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La Main de l'etranger: Et la France crea l'Algerie Arabe

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Jun 29, 2001, 1:05:52 PM6/29/01
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Journal: Le Matin
Du passé composé au présent complique
Par O .Ait OUali

«Le PPK (parti du peuple kabyle) n'a jamais existé et n'existera
jamais. L'Algérie ne sera ni arabe ni kabyle. Elle sera tout
simplement algérienne », a écrit Dda Ali U-Mahmoud, alias Ferhat
Mohamed, de Tizi Rached, dans le quotidien d'Alger républicain » des
21 et
22 août 1949. Cette vérité fondamentale formulée par ce grand militant
de la cause nationale, taxé à tort de « berberiste » - comme si le
peuple algérien, dans son écrasante majorité, n'est pas d'origine
amazighe reste d'une brûlante actualité.
Le dire alors autrement ou le nier aujourd'hui, c'est s'inscrire en
faux et faire usage de faux et être passible devant les instances
pénales, qu'elles s'appellent
« tifra », « tifrit », « tafraout » ou tribunal, cour et Cour suprême,
dans un pays qui se respecte. Le germe inoculé par l'ancienne
puissance occupante, dès 1831 (décret d'arabisation toponymique, sur
carte d'état-major), prend forme par la création de « bureaux arabes »
et le concept de « royaume arabe d'Alger » cher à l'empereur Napoléon
III, dès 1852. Il culminera lors de la défaite de l'insurrection d'El
Mokrani et cheikh Ahaddad, en 1871-1873, en « arabisant, massivement,
des régions encore berbérophones », dira le « Quid 1992 » de R.
Laffont, dans la partie historique de l'Algérie. Administré à doses
homéopathiques, en appel et rappel,sur des périodes d'incubation
sensiblement égales à la durée normale d'une génération humaine
(21 ans 1831-1852-1873), avec des arrière-pensées évidentes de
division, le germe fera des ravages incalculables dans le champ
identitaire de notre peuple. Le premier syndrome du mal algérien se
manifestera lors de la pseudocrise « berbériste », de 1949, aussi
néfaste que ne soit naïve la question de l'existence de la nation
algérienne de F. Abbas, en 1936. Si dans la dernière, il y a
possibilité d'ouverture pour une remise en question d'un soi
collectif, dans la première les horizons sont bouchés du fait du
travail de sape et de neutralisation des forces vives savamment
orchestré à leur encontre par la jonction des forces du mal.
Concocté et échafaudé dans les laboratoires des services secrets
ennemis, le scénario de crise sera mis en branle par Ahmed Messali
(lire la Guerre d'Algérie » daté de 1965 par le général P. Jacquin,
chef des services secrets en Algérie de 1945 à 1954), où
« M. Léon » n'est autre que l'auteur du rapport moral présenté au
congrès d'Hornu, en Belgique juillet 1954, dans un semblant souci de
critique et d'autocritique, principes fondamentaux de la vie organique
du PPA/MTLD, « pour écarter ceux qui pouvaient nous porter ombrage,
nous les avons taxés de berbéristes » y inclut-il.
Seul parti indépendantiste, ce dernier devenu dangereux et menaça,
avec notamment la récente réaction de l'Organisation spéciale (O.S.) à
caractère paramilitaire, ne tardera pas à subir une grave implosion,
sous l'impulsion et la bénédiction de Messali « El Hadj Ayizem » -
terme pouvant faire sourire si Mehdi, notre lion de toujours, en des
moments moins crispés - composé aux 5/7 (10 000 sur 14 000 militants)
de rudes et vigoureux montagnards de « Kabylie », le PPA/MTLD inscrit
son action en droite ligne des objectifs directeurs de la Grande
Etoile nord africaine (G.E.N.A.) créée en 1926, à Paris, par
vingt-deux pionniers dont pas moins de dix-huit sont originaires du
majestueux Djurdjura. Majoritaires et plus aptes, a priori, à présider
aux destinés du nouveau parti, ces derniers ont préféré s'effacer
devant Hadj-Ali d'abord et Messali ensuite et ce, par souci de faire
et de cimenter l'unité nationale, seule en mesure d'affronter tous les
défis.
