Si la quatrième consécration d'affilée de Hicham El Guerrouj au 1500 m était
des plus attendues, la victoire de Jaouad Gharib, samedi aux Mondiaux d'
athlétisme de Paris Saint-Denis, a été pour nous tous une agréable surprise.
Il s'agit de la première victoire marocaine dans un marathon comptant pour
une échéance majeure, au moment où la meilleure performance remontait aux
Jeux Olympiques de 1960 à Rome avec cette médaille d'argent gagnée par le
regretté Abdesslam Radi.
Une belle surprise pour les observateurs et spécialistes, mais aussi une
belle confirmation pour l'ex-champion olympique Moulay Brahim Boutayeb,
entraîneur de l'équipe nationale de marathon qui, lui, croyait à fond en les
chances de ses protégés. Une sélection qui comptait des néophytes de cette
dure épreuve de l'athlétisme, longue de 42,195 km, souffrant en plus de l'
absence d'Abdelkader Mouaâziz, vainqueur des prestigieux marathons de New
York et de Londres entre autres, qui a déclaré forfait à cause d'une
pubalgie.
Excepté Boutayeb, personne ne voyait venir Jaouad Gharib, le natif de
Khénifra qui, à Paris, courait le deuxième marathon de sa carrière, après
celui d'avril à Rotterdam où il avait fait sixième avec un chrono de 2 h 09
mn 15 sec.
Fort de sa consécration cette année à Bruxelles au championnat du monde de
semi-marathon, Gharib a cherché à sortir la course parfaite. Emballée d'
entrée, certains protagonistes tenaient à dicter leur loi dans une tentative
de disperser le peloton. Tactique réussie d'ailleurs, mais le trio marocain
composé de Jaouad Gharib, Khalid Sekah et Rachid El Ghanmouni n'a pas tardé
à réagir pour coller aux trousses des marathoniens qui mènent le bal sans
trop gaspiller leur énergie. A mi-parcours, rien n'est encore joué et ce n'
est qu'au trentième kilomètre que les choses sérieuses et les tentatives d'
échappée allaient commencer. Et c'est le Kenyan Michael Rotich qui a donné
le premier coup d'accélérateur sérieux auquel seuls Gharib et l'Espagnol Jul
io Rey ont pu répondre au tac au tac.
Aucun de ces trois champions n'a lâché le morceau, et ce n'est qu'au 33ème
kilomètre que Gharib a décidé de prendre les choses en main, appuyant un
petit peu sur le champignon pour se défaire du Kenyan, vidé, et qui a payé
cash ses efforts en franchissant la ligne d'arrivée en huitième position.
Débarrassé de Rotich, le duel Gharib-Rey s'est poursuivi de plus belle. L'
Ibérique a beau attendre que Jaouad craque pour passer à la vitesse
supérieure. Loin de là ce scénario. Et c'est à l'arrivée du Stade de France
que Jaouad Gharib a décidé de s'offrir l'entrée la plus spectaculaire en
puisant dans son second souffle un finish remarquable, reléguant d'une bonne
trentaine de mètres son rival espagnol pour s'adjuger le titre mondial en un
temps de 2 h 08 mn 31 sec. Soit un nouveau record des Mondiaux qui vient
effacer des tablettes les 2 h 10 mn 03 sec, chrono réalisé lors de la
première édition de ces championnats à Helsinki par l'Australien Robert de
Castella.
Le Champion marocain a devancé Julio Rey qui a couvert la distance en 2h 08
mn 38 sec et l'Italien Stefano Baldini (2 h 09 mn 14 sec). Le jeune Rachid
El Ghanmouni et le vétéran Khalid Sekah se sont classés respectivement 13ème
et 37ème, ce qui a permis au Maroc d'occuper une honorable quatrième place
au classement par équipe au moment où le sacre est revenu à la sélection
japonaise.
Soulignons en dernier lieu que le marathon féminin, disputé hier, a été
soldé par la victoire de la Kenyane Catherine Ndereba qui a couru en 2 h 23
mn 55 sec. Elle a devancé les Japonaises Mizuki Nogushi, deuxième (2 h 24 mn
14 sec), et Masako Chiba, troisième (2 h 25 mn 09 sec).
Mohamed BOUARAB