu conseiller municipal de Gradignan, qui recèle de merveilleux châteaux. Il paraît donc avoir des rôles majeurs, tel que gouverner une institution de l’enseignement supérieur. Dans ce cadre, il se doit de rendre publique des débats autour de nos pratiques socio-logiques, basés sur nos savoirs « scientifiques », qu’il reste à confronter avec les autres sciences. Celles-ci étant par définition, des ensembles cohérents de connaissances relatives à certaines catégories de faits, d'objets ou de phénomènes obéissant à des lois et/ou vérifiés par les méthodes expérimentales. Or l’Université est sensée être un lieu disponible aux expérimentations antagonistes de ses étudiants en les invitant à croiser les différents champs dans lesquels s’insère l’activité scientifique. Ce travail étant facilité par la constitution d’un jury.
Nous étions une quinzaine d’individus tout au plus à s’informer sur les enjeux de cet événement et à vouloir assister à cette soutenance de thèse qui nous semble être d’importance majeure dans la légitimité que nous donnons à cet homme qui soutient pour :
Analyser le rôle des instances de régulation dans l’approfondissement de la démocratie qui consisterait, en partie du moins, à évaluer la qualité de leur participation à normer la pratique communicationnelle publique sous l’angle :
- de la liberté d’expression de l’ensemble des composantes sociales ;
- de l’accès équitable des forces vives à l’espace médiatique ;
- de la promotion auprès des medias d’une pratique professionnelle ancrée sur L’éthique et la déontologie.
Car chaque jour, les étudiants aussi attendent leur chance comme l’attendent les ouvriers et les journalistes. Ils attendent tous ceux qui sont mécontents et qui réfléchissent. Ils attendent que se lève une force qui ne fera plus les erreurs des anciennes – une possibilité d’en finir une fois pour toute avec le passé colonial capitaliste qui avait amené la ville de Bordeaux à devenir un des principaux ports de la traite négrière.
Les différentes composantes du corps social (que nous avons constitué en nous rendant compte du parcours suivi ensemble afin d’assister à cette soutenance de thèse) se sont solidarisées face à notre interdiction d’accès aux locaux dans lesquels se trouvait un assassin. Nous nous sommes embarqués pour l’aventure d’aller frapper à la porte des puissances institutionnelles, car nous assumons comme le Président Jourdan cette guerre présente grâce aux complicités, à l’anonymat, à l’initiative en employant tous les moyens nécessaires.
[http://mica.u-bordeaux-montaigne.fr/images/stories/theses/TIAO-L.A.pdf]
Notre solidarité internationale se reflète dans cette action que nous soyons burkinabè, français, géorgien, sans domicile, lycéen, étudiant ou simple passant. Nous nous sommes retrouvés face à la mise en place d’un service de sécurité engagé par l’université, bloquant notre accès aux libertés intellectuelles, aux développements de nos réflexions sur le monde dans lequel nous vivons.
L’éducation nationale nous permet d’enrichir nos connaissances car il est dans son objectif de produire des ressources intellectuelles à toute personne voulant acquérir des savoirs. L’activité scientifique n’est pas une certitude mais elle permet d’établir les liens entre nos expériences subjectives et les théories objectives qui modèlent nos représentations du monde, car il est en notre pouvoir de comprendre les enjeux éthiques de ces connaissances. Etudiant-e-s, l'implication au sein des établissements dans lesquels nous étudions est cruciale, nous nous devons de ne pas laisser nos connaissances et travaux, et même plus, les espaces dans lesquels s'insèrent nos activités, à la disposition de ce genre de personnage.
C’est pourquoi nous devons rendre publique ce dont nous avons été témoins tel que le refus à l’accès d’une journaliste indépendante provenant du Burkina Faso afin de réaliser son travail de médiation d’information. Ces faits étant contradictoires avec tout le discours de M. Hollande (François), qui met en place des mesures d’anti-terrorisme en voulant rappeler les "droits fondamentaux", mais ils vont aussi à l’encontre des propositions de la thèse de cet ex-premier ministre d’un régime autocrate. [https://www.youtube.com/watch?v=yj9MvN7fAuI] Le gouverne-ment régule l’information en la dissimulant même au sein de ces infrastructures tels que les universités où se jouent aussi des stratégies politiques et économiques. Parallèlement aux restrictions budgétaires, la faculté engage un service de sécurité d’une agence privée (la priorité dans l’allocation des ressources est à revoir). Tout compte fait, nous n’étions pas en mesure de lutter contre un agent engagé aussi contractuellement par ceux qui protègent ce scandale. Cet individu égyptien n’avait aucune crainte ni agressivité car il comprend l’enjeu humain de notre réaction. Lui-même reconnait qu’en Egypte, la révolution a été réalisée par des gens comme nous, révoltés par ces pratiques de co-labor’action! Sa neutralité nous a touchés car entre la vie que nous voulons et celle que nous subissons, il a su que notre action était légitime.
Les militants Burkinabè nous ont aussi appris que la fuite de ce dictateur hors de son pays, a été organisée par ordre du Président français. Car il est de son intérêt de garder de « bonnes relations » avec l’ex-président burkinabè or le Burkina Faso est la plaque tournante des relations franco-africaines. Et l’enjeu majeur est de garder la main mise sur d’anciennes colonies. Or le peuple burkinabè tente aujourd’hui de revendiquer ses droits culturels afin de dénoncer ce régime reproduisant le même modèle de gouvernance. Par leur insurrection en octobre dernier, ils ont réussi à expulser un gouvernement corrompu. Nous soutenons ainsi les burkinabè à travers notre rôle qui est de s’opposer aux restrictions de nos libertés.
Notre propre gouvernement français ayant vécu des événements « terroristes » s’est trahi lui-même en collaborant ainsi avec les idées criminelles de Luc Adolphe Beyon Tiao. Alors où peut bien être « Charlie » quand il s’agit d’être SOLIDaires lors d’événements qui concernent l’opinion des français ? Nous invitons les individus qui composent la société française à s’interroger sur les relations qu’entretiennent les hommes de pouvoir, et sur leurs implications dans l’exercice des manipulations terroristes. Ce que vous pourriez appeler la théorie du complot n’est que notre constat partagé des pratiques à peine légales des hommes nommés au-dessus. Nous ne prétendons pas détenir une vérité absolue car nous n’avons aucune certitude mais demandons seulement à être éclairés. Dans le cas de cette soutenance de thèse, le pouvoir de décision appartient aux membres du jury puisqu’ils possèdent le pouvoir de discussion. Il nous serait fort intéressant de juger le contenu scientifique de ses propos afin de comprendre les logiques de l’activité scientifique.
Malgré les nombreux dysfonctionnements de la « démocratie », le peuple continue de résister à ces formes de gouvernance, ce qui exprime sa volonté à se réapproprier sa souveraineté.
Bordeaux, le 8 Février 2015.
Tsiampa XIONG LA CHOUA
Présidente de l’association L’Autre des étudiants en Anthropologie.