La méthode alaouite: le pouvoir
par l'argent, la violence et la corruption
رشيد بن الشريف Rachid (1664-1672)
Ces razzias, odieuses contre le peuple, paraissent encore trop minables au frère cadet de Moulay M' Hamed, Moulay Rachid, aussi vigoureux que son frère, mais moins limité intellectuellement ou plutôt davantage gourmand. M'hammed s'en méfiait, mais pas assez.
Rachid échappe donc un jour à la fraternelle surveillance (trait constant chez les Alaouites) et quitte le foyer familial, à la mort de leur père Moulay Chérif, en 1659.
La présence paternelle empêchait M'hammed de liquider son frère. Cadet de famille, arriviste sans scrupules, il fait un petit tour du Maroc avec une poignée de compagnons. A cette époque, l'on pouvait circuler sans problèmes. Cela ne devait pas durer. Il exploite à fond un nom qui commence à être strictement connu, s'en sert pour recruter une petite troupe qui ne rêve que plaies et bosses et il lui permettra de se constituer un trésor de guerre. Deux choses importent: le pouvoir et l'argent: le pouvoir par l'argent; le pouvoir donc l'argent. Stricte méthode alaouite.
Violence et corruption. Repoussé dans tout le Maroc, Rachid, dans la région de Taza, est à bout de forces. Au Nord -Est de Taza, il y a un gros village dans les montagnes des Beni Snassen, prospère et pacifique: Dar Ben Mechaal. Rachid et sa poignée de ruffians s'en emparent de nuit, par ruse.
Préservée de toute tyrannie centrale, la région avait prospéré et ses habitants avaient économisé. Rachid rafla tout, rançonna les survivants et vendit les femmes jeunes et les enfants, du moins ceux qu'il ne garda pas pour ses plaisirs. Cette action si peu glorieuse et qui relève strictement du droit commun devient un siècle plus tard, dans les récit appointés des historiographes du régime, car l'on ne pouvait pas taire un hold-up aussi sanglant et une telle friponnerie: "une action de purification réalisée par Moulay Rachid aux dépens d'un Juif nommé Ibn Mechaal qui terrorisait et pressurait les Musulmans des environs de Taza!" On fait même de cette communauté montagnarde un royaume juif qui aurait survécu à l'islamisation du pays! Comme si les montagnes marocaines, à la religion aussi sourcilleuse, eussent pu laisser subsister un royaume d'infidèles! Le mensonge, deuxième mamelle, après la violence, du pouvoir alaouite, fait ainsi son apparition sur la scène de l'Histoire. Mais ensuite le défunt Hassan II n'a plus eu assez de ses thuriféraires dupes ou appointés; il s'est mis à écrire…Cet acte de brigandage est alors devenu un haut fait du premier souverain de la dynastie. Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose. Dans son traité sur la Politique, Aristote dit que certains mentent, non pour telles ou telles raisons, par intérêt ou lâcheté ni orgueil, mais parce qu'ils sont menteurs par nature. Il n'est que temps de rétablir la vérité, sinon le dernier des Alaouites aura presque réussi à faire passer ses aïeux pour de petits saints Louis. Il est vrai que ce saint Louis n'en était pas un, mais certainement pas un malfrat!
Rachid avait enfin ce qu'il voulait: des coffrets de pièces d'or qui surchargeaient les bâts de sa caravane de mules. Il acheta de la poudre, des armes modernes et des munitions: jamais ce Rif n'en a manqué! Il lui en resta assez pour acheter le concours de quelques centaines de Cheragas, tribu arabe de l'Orientale qui était supposée obéir à son frère aîné Moulay M'hammed!
M'hammed tenta bien de réagir, mais c'était trop tard. Ce n'était pas un affrontement où l'intelligence politique avait son mot à dire, il n'y avait ni intelligence ni politique dans cet assaut contre un pillard vieillissant et un pillard au mieux de sa forme. Le plus jeune gagna donc et tua l'aîné. Les soldats de son frère passèrent aussitôt du bon côté, celui du vainqueur, en 1664.
Le chef de bande est désormais sans entraves! Il prend Taza, puis Fez en 1666/1667 et rase la Zaouia de Dila. Un acte de barbarie: Rachid ne pouvait supporter son prestige et son pouvoir d'attraction, lui qui n'existait que par la violence. Il s'empara finalement de Marrakech et, comme d'habitude, en massacra les défenseurs, dont Ari, le chef des Chebanats, la tribu guiche du hark. Mais il devait curieusement mourir dans sa dernière conquête. Le deuxième jour de la fête de l'Aïd el kébir, alors qu'il traversait le jardin de l'Agdal, son cheval s'emballa et Rachid se fracassa le crâne contre la branche basse d'un olivier. Curieuse fin pour un homme dont la qualité essentielle était d'être précisément un cavalier hors pair"! On a dû aider son cheval à s'emballer. Et il existe, de toute façon, bien des moyens de casser la tête à un gêneur. Mais l'histoire officielle tient absolument à cette histoire de cheval emballé qui arrange bien des choses, et surtout les affaires de ses frères. Sa prise de pouvoir avait plongé le Maroc dans la guerre, les massacres et l'enchaînement de la violence. Sa mort va inaugurer les guerres de succession qui ravageront le pays pendant des siècles. Toute la famille veut participer à la curée. Il n'y a pas d'ordre de succession.
"L'histoire du Maroc contemporain demeure méconnue des Marocains,
au point de devenir un ensembles de grandes énigmes. Et nombre
d'évènements importants de notre histoire sont restés trop
longtemps tabous. Voici un petit tour d'horizon de quelques
événements et sujets tabous de l´histoire du régime alaouite
régnant au Maroc d´aujourd´hui, sans hypocrisie, sans guide
officiel, sans police de la pensé et sans peur du terrorisme
intellectuel ou des interdits camouflés en "juridiques"!
Hassan II. Son fils, Mohamed VI, continue à danser sur sa musique
1. D'origine, ce sont des Grands
voleurs et bandits de grand chemin
Contrairement à ce qu'a voulu faire croire Hassan II dans son livre
"Le Défi ", les Alaouites n'ont pas succédé à la dynastie
précédente.
Ils ont, en réalité, conquis le Maroc, et s'y sont comportés en
pays conquis, comme tous les occupants et conquérants.
Ses aïeux étaient de petits chefs de bande sortis de leur tanière
du Tafilalt.
Hassan II a faussement présenté leur accession au pouvoir dans une
espèce de logique de succession, les Alaouites succédant dans
l'ordre et le bien-être général aux nombreuses grades dynasties,
telles que furent celles des Almoravides, des Almohades et des
Mérinides, d'illustre mémoire, qui ont régné de Saragosse au
Sénégal et d'Agadir à Tunis.
Ali Chérif (1631-1636) علي الشريف
Le premier des Alaouites était un grand voleur et chef de bande, un
condottiere famélique. Ce fut un chef de bande qui avait besoin de
contrôler la route de Sijilmassa - Fez pour écouler les produits
venant du Soudan et y acheter produits et denrées introuvables aux
marchés du désert. Et de la contrôler par la force!
La fortune et le pouvoir de la famille "alaouite" - qui ont usurpé
le pouvoir au Maroc - ne proviennent donc pas de quelque noble
origine ou de la "descendance du prophète Mohammed par sa fille
Fatima qui a épousé Ali", d'où le nom d'"Alaouite" qu'ils ont
escroqué et dont faussement ils se parent. Cette qualité de
"chérif" (c'est-à-dire de "descendant du prophète") est
mensongèrement et fallacieusement partagée, avec eux, par des
centaines d'individus au Maroc et érigée en un mythe fabriqué de
toute pièce et qui peut même être "attestée" par des actes
d'"adoul" (notaires) qui peuvent facilement et fort bien s'acheter!
Ces chefs de bande sortis de du Tafilalt, depuis le milieu du XVème
siècle, infligeront leur autorité dès 1666. Leur chef "Moulay"
Ali Chérif, suivi ensuite successivement par ses trois fils:
"Moulay Chrif", "Moulay" M'hammed, Moulay Rachid et Moulay Ismaîl
réussiront à prendre le contrôle des voies de communication
transsahariennes et évolueront progressivement vers le Nord
jusqu'à l'occupation totale du pays.
2. "Il peut faire sauter une tête d'un coup de sabre" !
محمد بن الشريف M'hammed
Ben Ali Chérif (1636-1664)
M'hammed Ben Ali Chérif s'est proclamé "sultan" de Tafilalet en
1640, suivi ensuite par "Moulay" Rachid.
La fortune volée et la "puissance" usurpée, fondée sur la
violence, de la famille "royale" «alaouite» au pouvoir au Maroc
– bases originales de son pouvoir - ne provient donc pas de
quelque noble origine dont faussement elle se pare.
La qualité essentielle de l'ancêtre de la lignée - officiellement
proclamée - d'Hassan II, et de Mohamed 6 - Moulay M'hammed, c'est
son "exceptionnelle vigueur physique". "Il peut faire sauter une
tête d'un coup de sabre", "galoper 60 kilomètres par jour". Un
boucher, un tueur. "Il va courir et batailler partout" dit le très
officiel manuel d'histoire du Maroc. C'est vraiment tout ce qu'on en
peut dire.
Le premier «grand homme» de cette famille qui se dit "alaouite" se
comporte en grand voleur et bandit de grand chemin qui amasse son
butin, caravane par ci, caravane par là, et finit par se nommer
tout seul "sultan du Tafilalet".
C'est déjà un progrès énorme, mais l'on se prend à regretter
que la famille n'en soit pas restée là. Quand il sorte des limites
de son canton pour tenter de s'installer en maître sur la route
Sijilmassa - Fez, vieux passage des caravanes sahariennes, il trouve
sur son chemin le grand maître de la Zaouia de Dila qui régnait
alors au cœur et sur le cœur du Maroc.
3. La Zaouia de Dila face aux parasites alaouites
Il faut dire tout de suite un mot de cette Zaouia qui a correspondu
à un âge d'or, d'autant plus séduisant et regrettable que les
brutaux, sinistres et funestes Alaouites allaient surgir pour tout
détruire. "Zaouia" est un terme difficile à rendre, car il
désigne beaucoup plus qu'un monastère: la Zaouia est un centre de
rayonnement religieux et économique qui émane, à son origine, de
l'action bienfaisante d'un saint. Si l'on veut absolument établir
une comparaison avec l'Occident chrétien, disons que Dila (près de
Kenitra) a eu pour le Maroc l'importance de Cluny, en Bourgogne,
pour la France, au temps de sa splendeur, le goût du luxe en moins.
La Zaouia de Dila ne vivait pas sur le pays, en parasite comme les
"alaouites", elle vivait avec le pays, pour le pays, au rythme de
ses aspirations. Elle était un organe vital du Maroc, hautement
légitime, nécessaire et admise.
Bien gérés, au mieux des intérêts de la communauté, terres et
troupeaux de la Zaouia lui donnent une base économique solide et
durable pour pratiquer l'hospitalité et exercer la bienfaisance. La
Zaouia ne perçoit pas d'impôts, ne pressure donc pas le pays, mais
au contraire redistribue sans compter et indistinctement les fruits
du travail communautaire à ceux qui en ont besoin. Tel est le
véritable sens de la "umma" ou "communauté" musulmane dont
l'avarice des sultans alaouites tirera prétexte pour razzier à
leur seul profit les ressources de la terre marocaine.
La Zaouia est alors l'âme du pays: son résultat est fantastique:
le pays vit comme une république islamique, sans souverain, dans
une honnête aisance matérielle; il n'y a plus d'indigents (qui
seront la marque du nouveau régime).Son prestige devient très vite
fabuleux. On accourt de tout le Maroc. La Zaouia de Dila est un
centre de rassemblement, car elle donne et ne prend pas. Ses
éléments les plus en vue donnent l'exemple d'une vie exemplaire.
Une religion sans haine, une pratique religieuse attentive, mais
sans bigoterie, l'Islam, en un mot, dans toute sa vertu. A partir de
1603, on y vient en pèlerinage. Maîtres et étudiants y retrouvent
EN PAIX les préoccupations élevées de la foi et de la culture.
Dila arbitre les conflits. On l'écoute: la force de la raison et de
l'exemple. On ne croit pas une canaille couronnée qui rend la
justice. Les décisions de la Zaouia ne sont jamais discutées. Le
poids moral et la solidité de ses partisans vont arrêter un temps
le rezzou de Moulay M'hammed, "sultan du tafilalet" et homme sans
foi ni loi. L'Alaouite recule mais se cramponne sur une zone où
l'influence de la Zaouia ne s'étend malheureusement pas:
l'Oriental. Après 1650, il prend Oujda et Tlemcen Mais au premier
froncement de sourcils des Turcs qui ne s'étaient pas méfiés de
ce pilleur de caravanes, il regagne ses bases de Tafilalt."Il
n'entreprend plus que de simples razzias". Dès leurs modestes
débuts, les Alaouites mettent clairement en évidence leurs moyens
d'action: la violence pour s'imposer, le pillage pour se maintenir.
Attitude parfaitement négative qui mettra le pays à feu et à sang
et le laissera exsangue lorsque l'Occident impérialiste et
fortement industrialisé, appuyé, dans le cas de la France, sur les
intrigues de l'Alliance Israélite Universelle prétextant une aide
à apporter à la communauté juive locale,- (l'équivalent des
intrigues des négociants juifs de la Régence d'Alger, les frères
Bacri, vraie cause de l'intervention armée de la France, sans
compter des raisons analogues en Tunisie) - effectuera sa grande
poussée en avant. Et encore les premier Alaouites, avaient -ils, au
moins, une qualité: la hardiesse au feu qui en eussent fait
d'excellents officiers subalternes. Les suivants seront de vraies
lavasses: cruels encore, mais lâches et pusillanimes.
4.La méthode alaouite: le pouvoir
par l'argent, la violence et la corruption
رشيد بن الشريف Rachid (1664-1672)
5.Moulay Ismail: Un harem de 500 femmes,
800 enfants, grand bâtisseur de prisons,
une armée de 150.000 esclaves noirs
Jadis les sultans marocains désignaient de leur vivant un
héritier: c'était le moindre mal, car il s'agissait du plus
capable.
Mais avec les "Alaouites", les frères du défunt vont déshériter
les neveux qui vont se venger etc…
Les Atrides auraient passé pour une famille unie, à côté de ces
scènes de tuerie familiale dont le pays va évidemment faire les
frais.
Le bilan des tueries provoquées par l'anarchie FAMILIALE est
terrifiant.
Le fils de Rachid, Ahmed ben Mahrez se proclame évidemment sultan
dans le Sud.
اسماعيل بن الشريف Ismail (1672-1727)
Moulay Ismail, frère cadet de Moulay Rachid, se proclame sultan à
Meknès dont il est gouverneur et qui restera sa ville chérie. Il
en fera la plus fabuleuse caserne du monde. Il se constitua un harem
de 500 femmes et deviendra père de plus de 800 enfants. Son
principal conseiller fut le banquier juif CARSINET Aaron. La guerre
entre l'oncle usurpateur et le neveu dépouillé, mais qui a
hérité de la pugnacité paternelle, va durer 14 ans. Et dire que
c'est ce Moulay Ismail qui passe pour avoir rétabli l'ordre! Mais
c'est lui qui a provoqué cette situation personnelle, car son cher
neveu n'était pas un bambin fragile, il pouvait très bien prendre
la succession de son père; il n'avait pas besoin d'un tuteur.
Au reste, Ismaël n'a jamais justifié légalement son attitude: je
prends la première part, parce que je m'appelle lion, dit la fable!
Petit détail juridique qui a "échappé" curieusement à son
descendant Hassan, quand il en fait l'éloge, Hassan n'a pas eu
d'oncle pour lui souffler sa place, car le Protectorat veillait et
les Français y ont exporté la règle de primogéniture qui avait,
malgré quelques bavures, fait merveille chez eux pour appesantir le
pouvoir royal et briser toute résistance populaire et
aristocratique à l'État fiscal qu'il voulait absolument puissant
et personnel, reposant sur une bourgeoisie avide qui deviendra une
ruche d'essaims coloniaux et expansionnistes!
Il est impossible de donner le détail des assassinats, des
trahisons et des pillages. C'est un sanglant Western qui pourrait
s'appeler: "le peuple, la brute et les truands". Pendant que Moulay
Ismail, le soi-disant "invincible" essayait de coincer son neveu qui
le baladait dans tout le Maroc et particulièrement dans le Sud, le
reste du pays tentait d'en profiter pour échapper à la poigne du
pillard du Tafilalt devenu sultan par la grâce de quelques ulémas
terrorisés ou achetés. Le pseudo règne de Moulay Ismail n'est pas
un règne, c'est une carrière de flic, la gigantesque répression
d'une "manif" qui ne cessera jamais, car le pays n'acceptera pas son
pouvoir. Son sceptre n'est qu'un sabre.
Naturellement, un de ses frères, El-Harran lui dispute aussi le
pouvoir, dans le Tafilalet, "berceau" de ce gros panier de crabes.
Il n' y a aucune raison. El-Harran a autant de "droit" qu'Ismail,
après tout. Tous deux sont également impopulaires. Ce genre de
situation atroce se retrouve dans toute l'histoire de la dynastie
jusqu'au XXème siècle inclus. C'est l'existence de la dynastie qui
met le Maroc en péril.
Ahmed ben Mahres se proclama finalement "roi" de Taroudant, dans
cette région si florissante sous les Saâdiens et dont les
Alaouites feront un désert. Son seul tort fut de croire que son
oncle acceptait la situation, la partition de facto. Ainsi Moulay
Ismail le fit-il assassiner dans l'Anti-Atlas. Sa mort ne résolut
rien pour Moulay Ismail, car il ne fut évidemment pas accepté par
le Sud qui avait perdu l'habitude de dépendre d'un despote.
6."Qu'ils me haïssent, pourvu qu'ils me craignent "
Tous ces échecs avaient démontré à Moulay Ismaïl le flic la
nécessité d'un matraquage efficace, s'il ne voulait pas finir
comme son neveu. Il lui fallait une armée. "Qu'ils me haïssent,
pourvu qu'ils me craignent ": il n'a pas inventé l’expression
terrible tirée d’une tragédie romaine d’Accius mettant en
scène Atreus, père d’ Agamemnon, et que l’Empereur réputé
fou Caligula aurait, d’après Suétone, fait sienne, mais, en
revanche, il a perfectionné le système. Son armée sera sa seule
idée politique, son unique préoccupation. Et le pays ne peut ni ne
veut évidemment pas lui fournir assez d'hommes. Il va importer! Une
armée permanente pour une guerre permanente faite aux Marocains.
Moulay Ismail achète donc des esclaves noirs importés de l'Afrique
noire. Il en achètera pendant tout son règne. Il aura ainsi une
armée d'esclaves noirs de 150.000 hommes forcément attachés à sa
personne: l'armée la plus nombreuse de son temps.
Louis XIV son contemporain qui aura tant fait la guerre et dévasté
des villes allemandes, ruinant Heidelberg, par exemple, et le
Palatinat, n'a que de "petites" armées de 30.000 à 40.000 qui lui
suffisent à affronter l'Europe et à le faire surnommer le Mars
Très Chrétien! Il en faut quatre fois plus à Moulay Ismail pour
occuper et tenir le Maroc qui se couvre de casernes et non plus
d'écoles ou de mosquées.
Moulay Ismail a été un grand bâtisseur, c'est vrai, mais un grand
bâtisseur de Qasba-prisons-casernes-perceptions. Il et aussi le
premier à avoir fait de l'élevage d'hommes esclaves pour fournir
ses compagnies de prédateurs.
Le système est simple. Les petites filles noires sont esclaves dans
les palais où elles reçoivent "une éducation ménagère" (sic).
Les petits garçons noirs s'amusent jusqu'à dix ans. A cet âge,
ils commencent en fait le service, par la conduite de bêtes de
somme. Plus tard, ils font le maçon sur les innombrables chantiers
du sultan mégalomane.
A 14 ans, ils touchent leur premier cheval qu'ils montent à cru.
Puis ils apprennent à tirer à pied et à cheval. A 18 ans, ils
sont versés dans l'active. Le soldat esclave qui n'a pas connu
d'autre univers, robot soigneusement remonté, est mûr pour se
faire tuer et pour tuer. Il est mûr aussi pour se marier: avec son
paquetage, il reçoit, comme on touche une prime, une petite esclave
devenue ménagère accomplie, avec ordre de faire le plus possible
de petits soldats qui ne coûteront plus rien au sultan.
Cela ne suffisait pas à Moulay Ismail. Le protectorat va opposer,
deux cents ans plus tard, les Berbères aux Arabes. Lui va opposer
les Arabes aux Berbères: les successeurs de Lyautey n'auront qu'à
lire l'histoire du Maroc pour savoir comment diviser un pays pour
régner, en jeter les forces vives le unes contre les autres. Le
détruire pour y installer un pouvoir étranger constitué
d'esclaves noirs ou des maîtres occupants colonialistes. Pour
achever de quadriller le Maroc, ses 150.000 esclaves transplantés
ne suffisant pas, Moulay Ismail crée des tribus "guich",
c'est-à-dire des tribus d'origine arabe installées dans les
plaines, qui, en échange du "service militaire" (on devrait dire
"sévices militaires"!) reçoivent des terres en toute jouissance.
Mais comme ces seigneurs de la guerre ne peuvent évidemment les
cultiver eux-mêmes, qu'ils n'en ont pas le temps et que ce n'est
pas digne d'eux, ils emploient des métayers, le plus souvent payés
au cinquième des récoltes et des troupeaux.
7.L'esclavage sous toute ses formes
Ismail crée donc une caste militaire avec tout ce que cela implique
de féodalité guerrière inefficace sur le plan extérieur et en
corollaire, une masse de paysans pauvres, d'indigents en puissance
livrés sans défense au despotisme des petits seigneurs locaux. Des
esclaves blancs en fait et désarmés ceux-là. L'esclavage sous
toute ses formes, déguisé ou non, est - et a toujours été - le
piler du régime "alaouite" au Maroc. Encore aujourd'hui la
monarchie réclame des sujets et non des citoyens. Pour diviser et
dominer sur ses sujets Ismail les dénature davantage et les
déracine, en les parachutant dans des régions où ils n'avaient
aucune attache. Le despote sait que l'enracinement est un facteur
d'union nationale qui peut se retourner contre sa tyrannie. Une
moitié des Oudaya surveilla Fèz, l'autre moitié surveilla
Meknès. Les chebanats du Haouz, qui avaient résisté à son frère
Moulay Rachid (qui avait exterminé ses chefs), furent envoyés à
800 kms de chez eux, pour surveiller les tribus berbères des Beni
Snassen que Moulay Rachid avait dévalisées (cf. l'histoire de Dar
el Méchal) au Nord-Est du Maroc. Et surtout il installa les tribus
"guich" dans le Tadla, sur les ruines de la Zaouia de Dila, pour
surveiller "la puissante forteresse berbère du Moyen Atlas et du
Haut Atlas Occidental".
Ismaël allait déclencher une guerre civile de 24 ans qui durera en
fait jusqu'à ce que les forces françaises réduisent les derniers
villages libres en 1934! Les montagnards n'accepteront jamais la
présence alaouite, et ils ont les moyens de se défendre. Ils
n'accepteront jamais l'établissement d'un système "monarchique"
tout à fait étranger et contraire à l'esprit de l'Islam. Les
Alaouites constamment repoussés useront de leurs malheureuses
troupes fourvoyées dans une sale guerre en les envoyant " à
l'assaut du ciel " pour tenter d'affirmer leur pouvoir personnel
autocratique et illégitime. La confédération des petites
républiques islamiques de la montagne, puissamment motivées,
pliera parfois un temps, mais ne rompra jamais.