Cette quête d'unité nationale dérive des leçons tirées des échecs
passés. Pas moins de cent cinq insurrections locales ou régionales ont
été dénombrées de 1830 à 1920, sans compter celles de périodes
antérieures et de celles assimilées au contact des syndicats et des
partis politique français. Les « gueules noires » des mines du Nord,
les ouvriers de Renault, des hauts fourneaux, des chantiers navals,
les manuvres de chantiers de bâtiments et de routes, les « Monzamis »
aux épaules chargées de baluchons ou de tapis ont été les précurseurs
et les initiateurs de ce magnifique mouvement d'ensemble, totalement
différent du solo de jadis.
En 1954, le mérite des « Six » est d'avoir fait leur le triptyque
d'intégrité territoriale, d'unité de la nation et de souveraineté du
peuple, finement ébauché par la Grande Etoile nord africain, dès 1926.
La proclamation du
1er Novembre 1954, rédigée en français - laquelle langue est
considérée comme butin de
guerre - n'en a été que plus clair à ce sujet. Lors du congrès de la
Soummam, le tandem Abane/Ben M'hidi, l'un francisant, l'autre
arabisant, ainsi que leurs pairs, pour éviter toute discussion
byzantine, ne se sont pas préoccupés de la langue des débats, ni de
celle avec laquelle sera rédigé le PV, la langue n'étant que véhicule
de communication, assimilée à zéro élément neutre dans l'addition.
L'essentiel est de s'atteler à dresser le bilan de deux années de
guerre, à approfondir les concepts, à réfléchir sur la manière de
poursuivre le combat, à ébaucher la forme républicaine du futur Etat
ainsi que les principes de liberté et de démocratie dans un cadre
adéquat d'expression écartant toute forme d'exclusion ou des
discriminations.
Cela ne fait que conforter le travail structurant établi dès 1955 dans
le corps du texte de l'hymne national. Monument de la littérature
guerrière et révolutionnaire, conçu par R. Abane - contrairement au
fiel des plumes empoisonnées - il est mis en forme et versifier par le
grand Moufdi Zakaria. Ce texte-programme, « Fi sabil et hak turna, wa
ila stiqlal bil-harbi qumna », n'a jamais été enseigné dans nos écoles
bien qu'il soit chanté, à tue-tête, à la « perroquet ». Son étude
aurait préservé nos enfants du matraquage idéologique dont ils sont
victimes. Ils sauraient que la phase 1954/1962 était à la fois une
guerre contre l'occupant « wa ila stiqlali bi lharbi qumna » et une
révolution au sein de la société algérienne fi sabil el haq turna,
quoi de plus simple que de dire que la guerre, visant la destruction
des rapports de domination de type colonial, était menée contre
l'occupant français, alors que la révolution consiste à la
transformation radicale des rapports sociaux au sein d'une même
société (révolution anglaise au XVIIe, françaises en 1789, en 1848, en
1870-71, russe en 1917, chinoise en 1949, cubaine en 1959, etc) Mais
si nous avons gagné la guerre le 19 mars 1962 grâce aux privations,
souffrances et sacrifices des valeureux moudjahidine ostensiblement
marginalisés à la libération au lieu de les « remercier et de les
remercier pour toujours », l'on peut dire, sans risque de se tromper,
que nous avons perdu la révolution, même si l'on continue à se
gargariser du mot « révolution » à tous vents.
Au lieu d'approfondir davantage le concept d'Algérie (amazighité comme
souche : voir en annexe le poème d'Ibn Badis, africanité,
méditerranité et universalité comme substrat et fondement de la
personnalité algérienne, et tamazight, l'arabe et l'Islam religion du
peuple et non de l'Etat) et d'en éclairer les masses, les tenants du
pouvoir offrent l'Algérie sur un plateau d'argent au panarabisme,
effaçant par là d'un seul trait toute une vie de combat, de luttes et
de sacrifices, confondant ainsi langue et identité, érigeant la
première en zéro dans la multiplication pour absorber la seconde
(relire « Nahnu arabe, prononcé à trois reprises en 1962, à Tunis par
A. Ben Bella pour être repris en écho, un 16 avril 2001, et ce, peu
avant l'assassinat de Guermah, sur les rochers de Cirta par le premier
magistrat du pays, et en semant à tous les vents le « Siwa-Ha » de la
langue nationale). Tout cela n'est pas innocent d'autant plus que le
ministre des Affaires religieuses a déclaré une quinzaine de jours
auparavant que le « christianisme en Kabylie est un facteur de
division de la Nation » visant une région en faisant table rase de
l'étude du quotidien L'Authentique relative à huit wilayas du pays.
