Pourquoi un pays multiculturel est-il au bord de l’implosion, et l’autre pas? Alors que le
chrétien-démocrate flamand Herman Van Rompuy vient d’être nommé premier ministre, le
conseiller national Jacques Neirynck, Belge d’origine, compare deux histoires de
fédéralisme, deux destins nationaux.
Depuis que la Yougoslavie et la Tchécoslovaquie ont explosé sous l’effet de leurs tensions
internes, la Belgique et la Suisse partagent la singularité d’être les seuls pays européens
multiculturels. Partout ailleurs, nonobstant des minorités, chaque pays européen est bâti
sur une culture dominante. Dans ces deux pays, on se trouve juste à l’équilibre sur la
frontière linguistique entre le domaine latin et le domaine germanique. Les différences ne
se situent pas seulement dans les langues, mais aussi dans les cultures vécues, la relation
au travail, à la politique, aux loisirs. Cependant, en Belgique, les forces centrifuges
risquent de l’emporter, tandis qu’en Suisse elles sont quasiment inexistantes. Pourquoi?
Quel est la recette des Suisses? Quelle est la faute des Belges?
Envahisseurs successifs. Le secret des uns et la malédiction des autres se décodent d’abord
dans la topographie. Des communautés montagnardes peuvent se défendre contre des armées
puissantes. La Suisse s’est libérée des Habsbourg, a battu Charles le Téméraire, fut
respectée par Napoléon et a intimidé Hitler.
En revanche, la Belgique est un territoire plat, sans frontières naturelles, sans obstacles
pour un envahisseur. Elle fut annexée successivement par les Romains, les Francs, les
Habsbourg d’Autriche et d’Espagne, la France, les Pays-Bas, envahie à deux reprises par
l’Allemagne et libérée deux fois par les armées alliées. Plutôt difficile de dégager un
sentiment national dans cette fantasia d’appartenances. Si la Suisse n’avait pas disposé
d’un réduit alpin, elle eût aussi été envahie par Hitler. Avant même de posséder une vertu
singulière, elle a la chance de se trouver dans une position favorable, qui a suscité un
sentiment national profond, conforté par le double miracle d’avoir échappé à deux guerres
mondiales...
La faiblesse militaire de la Belgique en fait une sorte de couloir qui attire les
belligérants. Dès lors, sa neutralité proclamée en 1914 et 1939 n’a pas été respectée. Ce
mythe, fondateur de la Confédération helvétique, n’est pas soutenable dans le Plat Pays. Par
ailleurs, les habitants de la Belgique, comme les Suisses, n’ont pas l’esprit conquérant:
ils souhaitent bien vivre et laisser vivre. L’aventure coloniale du Congo ne fut qu’une
initiative personnelle du roi Léopold II en 1885, qui exploita durement une colonie à son
bénéfice propre, mais transmit en 1907 ce cadeau empoisonné à la Belgique. Celle-ci s’en
débarrassa en 1960 par la plus hâtive et maladroite de toutes les décolonisations, qui
dévoila pour la première fois la carence du pouvoir et le manque de cohésion de ce pays.
Un coup de Talleyrand. Car la Belgique dans ses frontières actuelles est une création
relativement récente. Au Congrès de Vienne en 1814, les Alliés vainqueurs de Napoléon
créèrent le royaume des Pays-Bas, sur le territoire actuel du Benelux, dans le but de
construire une digue contre la fâcheuse propension de la France à porter sa frontière sur le
Rhin. Cela se fit sans demander l’avis des populations, selon l’usage du temps. Mais les
Hollandais étaient protestants et les Flamands catholiques, tandis que la bourgeoisie dans
toutes les régions parlait le français et penchait vers les thèses libérales. En août 1830
éclata à Bruxelles une révolution, contre laquelle l’armée hollandaise se révéla impuissante.
Les grandes puissances se résignèrent au surgissement de cet Etat, né un peu au hasard. Le
duc de Nemours, fils du roi des Français Louis-Philippe, fut élu roi par le Congrès belge,
mais les Anglais objectèrent naturellement. En fin de compte, le Gouvernement belge
découvrit Léopold de Saxe-Cobourg-Gotha, un Allemand naturalisé Anglais, apparenté à la
future reine Victoria, qui réunissait de la sorte toutes les conditions favorables.
L’arrangement fut conçu par Talleyrand, increvable ministre de tous les régimes français,
qui terminait sa carrière comme ambassadeur à Londres. Il eut une parole historique: «Il n’y
a pas de Belges, il n’y en aura jamais.» Il savait qu’il était impossible pour la France de
l’époque de récupérer les cinq départements francophones qui constituaient la Wallonie. Il
n’est pas exclu à partir de maintenant que cela puisse se réaliser. Talleyrand avait une
vision à long terme de la politique.
Elle anticipait la déclaration de Charles de Gaulle, à la fois lucide et provocateur,
lorsqu’il a énoncé une vérité première: «La Belgique est une non-nation.» Un politicien
francophone a récemment résumé la situation: «En 1830, nous ne voulions plus être
Hollandais, nous ne pouvions pas être Français, nous nous sommes résignés à être Belges.»