8.Etat-personnel
Les alaouites ont ouvert le Maroc aux envahisseurs
Seule l'obstination tyrannique du palais provoquera une situation
d'anarchie "légale" et "organisée" dans une société normalement
en équilibre et qui vivait heureuse.
Anarchie créée par le pouvoir "Alaouite" qui entravera le
développement harmonieux d'une nation, préparera le lit aux
envahisseurs étrangers et dont seul le protectorat tirera
bénéfice
Là encore, il est impossible de citer toutes les opérations. Elles
sont malheureusement identiques. Les armées alaouites tombent sur
notre pays comme un vol de sauterelles, à cette différence près
que ces acridiens s'attaquent aux hommes.
En 1679 Moulay Ismail qui a franchi l'Atlas se fait éparpiller dans
le Todghra, les gorges somptueuses de l'Oued deviendront son
Roncevaux. "Il y perd même le commandement de ses troupes. Les
restes de son armée sont emportés dan une tempête de neige en
repassant l'Atlas au col de Telouet. Il s'en sort de justesse et son
descendant Moulay Hassan Ier, qui aura tout oublié et rien appris,
subira le même revers, au même endroit, deux siècle plus tard.
Mais faire mourir des dizaines de milliers d'hommes ne compte pas
pour lui: il a ses centres de remonte, ses haras humains dont il
lancera les produits dans une nouvelle aventure sanglante.
Son descendant, Hassan II vante dans son "Défi" ses succès contre
l'étranger. Mais Tanger a été abandonné par les Anglais qui lui
préféreront la position supérieurement stratégique de Gibraltar.
Moulay Ismaël n'a donc conquis qu'une place vide! Et dans ses
rapports vrais avec Louis XIV - pas ceux folkloriques de son mariage
projeté avec une princesse de Conti! - il a toujours cédé. Il
arrêta même la guerre maritime - la fameuse course que les
étrangers savaient fort bien utiliser à leur profit - et n'a pas
su obliger Louis XIV à un échange général des prisonniers.
Contrairement à l'image trop répandue des vilains barbaresques
détroussant les navires chrétiens, il y avait beaucoup plus de
Marocains prisonniers du roi de France et qui permettaient aux
galères de Colbert de naviguer, que de Français dans les geôles
de Moulay Ismail (quelques dizaines seulement), Moulay Ismail se
contenta d'un échange de un contre un qui avantageait
outrageusement le "Roi-Soleil".
Louis XIV avait, du reste, bien tort de traiter d'État à État.
Avec un "Alaouite", il faut parler gros sou. Les Espagnols s'y
prendront beaucoup mieux. Ils enverront un franciscain, le bon
frère Diego, lequel, bien appartenant à un ordre mendiant, arrive
avec des cadeaux pleins le froc. Le frère Diago parle très bien
l'arabe, amuse le sultan, le comble de cadeaux. A chaque présent,
il reçoit en échange un ou deux prisonniers espagnols. En 35 ans
Diego recevra 60 prisonniers. Pas question de réciprocité pour les
Marocains prisonniers des Espagnols: des nationaux, Moulay se moque
bien! Il a ses belles pendules en or, ses broquarts éclatants, ses
armes enrichies de pierres précieuses et même des services à
thé. Les Marocains peuvent bien pourrir dans des prisons ignobles,
les plus atroces d'Europe: le sultan s'amuse tellement avec frère
Diégo!
Le "grand" homme de la famille meurt de sa belle mort, comme la
plupart des tyrans: "sa mort est le signal immédiat de
l'anarchie… Le Maroc est secoué par la plus grave crise de son
histoire." Ce n'est pas moi qui le dit , qu'on ne m'accuse pas de
"subjectivité ", c'est le manuel scolaire marocain.
Après sa mort, et par les luttes internes entre les descendants de
"Moulay" Ismaël pour le pouvoir, le Maroc fut plongé dans des
guerres civiles sanguinaires et interminables jusqu'au début du
vingtième siécle, affaiblessant ainsi le pays et l'ouverant
largement aux envahisseurs étrangers.
La réalité accusatrice est tellement énorme qu'on ne la peut
cacher. Toute la tyrannie du règne de Moulay Ismail aboutit en fait
- après des dizaines de milliers de victimes - à la plus
monstrueuse et à la plus sanglante des pagailles, uniquement à
cause de la nature du pouvoir alaouite. Pour mettre le pays à
genoux il a passé son règne à inventer une armée d'occupation
constituée d'esclaves noirs étrangers et de petits féodaux. Et
ce, pour rétablir un ordre qui n'est troublé du reste que par sa
présence!
Et cette armée (chargée de maintenir un Etat-personnel et un
pouvoir strictement personnel contre la nation) va se retourner,
enfin de compte, à la fois contre l'État "alaouite" et contre la
Nation marocaine. Les horreurs des empereurs romains de la
décadence ne sont que jeux de patronage à côté des cruautés
dont les fils et descendants de Moulay Ismail ( dont voici,
ci-dessous les portraits par ordre de succession) soutenus par leurs
mercenaires étrangers, vont se rendre coupables."
/......./
À suivre sur:
http://www.abbc.net/alaouites/index.htm
http://www.abbc.net/alaouites/index.htm
" 9. Abdelaziz: descendant d'une mère circassienne,
désigné par un esclave noir qui exerçait le vrai pouvoir
"Moulay" Hassan I (1873 - 1894) - portrait et sur le cheval -
(grand-père de Hassan II)
ayant à sa droite le "célèbre" " Grand Vizir" noir Ba Ahmed
Le sultan abdel aziz, fils de Hassan I(né le 24 fevrier 1878 à
Marrakech),
ici en tenue d'officier turc: sa mère "lalla rkia" était turque
d'origine juive
La mère de Moulay Abdelaziz était circassienne d'origine juive.
Elle s’appelait Lalla Requïa, elle savait chanter et danser. Elle
avait été achetée chez un spécialiste de Constantinople, avec
trois autres filles toutes aussi circassiennes, pour un prix global
de cent mille francs or. Ce n’est pas la somme, en soi fabuleuse,
qui intéresse ici ni cet épisode de l’histoire vue par le trou
de la serrure, mais bien le rôle que va jouer Lalla Requïa pour
l’avenir de la dynastie : elle ne s’est pas contentée de
chanter et de procréer, elle a aussi joué un rôle politique
néfaste : elle dominait complètement l’esprit du vieux Moulay
Hassan, ce qui explique qu’Abdelaziz devint le fils hautement
préféré et élevé dans du coton au Palais, tout en étant un
instrument docile dans les mains de Ba Ahmed qui pouvait ainsi
manipuler plus facilement le sultan par l’intermédiaire de
l’épouse préférée et intrigante. C’est sans doute ce qu’a
voulu insinuer Hassan II, en l’occurrence officiellement arrière
petit neveu de la circassienne, quand il écrit : «C’est avec
fierté que je puis dire que les mères, grand-mères, aïeules des
souverains alaouites appartiennent toutes aux familles populaires
les plus modestes (« Le Défi », p.149) ». Ce doit être une
démonstration par l’absurde ! On s’attendait même à ce
qu’il nous parlât de sa propre mère offerte par le Glaoui à
son père enceinte - de lui - de six moi, mais il nous laisse sur
notre faim. Les contrevérités d’Hassan II s’accrochent
désespérément aux généralités. Ni nom, ni date, ni fait. Je
règne, donc je mens.
10. Ba Ahmed: qund un esclave
devient le vrai sultan...
Ba Ahmed - d'un père noire venu d'Afrique noire, et d'une mère
juive, c'est-à-dire, selon la tradition sioniste, un vrai juif -
n’était ni politicien local ni un homme d'état marocain.
C’est une tradition familiale qui tient d’une part au goût
déjà démontré des Alaouites pour le personnel esclave servile et
d’autre part à leur méfiance constante envers les Marocains
Laissons un observateur étranger le décrire. Parlant de Ba Ahmed
et de son pouvoir au Maroc, voici ce qu'a écrit l'écrivain
Français Robert Brasillach, dans son livre La Conquérante,
republié chez Plon à Paris en 1943, p 333 :
"Le maître du monde, à Marrakech, c'était le grand vizir Ba
Ahmed, fils d'un nègre et d'une juive. Un horrible personnage,
bouffi de graisse, avec un ventre ballonné, un goinfre, brutal et
sadique. Comme il était de basse extraction, il voulait tout ce
qu'il y a de plus beau, les bijoux, l'or, les palais ... Et ne
croyez pas qu'il ait simplement laissé faire. Il discutait avec les
architectes, un peu à coup de bâton, il leur imposait ses idées,
et finalement celles d'un Français qui est le véritable
inspirateur du palais. Je l'ai connu, c'est le capitaine Erkmann,
qui avait gagné les bonnes grâces du nègre et de son principal
architecte El Mekki."
Pour gouverner contre leurs sujets, les alaouites ont toujours fait
appel à des esclaves ou à des renégats qui leur devaient tout.
Moulay Ismail a donné l’exemple en séquestrant le pays avec une
armée d’esclaves importée à prix d’or ou volée chez des
particuliers au mépris du droit des gens.
Sitôt arrivé à Rabat avec la dépouille de son maître - Moulay
Hassan I - mort depuis quatre jours, Ba Ahmed avait jeté en prison
les deux fils aînés de feu le sultan : Sidi Mohammed et Moulay
Omar. Ce qui avait grandement simplifié dans un premier temps les
problèmes de succession. Puis comme son rôle d’homme de
confiance et de grand maître des cordons de la bourse ne
l’avaient pas suffisamment enrichi, il fit main basse sur la
fortune du Grand Vizir ( Djemaï) et du ministre de la guerre ( Si
Mohammed Seghir), - fortunes acquises, tout aussi scandaleusement
du reste - en jetant ces deux personnages dans un cul de basse
fosse à Tétouan, pour éviter toute réclamation. On ne les revit
jamais.
Il avait ensuite nommé aux postes « importants » des hommes
dévoués à sa personne ou incapables, souvent les deux. Entourés
de nullités ou d’instruments dociles, Ba Ahmed pouvait gouverner
tranquillement : ce n’était pas « l’héritier de cent rois »,
l’inexistant Moulay Abdelaziz qui allait le gêner.
11. La canaille Ba Ahmed, sous produit des alaouites,
gouvernait le Maroc pendant des années!
Analphabète et borné, Ba Ahmed ignorait tout du reste du monde,
grave lacune à l’heure où l’impérialisme triomphant cherchait
partout des os à ronger. Il avait seulement hérité de son maître
Hassan Ier l’art de diviser pour régner sur le pays , de
neutraliser les forces vives du Maroc dont la conjonction aurait
été mortelle pour la couronne. Pour régner, il fallait vivre
contre le pays réel ou être chassé.
Ba Ahmed allait vivre à n’importe quel prix pour assurer un
pouvoir que le monarque n’était pas même en mesure de lui
disputer. En effet, l’on ne vit pas tranquille, quand on «
gouverne » seul contre tous.
Le premier ministre tout neuf ne dormait jamais deux fois de suite
dans le même lit pour échapper aux inévitables assassins. Son
frère Si Saïd occupait une position essentielle pour la bonne
marche des affaires : il goûtait tous les aliments qui étaient
présentés à son frère.
Ba Ahmed avait tellement peur d’être empoisonné que Si Saïd
assistait en personne à la préparation de menus de vizirs et
faisait sceller les plats pour qu’on ne puisse rien y jeter entre
les fourneaux et l’estomac (de requin) du maître du Maroc. Le
système ultra corrompu marcha fort "bien" pendant des années. Puis
Si Saïd mourut de mort naturelle, supposa-t-on, tout en sachant
très bien que personne ne goûtait ses plats à lui. Son frère le
suivit dans la tombe au bout de quelques semaines. On est en mesure
d’affirmer, sinon de prouver, que ce n’est pas le chagrin qui
l’a terrassé !
Mais comme personne ne voulait remplacer Si Saïd…
C’était ça le gouvernement alaouite, à l’aube du 20ème
siècle. C’était donner bien des tentations à un (futur)
envahisseur qui n’en demandait pas tant.
Cette franche canaille de Ba Ahmed maintenait seule la fiction
d’un gouvernement. Sa mort, le 13 mai 1900, marqua vraiment le
commencement de la fin.
12. Après Ba Ahmed, Abdelaziz ne régnait que sur
son palais qu’il ne pouvait pas quitter sans risque
Le vieux ministre avait parfois réussi à faire rentrer des
impôts. Quelques garnisons chérifiennes vivotaient encore à Taza,
Oujda, Tarfaya, Agadir et Taroudant et dans le Tafilat « berceau »
de la dynastie, où elles étaient supportées par le peuple, à la
condition expresse de ne pas quitter ses qasbas écroulées. On les
oubliait.
La mort de Ba Ahmed allait permettre à Moulay Abdelaziz, non pas de
régner sur son royaume, il en était bien incapable et ses sujets
n’en voulaient pas, mais au moins sur le palais de Fez qu’il ne
pouvait pas quitter sans risque.
Enfin il régnait en maître au bout de sa chambre, un beau cadeau
pour ses vingt-deux ans. Il s’en offrit un autre et c’est tout
ce qu’il fit : il confisqua l’énorme fortune de Ba Ahmed qui
laissait inachevé le somptueux palais de la Bahia à Marrakech,
indécent de luxe, escale obligée aujourd’hui pour les touristes
consciencieux, et dont pas un zellige (céramique), pas un morceau
de cèdre n’a été acquis honnêtement.
Le palais de son frère Dar Si Sahid, a été édifié tout près de
la Bahia dans les mêmes conditions. Les partisans du frère
d’Abdelaziz, Sidi Mohamed, qui était toujours en prison,
tentèrent bien de se battre, les armes à la main pour leurs
favoris, mais sans une victoire exagérée, si bien que le très
jeune ministre de la guerre, aussi séduisant que nul, réprima
facilement de menus débuts d’insurrection qui n’auraient rien
changé.
Ravis de cette « efficacité », le sultan s’empressa de lui
remettre les réalités de ce pouvoir que Ba Ahmed avait emporté
dans la tombe. L’élégant gentilhomme remplaça le vieux noir
retors et Moulay Abdelaziz retourna à sa vie de gamin trop gâté.
Tout était en ordre. C’est-à-dire dans le plus grand désordre.
"La nation marocaine n’existe pas sans le roi " a Hassan II eu le
culot et lecourage de dire dans son: « Défi », (p.9).
En cette année zéro du vingtième siècle le sultan n’existait
plus, la nation marocaine survivait malgré lui, les puissances
occidentales veillaient sur leur proie. C’est grâce au vélo que
le sultan allait découvrir l’existence de l’Europe.
13. Abdelaziz ne régnait plus que sur une
foule de gadgets et de jouets du sultan
Abdelaziz, sultan sans royaume, ne régnait plus que sur une foule
de gadgets qui captivaient l’essentiel de son temps et vidaient la
totalité du trésor public et celui laissé par son père Moulay
Hassan.
Un souverain alaouite - jusqu'à Mohamed VI d' aujourd'hui - n’a
jamais vraiment su ce que c’était qu’une route, qu’un
hôpital, une école; il ne joue que des semblants d'exercices
théâtrale du pouvoir, et jamais l’argent des impôts n’a été
employé essentiellement pour la collectivité : le trésor public,
c’était la tirelire du roi. Jusque là, aucun souverain ne
l’avait complètement cassée. On pressurait le peuple, oui, mais
on gardait toujours un petit fond de caisse. Même Hassan Ier avait
réussi à laisser 60 millions de pesetas hassaniens à son fils
gâté.
Mais Abdelaziz allait toucher le fond du gouffre, casser sa belle
tirelire et endetter le pays pour s’offrir des joujoux. La
dynastie a infligé au Maroc une belle série de coquins criminels
et incapables.
C’était la première fois que la mafia alaouite présentait un
adolescent attardé. Il était devenu la coqueluche des
représentants de commerce juifs qui savaient que l’on pouvait
vendre n’importe quoi au sultan de Fèz. Des autos, pour rouler
dans les jardins du Palais, puisqu’il n’y avait pas de routes et
personne pour assurer le service après vente. Des bicyclettes, des
canaux à moteur, des pianos à queue, des appareils photos.
Il en acheta même une bicyclettes en or massif ( 37.000 francs or)
fait spécialement pour lui « sur mesure » par un industriel
cynique. Il faisait venir des prestidigitateurs de toute l’Europe
pour acheter des tours qui n'étaient pas à vendre. Il s’enticha
ensuite de feux d’artifices. On tira tous les soirs pendant des
semaines des fusées qui ravissaient l’entourage d’Abdelaziz,
mais dont la valeur aurait suffi à nourrir dix mille personnes
pendant trois mois .
14. Amuser "le descendant du prophète"
pendant que croule la nation du prophète !
Ensuite ce furent les cuisinières à charbon, mais il n’y avait
pas de charbon pour plus de deux jours. Puis les pendules, sans
doute nécessaires pour le « maître de l’heure ». Puis des
corsets de femme et des falbalas des grands boulevards parisiens.
Bref, n’importe quoi à n’importe quel prix. Rien n’est trop
beau ni trop cher pour amuser "le descendant du prophète" pendant
que croule la nation du prophète.
La seule innovation politique d'Abdelaziz, entre deux séjours à la
nursery sera la création du "tertib", un nouvel impôt qui sera
parfaitement exploité par le "Protectorat" pour avantager les
colons européens au détriment des Marocains. Mais ce n’est pas
l’occupant qui l’a inventé, comme le prétend Hassan II, mais
bien son grand-oncle sorti pour une fois de son infantilisme. Et
c’est son autre grand oncle Hafid qui aggravera cet impôt
inventé pour remplacer l'impôt islamique Zakate seul admissible.
Cet instrument d’oppression est le seul fait de la dynastie encore
au pouvoir au Maroc aujourd'hui, instauré douze ans avant qu’un
autre souverain alaouite ne signât le honteux traité d'occupation
appelé: "protectorat".
Mais, comble d’infortune pour le souverain velléitaire,
l’impôt new-look et détesté aggrava la trésorerie alaouite
puisque les anciens impôts abandonnés ne rentrèrent évidemment
plus et que le nouveau mit près de deux ans à rapporter dix fois
moins que les anciens. Coup d’essai, pas de clerc. Mais Abdelaziz
s’en fichait :il était déjà retourné à ses petites voitures
mécaniques et pour payer des factures il empruntait de l’argent
aux banquiers juifs et aux puissances occidentales ravies de prendre
une hypothèque qui se révèlera être impossible à lever.
Ces factures impayées d’un monarque incapable, c’est le peuple
marocain qui devra les payer de 44 ans d’un protectorat qui s’en
ira en donnant en 1956 à un sultanat traditionnellement impuissant
les moyens matériels, sécuritaire et militaires d’une dictature
féodale mécanisée et aggravée. Moulay Abdelaziz est un filou, un
insensé, un fou criminel de l’histoire de notre pays. Coupable de
haute trahison, il s’esquivera avec un gros pourboire bien
mérité jeté par la future puissance occupante qui le lui devait
bien : il a fait beaucoup pour la France. Assez pour discréditer à
tout jamais une dynastie qui aura précipité un pays dans
l’abîme.
15. Quand Ba Ahmed empêcha l’envoyé
spécial français de rencontrer Abdelaziz...
La compétence de l’entourage politique du premier ministre était
si ahurissante qu’elle stupéfia l’Europe. Ba Ahmed avait
décidé d’envoyer un représentant de la couronne aux fêtes du
jubilé de la reine Victoria, à Londres en 1897. Les Anglais
tenaient beaucoup à impressionner les Marocains par leur faste et
la grandeur de l’impératrice des Indes offerte à l’admiration
des foules.
La délégation marocaine devait faire un petit crochet par Paris,
louable souci d’économie, pour ménager l’amour-propre des
Français qui n’avaient rien à fêter, mais qui étaient
d’envahissants voisins en Algérie. C’était une bonne gestion,
c’aurait pu être de la bonne politique.
Hélas, Ba Ahmed choisit comme ambassadeur un de ses frères, pas
celui qui goûtait ses plats pour mourir empoisonné à sa place, un
autre, dont tout Fèz savait qu’il était « faible d’esprit ».
Faible mais suffisant, sans doute, pour ces vagues "tribus"
françaises et anglaises que Ba Ahmed sous-estimait, d’autant plus
qu’il n’en savait rien.
Ce qui devait arriver arriva. Pendant que l’ambassadeur
exceptionnel regardait une brillante revue des troupes françaises
sur l’hippodrome de Longchamp, ce qui aurait pu lui donner des
idées sur la force militaire des puissances économiques, il piqua
une crise de démence. Il fallut le ramener à son hôtel, écumant,
prononçant des propos incohérents.
Son Excellence l’ambassadeur de la cour alaouite venait de sombrer
définitivement dans la démence la plus totale. Les Français le
rapatrièrent sur le croiseur « Alger », transformé pour la
circonstance en asile diplomatique qui débarqua le bienheureux
frère du premier ministre à Mazagan. On l’enferma à Marrakech.
Ba Ahmed qui avait tout perdu, et d’abord l’honneur dans cette
pénible affaire, y gagna pourtant un joli cadeau l’année
suivante. Puisque le Lagardère marocain ne pouvait pas aller au
Quai d’Orsay, la France irait à lui. Ba Ahmed, suivant sa bonne
habitude, empêcha l’envoyé spécial français de rencontrer
Abdelaziz, le reçut entre deux portes, mais en reçut un jeu de
superbes glaces qui ornent encore le palais de la Baya.
16. Ba Ahmed: sous produit du
système du gouvernement alaouite
Comme on le voit Ba Ahmed - sous produit du système du gouvernement
alaouite - avait « l’esprit assez court », selon le mot d’un
diplomate. Autrement dit, son intelligence était fort limitée.
Mais il était « tenace et extrêmement vigilant », autrement dit
fidèle aveuglément. On en demande pas plus à un courtisan,
surtout pas, car les rois n’ont pas besoin de citoyens, mais de
sujets, des esclaves dociles. Au reste, dans la famille au Maroc,
l’on était serviteur du Palais de père en fils. Le grand-père
de Ba Ahmed avait modestement commencé comme « Moul El Ferach »
chargé du lit du sultan, Moulay Slimane.
Discret, dévoué, mais imprudent. Le grand-père fut tué un beau
jour à la porte du palais par des soldats qui n’avaient pas
touché leur solde depuis une éternité. Il laissait un fils Moussa
né de sa femme juive d' Espagne, qui allait devenir grand-vizir du
sultan Sidi Mohammed et père de Ba Ahmed, le « père Ahmed », de
son vrai nom, Si Ahmed Ben Moussa.
Moussa amassa une énorme fortune en organisant les plaisirs du
souverain. Cet entremetteur de haut rang, la race n’en est pas
disparue, mourut de sa belle mort sur un tas d’or. Car il avait eu
la précaution de s’entourer d’une garde efficace et bien
rémunérée. La mort de son père l’avait marqué! Mais il
laissait au sultan sa fortune et son fils Ahmed, notre "Ba Ahmed",
né d’une de ces femmes d’origine juive.
17. Comment l’on fait une grande carrière
politique à la cour alaouite...
Le jeune "Ba Ahmed" grandit au Palais et devint le compagnon de jeu
du futur sultan Moulay Hassan qu’il ne devait plus jamais quitter.
Voilà comment l’on fait une grande carrière politique à la cour
alaouite. Rien n'a changé depuis... Guédira a bien été le
camarade de classe de Hassan II, et ceux qui vraiment gouvernent le
Maroc d'aujourd'hui sont les juifs et les camarades de classe de
l'enfant alaouite gâté Mohamed VI !