Ainsi, dans la Constitution, la dimension « amazighité » du triptyque
identitaire devient-elle prisonnière des deux autres (islamité,
arabité) en attendant sa mort lente par noyade, différente de celle
prompte réservée aux héros comme Zahana ou Baabouche.
On est en droit de se demander pour savoir qui divise le peuple :
celui qui dit que l'Algérie est arabe ou celui qui soutient que
l'Algérie est algérienne, que l'on parle arabe, tamazight ou chinois ?
Pouvoir et opposition trouvent leur compte en développant les notions
de particularisme et de minorité, malgré leurs intérêts
contradictoires.
Nos programmes scolaires, plus idéologiques que scientifiques visent
plus la « dogmatisation » et la mise en condition de nos enfants qu'à
la réflexion et à l'éveil. Hélas ! « alef merra » hélas comme diraient
nos frères égyptiens, de par cette politique diabolique visant à la
dépersonnalisation du peuple algérien, notre jeunesse est tiraillée
par les mensonges des uns et le manque de vérité des autres.
Elle est lamentablement divisée en courants diamétralement opposés :
- les uns mettent leur mains en visière pour voir si rien ni personne
ne vient du « charq » ;
- d'autres sont à l'écoute de l'Occident, avec sa civilisation factice
au soubassement sodomien et fomorrien, comme si la nature le mettait
en castration ;
- le troisième courant aiguise son flux et reflux sur les bergers
célestes, en quête d'un Dieu pourtant omniprésent, oubliant qu'Allah
est en nous et plus prêt de nous que notre veine jugulaire (d'après le
Saint Coran) ;
- le quatrième, le plus représentatif dans son regard circulaire
embrasse, de façon globale, le vaste champ identitaire algérien, dans
un référentiel plus vaste encore (Tamazgha ou Chamal Ifriqia) allant
des îles Canaries à la mer Rouge. Ce courant est enclin à des
débordements, dans un ras-le-bol collectif, découlant d'une exécrable
malvie pétrie de chômage, de mépris (hogra), d'injustice, de
corruption, de clientélisme d'esprit mafieux et de mille autres maux
sociaux dus à l'action conjointe des chants de sirène qui n'ont
d'horizons que la « Kabylie » et des tenants du « baâthisme »
invétérés.
Toute honte bue, les uns demandent de « l'aide » pour une aléatoire «
autonomie », les autres travaillent dans le sens de l'aliénation du
peuple algérien, en voulant écraser son identité dans une nébuleuse
arabe, sans tête ni queue.
A ces deux tendances, la jeunesse saine de Kabylie répond par un «
dezzu maâhum » tonitruant et revendique non pas un « bac Kabylie »
mais un « bac algérien » à la session de juin ainsi qu'une session
spéciale en septembre pour l'ensemble des lycéens d'Algérie. Quelles
leçons d'amour et d'unité pour le peuple dans son ensemble !
Les grandioses manifestations pacifiques du lundi 21 mai et les
youyous stridents donnant la chair de poule poussés par des milliers
de femmes le jeudi 25 mai à Tizi Ouzou ont été superbes et admirables
de dignité dans leur organisation et les mots d'ordre véhiculés. Nous
dénonçons, avec elles et nous condamnons avec la plus extrême vigueur
l'assassinat d'Algériens par des Algériens censés les protéger, ainsi
que leurs propos orduriers et haineux vociférés à la poursuite des
jeunes manifestants, comme nous flétrissons tout acte de vandalisme,
de vol et brigandage se rapportant au patrimoine historique, aux biens
publics et privés.
Assassinats, propos orduriers et haineux des uns, vandalisme, vols et
brigandage des autres à défaut de cadre d'expression adéquat, -
l'existant étant désuet et obsolète - sont les manifestations et
l'émanation du rôle malsain et néfaste joué par l'école. Il est grand
temps de procéder à la refonte totale d'enseignement et privilégier la
méthode active pour la formation de « tête bien faite » et non de «
tête bien pleine ».
En guise de conclusion, je dirai que notre destin, en tant que nation,
est intimement lié à l'ensemble des facteurs ci-après armée bien
équipée, forte et moderne au service du peuple ;
- institutions démocratiques, solides évoluant en fonction des besoins
des masses ;
- école performante et moderniste,
- unité de la nation sans faille ;
- libertés individuelles et collectives réelles loin du comportement
et de l'esprit anarchiques ;
- économie de marché développée et non de bazar.
Ouali Aït Ahmed
Officier de l'ALN historique secrétaire de la Wilaya III historique

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