l'Europe a genoux

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Delacroix René ARN

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Nov 3, 2009, 10:04:17 AM11/3/09
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L'Europe de la servitude volontaire
L'alignement des Etats européens sur les Etats-Unis, déjà perceptible
lors du G20, se confirme implacablement par une résolution votée au
parlement européen qui renforce la suprématie américaine dans les
relations transatlantiques.
« Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. » disait E.
de la Boétie. Le 26 mars 2009, le Parlement européen (PE) a approuvé
par 503 voix pour, 51 voix contre et 10 abstentions, une résolution
sur « l'état des relations transatlantiques après les élections qui
ont eu lieu aux États-Unis ». Certes, une résolution du PE n’a pas de
pouvoir contraignant dans la législation européenne, mais elle indique
l’état d’esprit des eurodéputés et exprime la vision qu’a cette
institution du projet européen.
La marche à suivre jusqu'en 2015
Ce document (A6-0114/2009) d'une dizaine de pages rédigées par la
droite européenne (groupe PPE-DE) et voté avec le soutien massif de la
gauche, trace les perspectives des relations entre l'Europe et les
États-Unis d'ici à 2015, soit une période qui couvrira l'actuel
mandat, et le second mandat potentiel du président étasunien, Barack
Obama. C'est donc une référence importante pour comprendre ce
qu'attendent les États-Unis et ce que projette la Commission Barroso,
l'actuelle et la prochaine puisqu'à en croire les oracles, nous
n'avons pas encore voté qu'elle serait déjà reconduite.
Considérant que « le partenariat transatlantique doit demeurer une
pierre angulaire de l'action extérieure de l'Union », le but de cette
résolution est affirmé sans détour : il s’agit de construire « un
véritable marché transatlantique intégré », qui devra être établi «
d'ici à 2015 », fruit du travail du Conseil économique transatlantique
(CET). Le CET, conseillé entre autres par « des représentants du monde
de l'entreprise », veillera notamment à l'harmonisation des
législations pour faciliter « l'approfondissement du marché
transatlantique ». On imagine sans mal les choix qui seront opérés
entre place de l'État et rôle du marché.
L'accord de partenariat, à négocier une fois le traité de Lisbonne
ratifié, devra être conclu d'ici à 2012. Il devrait comprendre la
création d'un Conseil politique transatlantique (CPT) de haut niveau,
chargé de coordonner « systématiquement » la politique étrangère et de
sécurité. Au cas où quelque chose échapperait à l'OTAN, « pierre
angulaire de la sécurité transatlantique » dont le rôle est déjà gravé
dans le marbre du traité de Lisbonne (en son article 42), le CPT
serait ainsi chargé de rectifier « systématiquement » des positions «
coordonnés ». Ce qu'en d'autres termes on appelle l'alignement.
Les Européens sont d'ailleurs sommés d'augmenter leur effort de
défense.
La lecture de cette résolution est édifiante. Ce texte s’inscrit
pleinement dans la reprise des cadres économiques structurels
néolibéraux et dans une soumission à la puissance étasunienne :
encouragement au lobbying (article 16) ; demande de conclusion du
cycle de libéralisation de Doha de l’OMC qui pourtant a bien du plomb
dans l'aile (article 22) ; coopération énergétique et donc soumission
aux buts de guerre des EU (article 24) ; félicitations prématurées aux
envoyés spéciaux étasuniens au Proche-Orient et en Afghanistan
(articles 26 et 29) et aux troupes étasuniennes présentes en Irak
(article 31) ; échanges de données personnelles ; demande
d’intégration des marchés financiers avec convergence des cadres
réglementaires actuels et suppression de toutes entraves aux
échanges ; libéralisation des investissements étrangers grâce à une «
législation ayant une incidence territoriale sans consultation ni
accord préalable » (sic, article 52 et 53) ; etc. Le document vaut la
peine d'être lu dans son entier.
Cette feuille de route confirme, pour les plus sceptiques, que la
stratégie étasunienne de la « Triple couronne », définie par
l'administration Clinton à la fin du XXème siècle, est toujours
d'actualité : à l'OTAN la défense; à l'Organisation pour la sécurité
et la coopération en Europe (OSCE) le dialogue politique et le respect
des droits de l'Homme - armes douces pour les régions sensibles des
frontières de l'Empire, comme les Balkans ou la Géorgie - à l'UE le
grand marché unifié et libéralisé, de Dublin jusqu'à la Syrie. Il
faudra bien, en effet, comme l'a dit Obama à Prague, inclure la
Turquie dans l'UE d'autant plus que, ironie des concepts de la Maison
blanche, l'intégration de cet État laïc serait un signal positif
envers les... musulmans.
. Ce projet, certes public mais discret, est noyé dans la masse de la
production du Parlement ou de la Commission et appuyé par l'énorme
majorité des eurodéputés. Il engage pourtant de manière déterminante
notre continent, nos États et nos populations sur une voie délicate.
Cet inquiétant discours de la servitude volontaire de l’Europe.
Qu’en disent les forces politiques, notamment à gauche. ?
Tags : coopération, diplomatie, États-Unis, Europe, g20, OTAN,
parlement européen
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