Le pays était pauvre, mais le sultan était riche. Le trésor du
sultan ne contenait que de l’argent, pour payer éventuellement
l’armée, le trésor du sultan était fait d’onces d’or
(doublons d’Espagne), pièces anciennes inestimables, de louis
français et de livres sterling. Monnaies rares qui provenaient
toutes de cadeaux offerts par les pachas les gouverneurs et les
caïds, obligés de verser leur obole pendant les fêtes
religieuses, pour les anniversaires, les mariages ou les naissances
du Palais.
Marques d’attachement automatiques, coutumes maintenues
farouchement par tous les sultans alaouites et qui coûtaient très
cher au peuple marocain, car il fallait bien que les notables
prennent cet argent quelque part : on pressurait le peuple pour
gaver sa cour. La touchante cérémonie était très sobre : le
caïd déposait son offrande sur les genoux de "Sidna" qui le
recevait en tête à tête.
Le caïd parti, Ba Ahmed entrait avec son gros registre, prenait la
somme, l’inscrivait avec le nom du donateur et enfouissait
registres et pièces dans la salle du trésor, contiguë à la
chambre du sultan. Au suivant ! Hassan Ier laissa soixante millions
de francs or à son fils – plusieurs dizaines de milliards de
centimes. Il ne savait pas gérer le pays. Il savait faire des
affaires…
18. Les sultans alaouites sont des
descendants de leurs mères...
Les alaouites attribuent une grande importance à leur origine pour
donner, à leur pouvoir usurpé et illégitime, une légitimité de
l'héritage familiale du pouvoir.
Mais Hassan II, et tous les stupides menteurs de la propagande
alaouite, ne pourront faire croire à personne que les sultans
alaouites ont eu des grands-pères maternels marocains, arabes ou
musulmans: brodeurs de babouches à Tétouan, fellahs dans le Moyen
Atlas ou caravaniers...!
Puisque, avec les sultans alaouites, on ne peut jamais être sure de
qui sont réellement les vrais pères, l'on peut - au moins - savoir
avec une relative certitude qui en sont les mères.
Selon la tradition des juifs - auxquels les alaouites sont très
liés - l'identité ethnique se transmet par la mère.
La mère de Moulay Yazid, ce sultan du 18ème siècle, qui a été
bandit de grand chemin, avant de monter quelques mois sur le trône,
était une irlandaise. L’esclandre même pauvre. Ce n’est pas
exactement le prolétariat marocain ou de la famille du prophète.
Sidi Mohammed ben Abdallah avait une grand mère anglaise,
décidément ! Et une de ses favorites était corse. On sait même
son nom Francheschini, mais l’on ne saura jamais lequel des
tyranneaux alaouites a du sang corse dans les veines.
Au reste, ce Sidi Mohammed Al Abdellah avait l’Europe dans le sang
puisqu’il épousa une italienne « de grande beauté », raconte
le docteur et chirurgien juif William Lemprière qui, débarqué à
Tanger en septembre 1789, passa quelque temps à sa cour et avait
soigné les yeux du fils du souverain ( voir, traduit de
l’anglais, « Voyage dans l'empire de Maroc et le royaume de Fez,
fait pendant les années 1790 et 1791 » ). La belle italienne
avait été capturée très jeune à la suite d’un naufrage et
offerte au sultan qui la fit élever dans son harem. Il l’épousa.
Ce n’est toujours pas une fille de forgeron de Demnat ou de l'un
des descendants du propète. Et ce n’est pas encore cette fois que
le sang robuste d’un honnête travailleur marocain a pu se mêler
au sang illustre d’"un descendant du prophète". Sidi Mohammed
inflige le plus cinglant des démentis à son rejeton mégalomane
Hassan II : une autre de ses femmes était espagnole, une autre
fille d’un renégat irlandais. Si je compte bien, sur ces quatre
femmes "légales", trois étaient européennes.
Moulay Abderrahman avait reçu en cadeaux une jeune fille française
dont il eut deux fils qui ne régnèrent pas, pour l’unique raisin
qu’ils furent tous les deux empoisonnés avec leur mère.
19. La véritable tare organique du système
de l’héritage du pouvoir politique...
Fils d’une favorite circassienne de son père "Moulay" Hassan, et
non pas d’une « femme du peuple », comme le prétendait son
petit neveu Hasan II qui voulait démontrer à n'importe quel prix
que la monarchie alaouite plonge ses racines dans les tréfonds du
peuple marocain.
Il était le chouchou de son père qui avait par ailleurs deux
autres fils qui ne valaient pas mieux.
Mais revenons un moment sur l’origine « populaire » de la
monarchie grâce aux femmes.
On va très vite le voir. La dernière preuve d’incapacité
politique donnée par Hassan Ier, l’arrière grand père
d’Hassan II, est bien d’avoir exigé que ce nigaud sans
personnalité hérite de l’affaire familiale, je veux dire le du
Maroc.
A 16 ans, Abdelaziz succéda donc à son père. Un enfant dira-t-on,
mais c’est le la tare du stupide système de la transmission du
pouvoir sur tout un pays et un peuple par l’héritage : une
véritable tare organique.
En fait C’était le tout-puissant Ba Ahmed qui hérita du pouvoir,
se nommant premier ministre et calfeutrant son peu reluisant «
souverain » au fond de son palais d’où il ne le faisait sortir
que le jour de la prière pour bien montrer au peuple qu’il y
avait toujours un alaouite sur le trône.
L’exhibition terminée, on ramenait "l’émir des croyants" dans
ses appartements et le bon et fidèle ministre pouvait continuer à
faire sa fortune et celle de ses deux frères sur le dos du pays.
Le coup d’état de Ba Ahmed n’a pas même choqué le personnel
politique ni l’opinion publique qui méprisait encore plus ses
frères envahissants.
Moulay Ahmed, fils de Moulay Ismail fut déposé six fois ! Le «
consensus populaire » sans doute pris se modifiait à toute
vitesse.
Comme on le voit, les Alaouites ont fait faire un spectaculaire bond
en arrière à leur royaume.
Un témoin objectif note : « Moulay Abdelaziz avait passé les
trois premières années de son règne dans une oisiveté complète,
toujours enfermé dans son harem, il n’avait eu avec le monde
extérieur que des relations officielles très rares et étroitement
surveillées. »
Autrement dit, il ne savait pas ce qui se passait dans le monde, il
ignorait tout de son peuple, conditions particulièrement favorables
pour gouverner sans préjugés!
C’est ce que Hassan II appelle « une organisation du pouvoir
central autour d’une famille désignée par le choix populaire ».
(« Le Défi », p.154).
On voit bien à la rigueur un « pouvoir central » racketté par un
politicien, mais parler d’organisation et de consensus populaire
relève de la fiction la plus ahurissante !
Ba Ahmed était un « maire du palais » et Abdelaziz un authentique
« roi fainéant » : les Français ont connu ça chez eux, il y a
deux mille ans.
La différence entre la situation de Mohamed VI d'aujourd'hui et
celle de Moulay Abdelaziz, est que, maintenant, nos "Ba Ahmed" ne
sont, eux-mêmes en fait, que de simples marionnettes entre les
mains du pouvoir juif et d' Israël qui visent à mettre à genou et
à dominer notre pays et la nation islamique toute entière.
20. Une vraie occupation et un sultan fantoche
La France qui venait, jouissant de l'appui russe, de mettre en
échec l'Allemagne (1) - grâce à laquelle précédemment
l'indépendance du Maroc avait été internationalement respectée -
lors de la Conférence d'Algésiras (1904), sûre de la neutralité
néanmoins peu bienveillante de l'Angleterre, commençait à faire
l'inventaire de son "protectorat"! En fait, le colonialisme
français s'accommodait évidemment fort bien du fantoche Sultan
alaouite de Fez qui allait lui laisser les mains libres.
Un Comité du Maroc, présidé par le député d'Oran Eugène
Etienne, ministre, de temps à autre, et théoricien de
l'administration coloniale directe et néanmoins futur protecteur de
Lyautey, s'était créé une nouvelle succursale du comité de
l'Afrique Française.
Le comité envoyait des missions d'étude au Maroc pour faire le
tour du "futur" propriétaire! Ces spécialistes "scientifiques"
"désintéressés" d'aujourd'hui seront les conseillers du
protectorat de demain.
Ségonsac, Gentil, Doutté et les autres étudiaient les tribus
marocaines pour mieux savoir les utiliser et les neutraliser. On
étudiait le réseau hydrographique, on recensait les ponts, les
gués, informations toutes très nécessaires à un corps
expéditionnaire…
La "République" française a besoin de savants! Action à double
tranchant qui échappait totalement à Moulay Abdelaziz qui ne
s'intéressait qu'à éterniser son pouvoir personnel! Il n'avait
retenu de la Conférence d'Algésiras que le souhait des grandes
puissances qui "souhaitaient" qu'il restructurât son armée. Et
il fallait par conséquent que ses rentrées fiscales fussent
suffisantes pour payer la solde de quelques milliers de fantassins
et les armes que ces mêmes puissances se faisaient un plaisir de
lui vendre avec le personnel militaire d'après-vente
21. Embryon d'une "armée-police moderne"
pour un féodalisme makhzénien mécanisé
Les dits conseillers militaires étaient là surtout pour renseigner
leurs gouvernements respectifs (français, anglais et même
italiens) sur l'évolution de la politique du makhzen alaouite et
l'état des forces du sultan alaouite. Cet embryon d'"armée
moderne" qu'Abdelaziz acceptait de façon humiliante n'était pas de
toute évidence destiné à préserver l'intégrité des frontières
du Maroc, mais à assurer le maintien de la "sécurité" et de
l'"ordre intérieur", afin de permettre une perception normale des
impôts et des douanes, dont la majeure partie, voire la totalité
revenait à ceux qui avaient prêté au sultan alaouite de quoi
s'acheter de nouvelles pour se protéger du peuple marocain.
Ce type d'armée-police était, au demeurant, absolument dans le
droit fil de la tradition alaouite qui, refusée par le pays, a
toujours dû se battre contre lui pour se maintenir sur le trône.
Ce n'était pas pour choquer les dignitaires du maghzen alaouite
qui, faute de rafler les impôts, spéculaient honteusement sur les
céréales. On n'imposait pas cette situation au sultan, ce sont ses
ancêtres qui l'avait imposée depuis deux siècles et demi: au
pays.
L'uniforme changeait, le système répressif demeurait.
Pouvoir de plus en plus affaibli et incapable de remplir sa mission,
mais identique à lui-même depuis des siècles.
Seulement cette fois le pouvoir était tombé si bas que les
Puissances - dont les intérêts se confondaient avec ceux du Palais
- devaient intervenir ouvertement pour maintenir un système qui
asservissait le peuple marocain, et tenter de prévenir toute
révolte de sa part.
Ces précautions ne suffiront pas à endormir la conscience
nationale spontanée des Marocains.
Ils se révolteront.
Et à chaque fois le Palais et les envahisseurs étrangers se
retrouveront unis pour mâter les résistances populaires.
Ce sera toute l'histoire de la première moitié du vingtième
siècle.
Mais déjà en 1904, les camps sont nettement définis.
D'un côté, le Maroc vrai, le Maroc profond que la monarchie
empêche de se relever.
De l'autre, cette monarchie exsangue qui, pour maintenir son
parasitaire existence tyrannique, ne peut trouver comme alliées que
la future puissance occupante et ses rivales colonialistes qui la
surveillent plus ou moins lucidement.
22. La trahison des Alaouites est totale
La monarchie alaouite est l'alliée, et donc la dupe, de
l'impérialisme coloniale mercantile et industriel, fondé sur le
modèle anglais, alors en pleine expansion, et qui ne connaît que
des succès grâce à l'absence d'opposition suffisante qui peut
faire le poids.
C'est un marché honteux - entre les alaouites et les envahisseurs
étrangers.
Et tout marché implique une rémunération.
Le sultan s'est acheté un gendarme.
Comme il ne peut pas le payer, il laisse tout un peuple en gage ou
en otage.
C'est à ce prix qu'il pense garder son pouvoir.
Les intérêts vont courir: il s'en moque. Il est insolvable. Les
puissances occidentales ont fait indubitablement une affaire: il est
beaucoup plus efficace de garder le sultan sur son trône que de
conserver un rituel.
Ils agiront plus efficacement derrière cette fiction.
Le sultan alaouite va collaborer sans réserve avec les puissances
occupantes. Alibi, paravent, il va empêcher longtemps le peuple de
résister. Le couvercle va sauter, bien qu'il soit cramponné
dessus. Il ne faisait pas le poids!
La trahison des Alaouites est totale. Et elle est double.
Trahison active en acceptant – avec des minauderies de vieille
coquette, pour la galerie - que soit institutionnalisée la
présence étrangère qui conforte le sultan sur le trône, son
unique souci.
Les intérêts supérieurs de la nation, les Alaouites n'ont jamais
su ce u'ils sont!
Trahison passive qui durera jusqu'aux derniers soulèvements
populaires des années 53-55, en ne centralisant pas les
innombrables mouvements de résistance qui vont se développer dans
tout le pays, et en aidant au maximum son gendarme français à les
réprimer.
23. Les lois des occupants signés par le sultan!
Protégé par la France, il bazarde son armée !
Le flic est français, mais le mandat d'arrêt est signé par le
sultan! Et par personne d'autre. On l'a trop souvent oublié après
l'"indépendance".
C'est la logique même d'un pouvoir détesté qui aura toujours
segmenté l'unité nationale. Pour faire reculer un peu le spectre
hideux de la banqueroute Abdelaziz brade, et c'est un symbole, les
seules forces modernes et efficaces qui sont à sa disposition.
Le sultan "fourgue" son seul navire de guerre opérationnel, le beau
"Bachir". Petit croiseur tout neuf, il a été livré, six ans plus
tôt, en 1899. Construit à Livourne, commandé par des officiers
scandinaves et manœuvré par un équipage marocain. Abdelaziz le
bazarde, curieusement, à la Colombie.
Le marchandage a eu lieu entre minuit et deux heures du matin dans
un bistrot derrière l'Opéra de Paris. De la haute politique! De
quoi s'acheter quelques jouets pour le sultan: quelques trains
électriques ou appareils photos de plus!
Puis Abdelaziz solde le "Sid Et Turki", petit cargo commandé en
Allemagne dans les années 1890.
Puis les vieux "Hassani" qui avaient été longtemps la gloire de
son père Hassan Ier et qui était un navire garde-manger: il
permettait à ses troupes de ne pas mourir de faim quand elles
partaient en opérations contre leur propre peuple et dans leur
propre pays et jamais pour défendre la patrie!
Le "Hassani" était un cargo britannique qu'Hassan Ier avait acheté
aux Anglais en 1885 au temps où ils dominaient à la cour de Fez;
1.100 tonnes de 40 hommes d'équipage. La perle de la flotte -
Abdelaziz n'avait plus besoin de garde-manger pour ses soldats:
l'intendance française prenait le relais. A la vérité, le
"Bachir" n'avait jamais beaucoup navigué. Il avait surtout un rôle
décoratif, qu'on aurait bien voulu être un rôle d'épouvantail,
dans la rade de Tanger, face aux légations étrangères qu'il
était supposé impressionner! S'en débarrasser était un geste
dérisoire et tristement symbolique.
Plus d'armée, plus de flotte même embryonnaire, le pays était à
la merci du premier hold-up. Abdelaziz n'osait même plus sortir du
palais, ni être protégé par sa garde commandée par des
étrangers, comme aux beaux jours de son aïeul Moulay Ismaïl.
24. Les alaouites ont massacré le Maroc
et ils y ont crée un chaos et vide politique
C'est dans ce vide politique total que des "prétendants" au trône
se mirent à pulluler. Leurs succès renouvelés montrent à quel
point le peuple marocain était désemparé et le pouvoir vacant.
On en présentera trois. Deux très connus: Bou Hamara et El Hiba.
Bou Hamara, ("l'homme à l'ânesse", ainsi surnommé parce que son
cheval de combat était une vieille bourrique) s'était constitué
un véritable royaume en se faisant passer pour le frère aîné
d'Abdelaziz, Sidi Mohammed, emprisonné, comme on sait, par Ba
Ahmed pour permettre à Abdelaziz de régner.
Selon la tradition alaouite, tous les fils du sultan mort ont les
mêmes droits à la succession. La règle de primogéniture ne sera
instaurée - pour la première fois en droit - que par Mohamed V
(sur proposition de Mehdi Ben Barka, alors président du conseil
consultatif) sur le modèle des monarchies occidentales, au
bénéfice d'Hassan II.
25. La profonde imbécillité du système monarchique
Ainsi les douze fils de Hassan Ier avaient-ils les mêmes droits.
Les paysans de Taza qui soutenaient les droits du supposé Sidi
Mohammed, n'avaient rien de hors-la-loi.
Ils ne faisaient que montrer l'imbécillité profonde du système
monarchique et souligner à quel point le sultan régnant ne
régnait pas dans les "cœurs" des citoyens…
Il fallait seulement une marionnette sur le théâtre.
Bou H´mara était un prodigieux homme de scène et il avait séduit
les masses forcément naïves par la magie de son verbe et celle de
ses tours de prestidigitation. Son habileté avait de quoi rendre
Abdelaziz fou de jalousie, lui qui faisait venir à prix d'or des
vedettes européennes pour effectuer des tours que Bou H´mara
faisait tous les jours aussi bien, dans le Rif.
Toute cette farce est sinistre, car c'est le peuple qui en fait les
frais, mais il faut le dire. Dans tous les cas, on l'amuse pour
mieux le dominer. Si bien que les tribus se levaient derrière Bou
H´mara et marchaient sur Fez pour détrôner "l'usurpateur"
Abdelaziz.
Bou H´mara s'était même composé une petite cour sur le modèle
de celle de Fez. Il était fin prêt à prendre le pouvoir que
n'avait jamais détenu Abdelaziz: d'autant plus qu'il - comme
Mohamed VI d'aujourd'hui - n'avait pas d'idées politiques. S'il
avait été le vrai Sidi Mohammed il n'aurait fait que maintenir le
système. C'était tout simplement un escroc particulièrement
culotté et bourré de talents. Très largement suffisant pour
menacer une monarchie aussi caricaturale que lui. C'est ce que ne
pouvaient accepter les Puissances étrangères qui surveillaient le
gâteau marocain: il fallait absolument que l'Alaouite d'alors
restât sur le trône pour u'elles puissent passer à table. On
n'eût pu en inventer un de plus complaisant. On y veillera. On va
le voir.
Bou H´mara n'avait eu aucun mal à constituer son petit "makhzen"
à lui, représentation grandeur nature de celui qu'il avait si bien
connu, quand il n'était pas le "frère" du sultan, mais tout
simplement un obscur secrétaire du makhzen mis à la porte pour des
raisons que l'Histoire n'a pas retenues.
26. Manque de maturité politique des marocains!
On ne choisit pas entre la peste et le choléra !
Bou H´mara s'appelait en réalité Jilali Alsfi Azzerhouni et il
allait faire payer très cher son licenciement sans indemnités!
Ses troupes augmentaient en s'approchant de Fez. Les tribus de la
montagne se soulevaient en masse pour renverser un sultan et le
remplacer par un autre, inexcusable manque de maturité du peuple
marocain (qui s'est d'ailleurs répété, quarante ans plus tard,
avec l'accueil stupide réservé au cheval de Troie du
néocolonialisme Mohamed V. Tel - pour, résoudre nos problèmes
actuels avec cette décadente mafia criminelle alaouite - imaginer
le remplacement de la peste Mohamed VI par le choléra "Moulay
Hicham", candidat à une nouvelle "bouhmarisation" moderne du
Maroc)!
Complètement paniqué, Abdelaziz réunit ce qui lui restait de
troupes, donna le commandement en chef à un oncle, le "chérif"
Abdesselam Alamrani. De toutes façons il n'y avait pas foule pour
briguer le poste.
Le 22 décembre 1902, les troupes alaouites subirent, comme
d'habitude, une défaite totale. Les paysans marocains savaient
contre qui ils se battaient, même s'ils se trompaient et ne
savaient pas pour qui!
Les vagues de mercenaires étrangers d'Abdelaziz étaient en fait
démobilisés avant même de monter au combat. Ce qui leur coûta
très cher. Ils eurent des centaines de tués et de blessés: les
gens de la montagne avaient très vite appris à se servir des
fusils modernes à tirs rapides.
L'armée du sultan perdait ses tentes, ses munitions, et douze
canons qui n' avaient pas eu le temps de tirer.
Les fuyards se jetèrent éperdument dans Fèz, y semant une panique
contagieuse qui déboussola complètement la ville.
Bou H´mara sous-estima les dégâts qu'il avait faits et se
contenta de rentrer dans sa petite principauté de Taza qui
suffisait peut-être à son ambition et à son bonheur, mais ce qui
provoqua son malheur.
L'horrible peur avait tout de même causé un miracle; elle avait
donné une idée à Abdelaziz. Pour démystifier Bou H´mara, il fit
tout simplement sortir son frère Sidi Mohammed de sa prison, le
nomma gouverneur de Fèz, après réconciliation à grand spectacle
sur la place publique et tout le Maroc, apprit que Bou H´mara
était un menteur. L'effet fut fâcheux sur une partie de ses tribus
amies qui n'avaient plus de prétexte apparent pour détrôner
Abdelaziz. Les plus dures restèrent auprès de lui, puisqu'il les
menait toujours à l'assaut du trône.
27. On a réussit à couper cinquante
têtes de rebelles et à les faire afficher...
Si Bou H´mara avait manqué une facile victoire par k.o, Abdelaziz
n'était toujours pas tiré d'affaire, car son ministre de la
guerre, le beau L'Mnebhi, suivant la tradition alaouite, réussit
bien à couper cinquante têtes de rebelles et à les faire afficher
sur les créneaux de Bab Mahrouk à Fèz,
il ne put profiter de ses petits succès initiaux. Faute d'argent,
le général se retrouva sans soldats et rentra à Fez sans avoir
inquiété Bou H´mara, le roi de Taza.
C'était le statu quo, ridicule pour le palais, flatteur pour Bou
H´mara.
Avec les conseillers français qui sévissaient au Palais,
l'état-major d'Abdelaziz mis au point un plan fastueux pour
encercler Bou Hmara.
L'armée française permit à l'oncle Arafa de partir de la
frontière algérienne (département français) et l'armée
espagnole permit à l'autre oncle El Amrani, le vaincu de la
veille, de s'appuyer sur Melilla, forteresse espagnole enclavée
dans le sol marocain.
De toute évidence, les Puissances occupantes tenaient à ce
qu'Abdelaziz reste en place.
Un faux sultan reçu pour vrai n'arrangeant point leurs affaires.
Mais elles ne pouvaient pas intervenir directement, car il fallait
protéger l'amour-propre du sultan protégé et surtout celui de
l'Allemagne, très sourcilleuse sur ce point de la préservation de
l'indépendance du Maroc.
Il fallait donc à tout prix donner la fausse impression de
"marocaniser" le conflit, mais aussi le faire cesser au plus vite.
En effet, le Protectorat que l'on concoctait n'était
internationalement possible que si le sultan "légitime" régnait à
Fez: la France et l'Espagne n'avaient pas internationalement le
droit d'intervenir militairement.
Tous ces calculs machiavéliques s'effondrèrent en quelques heures:
les deux oncles furent écrasés, l'un au Nord, l'autre à l'Est, si
bien que le 5 avril 1903, Bou H´mara fut proclamé sultan sous le
nom de Sidi Mohammed, dans Oujda en liesse!
