Nous donnons, dans le cadre de ce dossier, la parole à Mario Spandre, avocat
au barreau de
Bruxelles, qui a vécu près de quarante ans au Congo.
Le film sur Léopold II produit par la BBC que nos deux chaînes nationales
diffusent ces jours-ci a été - élaboré à partir d'un livre intitulé : « Les
fantômes du roi Léopold - Un holocauste oublié " écrit par le journalite
américain Adam Hochschild. Il a l'air très
savant, bourré de notes qui peuvent laisser croire qu' il serre au plus près
la vérité historique. Or la thèse qui le sous-tend, que « jusqu' à l'
apparition de Hitler, Léopold II était un des hommes les plus cruels
d'Europe " et que par ce qui peut être considéré comme « un des plus
importants massacres de notre époque " dix millions d'hommes ont péri, est
fausse. D'autres expliqueront pourquoi. Mais ce qui est tout aussi
intéresssant est de rechercher comment et pourquoi un tel mensonge a pu être
élaboré. Cela permet de mesurer le peu de crédit qu'il y a lieu d'accorder à
celivre.
L'auteur confesse que l'idée et la base de son livre proviennent de sa
rencontre avec l'oeuvre d'Edmund Dene Morel qui selon lui est le promoteur
du « premier grand mouvement international pour les Droits de l'Homme » .
Ce serait une merveilleuse histoire si elle était vraie. Il se trouve qu'
elle est fausse et que Morel a été, au contraire, l' auteur dela première et
de la plus efficace campagne de
« lobbying " qu'a connu le XXe siècle.
Avant que Léopold II n' ait obtenu, par la Conférence de Berlin, la
souveraineté sur le Congo, Morel travaillait pour des sociétés de Liverpool
qui « commerçaient " en Afrique. Ce commerce consistait à « importer » du
continent des esclaves triés à Liverpool et « dispatchés " vers l' Amérique
et à « exporter " vers les recruteurs d' esclaves les armes, les munitions,
et l'alcool dont ils avaient besoin.
C'est cete activité qui a enrichi la ville, ses commerçants et Monsieur
Morel. À la fin du siècle, cinq sixièmes du commerce avec l'Afrique (et donc
du commerce des esclaves) étaient concentrés à Liverpool,.. En 1807le nombre
de bateaux de Liverpool engagés dans
le trafic d'esclaves était de l85, transportant 49 213 esclaves par an
(Encyclopaedia Britannica - édition l966). On sait que durant le XIXe le
commerce des esclaves se développa jusqu' au moment où Léopold II, par les
campagnes anti-esclavagistes qu'il a financées, est parvenu
à mettre fin à cette activité...
Lorsque la Conférence de Berlin attribua le Congo à Léopold II et que
celui-ci déclara qu'il allait mettre fin à l' esclavage et au monopole des
« African Companies » enrichies par l'esclavage, les commerçants de
Liverpool prirent peur et engagèrent et financèrent E. D.
Morel. Avec un génie pervers, il monta et organisa des campagnes de presse
et de lobbying qui, comme le démontre le livre de Hochschild, étendent leurs
effets jusqu'à nos jours.
Morel commença à écrire au sujet du Congo dans "West Africa», un
hebdomadaire appartenant à John Holt, un négociant de Liverpool qui avait
des intérêts en Afrique et un
véritable monopole sur le commer ce du Congo. Morel fonda par la suite son
propre organe, le «West African Mail», en association avec Holt et d' autres
bailleurs de fonds de Liverpool. Cette activité lui permit de vivre très
confortablement, de voyager et de se «médiatise» en
Europe et en Amérique.
C'est ainsi que fut accréditée l'accusation «d'holocauste». Hochschild, avec
perfidie, justifie ce terme et écarte celui de génocide parce que, dit-il,
« les hommes de Léopold II cherchaient simplement de la main- d'oeuvre,
comme l'avaient fait pendant des siècles les marchands d'esclaves qui
écumaient l' Afrique. Et si la recherche et l'utilisation de cette main-d'
oeuvre faisaient des milliers de victimes, c'était une considération
accessoire ». Ainsi, insinue-t-il,
l'oeuvre de Léopold II pourrait être le prolongement de l' esclavage, alors
que c'est lui quiy a mis fin.
Perfidie est un terme insuffisant. Mauvaise foi est plus approprié. En
effet, la bibliographie d' Hochschild cite au moins 300 ouvrages, plus des
journaux et des périodiques et des sources inédites et des archives, mais
omet - et ce ne peut être que volontaire - un ouvrage de 634 pages publié à
Londres et à New York en 1905 qui démonte les accusations de Morel et relate
un intéressant procès qui s'est déroulé en 1904 devant la « King's Bench
Division of the High Court of Justice » à Londres. Dans les campagnes de
propagande organisées en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, il avait été
publié un livre d'un certain Guy Burrows qui avait commis l' imprudence d'
accuser le Capitaine Henri de Keyser d'un certain nombre de crimes. Il
apparut que ces accusations étaient fausses et le tribunal condamna Monsieur
Burrows à payer cinq cent livres sterling, ce qui était enorme à l' époque.
Il est plus que probable que ce livre avait été commandité. Il apparaît donc
que le travail mercenaire de Monsieur Morel n' est pas « le premier grand
mouvement international pour les Droits de l'Homme » mais bien, en utilisant
les moyens modernes que permet 1'internationalisation des médias (on ne
parlait pas encore de mondialisation), la première campagne du XXe siècle de
propagande en vue de tromper l' opinion publique. Depuis lors nous avons
appris que « l'opinion publique dans le marché libre des démocraties était
fabriquée tout comme d' autres produits de masse - savonnettes,
interrupteurs, ou pain
coupé. Nous savons que tandis que légalement et constitutionnellement, la
parole est libre, l'espace dans lequel cette liberté peut atre exercée nous
a été arraché et a été adjugé au plus haut renchérisseur... Et,
naturellement, ceux qui peuvent se la payer, utilisent cette liberté de
parole pour manufacturer ce type de produits, confectionner cette sorte d'
opinion publique qui convient à leur intérêt». (Arundhati Roy; The
loneliness of Noam Chomsky in «The Ordinary Person's Guide to Empire»). Il
est évident que 1'on ne peut accorder aucun crédit à un livre fondé sur une
campagne de lobbying inspirée et financée par les marchands d'esclaves de
Liverpool à qui Léopold II, a retiré le quasi-monopole du commerce qu'ils
avaient sur le bassin du Congo.
"Johan Viroux" <ABC.Servi...@skynet.be> a écrit dans le message de
news: 409cd5e9$0$22813$a0ce...@news.skynet.be...