Ahmed BENANI, politologue et militant des Droits de l'Homme (CLCRM,
Comité de Lutte Contre la Répression au Maroc).
Lausanne, le 28 septembre 2000
On nous dit que le jeune Roi du Maroc veut tourner la page des
violations des droits de l'homme, on nous assure que la
démakhzénisation est en marche, d'autres affirment que le makhzen est
mort de sa belle mort et que la démocratie est à portée de main. Je
crois pour ma part que Salah El Ouadie a su rester lucide dans son
propos (publié par Le Monde du 20 septembre dernier).
« Tourner la page » : métaphore pudique et faussement innocente qui
cache derrière des mots sans relief des souffrances inhumaines,
insupportables, que des milliers de citoyens au Maroc ont endurés
pendant des décennies. Ces exactions ont été commises par des
fonctionnaires et des organismes relevant de l'Etat dans le but évident
de mettre toutes sortes d'opposants hors d'état de nuire, quitte à les
éliminer physiquement. Disparitions forcées, tortures, exécutions
extrajudiciaires, expropriations ou viols pour des raisons politiques,
etc. : longtemps, ces atteintes ont été l'expression d'une politique
systématique de l'Etat marocain."
Ces réalités, ces abjections appartiennent-elles définitivement au
passé? Qui peut l'affimer? Qui, aujourd'hui peut attester que la bête
immonde est neutralisée?
Arrivés sur le site de Tazmamart , les marcheurs verront les ruines du
bagne dans un paysage rocailleux, pelé, désolant. Ils se souviendront
cependant que 29 corps ont été jetés là, dans une fosse, brûlés à la
chaux vive, après des années d'enfermement dans les ténèbres et la
souffrance. Que personne n'a entendu leurs cris ou vu leurs larmes.
29 tombes doivent désormais constituer le carré des ces martyrs
Chacun rendra l'hommage qu'il pourra, une fleur, une prière. Dans tous
les cas le plus profond des recueillements.
Ce sera là une étape importante de notre devoir de mémoire.
Mais ce devoir restera tâché d'inachèvement et de honte si nous
pardonnons les crimes contre l'humanité, si nous laissons en liberté
les bourreaux.
La mort a emporté certains d'entre eux, l'ironie de l'histoire a voulu
qu'ils soient ensevelis avec les honneurs et que le deuil soit porté
par la nation toute entière.
Le temps viendra pour réviser l'Histoire officielle, celle des pompes,
des trompes et du mensonge.
La lutte contre l'impunité demeure consubstantielle au devoir de
mémoire. Que faire dès lors du général Housni Benslimane, Driss Basri,
Houcine Jamil, des commissaires Ben Mansour et Ben Cherif, du
commandant Fadoul et des dizaines d'autres barbouzes, flics et
tortionnaires qui continuent d'occuper les plus hauts postes de
l'administration. Qui se soucie aujourd'hui de leur faire payer leurs
exactions.
La responsabilité du régime, quelle que soit la sympathie qu'on
témoigne à Mohammed VI, est totale, celle de la classe politique pas
moins. Je considère que le Conseil Consultatif des Droits de l'Homme,
reliquat docile du règne précédent est une infamie. Sa dissolution doit
se faire sans tarder. A sa place le Forum Justice et Vérité, émanation
de la société civile, doit être élargi à toutes les ONG humanitaires,
aux experts nationaux et étrangers, aux représentants des victimes de
la répression, pour mener dès demain un combat sans relâche contre les
exactions, leurs auteurs, réhabiliter les victimes, toutes les victimes
marocaines, sahraouies et d'autres nationalités.
J'ai salué la lucidité de Salah El Ouadie sur un point d'importance, je
me dissocie de lui totalement quant à son refus du grand déballage.
Oui, les Marocains sont en droit de réclamer des comptes d'une dynastie
même héréditaire. La vérité telle qu'elle est, la vérité à rendre
publique. La meilleure preuve que Mohammed VI peut donner à son peuple
quant à sa volonté de changement, d'ouverture à la démocratie, c'est
précisément de se démarquer du passé récent, d'assumer en conscience la
rupture avec le règne d'Hassan II, n'est-ce pas sous la férule de ce
dernier que tous les crimes que nous dénonçons aujourd'hui ont eu lieu.
Notre responsabilité en tant que citoyens relève de cette didactique,
de cette grammaire nouvelle des droits de l'homme, de la monarchie
constitutionnelle que nous saurons imposer demain.
Mais pour l'heure, pleurons nos morts, faisons dignement notre deuil de
Mehdi Ben Barka, d'Abdellatif Zéroual, de Saïda el Menbhi et de
dizaines d'autres anonymes ou connus assassinés, torturés, disparus.