Et, aujourd'hui, il est curieux de voir dans les livres officiels de
l'Histoire du Maroc à usage des lycées et des collèges que ce
sultan, après tout choisi par une province et non pas par un
quelconque Ba Ahmed comme Abdelaziz, ne figure pas dans les listes
officielles des souverains, bien qu'il soit resté au pouvoir plus
longtemps finalement que bien des souverains alaouites!
Naturellement, le succès de Bou H´mara faisait-il tâche d'huile:
une partie du Moyen-Atlas se déclarait pour lui.
Encouragé par Bou H´mara, Raïssouni, un autre membre de cette
mafieuse famille alaouite, un vrai cette fois, menaçait les portes
mêmes de Tanger.
Les Puissances occidentales commençaient à trouver la chose un peu
saumâtre. Leurs ministres étaient bloqués dans Tanger, le secteur
oriental était indépendant et risquait de donner un fâcheux
exemple aux Algériens étroitement quadrillés par des troupes
françaises de plus en plus mal à l'aise. Il suffisait d'un petit
fonctionnaire arriviste et rancunier pour mettre tout un édifice en
péril.
Un rien suffisait pour déclencher des réactions anticolonialistes
en chaîne authentiquement populaires, quand bien même dévoyées.
La leçon ne sera pas perdue.
28. Le Waterloo manqué des alaouites si l'armée
occupante n'était pas intervenue pour les sauver...
Le ridicule le disputait au tragique pour Abdelaziz et ses partisans
occidentaux. Le sultan sorti pour une fois de son palais pour venir
au secours de son ministre de la guerre Mnebhi que Bou H´mara avait
astucieusement laissé s'enfermer dans Taza, n'avait pu dépasser
Hajra El Kohila sur le Sebou, à une journée de marche de Fèz. Son
ministre échappé de justesse de Taza vint le rejoindre. Tous les
soldats s'étaient débandés. Personne ne voulait mourir pour un
tel sultan!
Abdelaziz et son ministre, entouré d'une demi douzaine de cavaliers
parvinrent tout juste à regagner Fèz et à s'enfermer derrière
ses murailles.
C'aurait été le Waterloo de la dynastie si l'armée française
n'était pas intervenue pour sauver la face. Elle le fit avec un
maximum de "discrétion" à cause de ses "associés", mais elle
sauva le sultan. Il faut s'appeler Hasan II pour oser parler de
"consensus populaire" à propos des liens entre la monarchie
marocaine et "son peuple"!
Paria dans son propre royaume, le petit sultan de Fèz fut sauvé in
extremis par les canons français. Les choses avaient au moins le
mérite d'être claires. Le sultan du Maroc s'est maintenu grâce
aux caissons de l'artillerie française. Mais c'est son frère et
successeur qui en profitera de la plus horrible façon.
Bou H´mara va tenir huit ans avec des fortunes diverses, plus
longtemps en tout cas que son rival Abdelaziz chassé par son frère
Hafid.
Bou H´mara avait installé son quartier général dans la kasba de
Selouane (entre Oujda et Melillia) d'où il narguait le sultan de
Fèz: le trône avait changé de titulaire, personne ne s'en
apercevait: les Alaouites sont en effet tous interchangeables
puisqu'ils sont tous nuls.
Bou H´mara, il est vrai, ne progressait plus, mais il prospérait
toujours, épine insupportable dans le pied des accords franco
alaouites.
29. Les alaouites lançait une
partie du peuple contre l'autre...
Le nouveau protégé des occupants, Hafid, perdait la face, et
c'était mauvais pour elle: le sultan humilié pourrait avoir des
velléités de changer de "protecteur": il y avait des candidats!
Alors la France fit donner la mission militaire en poste à Fèz.
Après tout, elle était là pour ça. Le Palais en faillite trouva
subitement de l'argent pour payer une petite colonne, encadrée par
des officiers français engagés pour mettre fin au règne de
l'"usurpateur".
C'était, sans le nom, une opération de type goum: on utilisait des
Marocains commandés par des Français pour tuer d'autres Marocains
révoltés contre le pouvoir du sultan.
On lançait une partie du peuple contre l'autre, style alaouite
rectifié protectorat.
La colonne avait une arme secrète: une batterie d'artillerie toute
neuve, ultra moderne, servie uniquement par des sous-officiers
français évidemment peu accessibles aux raisons qui faisaient se
soulever toute une province.
Dès les premiers échanges, les partisans de Bou H´mara
lâchèrent prise et le prétendant se réfugia dans le tombeau d'un
marabout, lieu traditionnel d'asile, inviolable. Pas pour les
artilleurs français au service de "Sa Majesté": on écrasa le
monument sous les obus. Au quarantième mort, Bou H´mara se rendit.
Le 20 août 1909, il faisait son entrée dans Fèz, dans une cage de
fer où on l'avait enfermé après sa reddition, alors que huit ans
plus tôt il aurait pu y entrer en triomphateur.
30. D'un coup de hache le bourreau de Moulay
Hafid leur coupa le pied droit et la main gauche
Les bourgeois de la ville à qui il avait fichu une trouille si
durable s'en vengèrent en l'insultant bassement. Le sultan fit
bastonner tous les prisonniers, en tria personnellement trente qu'il
fit atrocement torturer devant lui. Au Palais des alaouites, la
vengeance est un plat qui se mange chaud!
D'un coup de hache le bourreau de Moulay Hafid leur coupa le pied
droit et la main gauche, ou le pied gauche et la main droite,
"amputation diagonale", selon une spécialité de la coutume
alaouite. Puis on plongea les moignons sanguinolents dans du goudron
bouillant pour arrêter l'hémorragie. Il y eut deux ou trois
survivants. Le chef de la Nouba, la musique officielle de Bou
H´mara, eut un régime particulier: le sultan lui fit arracher les
dents et agrandir la bouche d'une oreille à l'autre. Quant à Bou
H'mara, il fut jeté en prison.
Mais le sultan ne dormait plus: il vivait dans la terreur d'une
évasion et dans la crainte que les consuls étrangers ne lui
demandent la grâce du rebelle, l'exécution des révoltés ayant
fait la plus mauvaise impression dans la presse occidentale.
Le protégé des grandes puissances avait une allure sinistre, ce
n'était pas bon pour la haute politique. Le chef de la garde noire,
M´barek Soussi, fit donc sortir de son cachot Bou H´mara sous
prétexte de le conduire près du sultan, puis lui tira une balle de
revolver dans la nuque et coupa la tête de l'ex faux Sidi Mohammed
pour prouver à son maître que son cauchemar était fini. En
passant devant la ménagerie Soussi jeta le corps dans la cage aux
lions. Il fila ensuite à Dar Debbagh où le sultan passait l'été
plus au frais. Le souverain contempla la tête où jouaient déjà
les mouches et ordonna de l'enfouir dans le jardin de sa villa. Elle
ne risquait pas de devenir une relique. En rentrant au palais de
Fèz, Soussi eut la désagréable surprise de voir que les lions
chérifiens avaient dédaigné de croquer le corps mutilé de Bou
H´mara. Il tenta d'y mettre le feu, échoua à moitié et enterra
le corps à demi carbonisé dans un coin de l'Agdal.
31. La résistance islamique de Casablanca
L'ermite Bou Nouala. Dans la région de Casablanca, la résistance
populaire aux envahisseurs venus "rétablir l'ordre" dans la Chaouia
(au nom du nouveau sultan Moulay Hafid qui a chassé son frère
Abdulaziz) continuait. Dans un douar de Oulad Saïd, province de
Casablanca, vivait un ermite nommé Mohammed Ben Abdellah, mais que
tout le monde connaissait sous le nom de Bou Nouala, l'homme à la
"paillote". (les nouala sont des huttes en jonc qui constituent
l'habitat des pasteurs semi-sédentarisés des plaines aquatiques.)
Bou Nouala était inspiré de Dieu et on venait le voir de loin pour
demander un conseil, recevoir sa bénédiction. Bou Nouala avait
toujours vécu dans le dénuement absolu, et personne n'avait jamais
vu son visage: il recevait toujours ses visiteurs la face voilée.
On disait qu'il n'avait pas mangé depuis son adolescence. Un saint
visiblement de Dieu. Le Maroc politique était alors divisé entre
partisans d'Abdelaziz et de Moulay Hafid.
A Fèz et à Marrakech, c'était la guerre des Palais.
Pendant ce temps les "roumis", les "iroumeine" envahissaient le
Maroc. [iroumeine, mot berbère qui vent du mot Rome, qui veut dire:
étranger venus d'Europe. On appelait le sultan, en berbère:
"aglide iéromein" c.à.d. le roi des envahisseurs étrangers].
Et le général d'Amade, débarqué avec 20.000 hommes, tenait toute
la région de Casa sous sa botte.
Il n'y avait plus de sultan puisqu'il y en avait deux, et demain
trois ou quatre, et que de toutes façons ils étaient les amis
alliés des occupants.
Dans ce grand désordre au sein des supposées "élites" politiques,
le peuple se tournait vers un juste.
Pour lutter contre la décadence et la pourriture il fallait un
homme de bien.
Ainsi raisonnaient les tribus de la Chaouia traquées par les
mitrailleuses des envahisseurs, abandonnées par un sultan traître
et fantoche.
32. Le courage et le bon droit
ne suffisaient pas à donner la victoire
Le "consensus populaire", vrai cette fois, porta sur Bou Nouala qui
quitta son humble "tour d'ivoire" en jonc pour prêcher la
révolte. En quelques semaines, il regroupa 15000 hommes, cinq fois
plus que n'en pouvaient réunir le sultan de Fèz ou celui de
Marrakech. Et tout ça - sans argent, sans moyen - par la seule
force de la juste cause qu'il défendait. Pour mieux se faire
entendre, il s'était installé dans une grande tente offerte par un
de ses adeptes; on affluait en masse pour l'écouter.
Bou Nouala leur disait que le Tout-puissant l'avait choisi pour
sauver le peuple et désarmer les infidèles. Comment ne pas le
croire. Comment croire que Dieu puisse avoir abandonné ses
fidèles: il fallait bien que le Miséricordieux suscite quelqu'un
pour remplacer ce sultan qui ne bougeait pas de son palais bien
qu'il soit "émir des croyants" et défenseur de la Foi. Le sultan
s'était disqualifié en ne faisant rien. Bou Nouala les mènerait
au combat.
Évidemment la déception fut aussi atroce que l'espoir avait été
grand. Bou Nouala ne savait rien des Français, car le sultan
maintenait le peuple dans l'ignorance totale. Bou Nouala pensait que
sa baraka changerait les obus de ses ennemis en eau et que leurs
balles n'atteindraient pas les poitrines des combattants de la Foi.
Le 15 mars 1907, dans l'après-midi doré de la Chaouia, les obus de
75 du général d'Amade firent un carnage du peuple en armes.
Les hommes qui se levaient contre le sultan traître et
l'envahisseur ne savaient pas encore qu'il ne fallait pas affronter
l'artillerie au grand galop, et que le courage et le bon droit ne
suffisaient pas à donner la victoire.
On n'affronte pas une armée régulière de professionnels en rase
campagne, on l'attire sur des terrains infranchissables. Abd-el-Krim
le fera magnifiquement.
Mais il est trop tôt pour le dire: ces années noires sont celles
d'une monarchie couchée et dans le lit de nos ennemis. Il n'y a que
le peuple pour relever la tête, avec une folle imprudence à la
mesure de son désespoir.
Le soir du 15 mars 1907, Bou Nouala dut abandonner le champ de
bataille et réussit à se retirer dans les Doukkalas: si l'un des
deux sultans en compétition l'avait reçu en cadeau des Français,
il eût fini comme Bou H´mara finira 5 ans plus tard.
33. Le traître hypocrite Hafid avec ses protecteurs
Le sultan Hafid, "commandeur des croyants", 1908 à 1912, cupide et
débauche: au cour d'une fole soirée avec des occupants. Remarquez
la bouteille de wyski et le pied replié sans la babouche
___________________________
L'occupation de Casablanca par le corps expéditionnaire français
allait permettre à Moulay Hafid de prendre la place de son frère
Abdelaziz.
Hafid qui était le lieutenant de son frère à Marrakech, suivant
l'habitude alaouite: on case ses frères comme "khalifa"
("gouverneur, adjoint du sultan dans une région) un peu partout
pour les éloigner de Fez et des tentations du pouvoir auquel,
encore une fois, ils avaient autant "droit" que le sultan régnant.
Le résultat était toujours désastreux depuis Moulay Ismaïl,
inventeur du système, car les frères éloignés devenaient en fait
totalement indépendants, se fabriquaient une petite armée de
mécontents.
Il y en avait dans tout le Maroc, et des notables locaux ambitieux
qui espéraient faire une carrière juteuse dans le maghzen alaouite
de Fèz. C'est très exactement ce que va faire Moulay Hafid e
cheval de Troie des envahisseurs étrangers.
Tout le sud du pays était soulevé contre Abdelaziz parce qu'il
avait livré le pays aux étrangers.
Hafid joua hypocritement sur ce sentiment national en voie
d'élaboration, se fit le champion de l'indépendance. Les Français
à la mer, Abdelaziz à la porte: les tribus se levaient en masse
pour l'aider à réaliser ce projet. C'était encore une fois un
manque de maturité politique évident de la part de simples
paysans: Abdelaziz ou Hafid, c'était blanc bonnet et bonnet blanc.
Mais les résistants n'avaient pour le moment pas le choix. Le plus
urgent était de balayer Abdelaziz l'incapable et le traître.
34. Alliance entre l' occupation
et les traîtres: alaouites Glaoui
Pour y parvenir, Hafid avait un puissant féodal dans sa poche,
Madani El Glaoui, personnage sans scrupule. Il dominait ses amis et
ses ennemis. Il avait profité du foutoir des premières années du
règne d'Abdelaziz pour étendre son petit domaine familial. C'est
Hassan Ier ( père des deux sultans qui se disputaient le trône en
ce moment) qui lui avaient mis le pied à l'étrier. Depuis, Madani
avait pris le grand galop.
Mais il est indispensable de préciser que la famille Glaoui doit
tout au Palais: le grand-père de Madani était un petit marchand de
sel, un colporteur qui faisait du porte à porte dans la montagne
entre Demnat et Telouet et qui s'était taillé un petit fief à la
mesure de ses ambitions commerciales. Mince personnage qui n'aurait
pas eu de descendance dangereuse sans l'intervention du Palais.
C'est Hassan Ier qui l'a inventé (l'histoire de sa harka en
déroute). C'est ce que refuse d'avouer son arrière-petit-fils
Hassan II qui écrit dans "Le Défi" (Albin Michel, Paris, 1976,
p.45) "Thami el Glaoui représentait cette féodalité anachronique,
férocement égoïste et capable de tout pour défendre ses
privilèges…"
Cette féodalité est née au XIXème siècle à cause de l'anarchie
profonde inhérente au pouvoir alaouite rejeté par l'ensemble du
pays.
Hassan Ier, à bout de forces, a fabriqué Madani El Glaoui pour
dominer en son nom les masses montagnardes qui n'en voulaient pas,
s'étant toujours fort bien gouverné elles-mêmes. Ce sera
exactement l'attitude du Protectorat incapable de soumettre la
montagne par la force: chaque paysan est un soldat, chaque maison
une forteresse. Alors on fait faire la police par de petits tyrans
locaux qui veulent devenir gros.
Le Palais a mis au point une méthode reprise intégralement par les
occupants. Les méthodes des Glaouis étaient tellement odieuses que
les officiers d'affaires indigènes en poste dans leur fief en
deviendront même anticolonialistes, ce dont on se plaignait
beaucoup à la Résidence.
Mais n'anticipons pas. Le mensonge d'Hassan II est si intolérable
qu'il fallait le dénoncer immédiatement: les grands féodaux du
sud (et d'ailleurs) ont tous été investis par le sultan et par
personne d'autre. Avec, je l'ajoute, une mission précise: faire
suer le burnous. Madani el Glaoui l'avait fait avec une repoussante
efficacité et un sens de l'initiative qui donneront de bien
mauvaises habitudes à la famille: Mohammed V l'éprouvera un jour!
Pour l'instant Madani, maître du passage obligé de l'Atlas entre
le Sahara, les plaines atlantiques et Marrakech, était devenu le
maître du débouché des derniers ports sahariens et il était tout
puissant dans le haouz, plaine fertile qui entoure Marrakech. Moulay
Hafid croyait l'avoir choisi comme principal lieutenant.
35. Le traître Hafid plus rusé que le traître Glaoui !
Mais c'était Madani El Glaoui qui avait choisi Moulay Hafid, car le
petit rongeur de Telouet, aux dents longues, voulait faire du Haouz
un royaume indépendant (du sultan de Fèz) dont il deviendra
lui-même "sultan". Mais comme il lui fallait un paravent, au moins
pendant un certain temps, il aurait fait de Moulay Hafid le sultan
de ce nouveau royaume dont il aurait été le "Bah Ahmed". Il avait
proposé le marché à Hafid dès 1906, mais le frère du sultan
régnant n'avait pas encore osé accepter.
Hafid hésita un an, puis le 16 août 1907, il convoqua des notables
de la ville et de la province dans son palais de Marrakech. Il y
avait là Si Taïeb El Goundafi, grand maître de la route de
Marrakech à Taroudant, et les principaux des caïds des Rehamna.
Hafid leur dit que si eux et leurs hommes se rangeaient à ses
côtés, il les mènerait "au combat contre les Français et
chasserait le traître Abdelaziz, coupable d'avoir livré la terre
marocaine à l'envahisseur."
Hafid se garda bien de leur dire que seul le trône d'Abdelaziz
l'intéressait et que la guerre sainte était le cadet de ses
soucis. C'était un détail aussi pour ses complices caïds qui
voulaient davantage d'argent, donc davantage de pouvoir, et si les
Français ne les empêchaient pas de faire leurs affaires, les
français n'étaient pas indésirables.
36. Glaoui sortit son poignard,
et l'obligea de signer la Béiyâ بيعة.
La bourgeoisie féodale rurale et surtout citadine a toujours trahi
la cause du peuple, imitant en cela fièrement le makhzen alaouite.
Le rusé Hafid était tellement sûr de la réponse de ces féodaux
voraces que la Béiyâ بيعة, l'acte d'allégeance, était déjà
prête. Pour respecter la coutume, l'on présenta le précieux
papier au plus vieux des assistants, le caïd Mouley Mustapha, oncle
par alliance d'Abdelaziz et de Hafid. A la surprise générale le
vieil homme refusa de signer. Ou il était fou, ou il était mal
informé, il croyait Abdelaziz capable de mater ces mutins. Madani
El Glaoui fit alors preuve de ce grand sens politique qui devait
charmer Lyautey. Il sortit simplement son grand poignard courbe, son
"khanjar" et demanda à Mustapha pourquoi il ne voulait pas signer.
Quoique fort versé dans le droit musulman, c'était son métier,
l'oncle des sultans rivaux ne trouva pas d'argument convainquant,
après tout l'essentiel était que le pouvoir reste dans la famille,
alors qu'importe le neveu pourvu qu'on ait l'ivresse du pouvoir!
Subjugué par la forte simplicité du seigneur de l'Atlas, Moulay
Mustapha signa illico l'acte d'allégeance et tout le monde l'imita.
Il faut pr
http://www.abbc.net/alaouites/index.htm
"36. Glaoui sortit son poignard,
et l'obligea de signer la Béiyâ بيعة.
La bourgeoisie féodale rurale et surtout citadine a toujours trahi
la cause du peuple, imitant en cela fièrement le makhzen alaouite.
Le rusé Hafid était tellement sûr de la réponse de ces féodaux
voraces que la Béiyâ بيعة, l'acte d'allégeance, était déjà
prête. Pour respecter la coutume, l'on présenta le précieux
papier au plus vieux des assistants, le caïd Mouley Mustapha, oncle
par alliance d'Abdelaziz et de Hafid. A la surprise générale le
vieil homme refusa de signer. Ou il était fou, ou il était mal
informé, il croyait Abdelaziz capable de mater ces mutins. Madani
El Glaoui fit alors preuve de ce grand sens politique qui devait
charmer Lyautey. Il sortit simplement son grand poignard courbe, son
"khanjar" et demanda à Mustapha pourquoi il ne voulait pas signer.
Quoique fort versé dans le droit musulman, c'était son métier,
l'oncle des sultans rivaux ne trouva pas d'argument convainquant,
après tout l'essentiel était que le pouvoir reste dans la famille,
alors qu'importe le neveu pourvu qu'on ait l'ivresse du pouvoir!
Subjugué par la forte simplicité du seigneur de l'Atlas, Moulay
Mustapha signa illico l'acte d'allégeance et tout le monde l'imita.
Il faut préciser que le palais d'Hafid était encerclé par 500
cavaliers Glaoua, fusil chargé sur la hanche.
C'était encore une fois une belle manifestation de ce "consensus
populaire" qui, selon Hassan II, a toujours présidé au choix des
sultans alaouites.
Une poignée d'oulémas représentant la communauté, à qui ce
rôle revenait depuis des siècles, jeta aussitôt l'anathème sur
Hafid, pour l'excellente raison qu'ils étaient à Fèz, à quelques
pas des derniers fusils qui restaient à Abdelaziz.
Raissouli qui était pratiquement indépendant dans le Nord choisit
Hafid parce u'il était le plus loin (650km) et bien que ce soit
Abdelaziz qui l'ait naguère nommé pacha de Larache.
37. En 1907 Abdelaziz ne régnait
- en réalité - que sur son palais de Fèz
Si la bande des voleurs qui régnaient sur une grande partie Maroc,
sous le (faux) nom d'"alaouites", Bou H´mara, lui, qui régnait
sous le (faux) nom de Sidi Mohammed - dans l'Oriental - ne se
prononça ni pour Hafid ni pour Abdelaziz: il était le seul maître
dans sa région.
La Chaouia (Casablanca) et le Gharb (Kénitra) demeurèrent
"azizistes", puisque - ils étaient occupés par les troupes
françaises venus protéger Abdelaziz au nom des signataires du
traité d'Algésiras. Mais Hassan II prétend - un autre mensonge
royale - (dans son "Défi", p.12): qu'"il est indiscutable
qu'Abdelaziz était soutenu par l'ensemble des masses marocaines et
régnait d'Oujda aux rives du Sénégal"!
Hassan II a du reste une façon désinvolte de prouver que
l'autorité d'Abdelaziz s'étendait jusqu'à Andar (Saint-Louis du
Sénégal): "quand les français avaient franchi le fleuve Sénégal
pour pénétrer au Sahara, le sultan avait demandé à son
représentant à Tanger, le caïd Abdellah ben Saïd, de protester
solennellement ." (loc. cit.)
Il fallait évidemment que cet acte d'héroïsme tranquille ne
demeurât point inconnu.
Malheureusement Hassan II ne donne pas les lettres de protestation
de son "glorieux" prédécesseur contre l'occupation de la Chaouia,
pourtant plus dangereuse et plus proche que celle du Sahara aux
frontières du Sénégal ! Et pour cause…
En cette année 1907, Abdelaziz ne régnait plus que sur son palais
isolé de Fèz: quelques hectares.
38. Comment les sultans alaouites
s'installent-ils au pouvoir ?
Manipulé par une poignée de notables ambitieux, Hafid prépara une
armée. Tous les souverains alaouites se sont installés de cette
façon: légitimés à la force des baïonnettes; maintenus jusqu'à
ce que des baïonnettes plus fortes ou plus nombreuses imposent une
nouvelle "légitimité", tout aussi "légitime" que la précédente,
mais moins que la suivante!
Le noyau de cette armée, c'étaient les 500 cavaliers Glaoua. Le
caïd M´tougui (Ouest de Marrakech) qui s'était réveillé un peu
plus tard et détestait le Glaoui, son rival, fournit très vite
deux cents hommes pour bien marquer son soutien inconditionnel et
aussi enthousiaste que récent à la cause hafidiste.