Jacobinisme. Au terme de cette naissance convulsive et hasardeuse, les fondateurs de la
Belgique commirent deux erreurs magistrales. Tout d’abord, ils choisirent le français comme
langue unique, alors qu’on parlait au nord des dialectes flamands et au sud des dialectes
wallons. La Constitution ne fut même pas traduite en flamand, les universités, les
tribunaux, le Parlement, l’armée ne tinrent pas compte de la langue parlée par la majorité
de la population. Ensuite, ils fondèrent un Etat unitaire, qui était divisé certes en neuf
provinces, mais sans aucune autonomie. Le schéma jacobin de la France était à l’époque
considéré comme le nec plus ultra.
Lorsque, en 1993, la Belgique tenta de se transformer en Etat fédéral, elle le fit de la
façon la plus malhabile: au lieu de créer un ensemble d’une dizaine de cantons largement
autonomes, dépositaires d’une légitimité authentique, le pays fut divisé en trois régions:
Flandre, Wallonie et Bruxelles, en définissant une frontière linguistique , la capitale
étant bilingue en théorie et majoritairement francophone en réalité. Cette frontière
administrative, qui se mue sous nos yeux en frontière politique, fut décrétée sans être
soumise à un vote démocratique des populations concernées. Et la Flandre majoritaire dans le
pays, détentrice de la décision, empiéta sur des communes à majorité francophone.
Solidarité financière. C’est cette construction tardive, artificielle et maladroite d’un
pays appelé Belgique qui est en train de se déliter. Or, si la nation belge n’est née que
pour accomplir le dessein des grandes puissances, la nation flamande existe bel et bien
depuis qu’en 1302 les milices populaires défirent à Courtrai l’armée du roi de France. Le
synchronisme avec la Suisse est impressionnant: au début du XIVe siècle, la féodalité fut
ébranlée deux fois. Depuis, la Flandre considère que son indépendance ne peut être conquise
que par la lutte contre la langue française, bannie des écoles, des entreprises et même des
services publics.
Dès 1840, les Flamands protestèrent contre le statut auquel ils étaient condamnés, obligés
d’apprendre une langue étrangère pour exister socialement et économiquement. Les élections
au suffrage universel à partir de 1919 leur donnèrent la majorité parlementaire et le
pouvoir absolu correspondant à la démographie du pays.
La Belgique est maintenant parvenue au bout de l’impasse. La Flandre active et prospère ne
veut plus subsidier, par le biais de la sécurité sociale, la Wallonie ruinée et déprimée.
Les Bruxellois sont souvent obligés de résider dans des communes de la périphérie: or,
celles-ci sont réputées territoire flamand incessible quand bien même la majorité des
habitants ne parle que le français. Il est interdit non seulement de proposer aux citoyens
de décider la langue dans laquelle ils veulent être administrés, mais même de procéder à un
recensement linguistique. Il n’y a donc plus ni solidarité financière entre régions ni
respect de la volonté démocratique ou simplement de la réalité démographique.
Le secret de la Suisse est de s’être construite par la libre volonté de ses citoyens,
appelés à s’exprimer démocratiquement sur tous les sujets. La malédiction de la Belgique est
d’avoir été créée par la volonté de l’étranger et d’en avoir pris l’habitude au point
d’imposer la volonté de la majorité flamande à la minorité francophone. Tricher avec la
démocratie dans un pays multiculturel mène à la ruine de l’Etat.
Habitant en Suisse et ayant des contacts dans la plupart des cantons
suisses j'aimerais donner ici quelques pistes. (je ne suis ni
historien, ni politicien, mais artiste)
1. Apprendre l'allemand pour le citoyen suisse-allemand c'est
apprendre une langue étrangère alors qu'apprendre le français c'est
apprendre une langue suisse.
(ndlr: celui qui habite dans la partie allemande de la Suisse parle le
suisse-allemand et non l'allemand. Il y a par ailleurs plusieurs
dialectes suisse-allemands). La majorité suisse-allemande fait donc en
apprenant le français un pas important vers la minorité des suisses-
romands. Apprendre la langue d'autres concitoyens ne peut que
favoriser le dialogue.
2. Les suisses-romands (ceux qui parlent français) et les suisses
allemands ont tout deux besoin de préserver leur identité face à de
puissants voisins. Les liens sont donc faciles à établir pour un tel
objectif commun.
3. En voulant rester neutre et défendre la neutralité (par exemple en
39-45) les citoyens suisses ont un but commun d'importance.
4. Un autre objectif pour les Suisses au 21ème siècle est de ne pas se
faire absorber par l'Europe afin de préserver leur droit de faire des
référendums au niveau communal, cantonal, ou national ainsi que de
faire des pétitions. (Un tel sytème de dialogue évite des grèves à
répétition comme par exemple en France, ce qui peut détruire un pays).
5. En Suisse il n'y a jamais eu de centralisation comme en France.
6. La péréquation (redistribution des richesses) entre cantons
"pauvres" et cantons "riches" est ancrée dans la Constitution et
fonctionne parfaitement.