L'Etat doit réparer sous toutes les formes ses dérapages, indemniser
toutes les victimes, inscrire dans les manuels d'histoire ces pages
sombres pour que nos enfants se souviennent et disent avec nous : Plus
jamais ça!
A Tazmamart, je souhaite qu'on évoque à voix haute les noms de ceux qui
y sont restés à jamais:
1 Lieutenant EL HAIFI Abdeslam
2 Lieutenant El YAKDI Mahjoub-
3 Lieutenant EL GHALI Mohamed
4 Lieutenant KARAOUI Mohamed
5 Adjudant AMAROUCH Kouin
6 Capitaine BENDOUROU Hamid
7 Lieutenant TIJANI Benrédouane
8 Lieutenant AZENDOUR Boujemaâ-
9 Adjudant DICK Jilali
10 Adjudant ABOULMAKOUL Mohamed
11 Sergent ABABOU Abdelaziz
12 Sergent ABDESSADAK Mohamed
13 Lieutenant BOUTOU Moha
14 Sergent MOUHAJ Allal
15 Sergent ABOUNSI Thami
16 Adjudant EL AMINE Rachid
17.Sergent CHAJAII Mohamed
18 Caporal BAHBAH Driss
19 Sergent KENATTE Mohamed
20 Caporal KASRAOUI Kacem
21Caporal LAFRAOUI Abdellah
22 Sergent RABHI Abdeslam
23 Sergent BITTI Mohamed
24 Sergent RACHIDI Benaïssa
25 Adjudant EL ABDI Mohamed
26 Sergent BETTIOUI Rabah
27 Caporal FAKOURI Mimoun
28 Caporal HADDANE Bouchta
29 Lieutenant CHEMSI Mohamed
et les Les 7 disparus (4 militaires, 3 civils) enfermés au PF3 de
Rabat
1 Lieutenant-Colonel Mohamed ABABOU (né en 1934,condamné à 20 ans,
procès Skhirat .
2 Capitaine Mohamed CHELLAT (né en 1938, condamné à perpétuité, procès
Skhirat .
3 Aspirant Ahmed MZIREG (né en 1927, condamné à 12 ans, procès de
Skhirat .
4 Adjudant HARROUCH Akka ( condamné à perpétuité, procès de Skhirat
1 Houcine EL MANOUZI (né en 1943, syndicaliste enlevé à Tunis le 1
novembre 1972 par la police marocaine avec la complicité des autorités
tunisiennes).
2 Abdelhak ROUISSI (né en 1939, syndicaliste enlevé le 4 octobre 1964.à
Casablanca)
3 Belkacem OUZZANE (né en 1924, arrêté le 17 avril 1973, acquitté le 30
août 1973 est disparu depuis).
Je demande enfin à tous les marcheurs de Tazmamart de faire de cette
journée, la Journée du Souvenir et qu'ensemble nous nous mobilisions
pour qu'au c¦ur du Maroc, à Rabat, un Mémorial soit édifié portant les
noms de nos disparus.
Fraternellement, Ahmed BENANI
Lausanne, le 28 septembre 2000
--
"Remember one thing about democracy. We can have anything
we want and at the same time, we always end up with exactley
what we deserve". -Edaward Albee-
Sent via Deja.com http://www.deja.com/
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Rabat, Morocco (PANA) (Panafrican News Agency, November 7, 2000) - Morocco
on Monday expelled the bureau chief of the French news agency, Agence
France
Presse (AFP), Claude Juvenal, from the country for his "hostile" reporting,
according to a source at the culture and communication ministry in Rabat.
Toe source said Juvenal left Morocco for France after the the authorities
withdrew his accreditation and served him expulsion orders on Friday,
stating that he should leave the country by 6 pm on Monday.
The decision was taken because Juvenal "had flouted the ethic and decorum
of
his profession by taking initiatives hostile to Morocco and its
institutions," the source added.
The Moroccan Human Rights Association stressed that the move was "a serious
abuse of the rights of information and free speech and the freedom of the
press."
The National Union of the Moroccan media (SNPM) condemned Juvenal's
expulsion, which is part of a "series of decisions restricting the freedom
of the press" in Morocco.
"The justifications provided are unconvincing and unacceptable because
professional ethic should be assessed by the professional organisations of
journalists and not by government authorities," according to SNPM.
Juvenal, 56, has been working for AFP in Morocco since July 1996.
Copyright 2000 Panafrican News Agency. Distributed via Africa News Online.