Avec le contingent du Goundafi et celui des R´hamna, Hafid
disposait de 1.200 hommes dévoués à leur caïds respectifs.
Madani brusqua les choses, de tels alliés étant si peu sûrs, se
nomma ministre de la guerre, parachuta son frère T´hami (qui sera
plus tard le père biologique du future Hassan II) pacha de
Marrakech, base de départ obligée, mais trop fraîchement
convertie pour être sûre.
T´hami El Glaoui avait tout juste vingt ans. C'est lui que les
français appellent "le" Glaoui, le "fastueux" seigneur de l'Atlas
qui faisait se pâmer les belles touristes qu'il recevait à sa
table "avec une allure folle", à qui il donnait un diamant à la
fin de la petite réception, diamant offert bien malgré eux par ses
malheureux sujets pressurés: les réserves des greniers vidés par
ses hommes de main se transforment en joyaux.
Pour l'instant il se faisait encore tout petit dans l'ombre de son
frère: Madani mourra bientôt, et T´hami déshéritant tous ses
neveux, au mépris de toutes les lois, fera main basse sur la
totalité de l'héritage. Un véritable hold-up: il aura très vite
retenu les leçons du maghzen alaouite.
39. La propagande juive rusée
au service de Hafid à Paris
Hafid n'oubliera pas l'opinion publique internationale: il avait
recruté - tout s'achète - F. Weisgerber, un Juif "français",
vivant à Marrakech, qui faisait pour lui la tournée des envoyés
spéciaux de la presse française et qui leur tenait un petit
discours de propagande talmudique rusé, après leur avoir tendu une
main généreusement garnie de vieux doublons espagnols (de l'or
dont la valeur augmentait régulièrement).
L'envoyé spécial du "Temps" (équivalent du "Monde" de notre
époque) raconte comment cet envoyé très spécial vint lui vanter
les mérites de son "maître", ses qualités de cœur et d'esprit,
son amour du progrès, sa sympathie pour la France, sa générosité
envers les étrangers (c'est vrai) etc…
On peut trouver curieux que ce sultan "choisi" - le Glaoui - pour
faire la guerre à l'envahisseur puisse éprouver une telle
sympathie pour eux. Sa générosité n'avait sans doute pas de
limite. Sa propagande en avait davantage: son courtier se fit
proprement éjecter des salles de rédaction parisiennes, car Hafid
l'avait même envoyé à Paris. Cet escroc présentera en 1914 la
facture de ses voyages à la Résidence qui la lui règlera sans
discuter!
40. L'argent des paysans marocains
au service d' Abdelaziz à Paris
C'est aussi à Paris que Abdelaziz - le frère de Hafid - tenta de
sauver son trône grâce au Mont de Piété. Je m'en explique: le
sultan avait acheté huit millions de bijoux au début de son règne
avec l'argent laissé par son père Hassan Ier. L'été 1907, il ne
lui restait plus que ça pour équiper quelques troupes contre son
frère. Il envoya donc un homme de confiance à Paris avec ses
pierres précieuses. Les bijoutiers de la place Vendôme, après
d'incroyables discussions de maquignons, en offrirent des sommes
dérisoires. Le sort de la monarchie se jouait dans les arrières
boutiques du 2ème arrondissement de Paris: on nage dans la grandeur
(et ils se rattraperont avec son petit neveu Hassan II ! ).
L'homme du sultan se résigna à aller au Mont de Piété comme
n'importe quelle ménagère parisienne dans la dèche. Le Crédit
Municipal, "Chez Ma Tante" comme disent les parisiens reprenant
l'expression d'un prince notoire qui couvrait ainsi son besoin
d'argent sans élever les soupçons, en offrit royalement 1,2
million au grand oncle d'Hassan II. Évidemment, Abdelaziz ne pourra
jamais dégager ses joyaux.
Une fois de plus l'argent extorqué aux paysans marocains se
retourne contre eux: ce fut suffisant pour qu'une petite troupe
armée partît de Fez pour Rabat.
41. La monarchie:
le seul facteur de division au Maroc
"La monarchie est le seul facteur d'unité au Maroc" dit Hassan II:
en 1907 c'était le seul facteur de division.
Les deux armées des frères ennemis allaient ratisser le pays en le
mangeant au sens propre, car leurs royaux commanditaires n'avaient
pas de quoi nourrir leurs soldats:
Alors on vidait les silos des villageois, on razziait leurs
troupeaux si bien que les fils des paysans terrorisés par leurs
"sultans" gagnaient le maquis pour sauver au moins leurs vies et
celles de leurs enfants, et la vertu de leurs femmes, à défaut de
sauver leurs récoltes et leurs économies.
Effectivement, les sultans faisaient l'union nationale contre eux!
Mais les forces populaires étaient malheureusement atomisées:
c'était la tâche essentielle des Alaouites depuis Moulay Ismail,
le "grand homme" de la famille.
Les citadins s'enfermaient frileusement derrière leurs murailles:
quelque soit le sultan vainqueur militaire, l'on savait qui serait
la victime….
Cela durait depuis si longtemps!
C'est encore la riche bourgeoisie qui s'en tirait le moins mal, car
elle pouvait acheter sa tranquillité.
Le prolétariat des villes, ne possédant rien que sa peau n'avait
rien à perdre.
Les paysans seuls risquaient de tout perdre. Et ils le perdaient à
chaque fois que le sultan partait en guerre contre des prétendants
ou contre des sujets révoltés.
Pillages, viols, moissons incendiées, arbres fruitiers coupés,
maisons détruites, les sultans ont évidemment beaucoup fait pour
désertifier le Maroc.
Il faut trente seconde pour couper un amandier, quinze pour qu'il
donne son maximum! Les sauterelles ne font pas mieux!
En septembre 1907 Abdelaziz quitta donc avec 2000 hommes Fèz: il
voulait voir Lyautey et le consul Régnault à Rabat. "Il se remit
entièrement entre leurs mains et les supplia de l'aider dans la
lutte qu'il allait avoir contre son frère" écrit un contemporain.
Pour Hassan II - dans son Défi - cette inqualifiable lâcheté
devient: "Lorsqu'un pays (le Maroc) se trouve isolé, il doit
éviter l'épreuve de force qui le ferait tomber dans une plus
grande servitude." Se jeter dans les bras de l'occupant était
évidemment - pour Hassan II - "le meilleur moyen d'échapper à la
servitude"!
42. La devise des alaouites:
"moi et l'ennemi juif contre mon frère"
Alors que le pays tout entier n'attendait qu'un geste du sultan pour
se soulever: en quelques semaines le Maroc aurait pu avoir 300.000
hommes en armes décidés à se battre pour leur juste cause.
Au lieu de cela ce traître sultan allait se jeter dans les bras de
l'occupant pour demander des secours contre son propre frère et
contre son pays !
Les Français allaient, sans le vouloir, bien évidemment, donner un
solide coup de main aux adversaires d'Abdelaziz. Les Français
l'achevèrent en lui remettant en grande pompe le cordon français
de Grand Officier de la Légion d'Honneur. Les "hafidistes"
exploitèrent à toute vitesse cet événement. C'est comme si les
occupants juifs de la Palestine d'aujourd'hui se mettent à
soutenir leur laquai Dahlan contre leurs protégé Mahmoud Abbas!.
Hafid n'était pas plus scrupuleux, mais il était plus rusé et
plus discret: pour alimenter sa guerre contre son frère, puisqu'il
ne disposait pas des "bijoux de la couronne" comme son frère
Abdelaziz et qu'il n'avait rien à porter au Mont de Piété, il se
contenta des subsides fournis allègrement par une grosse famille de
banquiers juifs sionistes d'allemagne, les Mannesmann qui eux,
avaient parfaitement compris le jeux débile des deux frères: et
souhaitaient investir depuis longtemps. Ces juifs sionistes rusés
soutinrent Hafid parce que les français soutenaient Abdelaziz. Si
les Français avaient soutenu Hafid, ils auraient donné de l'or à
Abdelaziz. Ces "investisseurs" juifs voulaient être les plus
offrants!
43. Hafid vend son pays aux juifs!
Le sultan du Maroc était au plus offrant.
Il vendait son pays au plus offrant, c'est-à-dire aux juifs!
L'or valait plus qu'une décoration française - boomerang.
C'est ce qu'Hassan II appelle, le plus sérieusement du monde, "la
résistance de nos souverains" (Le Défi, p.17). Grâce aux 400.000
francs or des juifs Mannesmann, un gros pourboire, mais une somme
dérisoire devant les profits escomptés, Hafid fut prêt le
premier: Abdelaziz tendait encore la main à Rabat.
Dès le début de décembre 1907 Hafid sortit de Marrakech
soi-disant pour mater la ville de Mazagan qui l'avait d'abord
reconnu avant de revenir à Abdelaziz parce que des troupes
françaises venaient de débarquer, officiellement pour former des
tabors de police en vertu de l'acte d'Algésiras.
Mais sitôt sorti de Marrakech il bifurqua vers le Nord pour manger
la tribu des Sraghna: laquelle ne voulait dépendre que
d'elle-même; c'était une entreprise moins dangereuse et plus
rémunératrice.
L'or juif des Mannesmann fondait si vite!
Hafid n'avait pas même besoin d'avancer pour prendre un avantage
sur son frère: une révolution suscitée par le "chérif" Si
Mohammed El Kittani, chef de la confrérie religieuse qui porte son
nom, avait déclaré Abdelaziz déchu de ses droits et titres.
Abdelaziz n'était plus que le sultan des Français chez qui il
était réfugié, à Rabat.
44. L'erreur fatale de remplacer
un Alaouite par un autre
Le 3 Janvier 1908 Kittani avait réuni les Oulémas et chefs de
tribus entourant Fèz, et de très vagues "délégués" de la ville
à la mosquée de Moulay Idriss, pour élire un successeur à
l'incapable Abdelaziz.
Kittani (comme par ailleurs le Glaoui avec Hafid) convoitait le
pouvoir pour lui. Mais les vieilles habitudes l'obligeaient à
signer une délibération. Sa petite assemblée, pourtant
soigneusement préparée, lui fut fatale. Les notables, suscités
pourtant par lui, choisirent Hafid, SOUS CONDITIONS:
1. Ils feraient la guerre aux Français.
2. Il dénoncerait l'acte d'Algésiras, le traité scélérat de
1904.
3. Il interdirait aux colons européens de séjourner dans les
villes de l'intérieur.
Aussi douteuse que soit la légitimité d'une telle assemblée
constituée de fonctionnaires et de caïds corrompus, elle marquait
sans équivoque ce que voulait le peuple marocain: ces notables
avaient parfaitement senti tourner le vent et ils prenaient le train
en marche en se faisant les porte-paroles bien tardifs des
aspirations populaires. Ils préfèrent avoir l'air d'aller de
l'avant plutôt que de se faire balayer par la vague déferlante de
mécontentement (Bou Nouala, Bou H´mara) jaillie des couches
profondes de la population excédée par les lâchetés et la
trahison finale du souverain.
L'erreur consistait évidemment à remplacer un Alaouite par un
autre; c'était la lèpre au lieu de la peste. La nation n'avait
aucun bienfait à en attendre, mais les notables avaient tout à
exiger d'un souverain qu'ils avaient aussi manifestement inventé.
45. Abdelaziz et Hafid, c'étaient
exactement la même chose
Après cela Kittani retourna à Fèz, forma un comité
"révolutionnaire" qui décida, en l'absence du sultan:
1. de taxer les familles du Makhzen d'Abdelaziz
2. d'arrêter tous les partisans d'Abdelaziz.
3. de recruter une armée qui coupera la route d'Oujda.
4. de fabriquer des arme et des munitions.
5. de créer un journal officiel.
6. de supprimer le scandaleux régime de protection qui ruinait la
souveraineté nationale.
7. d'envoyer des commissaires chargés d'enquêter sur place sur les
abus du sultan dans tout le pays.
8.de fermer les bordels.
Il y avait beaucoup de points positifs dans ce programme qu'Hafid,
une fois monté sur le trône, jeta à la corbeille à papier, comme
il fallait s'y attendre et que Kittani paiera très cher et très
vite.
Hafid, repu après le sac des villages des Sraghna, se décida enfin
à faire quelque chose.
Contrairement à ce qu'on a trop souvent dit, les Français ne
s'opposèrent pas à sa marche: ils avaient finalement décidé de
compter les points et de voler au secours du vainqueur. Tout ce qui
affaiblissait le pays était une bénédiction pour l'occupant. Les
sultans faisaient le sale travail à la place des occupants qui ne
voulurent pas même jeter quelques millions sur le plateau de la
balance pour la faire pencher du côté qu'ils souhaitaient. Pour
eux, Abdelaziz et Hafid, c'étaient exactement la même chose.
S'il ne fallait qu'un sultan pour simplifier le jeu international,
l'un ou l'autre ferait aussi bien l'affaire, c'est-à-dire aussi mal
pour le Maroc.
Le général d'Amade qui contrôlait la région de Casablanca avec
ses troupes coloniales laissa passer Hafid "en soldat discipliné
obéissant aux ordres de Paris".
Ainsi, les deux frères étaient-ils de parfaites dupes: les pantins
s'agitaient au Maroc, mais on tirait les ficelles sur les bords de
la Seine.
On fera grâce des détails des marches et contremarches des deux
baudruches qui croyaient encore détenir le sort du pays entre leurs
mains.
46. La prison et les pillages sont
les piliers du régime alaouite
Hafid alla se faire acclamer à Moulay Idriss - en évitant Rabat
où se trouvait son frère - parce que la foule assemblée par
Kittani croyait qu'il mènerait ses soldats à la guerre sainte.
Abdelaziz, cette fois complètement dégrisé, reformait une armée
à Rabat: 4650 hommes, dont 2000 fantassins.
Le 10 août 1908 Abdelaziz atteignit la petite ville de Kelâat
Sraghna totalement ruinée par Hafid trois mois plus tôt.
Tous les hommes étaient déjà en prison à Marrakech et toute la
journée défilèrent les femmes venues réclamer la grâce de leur
maris, de leurs frères ou de leurs fils. Abdelaziz qui aurait fait
exactement la même chose à la place de son frère, n'avait
vraiment pas le temps de les recevoir. La prison a toujours été un
des piliers du régime. Son armée comptait maintenant 6000 hommes.
Il fut pourtant battu en quelques minutes, une partie de ses alliés
ayant brusquement déserté pour piller le camp d'Abdelaziz qu'ils
étaient venus défendre, avant que les troupes d'Hafid ne le
fassent! Les hommes d'Abdelaziz manifestaient une confiance bien
mesurée dans les qualités de leur chef!
On se tua férocement pour emporter les coffres et les mules du
sultan, vainement.
47. Les sultans alaouites ne sont pas
doués pour les fins héroïques
Naguère bien des sultans alaouites avaient été dépouillés par
leurs sujets révoltés, on les ramenait aux environ de Fèz,
après les avoir ridiculisés. Mais, ce jour-là, près de l'Oued
Tesaout, à Bou Ajiba, le burnous d'Abdelaziz fut criblé de balles.
Mais comme les sultans alaouites ne sont pas décidément pas doués
pour les fins héroïques, il se sauva, protégé par les
mitrailleuses du lieutenant Maréchal assisté naturellement par le
sergent instructeur Balding qui était son contrepoids anglais.
Pendant tout le reste de la journée et la nuit suivante, ce fut une
"fuite éperdue", note un de ses partisans, entre les douars qui
assaillent la petite troupe et ses protecteurs européens.
Le 20 août 1908, il arrive au camp français de Settat, après 100
kilomètres de panique indescriptible. Le 21 août 1908, il
s'effondrait au P.C. du général Amade à Casablanca. Pour abdiquer
aussitôt et remettre le pouvoir entre les mains de ses protecteurs
aucunement embarrassés.
48. Le nouveau sultan alaouite
Hafid en action
La première chose que fit Moulay Hafid en prenant le pouvoir sans
partage fut d'accéder aux demandes "formulées" par les grandes
puissances, lui qui avait hypocritement levé l'étendard de la
guerre sainte:
· il adhéra à tous les articles du traité d'Algésiras
· Il promit de réserver le meilleur traitement à son frère
Abdelaziz et à ses complices du Makhzen.
· Il désavoua totalement la guerre sainte.
C'était très exactement une forfaiture. Un reniement des
engagements de sa charge. C'était du super Abdelaziz, puisque son
frère n'avait pas même essayé de faire croire qu'il s'opposait à
l'invasion.
Hafid avait suscité des énergie en s'opposant verbalement, à
l'intrusion et à la pénétration étrangère par la force.
Ayant vaincu son frère, il se mettait à faire exactement le
contraire de ce qu'il avait promis aux marocains!
Hafid allait se venger sans perdre un instant des gens qui l'avaient
imprudemment porté au pouvoir.
Le chérif Kittani, leader de l'opposition à Abdelaziz et promoteur
du train de mesures dont nous avons parlé plus haut, fut enlevé
dans la région de Meknès où il s'abritait chez ses fidèles de
Beni M'tir, par un caïd grassement rémunéré par l'argent juif,
et mourut à Fèz sous le fouet.
Hafid ne pouvait lui pardonner d'avoir exigé qu'on envoie des
enquêteurs pour dresser la liste interminable des abus du Makhzen.
Car le Makhzen de Hafid allait ressembler comme un frère à celui
d'Abdelaziz, tout en renouvelant totalement le personnel, sans en
modifier les méthodes de brigandage légal.
Les fassis furent dupes même de la volonté de changement de Hafid.
Et ce n'était pas tellement facile de les rouler ces maîtres de
machiavélisme. Mais le nouveau sultan, dévoué aux juifs qui l'ont
financé et aux occupants qui l'ont protégé était prêt à tout
pour conserver un semblant du pouvoir acquis à la petite semaine et
était totalement manipulé par ceux qui l'avaient fabriqué et lui
avaient donné les moyens financiers et le personnel militaire
nécessaire pour rejeter son frère à la mer.
49. On a remplacé la peste par le choléra !
Hafid acheva ce que son père Mouley Hassan avait commencé: il fit
du Glaoui, le fils du marchand ambulant du Tizi N'Tichka, le moteur
de son nouveau vieux Makhzen qui restait une société anonyme
d'exploitation du peuple marocain.
Mais Madani Al Glaoui avait des dents encore plus longues que celles
de ses prédécesseurs, car il était affamé depuis plus longtemps.
Comme tout grand voleur nouveau riche de la politique, il voulait
tout, tout de suite.
Le loup était dans la bergerie, mais l'on verra bientôt que
c'était un loup en papier. Les notables traditionnels ayant été
roulés, ne versons pas une larme sur eux, en croyant manipuler le
nouveau sultan. Ils avaient seulement oublié un léger détail: si
Abdelaziz avait été catastrophique, Hafid allait être encore plus
lamentable, car ce lâche, incapable de la moindre idée politique,
était en plus d'une cruauté infinie.
Ce n'était pas une révolution qu'ils avaient faite, car toute
révolution eût passée et passe encore par l'élimination
politique totale de la monarchie alaouite. Ils avaient changé de
pantin. Et le nouveau pantin était d'autant plus féroce qu'il
était couard.
Abdelaziz aimait tirer au pistolet sur des cibles en carton.
C'était d'ailleurs, plus tard, également le jeu préféré du
prince Moulay Abdellah le frère d'Hassan II. Et Hafid fera tirer
sur ses "sujets", cibles vivantes et tellement "plus excitantes"!
50. Les occupants n'avaient que l'embarras
du choix entre traîtres alaouites
Trois mois après l'installation de Hafid, son véritable frère,
Sidi Mohammed, se nomma sultan à la Qasba de Skhirat [à l'endroit
même où Hassan II allait être attaqué par les militaires le 10
juillet 1971] où il était prisonnier depuis la prise du pouvoir
par Bah Ahmed, et marcha sur Fèz. Ce rigolo inoffensif fut arrêté
par le pacha de Meknès, d'autant plus obséquieux vis-à-vis du
pouvoir qu'il s'était rallié in extremis à Moulay Hafid. Sidi
Mohammed changea seulement de prison, car son frère le garda près
de lui à Fèz. Mais il restait encore dix frères. Les occupants
n'avait que l'embarras du choix entre traîtres alaouites. Et il ne
s'en priva pas.
En concurrence serré avec tous les candidats alaouites à se mettre
au service des occupants, Hafid usa et abusa du seul semblant
"pouvoir" que ses maîtres occupants ont bien voulu lui accorder,
c'est-à-dire celui de persécuter les faibles marocains occupés et
se frères rivaux, en jetant, par exemple, comme on l'a vu, le rival
de la famille, Bou H´mara, dans la cage aux lions.
La parasitaire et pourrie dynastie alaouite aurait été à la merci
du premier charlatan venu si la France, appelée à son secours par
Abdelaziz, n'avait veillé sur les créneaux dorés des murailles de
Fez décorées encore des têtes sanglantes coupées pour le bon
plaisir du sultan. Une boucherie immonde sur un des plus beaux sites
du monde: le décor d'une monarchie en décomposition encore plus
avancée que celle des partisans de Bou H´mara.
Hafid inaugura son "règne" en reconnaissant aux occupants,
également, sa "dette de guerre". Il accepta qu'un ingénieur
français ait la haute main sur les travaux publics. Il confia la
réorganisation de l'armée à des instructeurs exclusivement
français. Hafid se faisait le fourrier de l'occupation française.
L'infamant traité de 1912 - signé par le sultan alaouite hafid -
qui a officialisé l'occupation camouflée sous le nom du
protectorat - n'aggravera rien: il constatera seulement ou
enregistrera un état de fait.
Ce sont les sultans alaouites qui ont affaibli et mis à genoux
notre pays. Ils ont "préparé" le Maroc au colonialisme et ont
ouvertement et officiellement fait appel aux envahisseurs
étrangers: ou bien pour les protéger des révoltes du peuples
marocain ou bien pour vaincre leurs frères adversaires de la même
famille alaouite.
Et depuis 1909, la capitulation des alaouites face aux envahisseurs
et la démission de la monarchie est totale. Le sultan vivait à
Fèz, totalement coupé des réalités, du monde et du peuple. Cette
incapacité à comprendre le monde moderne - qui est d'ailleurs la
marque des sultans alaouites sans exception - depuis leur début
jusqu'aujourd'hui, a instauré la main mise de l'étranger sur notre
pays.
51. Et les traîtres alaouites étaient
tout heureux de servir les occupants
Malgré les démonstrations de force faites au dépend des tribus de
la région de Casablanca, par le général d'Amade de l'armée de
l'occupation, et au dépend des des tribus de Beni Snassen - dans la
région d'Oujda - par le général Lyautey, Hafid fait toujours
comme si les canons à tirs rapides des occupants et les
mitrailleuses étaient de simples frondes ou des bricoles
décoratives.
Il ne joue pas même sur la rivalité franco-allemande alors que
cela était lui aurait été facile vue que l'Allemagne avait une
politique d'amitié avec les pays musulmans, définie par le
discours très antisioniste, tenu à Damas du 8 novembre 1898, par
l'Empereur Guillaume II.
Le sultan fantoche alaouite s'agenouillait et se mettait à plat
ventre devant les occupants en même temps qu'ils faisait mine de
protester lorsque les troupes françaises avaient franchi le fleuve
Sénégal, à 2000 kilomètres de Fèz.
Hafid était tout heureux du traité du protectorat qu'il a signé,
car cet accord stipulait son maintien formel sur le trône avec les
mêmes prérogatives qui sont accordées aujourd'hui par les
occupants à Karzay, Abbas ou à Almalki.