7. Un monde de paysans est à l'origine de tous les cantons suisses.
8. Dans les fermes la coutume était de garder son argent bien caché.
Un tel peuple ne va jamais élire un roi ... ni élire des politiciens
voulant faire payer plus d'impôts aux citoyens...
Il y a certainement bien d'autres points à ajouter.
Et surtout vivement une Belgique unie et enthousiaste pour des projets
communs.
Jean-Luc Barbier
webmaster de: http://www.anti-scientologie.ch
>
>
> --
> Saviez-vous que... : http://diberville.blogspot.com/
> Le blogue-notes de Diberville : http://diberville.livejournal.com/
> "Davon geht die Welt nicht unter, sieht man sie manchmal auch grau".
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Depuis que la Yougoslavie et la Tchécoslovaquie ont explosé sous l’effet de
leurs tensions
internes, la Belgique et la Suisse partagent la singularité d’être les seuls
pays européens
multiculturels. Partout ailleurs, nonobstant des minorités, chaque pays
européen est bâti
sur une culture dominante. Dans ces deux pays, on se trouve juste à l’équilibre
sur la
frontière linguistique entre le domaine latin et le domaine germanique. Les
différences ne
se situent pas seulement dans les langues, mais aussi dans les cultures
vécues, la relation
au travail, à la politique, aux loisirs. Cependant, en Belgique, les forces
centrifuges
risquent de l’emporter, tandis qu’en Suisse elles sont quasiment
inexistantes. Pourquoi?
Quel est la recette des Suisses? Quelle est la faute des Belges?
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Recette ? Faute ? La réponse reste complexe.La langue romande reste nichée
avec ses
accents locaux au creux de ses vallées, et Berne reste loin.Tandis qu'en
Belgique la langue
francophone reste en prise directe avec une langue germanophone.
Désolé de vous avoir donné deux réponses de normand ;-)
Cordialement.
Julien
> RLM a écrit :
>
> > Si la Suisse n'avait pas disposé d'un réduit alpin,
> > elle eût aussi été envahie par Hitler.
Zwitserland beschikte over vele reduiten,
diep onder de bankgebouwen van Zurich en Bern,
Jan
Pour ce qui est de la question 39-45 la question est fort complexe
pour la Suisse.
D'après un récent rapport (rapport Bergier) les dirigeants suisses
étaient en majorité du côté de l'axe et prêts à collaborer. Envahir ce
pays n'était donc pas une urgence de ce point de vue. De plus il
semblerait que son réduit alpin n'aurait pas résister plus de quelques
jours à l'efficacité des stratèges allemands et sa puissance militaire
d'alors.
L'argument d'un pays neutre situé à la croisée des puissances ennemies
est la plus probable car dans un conflit il permet d'obtenir des
négociations et de parler à ses adversaires.
La Suisse d'autre part ne faisait aucun contrôle des wagons qui la
traversaient régulièrement en provenance l'Allemagne vers l'Itale ou
inversément.
Bien entendu la Suisse jouait un rôle financier très important
(devises - or - coffres etc) mais je ne suis pas spécialiste de la
question. Ce que je sais c'est que le père d'une connaissance est
devenu millionnaire en vendant des quantités de matières premières aux
allemands.
D'autres ont certainement fait de même avec les USA ou les anglais.
Jean-Luc Barbier
Résistant à la scientologie
Une organisation sectaire nuisible visant la destruction de nos
valeurs démocratique et chrétiennes.
http://www.anti-scientologie.ch
>J. J. Lodder a écrit :
>Keskidi^?
Wazeidem?
--
Fusti
>Diberville <Diber...@gmail.com> wrote:
jeanloddère nexiste paa nonpluu.
>Jan
--
Fusti
"La Suisse est disposée en beaucoup de réduits, profondément en dessous des
immeubles
bancaires de Zurich et de Berne"
Oufti !
>Fustigator <Fusti...@xs4all.nl> wrote:
>
>> Vitae forma vocatur nos...@de-ster.demon.nl (J. J. Lodder), die Sat,
>> 17 Jan 2009 00:05:55 +0100, in littera
>> <1itnmep.1bc...@de-ster.xs4all.nl> in foro be.history(et
>> aliis) vere scripsit quod sequitur:
>>
>> >Diberville <Diber...@gmail.com> wrote:
>> >
>> >> J. J. Lodder a écrit :
>> >> > Diberville <Diber...@gmail.com> wrote:
>> >> >
>> >> >> RLM a écrit :
>> >> >>
>> >> >>> Si la Suisse n'avait pas disposé d'un réduit alpin,
>> >> >>> elle eût aussi été envahie par Hitler.
>> >> >
>> >> > Zwitserland beschikte over vele reduiten,
>> >> > diep onder de bankgebouwen van Zurich en Bern,
>> >>
>> >> Keskidi^?
>> >
>> >Labelgike bestanie,
>>
>> jeanloddère nexiste paa nonpluu.
>
>Comme Flip Boots,
See sjuust!
Tuuladie!
>Jan
--
Fusti