Gros Cul Noir Vieille Femme

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Shay Silvertooth

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Apr 27, 2024, 2:12:21 PM4/27/24
to biesaivalpo

Le soleil pâle de la Bretagne souriait et faisait fête à ce petitnouveau venu, qui devait plus tard tant aimer le soleil et tant aimer laBretagne. Yves apparut dans ce monde sous la forme d'un gros bébé toutrond et tout bronzé. Les bonnes femmes présentes à son arrivée luidonnèrent le surnom de Bugel-Du, qui, en français, signifie: petitenfant noir. C'était, du reste, de famille, cette couleur de bronze,les Kermadec, de père en fils, ayant été marins au long cours et gensfortement passés au hâle de mer.

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Derrière ces dames, il y a d'autres groupes encore, où la vue se repose:des jeunes femmes qui se tiennent dignes, vraies femmes de marinscelles-ci, recueillies dans la joie de revoir leur fiancé ou leur mari,et regardant avec anxiété dans ce grand trou béant du port, par où lesdésirés vont venir. Il y a des mères, arrivées des villages, ayant misleur beau costume breton des fêtes, la grande coiffe et la robe de drapnoir à broderies de soie; la pluie les gâte pourtant, ces belleshardes qu'on ne renouvelle pas deux fois dans la vie; mais il fautbien faire honneur à ce fils qu'on va embrasser tout à l'heure devantles autres.

Puis viennent les autres, les jeunes hommes qu'attendent les fiancées,les femmes ou les vieilles mères, et enfin, quatre à quatre, escaladantles marches de granit, toute la bande des grands enfants sauvagesqu'Yves conduit à la fête de ses galons.

Nous nous étions attablés à boire du cidre dans une auberge sur la placede l'église, et, là encore, nous interrogions l'hôtesse, qui était unetrès vieille femme. Mais celle-ci s'émut tout à coup en entendant le nomd'Yves.

Yves, à ce compliment, me jette un coup d'œil, avec une envie de rire;et puis la vieille femme, très bavarde, se met à lui raconter un tas dechoses sur lesquelles un peu plus de vingt années ont passé et que luiécoute, recueilli et tout ému.

Nous frappons à la porte de la maison que ces femmes nous ont indiquée,et ceux qui demeurent là s'étonnent un peu de ce que nous venonsdemander. Mais nous n'inspirons pas de méfiance, et on nous recommandeseulement de ne pas faire de bruit en entrant dans cette chambre dupremier, à cause d'une vieille grand-mère qui dort là et qui est sur lepoint de mourir. Et puis on nous laisse seuls, par discrétion.

Une très vieille femme, se tenant droite et un peu fière dans soncostume de paysanne, c'était la mère d'Yves. Elle avait un peu ses yeux,mais son regard était dur. Je m'étonnai aussi de la trouver si âgée:elle semblait plus que septuagénaire. Il est vrai, à la campagne, onvieillit plus vite, surtout quand la fatigue s'en est mêlée, avec deschagrins.

Alors la vieille femme me commença l'histoire du père d'Yves, histoire,que par Yves lui-même, je connaissais déjà depuis longtemps. Jel'écoutai volontiers cependant, contée par cette jeune fille, devant lagrande cheminée bretonne où la flamme dansait sur une souche de hêtre.

Yves promena un regard de satisfaction tout autour de ma chambre,installée par lui en prévision du gros temps. Rien n'avait bougé, grâceà son arrangement. Par terre, c'était bien un lac d'eau salée sur lequeldiverses choses flottaient; mais les objets auxquels je tenais un peuétaient restés suspendus ou fixés, comme les meubles, aux panneaux desmurs par des clous et des cornières de fer. Tout était cordé, ficelé,attaché avec un soin extrême au moyen de cordes goudronnées de toutesles grosseurs. On voyait des armes, des bronzes noués avec des vêtementsdans un pêle-mêle bizarre. Des masques japonais à longue chevelurehumaine nous regardaient à travers des treillis de ficelle au goudron;ils avaient le même rire lointain, le même tirement d'yeux que cesfemmes birmanes aux ongles d'or qui avaient voulu me manger dans le rêved'Yves....

Dans un berceau d'une mode bretonne d'autrefois, qui, avant lui, avaitbercé ses ancêtres, est couché le petit goéland: un gros bébé de troisjours, tout rond, tout noir, déjà basané comme un marin, et qui dort,les poings fermés sous son menton. Il a de tout petits cheveux quisortent de son bonnet sur son front comme des petits poils de souris. Jel'embrasse, et de tout mon cœur, parce que c'est le bébé d'Yves.

...C'est hier que petit Pierre est arrivé à Plouherzel avec MarieKermadec. Yves a écrit à sa femme de faire bien vite ce voyage; uneidée lui est venue tout d'un coup, un espoir, que cela lesréconcilierait peut-être avec sa mère. C'est que la vieille femme,toujours dure et volontaire, après avoir d'abord refusé net sonconsentement à leur mariage, ne l'a donné ensuite que de mauvaise grâce,et, depuis, ne veut plus seulement faire réponse à leurs lettres.

Il faut arracher l'une de l'autre. Et Marie, rassise dans son coin,regarde en s'éloignant, avec ses yeux pleins de larmes, la vieillefemme, qui s'est affaissée en sanglotant, sur une borne, tandis quepetit Pierre, avec sa petite main potelée, lui fait adieu par laportière.

Peut-être qu'il ne reviendrait pas; elle s'y était préparée comme aureste, et s'étonnait d'y songer avec tant de sang froid. Dans ce cas,ses projets étaient faits; elle ne retournerait pas dans ce Toulven, depeur de revoir leur petite maison commencée, de peur aussi d'entendrechaque jour maudire le nom de son mari chez ses parents, qui larecueilleraient. Non, là-bas, dans le pays de Goëlo, il y avait unevieille femme qui ressemblait à Yves et dont les traits prenaient tout àcoup pour elle une douceur très grande. C'est à sa porte qu'elle iraitfrapper. Celle-là serait indulgente pour lui, puisqu'elle était sa mère.Elles pourraient parler sans haine de l'absent; elles vivraient là, lesdeux abandonnées, ensemble, et veilleraient sur le petit Pierre,réunissant leurs efforts pour le garder, ce dernier, pour qu'au moinsil ne fût pas marin.

Un jour, elle s'en retourna dans les régions mystérieuses d'où elleétait venue, rappelée tout à coup par une maladie d'enfant, à laquelleni la vieille sage-femme ni la grande penseuse de Toulven n'avaientrien compris. Et on l'emporta là-bas au pied de l'église, ses yeuxsemblables à ceux d'Yves fermés pour jamais.

Autour de nous, rien que des choses d'autrefois, pauvres et primitives.Des chapelets très grossiers sont suspendus aux pierres brutes, augranit des murs; dans les coins perdus d'ombre, on aperçoit les cossesde chêne amassées pour l'hiver, et de vieux ustensiles de ménage,noircis et poudreux, aux formes anciennes et naïves.

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