Mai les occupants avaient surestimé le poids des alaouites dans le
pays: la soumission totale du sultan et de son Maghzen n'entraînera
pas celle du peuple marocain.
52. Hafid se convertit en franc-maçon juif
La première guerre de résistance du Rif éclata le 9 juillet
1909. L'insurrection armée étant la seule réponse adéquate
possible à l'arrogance des occupants.
Le superbe ambassadeur espagnole Merry del Val avait poireauté six
jours dans l'antichambre de la marionnette des occupants français
Hafid avant de pouvoir exposer ses demandes. C'était - grâce à
ses protecteurs français - le dernier plaisir régalien qui restait
à Hafid - qui passait la majorité de son temps ivre et endormi
dans son lit: faire attendre les ambassadeurs étrangers jusqu'à
l'extrême limite de la courtoisie internationale. Quelle poigne!
Que de fierté alaouite! Mais les puissances pouvaient tout se
permettre au Maroc à condition de traiter le sultan "avec égards"
et elles avalaient la couleuvre d'assez bon appétit, puisqu'une
fois passée ses petites manifestations de paranoïa, le sultan
cédait toujours et sur tout!. Merry del Val, ravalant son humeur,
s'inclina le plus allègrement possible devant le sultan et lui
demanda d'avoir l'ineffable bonté de bien vouloir autoriser
l'Espagne:
1. A occuper les montagnes entre Tanger l'internationale et Ceuta
l'espagnole. L'équivalent de deux départements français!
2. A exploiter les concessions minières que Bou H´mara, lorsqu'il
était sultan d'Oujda sous le nom de Sidi Mohammed, avait vendu et
accordé du haut de sa toute puissance aux compagnies "Norte
Africano" et "Minas del Rif".
3. A installer à Fèz une mission missionnaire chrétinne
franciscaine permanente!
Précisons que ce Merry del Val était le frère du secrétaire
d'Etat au Vatican, le Cardinal (depuis 1903) Raffaele Merry del Val
« camérier secret » du Pape, et que dans l'entourage de Pie X,
l'on se flattait fort d'évangéliser les infidèles, c'est-à-dire
les musulmans. L'Afrique était alors devenue - pour le Vatican -
"terre de mission" pour y exterminer l'Islam!
L'Espagne aurait volontiers voulu remplacer la France dans le rôle
de fille aînée de l'Eglise et remplacer au Maroc le Croissant par
la Croix!
Le missionnaire ambassadeur Merry del Val avait même amené avec
lui deux mules chargées d'eau "chrétiennement" bénite et, comme
il n'avait sans doute pas de Franciscain sous la main, il avait
amené deux capucins, petit échantillon de frères prêcheurs au
froc brun identique pour convaincre sa majesté chérifienne. Hafid
écouta sans broncher et fit répondre au "croisé" qu'il allait y
réfléchir. Mais Hafid est beaucoup plus séduit par l'or et
l'argent juif et finit par se convertir officiellement au
judaïsme!"
Ahmed Rami
http://www.abbc.net/alaouites/index.htm
http://www.abbc.net/alaouites/index.htm
"53. La première révolte du Rif
Le 9 juillet 1909, les habitants de Melilla - qui subissaient
depuis des siècles l'occupation espagnole - attaquèrent un convoi
de mineurs qui se rendaient dan la zone de protection et
d'exploitation qui n'avaient jamais été autorisées: légitime
défense contre le brigandage espagnol. Les paysans ne faisaient que
défendre la souveraineté nationale, rôle que le sultan avait
totalement abandonné. L'affaire était caricaturale du
colonialisme: le goupillon chargé d'eau bénite dans la main de
l'ambassadeur Merry del Val, la mitrailleuse dans celle du général
Marina. La "civilisation" en marche fut arrêtée par le raz -le-
bol des rifains.
L'Espagne eut un haut le cœur lorsque les va-nu-pieds du Rif
taillèrent en pièces sa glorieuse infanterie qui avait l'habitude
de ridiculiser les troupes du sultan.
L'envoyé spécial du "Temps" raconte: "Retranchés dans la
montagne, tireurs adroits et ménagers de leurs munitions, les
Rifains s'étaient révélés comme des ennemis redoutables et
certains régiments espagnols à peine débarqués de la Péninsule,
avaient perdu en moins de vingt-quatre heures, la moitié de leurs
effectifs."
L'histoire n'a pas retenu les noms des chefs de la révolte pour
l'excellente raison qu'il n'y en avait pas.
Abd-El-Krim était encore adolescent.
Le peuple marocain prouva alors que (débarrassé de faux
prophètes, tel El Hiba qui prétendait faire se changer en pluie
les balles des Chrétiens) il pouvait efficacement combattre pour
défendre la réalité de son existence sur un terrain difficile
qu'il exploitait à merveille, et qu' il pouvait éparpiller
n'importe quelle armée moderne dépaysée et estomaquée par la
vigueur de l'opposition et de la résistance.
Le sultan justifiait ses pantalonnades devant les grandes puissances
par la "médiocrité" de ses troupes, et de leur armement,
incapables de s'opposer aux armées chrétiennes...
Mais, la vérité est que personne ne voulait se battre pour
préserver son trône et ses insupportables privilèges. Quand la
cause était juste et les objectifs clairs, le peuple marocain
savait résister et se battre avec un cœur et une efficacité
admirables.
L'armée du sultan n'était pas l'armée marocaine. On ne voulait
pas mourir pour un tyranneau alaouite, mais on se battit jusqu'à la
mort pour défendre l'intégrité nationale.
54. Une résistance rifaine farouche
Le sultan alaouite - avec son makhzen pourri et corrompu - avait
mené le pays à la défaite, se faisait ridiculiser même par les
troupes espagnoles lors du "siège de Tétouan" en 1866. Aujourd'hui
une poignée de paysans rifains, avec leur seule volonté de
légitime résistance, sans chefs ni argent, jetaient la panique
dans les rangs de ces mêmes espagnols.
Contrairement à la caricature des combats coloniaux, où l'on voit
(dans les livres et dans les films) de beaux légionnaires blonds au
regard aussi clair que la conscience lutter contre les "salopards"
(terme employé par les soldats français et les légionnaires vers
1925 pour désigner les combattants rifains) à un contre dix,
c'était ici exactement le contraire: quelques centaines de rifains,
obligés de ménager leurs balles achetées avec leurs maigres
ressources agricoles, se battaient contre 40.000 espagnols
fastueusement ravitaillés par mer.
Après quelques semaines de combat pourtant inégal, le général
Marina avait perdu la moitié de ses dix mille hommes et avait
demandé et obtenu 35.000 hommes en renfort.
Si les armées d'invasion avaient été secouées de la sorte dans
tout le pays et que c'était possible, comme elles l'étaient dans
le Rif, il aurait fallu un corps expéditionnaire franco-espagnol
d'un million d'hommes éparpillés d'Oujda à Safi, et de Tanger à
Zagora pour faire fléchir le Maroc!
Le crime de l monarchie est d'avoir empêché cette levée de
résistance en masse.
Un des guérilleros résistant rifains venu à Fès demander que le
Maghzen les aide contre l'Espagne, a raconté à l'envoyé spécial
du "Temps" comment les combattants rifains s'étaient organisés.
C'est le seul témoignage que l'on ait, les soldats de l'ombre
n'ayant jamais eu la parole: "Beaucoup d'entre nous ont des "deschra
"(carabines à tir rapide) et chaque communauté villageoise en a
une petite réserve pour ramer ceux de ses membres qui n'en ont pas.
Nous avons également des moules à balles et des machines à
réamorcer les cartouches avec de la poudre que nous fabriquons
nous-mêmes quand nous manquons de poudre de contrebande. Malgré
tout, nous ne pouvons ravitailler un nombre suffisant de combattants
en vivres et en munitions. Actuellement, nos contingents vont au
combat par dixièmes renouvelés tous les quinze jours. Il faudrait
que nous arrivions à faire donner en même temps au moins un quart
de nos effectifs." ( publié dans "Temps ", Janvier 1910).
55. Hafid démasqué !
Les résistants rifains croyaient encore que Hafid était le sultan
du jihad contre l'envahisseur: il ne l'avait été verbalement que
pour se débarrasser de son frère Abdelaziz, pour duper le peuple
marocain et le démobiliser. Ce porte-parole des résistants
riffains attendit plusieurs semaines avant d'être reçu par le
sultan Hafid. Méprisé comme un vulgaire ambassadeur espagnol, il
regagna ses montagnes sans avoir rien obtenu du sultan, mais il
l'avait obligé à se démasquer. Et le peuple rifain continua le
combat comme il l'avait engagé, seul.
Il avait gardé sa force vive parce que éloigné de la pourriture
fassie et des compromissions obligées pour ceux qui à Fèz
gravitent de près ou de loin autour de la cour la plus ramollie de
son temps.
Hassan II a une fulgurante explication pour justifier cette
traîtrises familiale alaouite. Il dit (dans "Le Défi", p.16):
"lorsque ce pays se trouve isolé, pratiquement désarmé, il doit
éviter l'épreuve de force qui le ferait tomber dans une plus
grande servitude." Et ce sont les sultans alaouites qui ont
effectivement isolé et désarmé le pays!
Qui a empêché le Maroc à avoir une armée à la hauteur de son
peuple?
C'est l'illégitimité et la non représentativité de la monarchie
qui ont empêché notre pays d'avoir une défense nationale, au lieu
d"une armée d'esclaves qui dirigent ses armes contre le le peuple
pour défendre et protéger un sultan illégitime, corrompu et
usurpateur du pouvoir.
La monarchie a livré le peuple marocain désarmé aux convoitises
des envahisseurs.
56. Le peuple résiste aux occupants
espagnoles, Hafid leur cède ...
L'armée française contre le Maroc, ce n'était pas joué d'avance,
ce n'était pas l'éléphant tricolore contre la puce marocaine.
C'est avec l'aide et la collaboration des sultans alaouites que les
occupants ont pu soumettre, dominer et massacrer des centaines de
milliers marocains dans l'Oriental, dans le Rif, dans les plaines,
dans la montagne, et dans les villes.
Les succès rifains de 1909 prouvent, s'il en était besoin, qu'avec
un matériel léger, mais en état de marche, le peuple marocain
était capable à lui seul d'empêcher la dictature des alaouites et
des occupants: les puissances d'occupation n'avaient pas les moyens
de faire la guerre. Elles pouvaient seulement mener des opérations
de police les plus économiques possibles.
L'argument du "génocide" qu'eussent commis, en cas de résistance,
la France et l'Espagne ne tient pas: en 1909, les pertes espagnoles
sont 20 fois plus lourdes que les pertes marocaines. Envoyer des
foules mal armées ou désarmées pour attaquer attaquer
l'artillerie lourde au grand galop, c'était se jeter à l'assaut du
ciel comme le fit Moulay Abderrahman à la bataille de l'Isly (13
août 1844) et comme le fera El Hiba contre Mangin. C'est le crime
des notables qui eux s'en sortent toujours: le sultan vaincu et El
Hiba, eux, ils finiront dans leurs lits.
Organiser une guérilla de résistance implacable, c'est prendre
réellement le ciel et les rifains l'avait deviné et démontré
avec éclat. Non, le peuple marocain n'était pas battu d'avance. On
l'a empêché de résister comme il le voulait: les marocains ont
été fusillés dans le dos et du haut de son balcon au cèdre
doré, le sultan regardait l'immonde exécution qui préservait ses
privilèges. Voilà la vérité qu'Hassan II escamote en deux
lignes. Mais sa haine contre tous les mouvements de résistance
populaires efficaces se comprend: l'insurrection d'Abd-El-Krim
était un mouvement républicain qui voulait jeter les occupants et
leur marionnette, le sultan, à la mer.
Il a fallu trois mois et des milliers de tués et de blessés au
général Marina pour occuper le djebel Nador et la Qasba de
Sélouane, ancien quartier général de Bou H´mara dont les restes
pourrissaient depuis quelques semaines dans la résidence d'été du
sultan. Victoire à la Pyrrhus, car Marina ne pouvait guère bouger
de sa "conquête" et il était obligé d'immobiliser un corps
expéditionnaire disproportionné avec le terrain gagné.
La montagne et la nuit appartenaient toujours aux révoltés. Hafid
allait donner à l'Espagne sur le tapis vert ce qu'elle n'avait pu
prendre sur le terrain par la force. En novembre 1910 le sultan
cédait par le traité de Madrid tout ce que Merry del Val lui avait
demandé l'année précédente, sauf les mules d'eau bénite. Les
rifains n'étaient pas morts pour rien: ils avaient donné l'exemple
et obligé le sultan à se démasquer. Mais d'abandons en
renoncements, Hafid ne pouvait pas aller bien loin. La mission
militaire française à Fèz allait avoir du travail.
57. Le peuple résiste aux occupants Hafid
résiste... à son frère, en ravageant le pays !
Pendant que le Rif résistait à l'occupation espagnole dans la
région de Melilla, un frère du sultan, Moulay El Kebir soulevait
la région de Taza décidément bien peu légitimiste! C’était à
prévoir. Ses frères voulaient faire comme lui et réclamaient une
part de l’"héritage familial". Ils ont hérité le pays et le
peuple comme si les marocains étaient un troupeau de bétail!
Hafid envoya donc dix-mille hommes… non pas contre son frère trop
bien protégé par ses montagnes et ses murailles, mais contre les
tribus de l’oued Innaouen. Cette « mehalla » était normalement
commandée par Mohammed El Glaoui ("ministre de la guerre", à peine
pubère) dont le seul "mérite" était d’être le fils d'un des
"bergers" qui surveillaient le troupeau, le "tout-puissant" grand
vizir Madani El Glaoui.
La « mehalla » partie en décembre 1909, resta dix mois chez les
Hayaina, à mi-route de son objectif supposé et se comporta comme
les Grandes Compagnies de la guerre de Cent ans, préférant faire
la guerre aux paysans, aux femmes et aux enfants. De la grande
politique, pour lutter contre un prétendant en ravageant le pays.
Les criminels brigands alaouites transformèrent le pays en désert.
Il faut vraiment que le Maroc soit indestructible pour avoir
résisté à deux cent cinquante ans de pouvoir alaouite!
Les « commandos » de Sa Majesté détroussèrent les caravanes,
pillèrent les marchés, incendièrent les douars, rançonnèrent
les hommes, vendirent les femmes comme esclaves. Les putains qui
suivaient les brigands de Sa Majesté se faisaient maquerelles et
achetaient les enfants pour l’usage que l’on devine: un gosse se
vendait pour le prix d’un demi-mouton. C’était insuffisant pour
faire vivre ce nuage de sauterelles téléguidé de Fèz: les
soldats vendirent donc leurs armes et leurs munitions, comme
n’importe quel soldat de Long-Nol, de Karzay, d'Allaoui, de Abbas,
de Séniora: les "Hafid" des occupants juifs et de leurs
marionnettes Américains d'aujourd'hui! Il n’y a pas de
coïncidence ..!
58. Le sanglant imbécile Hafid collaborait
avec les occupants pour le piller le pays
"Moulay" El Kebir pouvait dormir tranquille à Taza, tandis que le
pays passait d’atroces nuits blanches. Les Alaouites ne se mangent
pas vraiment entre eux. Le jeune Glaoui et Hafid envoyèrent même
quatre mille hommes « en renfort » et laissèrent faire ce carnage
atroce pendant neuf mois : ce pillage systématique du pays était
une invention alaouite, on le sait, et Hafid était tranquille dans
son palais, dégarni de soldats de grand chemin puisque les
Français le protégeaient de la mauvaise humeur de ses sujets. La
collaboration franco-alaouite se rodait bien. Ce furent les
Français qui manquèrent de patience. Comme pour Bou H´mara, ils
trouvèrent la plaisanterie saumâtre. Leur sultan avait vraiment
l’air de ce qu’il était, un sanglant imbécile. Et l’opinion
publique française, déjà pas très favorable aux « aventures
coloniales », finirait par le savoir et les députés par ne plus
voter de crédits.
Les conseillers militaires français reçurent l’ordre
d’intervenir pour sauver le régime. Les quatre officiers
français exigèrent que le sultan rappelât ses troupes de «
coupeurs de route ». Le 20 octobre 1910, l’armée alaouite -
armée et financée par les occupants - ramenée à petites
journées fut massée comme pour la parade dans la cour du
Méchoauar du palais du sultan fantoche. En guise de félicitations
pour leur héroïque conduite au "combat" - contre les paysans, les
femmes et les enfants -, le chef de la mission militaire française
leur tendit un piège, si grossier qu’il réussit pleinement. Il
décida d’abord de passer une revue de matériel. Après neuf mois
de campagne, il ne restait plus aux quatorze mille hommes devenus
cinq mille cinq cents (les autres avaient déserté) que 1.500
fusils et 3.000 uniformes. Des centaines de chevaux et de mulets
avaient été vendus. Des hurlements retentirent quand les fusils
disparurent. Trop tard.
Les soldats directement commandés par les Français et les sept
cents esclaves de la garde noire de Hafid étaient en embuscade aux
créneaux. Le brouhahas tomba aussitôt. Les soldats n’avaient pas
envie de subir le sort de leurs victimes civiles! Le commandant
Mangin (ne pas confondre avec le futur général qui s'opposera à
Lyautey) fit lire un décret signé par Hafid, mais rédigé par lui
: l’armée était licenciée, mais les hommes pouvaient se
réengager après visite médicale et acceptation d’une discipline
calquée sur celle de l’armée française. Trois mille hommes
furent reconnus bons pour le service. Les autres avaient
vingt-quatre heures pour disparaître.
59. La faillite totale de Hafid
Hafid et ses amis français n’avaient pas encore pris assez de
précautions : ce petit embryon d’armée pourtant revu et corrigé
allait leur claquer dans les doigts dès que le pays réel, à bout
de patience, se mettrait à secouer le joug.
Le Maghzen (comme on nomme au Maroc le gouvernement qui emmagasine
les impôts) avait en effet toujours pressuré le peuple, mais en
cette année 1910, les exactions allaient prendre une direction
grandiose, car le nouveau Maghzen sentait le sol se dérober sous
lui et allait mettre les bouchées doubles pour « croûter » le
pays ..
Comme la trique gouvernementale ne se faisait plus sentir
qu’autour de Fèz, ces paysans là allaient payer pour les autres.
Hafid avait bénéficié pendant quelques mois de contributions
volontaires versées au Trésor par tous ceux - trompés par le
"commandeur des "croyants" et ses promesses hypocrites, et qui
voulaient participer financièrement à l’effort de guerre de
libération, devoir sacré. Les volontaires étaient nombreux et les
caisses d’Hafid pleines.
Tant qu’Hafid put jouer la comédie de la "guerre sainte", tout
alla très bien, mais vint le jour où il ne put faire semblant de
vouloir jeter l’envahisseur à la mer. Il se réfugia alors dans
son palais protégé par les occupants, et refusant de bouger le
petit doigt contre l’agresseur. Les dons se tarirent aussitôt.
C’était la faillite. Les produits normaux de la nouvelle
fiscalité étaient, en effet, totalement parasités par les
grandes puissances qui avaient installé un contrôleur sangsue
derrière chaque fonctionnaire fiscal alaouite du makhzen.
L’argent drainé dans les ports et les marchés allait directement
à ses anciens financiers juifs, dans les banques parisiennes et
londoniennes, qui avaient avancé quelques millions pour les menus
plaisirs du sultan et récupéré des centaines de millions,
placement de spéculateurs juifs qui devenait placement de père de
famille. Les rares ressources (domaine propre etc.) qui échappaient
à la ponction étrangère, étaient si mal gérées qu’elles ne
rapportaient pratiquement plus rien.
60. Le sultans: propriétaire du Maroc
Le sultan s’était ruiné dans un pays à peine mis en valeur par
sa faute : les paysans ne cultivaient plus que le strict nécessaire
pour ne pas mourir de faim, constamment à la merci des soldats
pillards des sultans alaouites qui brûlaient les moissons, vidaient
les silos, coupaient les arbres fruitiers, razziaient les troupeaux,
si bien que les trois quarts de la terre marocaine cultivable
étaient en friche. Les sultans n’avaient pas même eu l’astuce
de certains de leurs homologues étrangers. Ils avaient tué la
poule aux œufs d’or, ils avaient égorgé le mouton au lieu de le
tondre. Résultat : il n’y avait plus d’œufs ni de laine. Ce
qui prouve qu’on peut être à la fois bête et méchant. Les
requins du maghzen alaouite connaissaient bien la tradition. Le
sultan les laissait s’enrichir crapuleusement : concussion,
prévarication, trafic d’influence, détournement des deniers
publics, tripatouillage sur les fournitures aux armées, vol
qualifié même, extorsion de fonds, rackets, tout l’éventail de
la grande délinquance.
Quand le sultan jugeait que le bas de laine était assez dodu, il le
confisquait et envoyait son ex-propriétaire en prison à vie. Une
diète prolongée et des bastonnades régulières faisaient de ces
cachots royales (les éternelles "Tazmamartes" des alaouites)
l’échafaud de la mort lente. On pouvait tenir le coup quelques
années, jamais plus. La mort « naturelle » faisait son œuvre,
c’était bien commode. C'est la façon alaouite de "supprimer" la
peine capitale"!
Sous le règne d’Hafid, la décomposition gouvernementale avait
depuis longtemps pris quand même des allures de fin du monde. Les
fidèles serviteurs du monarque, je veux dire Madani El Glaoui et sa
clique de hobereaux ambitieux, tenteront d’accélérer le rythme
ancestral du profit et de faire fortune en quelques mois alors
qu’il fallait des années sous Hassan Ier.
Pour exploiter à fond le peu de temps qui leur était imparti selon
toute vraisemblance, ils créèrent un nouvel impôt : la « Naiba
». C’était une taxe qui remplaçait le loyer des terres et des
maisons, partant du principe que le sultan gérait - si l’on peut
dire - les biens de la communauté musulmane pour "le plus grand
profit" de celle-ci, théorie du droit. Il était donc propriétaire
du Maroc.
Que fait un propriétaire ? Il encaisse des loyers. Enfantin! « Ce
fut une ère lamentable d’exactions et de spoliations. », dit un
témoin neutre, mais attentif.
Ce système multipliait ses effets désastreux sur le peuple, selon
une progression géométrique.
61. Le loyer que les marocains
payent au proprétaire de leur pays !
Quand Madani El Glaoui jugeait, en toute iniquité, que le brave
Youssef Ben Brahim, qui exploitait six hectares à El Hajeb et
faisait pâturer 80 moutons, 20 chèvres et 5 vaches devait payer un
« loyer » annuel de 10 moutons, 5 chèvres et 2 vaches, le caïd
El Hajeb traduisait - en pensant à son petit bénéfice - : 20
moutons, 10 chèvres et 3 vaches. Son adjoint, qui allait percevoir
directement le loyer (le métier de percepteur à main armée
comporte des risques, il faut des primes de danger), l’augmentait
encore si bien que le pauvre Youssef Ben Brahim se faisait extorquer
30 moutons, 15 chèvres et 4 vaches.
L’adjoint du caïd gardait évidemment « sa part » : il fallait
bien rentabiliser le gros « cadeau » qu’il avait versé au caïd
pour obtenir un poste de confiance aussi rémunérateur. Le caïd
gardait aussi son pourcentage, car il avait versé de gros sacs de
douros à Madani El Glaoui pour avoir le bonheur de servir son pays.
Et Madani gardait le reste du «loyer » qu’il convertissait en
pièces d’or et d’argent, - la bourgeoisie commençante de Fèz
était là pour ça ! - plus facilement stockable que des troupeaux
volés, dans ses casbahs de Télouet, Aït Ourir ou Taddert. Je
prends la première part, parce que je m’appelle Grand-Vizir.
Pour peu que le loyer annuel soit perçu trois fois par an, le
pauvre fellah devenait très vite indigent, sa femme prostituée et
ses enfants mendiants errants promis à toutes les aventures. On
ruine ainsi très vite un pays qui aurait du être un paradis
terrestre. La communauté se paupérisait au profit exclusif de
notables qui ne remettaient pas même le produit de leur rapine dans
le circuit économique national. Et RIEN n’a vraiment changé sous
les successeur de Hafid: Hasan II et Mohamed VI !
Madani El Glaoui était si vorace qu’il oublia de ménager, comme
le voulait la coutume, les petits notables locaux, courroie de
transmission provinciale plus ou moins solide de la tyrannie
centrale "alaouite". Il détruisit ainsi la pyramide féodale qui ne
reposait plus que sur sa pointe, lui. Erreur funeste, pour un chef
de gang qui ne peut plus truander sans malfrat associé.
Le Glaoui se coupait de complice qui auraient pu devenir ses
partisans en cas de coups durs. Tout pour lui et rien pour les
autres. Il ne partageait plus le butin. Il était le gang à lui
seul. Ce qui rendra «vertueux » un certain nombre de caïds
déçus ne de plus être admis à table. Je rappelle que nous sommes
en 1909-1910 et que ce n’est pas Lyautey (arrivé en 1912) qui a
nommé le Glaoui grand-vizir et grand pillard du royaume, mais bien
le seul Hafid, contrairement à ce que prétend Hassan II dans son
mensonge "Le défi "!
62. Le makhzen, la corruption, les
intrigues et le pillage du Maroc?
La monarchie alaouite est seule responsable de la promotion de ces
petits rongeurs devenus fauves. La hargne du piranha Glaoui se
retourna tout-à-coup contre lui et son maître. Le caïd Akka,
grand personnage des Ait Ou Bouidman (fraction des Béni Mtir) avait
cru bon d'arrêter le chérif Kittani qui avait essayé de se faire
élire sultan à la place de Hafid, lorsqu’il s’était réfugié
chez lui, après l’installation de Hafid sur le trône familial.
Kittani est mort sous les coups de cordes à nœuds mouillées et
durcies au vinaigre. Akka, qui espérait sans doute faire une belle
carrière au maghzen - le sultan cherchait des hommes qui avaient
fait preuve d’un zèle inhabituel - après ce coup d’éclat,
obligea des administrés à rentrer dans le giron du Palais et à
payer leurs impôts sans couper la tête aux percepteurs
boulimiques.
Pour le récompenser de sa fidélité, Madani El Glaoui l’avait
mandé à Fèz, en décembre 1910. La fortune d’Akka était donc
faite. Akka avait sauté sur son plus beau cheval, sans oublier de
garnir une mule de jolis cadeaux. Cinq heures plus tard, il était
jeté dans un cul de basse fosse. Pour le motif habituel et inavoué
: on voulait en tirer encore plus. Effectivement, deux mois plus
tard, il sortait de son trou à rats après avoir payé une rançon
fabuleuse et complété la collection de douros de Madani El Glaoui,
l’auréophage (le "mangeur d’or") !
Les contribuables d' Akka lui rembourseraient très vite la rançon,
mais rien ni personne ne le dédommagerait de son humiliation et de
ses ambitions déçues.
Ivre de rage, le caïd Akka entra aussitôt en campagne, visita tous
les caïds des grandes tribus voisines (Beni Mtir, Zémour et
Querrouane, plusieurs centaines de milliers d’hommes) et le 22
février 1911 - un mois après sa ruineuse libération - Akka
réunissait les conjurés à Agouraï (sud de Meknès).
Son plan était simple et fut approuvé immédiatement : profitant
de la fête du Mouloud qui aurait lieu trois semaines plus tard à
Fèz, les cavaliers des tribus révoltées viendraient y rendre
hommage au sultan, comme le veut la tradition et l’enlèveraient
avec son âme damnée Glaoui.
Akka savait très bien que personne ne défendrait le sultan.
L’impopularité du trône était telle qu’après avoir
mitraillé Abdelaziz, l’adolescent prolongé, les sujets excédés
d’Hafid le paranoïaque, n’avaient plus qu’une ressource :
son élimination physique. Pas de légalité pour les ennemis de la
légalité. Contre le gang au pouvoir, des méthodes expéditives et
définitives. Akka n’avait oublié qu’une chose : il y avait
des sujets de mécontentement encore plus pressés que lui. Les
Cherarda se soulèveront avant la prise d’otage imaginée par
Akka. C’était d’autant plus grave pour le Palais que les
Cherada sont une tribu «guich », une tribu qui fournit le service
militaire par roulement et qui, en échange de son «sang », ne
paye pas d’impôts. Vieux système des monarchies qui fabriquent
des privilégiés pour les lancer contre le reste de la nation
écrasée d’impôts ! Monarchie alaouite, ferment de dislocation.
Les Charada avaient déjà converti les Beni Hassen et le Hejaoua et
risquaient surtout d’entraîner les trois autres tribus «guich»,
fer de lance émoussé, mais suffisamment aigu pour mettre fin à la
présence alaouite sur le trône. Ces tribus étaient en «Siba »,
mot que les historiens colonialistes adorent employer, qu’ils
traduisent par « anarchie » (raisonnement: Maroc= Anarchie, =
nécessité de l’ordre, = occupation ="protectorat") et qui
n’était que le refus clairement manifesté de ne pas céder au
caprice sanglant du Palais.
63. Et dès que le makhzen est menacé, Hafid
réclame aussitôt la protection des occupants
Devant cette levée en masse Hafid s’affola et réclama aussitôt
l’intervention de l’armée française qui restait l’arme au
pied dans le Mechouar du palais de Fès. Le commandant Mangin prit
donc la tête d’une colonne de 2.600 hommes et s’installa sur le
Djebel Tselfat, point culminant du territoire des Cherardas… où
les pluies de printemps le figèrent dans 60 centimètres de boue.
Akka, ses Beni Mtir et leurs alliés ne pouvaient plus attendre le
Mouloud pour enlever le sultan : il fallait d’abord éliminer ces
mercenaires étrangers qui lui servaient d’épée et de bouclier.
Il attaqua le camp enlisé de Mangin et le 12 mars 1911, ses troupes
grossies de ses tribus du Saïs , coupèrent toutes les routes qui
mènent de Fès au port atlantique. C’était bien joué : les
renforts français ne pouvaient passer.
Incapable de vaincre, Hafid résolut de convaincre et de « traiter
» avec les insurgés, autrement dit de les diviser, ruse alaouite
vieille de 250 ans d’expériences.
Les notables des tribus révoltées se seraient sans doute laissé
prendre à sa stratégie de l’araignée, si la «base» n’avait
hurlé à la trahison. Les Marocains ne voulaient plus ni reculer ni
subir. Ils voulaient marcher sur Fèz pour renverser le régime.
Hafid avait pourtant envoyé le caïd Mtouggui, grand maître de
l’Atlas occidental, de Marrakech à Agadir, vieux renard encore
finaud, endurci par quarante années de relation avec le makhzen,
mais rallié in extremis à Hafid, il était donc prêt à tous les
compromissions.
Encore une créature des occupants, sans doute chassé par la
colère populaire le vieux Borgia de l’Atlas rentra le17 mars 1911
à Fèz. Bloquée à l’Ouest par Akka et ses amis, la ville
venait d’être investie à l’Est par les Aït Youssi descendus
des hauteurs de Séfrou, le plus beau jardin du Maroc. Encerclée,
la ville d’Idriss était un camp (mal) retranché. Mangin profita
de la nuit pour laisser son camp de Tselfat au commandant Brémond.
Il retrouva un Hafid atterré. Il était trop tard pour se
soumettre.
64. Le "Commandeur des Croyants"
sauvé par les non-croyants !
Il aurait fallu se démettre, si le jeu des forces politiques
proprement marocaines avait joué seul. Mais ce Mangin réconforta
le sultan aux abois : depuis son arrivée à Fèz, comme chef de la
mission militaire française, il avait réussi à faire venir
officiers et sous-officiers par petits paquets de10 ou 20.
C’était plus discret à Paris comme à Fèz. Mangin avait
rapidement fait ses comptes. Il avait deux milles hommes de troupe,
débris de la garde noire et les mehallas du sultan, hommes de main
de Madani El Glaoui et des grands féodaux du Sud. Pas brillant.
Pratiquement pas opérationnelles, les forces propres du sultan
étaient incapables de le protéger. Mais Mangin avait sa bonne
artillerie qui avait déjà débarrassé l’Alaouite de son rival
Bou Hmara. Canons français (80 de montagne et 75 Schneider),
servants français, commandement français : le "Commandeur des
Croyants" avait fière allure.
Dans un sursaut d’orgueil malheureux Hafid lança « ses »
troupes contre le camp d’Akka, le 26 mars 1911, sans rien dire à
Mangin. Hafid y perdit en moins d’une heure 40 tués, 50 blessés
et 30 prisonniers. Akka et les siens qui n’avaient eu une
égratignure contre-attaquèrent derrière les fuyards à la
dérive. Fèz n’était plus qu’à une demi-heure de cheval !
Prévenu à temps, Mangin fit tonner toutes ses pièces. La charge
qui sans cela eût été irrésistible, se brisa sur les obus de 75.
L’artillerie française avait une nouvelle fois bien rempli son
rôle : elle sauvait le sultan des occupants. Jamais un sultan
n’avait été humilié à ce point : ses prédécesseurs avaient
été dépouillés en rase campagne, il était le premier à être
bousculé chez lui. Sauvé le 2 mars 1911 par les obus de Mangin, il
le fut encore le 9 mars.
Mais les rangs des insurgés s’enflaient de jour en jour et la
marée allait mathématiquement submerger Hafid. L’existence de la
monarchie n’était plus qu’une question de jours, voire
d’heures. «On ne lance pas une jeunesse à l’assaut du ciel »,
se défend Hassan II dans son unique livre et recueil de mensonges!
Mais un peuple bafoué se lance tout seul à l’assaut d’une
féodalité anachronique, défendue par l’artillerie docile de la
Troisième République néo-jacobine juivée !
65. Avec de l’or juif , le sultan réclama
une armée à cent pour cent coloniale !
Mangin fit rappeler Brémond qui surveillait toujours les Chérarda
sur le Djebel Tselfat. Et fraya un passage scabreux à coups de
canon. Hafid faisait massacrer ses "sujets" pour se protéger
d’une rébellion, inconsidérée sans doute et «romantique». Il
envoya trois courriers à pied - ses fabuleux «rekkas » qui
peuvent parcourir 70 kilomètres par jour - dans trois directions
différentes, le 27 avril 1911. Deux furent pris et massacrés par
les insurgés - mais le troisième se faufila entre les tentes, les
feux de bivouac et les sentinelles sans doute endormies et parvint
à Oujda où il déposa son message entre les mains de l’autorité
française : son maître « demandait instamment l’envoi de
troupes française » au gouvernement parisien. Le sultan
reconnaissait à la face du monde qu’il ne voulait même plus de
ses propres troupes : la fiction de son autorité s’effondrait.
Des conseillers militaires ne lui suffisaient plus, c’est une
armée cent pour cent coloniale qu’il réclamait « instamment »
et une intervention militaire étrangère, massive, car ses soldats
n’obéissaient plus à leurs instructeurs français, ce qui se
comprend fort bien, même quand on a servi un pareil maître, la
faim au ventre, ils désertaient en masse pour rejoindre les
insurgés dont ils comprenaient les motivations : eux aussi avaient
eu des parents ou des amis razziés et molestés par le pouvoir
makhzénien alaouite. Ils étaient des témoins des abus de pouvoir
tous les jours.
Hafid n’avait plus un sou pour les nourrir et comme le couvert et
la maigre solde étaient la seule raison de leurs présences après
tant d’avanie, il n’avait plus rien pour les retenir. Les juifs
faisaient dorénavant leurs affaires directement avec les nouveaux
propriétaires du pays, les occupants français et et espagnoles, Le
Glaoui refusait même de lui avancer de l’argent pour régler les
soldes et alimenter les popotes pourtant frugales. Ainsi le Glaoui
sciait vraiment la branche sur laquelle il était assis. Il croyait
sans doute que Hakka déroulerait le tapis rouge sous les babouches
de son auguste bourreau, quand il rentrerait dans le mechouar du
palais en vainqueur et lui jurerait une amitié éternelle. La
cupidité conduit à une cécité politique totale. Finalement,
cette querelle de boutiquier besogneux fut réglée par un
commerçant juif "français" installé à Fez et qui manipulait son
consul : le négociant juif qui trouvait son compte au maintien du
système accepta les traites de Hafid et donna de l’or garanti par
du papier.
L’armée du sultan put dîner et les désertions se maintinrent à
un niveau raisonnable, c’est-à-dire que le créneaux furent
suffisamment garnis pour éviter au petit peuple de Fèz la
tentation d’ouvrir nuitamment la porte aux assiégeants.
L’armée alaouite restait à son poste pour faire de la
figuration.
De l’or juif, des soldats français, la monarchie a beaucoup fait
vraiment pour l’indépendance nationale ! Malgré toutes les
"réalisations historiques" de Moulay Hafid, le makhzen
d'aujourd'hui oublie de donner son nom à des lycées, à des
barrages, et à des grands boulevards comme il a fait pour honorer
la triste mémoire des autres potentats sultans voleurs alaouites!
Les historiographes officiels du du palais sont-ils donc amnésiques
?
66. La République "française" enjuivée a un goût
prononcé pour la monarchie chez les autres!
Le jeudi 4 mai, le jeudi 11 et le jeudi 18, 1911, les insurgés
escaladèrent les murailles. C’était un travail de romain de la
belle époque, pas un travail de cavalier. Ils n’avaient ni
artillerie, ni sapeurs. Trois fois, ils furent repoussés. Mais par
trois fois, les cours du mechouar du Palais où se terrait Hafid
furent balayés par un déluge de feu. Malheureusement pour les
insurgés, les 10.000 hommes du général Moinier partis de Mehdyia
(Kénitra) fonçaient sur Fèz à marche forcée, Paris ayant
entendu l’appel au secours du sultan assailli par son peuple, et
volaient à son secours.
Moinier devait seulement « rétablir une situation normale à Fez
» et se replier ensuite sur la côte atlantique ; l’Allemagne
fronçait déjà les sourcils. Nouvelle version du trop fameux «
l’Ordre règne à Varsovie ».
Mais la République française a un goût prononcé pour la
monarchie chez les autres : elle devrait pourtant savoir!…
Mangin n’avait plus que cent coups de 75 Schneider à tirer quand
Moinier arriva au col du Zeggota, à quarante kilomètres de Fèz,
que l’on peut parfaitement apercevoir de là-haut. Déjà le
peuple de Fèz sympathisait ouvertement avec les insurgés à qui il
ne manqua que deux jours et une conscience politique plus affirmée
pour réussir.
Si le peuple de Fèz avait attaqué les mercenaires de Hafid pendant
que les insurgés escaladaient les murailles, Mangin n’aurait rien
pu pour son sultan pris au piège entre deux feux.
Lorsque Moinier débouche du Zeggota, il était trop tard pour eux,
et ils avaient appris à se méfier de l’artillerie française :
sous les murailles de Fès, il fallait l’affronter poitrines nues.
Boucherie qu’ils savaient inutile. Ils se retirèrent. Au reste,
le temps de la moisson était venu et ils n’avaient pas de subside
de l’étranger pour vivre, eux. Les soldats redevinrent paysans.
Avec la petite satisfaction de savoir que cette récolte ne leur
serait pas volée par le sultan, si même leur récolte l’avait
été par les forces de l’"ordre" de l'occupation française "au
service" de Sa Majesté, laquelle n’avait jamais été aussi bien
servie !
67. On n'en finit pas avec les querelles
de succession alaouites !
Moinier ne daigna pas même voir le fantoche qu’il avait sauvé.
Il lui rendit quand même un léger service avant de regagner
Mehdyia. Il fit un crochet par Meknès pour aller déloger un frère
de Hafid, Moulay Zin, qui s’était proclamé sultan de la vieille
capitale ismaélienne, gloire du fondateur de la dynastie, stimulé
sans doute par ce haut lieu de la puissance alaouite. Moulay Zin
finit en prison comme ses autres frères qui avaient prétendu au
trône avec la même naïveté.
Sauvée pour un temps du désastre militaire, grâce aux canons et
au matériel du maître de forge Schneider, la dynastie alaouite
sombrait dans le ridicule de querelles de succession dignes du
Bas-Empire.
On pouvait compter les prétendant comme on compte les ministères
en Italie :il fallait faire vite pour ne pas être en retard d’un
nom.
Moinier ayant occupé tout le devant de la scène, les occupants
Espagnols se rattrapèrent de leur cuisant échec du Rif en faisant
du tapage en coulisses : ils s’emparèrent de Larache et de Ksar
el Kebir (triomphe des Saadiens contre les Hispano-portugais).
Il était tellement plus facile de s’emparer d’une ville tenue
par le sultan que d’une région défendue par ses paysans.
Les Allemands envoyèrent à Agadir un croiseur dont les troupes
protègeraient d’autant mieux les « intérêts allemands »
qu’il n’y avait pas de sujets allemands du Kaiser à Agadir.
Mais il fallait faire quelque chose et ne pas se présenter les
mains vides lors des très proches négociations franco-allemandes.
Effectivement Berlin échangea l’opposition à la politique
française au Maroc contre une rectification de frontière au long
du son territoire du Cameroun, après de longs palabres.
68. Face au Maroc vaincu, le victorieux Hafid:
" Je suis le plus français des Marocains"
Lorsque les Français occuperont Fèz le 21 mai 1911, comme nous le
voyons plus loin, les Allemands entreprirent de s’opposer à la
politique coloniale française en envoyant le 1er juillet la
canonnière « Panther » devant Agadir ; ce qui démontre
l’incapacité du sultanat de voir quel était son allié possible
contre l’expansion française.
La France avait les mains totalement libres au Maroc. Et ses soldats
qu’Hafid avait appelés à son secours n’étaient pas prêts
d’en repartir. Hafid allait s’en apercevoir à ses dépends
malgré sa soumission servile à l’égard de Paris. Il allait se
faire cracher comme un noyau de cerise.
Les Allemands avaient fait beaucoup de bruit pour rien,
puisqu’ils signèrent, le 4 novembre 1911, une convention avec la
France qui accordait à Paris le droit d’être porte-parole du
Makhzen alaouite auprès des Grandes Puissances. Berlin abandonnait
la partie : le sultan n’avait pas même eu l’idée d’exploiter
les rivalités entre les Grandes Puissances. S’il avait eu
l’idée, il n’aurait pas eu la volonté. Il était totalement
obsédé de mataer les révoltes de ses frères et de piller les
pauvres marocains! Échec total qui n’empêcha pas Hafid
d’appeler son dernier fils "El Moujahid", (c'est-à-dire "le
combattant de la Guerre Sainte"!), et de se surnommer lui-même, "El
Ghazi", le victorieux dans sa guerre contre son peuple! C'est de là
qui est venu l'expression rituelle des médias alaouites récitée,
après le nom du sultan: "nassarahullah", qui veut dire: "qu'il soit
victorieux", (sous-entendu: contre ses "sujets"!).
Hafid le victorieux était tellement décidé "à se battre" qu’il
reçut très vite l’envoyé spécial du journal « Le Temps » le
juif F.Weisberger, alors qu’il faisait attendre des semaines des
ambassadeurs, pour lui expliquer et lui faire répéter que: le plus
français des Marocains, c’était lui, le "Commandeur des
Croyants":
« Mon désir le plus sincère est de marcher la main dans la main
avec la France, mais je suis entouré de gens malfaisants qui ont
intérêt à me brouiller avec la France » (sans doute les Rifains
et le peuple en armes contre l’invasion). « J’apprécie à leur
juste valeur les services que me rend votre mission militaire. »
69. Hafid: figurant et pièce de décor
C’était en Mars 1911. Et ce n’était pas un lapsus, quelques
mois plus tard Hafid "le victorieux" recevait le même juif
Weisberger (24/12/1911), son haut-parleur préféré, pour lui dire
combien il était décidé à aller jusqu’au bout …de sa
collaboration avec les occupants français. Il commença par faire
l’éloge le plus dithyrambique du commandant Mangin. Normal :
Mangin l’avait sauvé du désastre puis du ridicule. La grande
fête de l’Aïd El Kebir avait été complètement boycottée par
"ses sujets" : le mechouar du palais aurait été vide si Mangin
ne l’avait fait occuper par ses troupes "chérifiennes" new-look
dont les beaux uniformes tout neufs avaient été fournis par la
mission militaire française, tout exprès pour la circonstance.
L’armée d'occupation française s’occupait même du décor et
fournissait des figurants mal salariés. Hafid "le victorieux"
tenait absolument à ce que la France sache combien il lui était
infiniment reconnaissant. Il termina l’entretien avec juif
Weisberger en disant :
« Je suis fermement décidé à profiter du précieux concours de
votre mission militaire pour réorganiser mon armée,
réorganisation qui est elle-même la base de toute réforme
fiscale. Je réussirai, si la France veut bien m’y aider. »
Hafid et les Alaouites n’avaient décidément pas changé :
l’armée n’était que pour la perception des impôts poursuivie
par d’autres moyens. Hafid voulait ignorer que même les notables
repus ne voulaient plus de lui. L'occupation étrangère voulait se
camoufler sous des jillabas locaux planifiait déjà à formes ses
cadre locaux et la bourgeoisie fassie avait choisi : elle envoyait
ses fils à la toute nouvelle école français qui avait eu 18
élèves dès le jour de son ouverture en janvier 1910 et qui en
comptait 80 à la fin de l’année. Tous fils de "Chorfa" et de
gros négociants. Evidemment il y avait 70 élèves à Rabat.
Les confrères suivaient. Les occupants n’auraient pas de
problème de ce côté là non plus.
Havid: Le vainqueur
Hafid à Casablanca:
"Le commandé des non-croyants"
70. Hafid - qui réclame plus des forces
étrangères pour mater ses "sujets" - déclare:
"c’est à l'occupation que je dois mon trône et ma vie"
Le makhzen - nouvelle vielle version - et la bourgeoisie locale
faisaient leur lit en espérant qu’on voudrait bien le trouver
digne de l’Occupant !
Il fallait très vite parler le langage des vainqueurs.
Hafid, qui n’avait toujours pas osé quitter son Palais depuis la
révolte, reçut à nouveau l’envoyé spécial juif du « Temps
». Les temps ont changé, c’est vrai, son petit-neveu insulte
les journalistes pris de gêne, pendant les conférences de presse.
Le sultan sans « royaume » avait besoin de la presse pour
réclamer une intervention militaire accrue. Il lui fallait un
solide corps expéditionnaire français qui prenne des
responsabilités d’armée d’occupation pour mater ses sujets.
En "défenseur de l’intégrité du territoire", voici ce
qu’Hafid déclara à ce Weisberger qu’il avait fait venir
d’urgence, texte qui mérite de figurer dans une anthologie de la
platitude à laquelle la monarchie alaouite apporte décidément une
belle contribution : « J’exprime à la France ma profonde
gratitude pour ce qu’elle vient de faire pour moi. J’étais dans
la détresse et je l’ai appelée à mon secours : elle a entendu
ma voix et ses soldats sont venus me délivrer. Monsieur Gaillard
(représentant de la France à Fèz) a été mon plus ferme soutien
aux heures d’angoisse et je n’oublierai jamais que c’est à
ses sages conseils, à l’énergie de la mission militaire et à
l’arrivée bénie du général Moinier que je dois mon trône et
peut-être la vie. »
Fermez le ban ! Le peut-être est de trop. Poussés à bout par deux
siècles et demi de tyrannie alaouite, les Marocains révoltés ne
se seraient pas contentés de promesses et de vague repentir…comme
à l’accoutumée. Quoiqu’il en soit, le texte est accablant de
servilité, mais d’une franchise absolue : il prouve que la
monarchie alaouite n’a pas retardé ou atténué l’occupation
étrangère, elle l’a suscitée !
71. Les occupants ont mécanisé et protégé le
pillage makhzénien des paysans marocains
C’est vrai que les envahisseurs étaient à la porte du Maroc
affaibli par des siècles de la mauvaise gestion alaouite. Mais
c’est le sultan qui l'a leur a ouverte toute grande. Si le peuple
marocain n’avait pas été trahi par les sultans alaouites, les
envahisseurs étrangers auraient dû escalader les murailles pour
réussir leur hold-up et, au créneau, ils auraient rencontré huit
millions de résistants marocain. Hafid leur a permis de réussir
leur coup en douceur, pour eux. Et comme dans toute histoire de
truands, les complices partagent et tentent de se rouler
mutuellement. Ce qu’on va voir très vite.
Contrairement à ce que prétendent les occupants dans leur
propagande colonialiste, leur occupation n’a pas été - pour le
peuple marocain - synonyme de justice ou de suppression des
exactions. L' occupation a "mécanisé", armé et renforcé le
makhzen pourri et féodal. Les « fonctionnaires » de Fèz et les
caïds nommés par le sultan profitaient du parapluie des occupants
pour presser le citron : leurs victimes ne pouvaient même plus se
révolter, l’artillerie des occupants était objectivement au
service des détrousseurs! Le pillage des paysans marocains
reprenait - avec plus d'"efficacité" - sur une grande échelle,
servis et couvet par les canons 75 Schneider des occupants.
Cette couverture et cette protection n’étaient évidemment pas
gratuites. L’alliance indéfectible qui liait monarchie alaouite
rétrograde et république colonialiste enjuivée était une amitié
intéressée.
Pour garder son trône au mépris de la souveraineté nationale
populaire et de sa volonté clairement exprimée, Hafid avait promis
de signer aussitôt un traité de "protectorat" qui « laisserait
les mains libres » à la France, selon le mot tristement exact
d’un de ses diplomates. On ne saurait mieux dire.
72. Hafid vend le Maroc pour un milliard de francs
actuels et un voyage à Paris sans billet de retour !
Hafid fit traîner les choses, et ce n'est pas par scrupule
nationaliste, car nation et trône s’excluent l’un l’autre, et
les mots « peuple » et « nation » ne figurent pas dans le
vocabulaire ou dans l'idéologie des traîtres alaouites, mais parce
qu’il voulait faire monter les prix. Il fallut six jours de
mijotage pour fixer le montant des quarante deniers de Judas. La
grande et généreuse France occupante offrait même à son laquai
associé - avec un « viatique considérable » - un voyage à
Paris. Voyage sans billet de retour.
Hafid en France dans ses congés payés
Pour ces congés payés définitifs, la France avait donné un
million de francs or. Un petit milliard de nouveaux francs actuels.
Une broutille pour une nation riche et industrialisée. La
république avait le sens des affaires : elle achetait pour une
bouchée de pain un nouveau grenier à blé !
Sachant très bien que sa forfaiture serait mal accueillie par le
peuple, Hafid avait mis une condition : il voulait se sauver en
même temps que l’ambassadeur de France et ne pas rester seul une
minute au milieu de ses "sujets". Et il fallait que la date de son
départ restât rigoureusement secrète. Hafid ne voulait pas mourir
à la tâche !
La certitude de l’impunité transforma le sultan. Pendant toutes
les négociations, il était tendu, sombre, inquiet.
Le traité signé, il redevint « enjoué » et ne pensa plus
qu’à faire ses malles et à s’amuser comme son frère
Abdelaziz. Il s’en sortait admirablement bien. Atterrée, la
population qui ne pouvait croire à une telle trahison,
s’efforçait de se rassurer et imaginait que le sultan allait en
Europe pour coaliser enfin les Grandes Puissances contre la France
ou bien qu’il faisait semblant de quitter Fèz pour mieux rouler
les Français et se mettre à la tête d’un mouvement de
libération. Ce qu’un représentant légitime de la nation aurait
fait. [Quarante-deux ans plus tard, en 1954, la population marocaine
croyait - aussi - voir Mohamed V faire de la "résistance"... sur la
lune!]
73. Un sultan alaouite ne prend pas le maquis...
Notre naïve population s'est souvent trompé sur les rusés
alaouites. La réalité, en fait, est qu'un sultan alaouite ne prend
pas le maquis, sauf s'il le prend à Paris ou à Tel-Aviv ! Il part
avec la caisse en laissant son peuple désemparé.
La date du départ du sultan et de l’ambassadeur ne fut bientôt
plus qu’un secret de polichinelle - c’est le mot ! Il y avait
trop de journalistes parisiens pour couvrir ce « triomphe » de la
diplomatie française, cette revanche de Fachoda et des déboires
coloniaux.
Toute la région de Fèz était au courant.
Un paysan des Ouled Youssef alla même trouver un des membres de la
mission militaire française qu’il avait reçu fort courtoisement
à titre privé dans son village du Zerhon.
- Alors, tu pars bientôt ?
- Je ne sais pas, répondit prudemment l’autre.
- Moi, je sais. Tout le monde sait bien que le sultan et le
bachadour (ambassadeur) vont partir le 17 avril.
- Comment le sais-tu ?
- Nos caïds savent. Toutes les tribus du Saïs et les Béni Mtir
vont se regrouper pour reprendre au bachadour son acte de vente. Je
ne connais pas de « mot » historique plus juste et plus
émouvant.
74. Un sultan alaouite vend son pays !!
Pour le peuple marocain, le traité de "Protectorat" était un acte
de vente : « Je, soussigné Hafid le victorieux, certifie vendre
ce jour, 12 avril 1912, mon royaume à la France, moyennant le
versement comptant et en espèce d’un montant de quatre millions
de francs. »
La France avait acquis le Maroc en toute propriété déguisée pour
deux fois moins cher qu’elle n’avait achetée la Corse au
Génois150 ans plus tôt. Le Maroc était acheté. Mais les
Marocains n’étaient pas à vendre. Le sultan et l’ambassadeur
les avaient oubliés pour la signature. Ils allaient se charger de
le leur rappeler!
Le commandant Bremond courait dans les rues de Fèz. Ce n’était
pas son genre pourtant. Ceux qui le connaissaient bien savaient que
même sous une grêle de balles, il ne quittait pas son éternelle
cigarette. Il serait mort la cigarette au bec et un certain sourire
aux lèvres. Un beau soldat comme on dit dans les citations à titre
posthume et qui faisait correctement son métier de soldat
étranger, au service du sultan. Il avait reçu des ordres venus de
Paris et les appliquait à la lettre.
Ce 17 avril 1912, en fin de matinée, il dévalait les rues en pente
de Fèz, vers le palais du Glaoui qui hébergeait quelques-uns des
représentants les plus en vue de la « colonie » française.
Essoufflé, il pénétra dans le patio où ses concitoyens
attendaient paisiblement l’heure du déjeuner, en flânant auprès
de la fontaine. La vie coloniale et son charme créole. Dès
qu’ils le virent, la promenade se figea, si Brémond courait,
c’est qu’il se passait quelque chose. Brémond leur jeta
seulement : « Deux tabors se révoltent, massacrent leurs
instructeurs. Ils seront là dans un quart d’heure. Armez-vous !
»
Il était déjà reparti organiser la défense. Je veux dire celle
du sultan. Les Français qui ne voudront pas mourir pour Dantzig,
n’hésiteront pas à mourir pour une crapule d'autocrate qui
vendait tout un peuple pour un million.
74. Un sultan alaouite vend son pays !!
Fèz s’enflamme brusquement. Tout a commencé à onze heures du
matin dans la cour du mechouar du palais, au cour de l’inspection
des Tabors. La mauvaise humeur couvait depuis qu’ils avaient
appris qu’ils devraient porter un sac, ce qu’aucun guerrier
digne de ce nom n’avait jamais fait. Le sac, c’est un bât
بردعة et le bât c’est bon pour les bourricots. Et les
soldats avaient pu voir les sacs d’infamie stockés dans de
grandes caisses en bois, à claire voie, entassées dans la cour du
mechouar.
Quand ils en avaient parlé chez eux, car la plupart étaient
mariés, on s’était moqué d’eux... On se moquait depuis plus
longtemps de leur docilité envers leurs instructeurs français. Le
peuple de Fèz, le petit peuple laborieux et dépouillé
n’acceptait pas de voir le makhzen aux mains des étrangers et son
sursaut nationaliste devant les bassesses de Hafid avait commencé
par atteindre et remuer les soldats du sultan, de pauvres bougres
que la nécessité avait poussé à accepter une mini solde de cinq
billions par jour (1 franc par jours) et que les hasards de la sale
guerre alaouite rendaient cruels. En contact quotidien avec
l’opinion publique, la petite armée alaouite partageait
finalement les rancœurs et les dégoûts des marocains qui
refusaient l’acte de vente.
Ce matin, 17 avril 1912, dans la cour du méchouar, l’humeur
était plus que morose, sombre : les sacs, les inspections et puis
tout d’un coup cette détestable, nouvelle insensée...
inacceptable. Le capitaine leur apprenait que dans leur intérêt,
on portait la solde à six billions, mais qu’on leur en
retiendrait la moitié, puis les deux tiers pour financer
l’ordinaire.
L’autorité trouvait que les soldats se nourrissaient mal, un bon
soldat, pour être efficace, doit être bien nourri et que
désormais, la France se chargeait aussi de la popote. Les pauvres
soldats ne retinrent qu’une chose : leur solde diminuait de
moitié et plus. C’était une atteinte insupportable au contrat
signé avec le sultan. Des murmures coururent dans les rangs. Puis
des cris.
La troupe était excédée depuis trop longtemps. Ce fut une vague
de protestation qui s’enfla. Un ras le bol. Un coup de fusil
éclata, parti , on ne sait d’où. Tous les fusils partirent en
salve. Deux officiers français tombèrent.
Les soldats choisirent des délégués pour aller demander justice
au sultan, c’était toujours lui le maître, c’était avec lui
qu’ils avaient traité en s’engageant. Hafid, qui faisait ses
malles, les reçut cavalièrement, leur conseilla de se réfugier
dans la mosquée Moulay Abdallah et les planta là. Il s’en lavait
les mains !
La délégation revint les mains vides et les tabors
insurrectionnels se répandirent en ras de marée tumultueux dans la
ville surchauffée, suivis bientôt de toute la population qui, elle
aussi, voulait reprendre l’acte de vente.
La révolte va durer trois jours. Très vite la section
d’artillerie du commandant Fellert, en position sur les hauteurs
du Dhar Mahrez, bombarde la ville et « nettoie » les terrasses où
les femmes appelaient à la révolte. Le commandement français
rameute ses bataillons qui encerclent la ville et commencent à
prendre d’assaut Bab Fetouh, la porte violette où nichent les
hirondelles. Des renforts arrivent de Meknès dans la nuit. La
révolte, totalement viscérale, absolument inorganisée, ne pouvait
tenir longtemps. Elle s’étiola, faute de directives politiques,
devant la force de feu de l’armée de l'occupation, aidée par les
notables fassis qui voulaient voir régner l’"ordre" le plus vite
possible. Ce sera fait le 20 avril 1912 au soir.
76. Hafid émergea de son état de vie
végétative pour condamner les révoltes...
Lorsque les Français vont annoncer "la bonne nouvelle" au sultan,
ils le trouvent effondré sur un tas de ballots, dans un de ses
grands magasins. Il ne dit pas un mot. C’était pourtant à cause
de lui et en son nom que des milliers de fassis étaient morts. «
De la petite espèce », disait un autre autocrate, en regardant les
cadavres de ses soldats morts dans l'une de ses batailles. Phrase
ignoble que l’Alaouite ne prononce pas même, mais qui est sienne
depuis toujours. Il ne sortira de son trou à rats que pour prendre
le bateau qui l’amènera enfin vers la France.
Il ne pense qu’à ça. Hafid n’émergera de son état de vie
végétative que pour condamner les révoltés. Le Vendredi qui suit
la répression, il fait lire le message suivant, chef d’œuvre
ignoble de la littérature de collaboration et de la trahison. Il
aurait pu, au moins, se taire. Mais il était prêt à tout pour
satisfaire ses amis occupants de son pays : il avait tellement envie
de partir.
Pour dénoncer les résistants et légitimer l'occupation, Hafid
reprend - en " commandeur des croyants" - le vieux rituel chantage
hypocrite à la religion, s’en servant exclusivement de façon
passéiste et machiavélique, pour ses intérêts personnels et
celles des occupants. Rien n’a changé dans cette cour
ressuscitée par les troupes de l'occupation du général Moinier.
Voici ce que dit Hafid dans sa scandaleuse "fatoua": « En agissant
ainsi, c’est contre Dieu que sont insurgés les meurtriers et les
instigateurs... »!
« Ne saviez-vous pas que les Européens vivaient dans la paix de
Dieu et sous sa garde ? »
Ainsi le sultan fait d’une révolte armée contre l’envahisseur,
un "crime" contre la Foi. Manipulation qui aurait dû totalement
disqualifier son auteur, ses descendants ainsi que tout le système
monarchique qui a enfanté sa trahison et sa pourriture.
77. Le sultan ordonne aux Marocains
de combattre pour les occupants !
Hafid continue de "commandeur des croyants" : « Votre devoir était
de combattre pour eux (les Français), alors même que l’issue de
la lutte eût été avantageuse pour l’Islam. »!! C’est de la
haute trahison à l'alaouite!
Ainsi, le sultan ordonne aux Marocains de se faire les complices
des occupants de leur pays au cours de la lutte, même si la
révolte réussit.
Quand pense que certains Rifains pensaient obtenir des secours du
sultan! La crapule traître de Hafid les aurait plutôt jetés en
prison.
Le seul combat à mener pour l’Alaouite:
C’est le combat aux côtés des Français, contre les patriotes
marocains.
C’est justifier les goums et légaliser la guerre civile qui fera
le bonheur des forces d’occupation.
C’est - aussi le terme ultime de la technique du pouvoir alaouite
- : la division parfaite de la nation en deux camps:
D’un côté, les « mauvais », ceux qui refusent l’annexion
mentale et politique.
De l’autre, les « bons » qui aident au bradage du pays. C’est
toujours le trône contre la nation.
La lettre du sultan est une ignominie inutile. Le pouvoir
"sultanien" n’existait plus. Pas même à l’état de trace. Ses
troupes étaient désarmées et gardées à vue - comme des chiens
de garde - dans les casernes bouclées par les forces françaises
d'occupation. L’insurrection a
Autres extraits du très important livre d´Ahmed Rami qu´on peut
chargé sur:
http://www.abbc.net/alaouites/index.htm
d'occupation. L’insurrection avait été noyée dans le sang mais
les motifs de la révolte demeuraient et les grandes masses des
tribus étaient prêtes à fondre sur le roitelet apeuré et sa
garde étrangère.
Le camp français n’était pas homogène et un sultan digne de ce
nom aurait pu en jouer.
Le général Moinier voulait faire comme les juifs occupants font
aujourd'hui en Palestine occupée: frapper fort, exercer des
représailles - qui ôteraient aux résistants Marocains la volonté
de continuer la résistance - et pressurer financièrement la ville.
Regnault (qui faisait fonction de résident général, le vrai
pouvoir colonial au Maroc) ne voulait pas que l’on taxe « la
partie saine de la population »; autrement dit la bourgeoisie
fassie « qui avait pris une part active au rétablissement de
l’ordre. »
78. Lyautey voulait imposer au Maroc la
monarchie qui a échoué en France !
La situation était tellement tendue et le moment tellement propice
à un soulèvement général (en quelques heures, le sultan - s'il
était un résistant - aurait pu rassembler 60.000 hommes ultra
combatifs pour écraser un corps expéditionnaire de 6.000 hommes
qui n'osait pas quitter la ville souricière.)
Comme en 19144 ! On ne choisirait pas entre Moinier - la - terreur
et Regnault - le - ménager des « élites » locales. Paris les
évincerait tos les deux, et décida d’instaurer un commandement
unique.
Le 27 avril 1912, Poincaré faisait du général Hubert Lyautey (2)
le premier commissaire résident général de la république
française au Maroc. C’était un monarchiste convaincu, partisan
de la toute puissance de l’administration et du centralisme, comme
la tradition monarchiste et républicaine jacobine des Français,
pendant plusieurs siècles, l’avait imposé aussi à l’ Europe
rétive et maintenant il ont l'occasion de l'imposer dans ce terrain
d’expérience colonial qu'est devenu le Maroc. C’était donc
l’homme du moment, le maître de l’heure.
Il débarqua à Casablanca le 13 mai 1912, avec plusieurs
bataillons commandés par le colonel Henry Gouraud (3), autre futur
grand homme de l'occupation françaises au Maroc.
Faire carrière aux colonies était encore le seul moyen de se faire
remarquer par le ministère de la guerre et l’opinion publique
ultra chauvine en France. Lyautey arriva à Fèz le 24 mai 1912 à 5
heures du soir. « Il n’était pas bon à prendre avec des
pincettes. » Il se sentait coincé dans Fèz, coincé entre des
informations contradictoires : tout est calme, on vit sur une
poudrière. Le 25 mai, il prit le thé avec le sultan Hafid et dîna
le soir chez Regnault qui s’était installé dans le palais des
Glaoui. Lyautey se retira de bonne heure, toujours de mauvaise
humeur.
A dix heures du soir, une fusillade, nourrie mais dispersée
éclata. Les tribus attaquaient. Malheureusement pour elles la lune
était trop belle et le canon put tonner toute la nuit. Ils durent
renoncer au matin, en amenant leurs morts, et bien qu’ils soient
parvenus en deux endroits à pénétrer dans la ville. Ils revinrent
à la charge le soir et foncèrent au cœur de la ville en utilisant
astucieusement un bras de l’oued Fèz. La ville basse est le patio
du palais Mnebhi ( l’ancien vizir de la guerre d’Abdelaziz ).
Tous ces documents importants qui ne doivent en aucun cas tomber
entre les mains de l’ennemi. Un bidon d’essence est posé tout
près. Il n’y a plus qu’à mettre le feu en cas de déroute. Les
occupants français ne fermeront pas l’œil de la nuit. Mais, au
matin, la ville basse libérée est vide. Épuisés par des pertes
très lourdes et scandalisés par l’inertie de la ville qu’ils
espéraient normalement voir se joindre à eux, les combattants se
sont retirés sur les hauteurs qui dominent Fèz. Ils savaient que
les canons de Lyautey étaient pointés vers la ville basse et que
les artilleurs avaient reçu l’ordre d’ écraser la ville sous
les obus.
Lyautey ne voulait pas courir le risque d’un combat de rue et ils
n’en avaient pas les moyens. Ils préféraient raser la ville et
ensevelir les résistants sous les ruines. Ils ne tombèrent pas
dans le piège. Mais autour de la seule porte de Bab Guiça ils
laissèrent mille morts hachés par la mitraille et les éclats
d’obus tirés presque à bout portant.
79. Le peuple résiste, le sultan invite
les envahisseurs au déjeuner...
Hafid offrit un superbe déjeuner à ses sauveurs, Lyautey et son
fringant état-major ; soudain entendit-on nettement les claquements
secs des fusils Lebel , mais le déjeuner tourna court. Les
avant-postes français qui flanquaient la ville à l’Ouest
étaient attaqués.
Le sultan Hafid, commandeur des croyants, invite les occupants
Plus le sultan se soumettait et plus ses "sujets" se mettant «
hors la loi » se battaient.
Toute la région nord de Fèz se soulève contre les occupants et
leur valet Hafid.
Cette fois ils ont un chef, El Hajjami. Mais ils n’ont toujours
pas d’artillerie et ne peuvent se battre à armes égales en rase
campagne. Lyautey le sait qui prévient leur attaque sur la ville
même, en projetant en avant une forte colonne commandée par le
colonel Gouraud : 5 bataillons, 9 pelotons de cavalerie, 3 sections
montées de 75 et 3 sections d’artillerie de montagne !
7000 hommes, pratiquement le 1/3 des forces d’occupation. A 6
heures du matin, ce 1er juin 1912, l’artillerie, soleil levant
dans le dos, a tout son temps pour « prendre contact » avec
l’avant-garde d'El Hajjami qui marchait sur Fèz. Gouraud était
sorti juste à temps. L’avant- garde se replie. Gouraud progresse.
A dix heures il se heurte au gros des forces de El Hajjami : environ
12.000 cavaliers. L’artillerie se remet en batterie. C’est
l’enfer pour les tribus qui chargent groupées autour de leur
bannières déployées, étincelantes au soleil déjà haut. Pour
les occupants français incrédules, c’est Reichshoffen à
l’envers 40 ans plus tard. Les canons de 75 mm crachent la mort
comme à la parade, rasant des vagues entières de cavaliers
résistants.
Les survivants se regroupent, se lancent à nouveau « à l’assaut
du ciel » pour échapper à l’enfer de l’occupation, et se
brisent les reins sur ces canons de 75 mm qui viendront trois ans
plus tard à bout de l’impériale armée allemande… Ces folles
vagues de courage qui déferlent sur le rocher de l’équipement le
plus moderne du temps égratignent à peine les rangs français : 10
morts et 28 blessés en uniforme. Et en face des milliers de morts
en burnous roulés dans la poussière qui gênent même par leur
nombre la furie des derniers attaquants que la mort attend, mais
qu’elle n’effraye point.
80. Des braves hommes qui défendrent leurs
terres ou des ‘fanatiques’ terroristes? !
Dans une situation analogue, le roi de Prusse avait au moins dit des
cuirassiers français qui chargeaient l’artillerie allemande avec
le même fol héroïsme des hommes de El Hajjami : « Ah, les
braves gens ! » Comme les français face aux allemands, les
moujahidines d’El Hajjami se battaient pour défendre leurs
terres, mais pour l’État-major d'occupation française fier de sa
trop inégale victoire, ce n’était que des ‘fanatiques’, des
‘terroristes’ !
Dans le camp ravagé par les bombardements Gouraud eut la surprise
de trouver dans les archives personnelles d’El Hajjami « un ordre
d’attaque de Fèz très logiquement conçu » chaque
confédération de tribu avait un secteur précis qui lui était
assigné comme objectif. L’état du « rôle » permit de
constater que toutes les tribus, du Rif au Moyen Atlas, de Taza à
Meknès, étaient représentées. C’est le peuple entier qui
s’était soulevé.
Ce sont les représentants de toute la bourgeoisie qui accueillirent
Gouraud lorsqu’il rentra à Fèz : la classe des marchands ne
voulait pas être la dernière à féliciter le colonel de l’avoir
si bien débarrassée de ces empêcheurs de commercer en rond.
Le lendemain, le colonel Gouraud devenait le plus jeune général de
l’armée française à 46 ans (alors que Philippe Pétain, à la
veille de la guerre, n’était encore que colonel à 59 ans !) On
faisait de bien jolies carrières aux « colonies ». Les morts de
Sidi Yacoub firent gagner beaucoup de temps au colonel. C’était
évidemment très stimulant pour les autres officiers supérieurs.
Exactement, comme pour les officiers juifs de l'occupation sionistes
d'aujourd'hui en Palestine occupée, 5000 cadavres de « fanatiques
» musulmans valaient deux étoiles. L’avancement était coté sur
le champ de bataille."
Par: Ahmed Rami
http://www.abbc.net/alaouites/index.htm