Trump et Le Groenland

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Nicole Picquart

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Jan 8, 2026, 4:30:46 AM (5 days ago) Jan 8
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Trump « étudie activement un achat » du pays : après avoir pris le quasi-contrôle du Venezuela, Washington pose un ultimatum au Groenland

Profitant du rapt illégal du président vénézuélien Nicolás Maduro et de sa femme Cilia Flores, Donald Trump a intensifié ses menaces sur l’île arctique sous pavillon danois. Le scénario d’une annexion militaire fait trembler les Européens et signerait la paralysie de l’Otan.

HUMA Publié le 7 janvier 2026 Antoine PortolesLina Sankari
Le compte à rebours a été lancé dimanche par Donald Trump, à bord d’Air Force One. Dans vingt jours (soit le 24 janvier) : « Parlons du Groenland. » Dans environ deux mois : « Nous nous occuperons du Groenland. » Il n’en fallait pas plus pour faire monter la pression d’un cran.

Au cours de l’année 2025, le président républicain n’a cessé de menacer l’île arctique sous pavillon danois d’annexion. Avec le rapt illégal du président Maduro et de sa femme Cilia Flores au Venezuela, l’affaire est prise plus au sérieux qu’elle ne l’était jusqu’alors.

À Nuuk, le premier ministre, Jens-Frederik Nielsen, a tenté de calmer le jeu et a réclamé des discussions « dans le respect du droit international ». À Copenhague en revanche, on n’hésite plus à envisager le pire. « Si les États-Unis choisissent d’attaquer militairement un autre pays membre de l’Otan, alors tout s’arrête, y compris l’organisation elle-même et la sécurité instaurée depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale », a prévenu la première ministre, Mette Frederiksen.

Dans ce contexte, Groenland et Danemark ont appelé à des pourparlers avec le secrétaire d’État états-unien, Marco Rubio. Après avoir fait la sourde oreille pendant des mois, le ministre des Affaires étrangères a annoncé ce mercredi 7 janvier qu’il s’entretiendrait la semaine ⁠prochaine avec des responsables danois, en présence du gouvernement groenlandais.

 

Une énième promesse d’achat ? Une nouvelle agression ?

Sur quoi pourrait déboucher l’ultimatum de Washington ? Une énième promesse d’achat ? Une nouvelle agression ? D’après le Wall Street Journal et le New York Times, Marco Rubio a fait savoir auprès d’élus que la première option était privilégiée. Comme pour maintenir la fièvre, la porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, a déclaré mardi que l’administration Trump étudiait « plusieurs options (…) et, bien sûr, utiliser l’armée américaine est toujours une option ».

Au Congrès, un tel scénario fait bondir les démocrates et n’enchante pas plus une partie du camp républicain. Même Mike Johnson, le président de la Chambre des représentants, fidèle parmi les fidèles du milliardaire au pouvoir, a estimé que ce n’était pas « approprié ».

D’aucuns voient dans ce jeu de dupes une manœuvre de diversion, destinée à faire oublier que le but initialement recherché à Caracas n’a toujours pas été atteint : le régime bolivarien tient encore.

Steve Bannon, théoricien Maga (Make America Great Again), appelle cela « inonder la zone de merde », c’est-à-dire noyer les médias de déclarations fausses et outrancières en vue de détourner l’attention sur l’essentiel. La méthode fonctionne à merveille. Quoi qu’il en soit, Trump ne dispose pas d’un blanc-seing pour annexer le Groenland.

Un sondage dévoilé en août dernier outre-Atlantique indique que seuls 7 % des Américains soutiendraient une prise de contrôle militaire de l’île arctique. Un quart d’entre eux approuverait l’hypothèse d’un achat.

 

L’Otan à l’épreuve

Accaparer le Groenland à coups de billets verts et de lingots d’or est une vieille lubie des États-Unis. En 2019, du temps de son premier mandat, Donald Trump avait déjà ouvert les enchères, essuyant un refus catégorique des Danois et des Groenlandais.

La deuxième hypothèse, celle d’un recours à la force, provoquerait des conséquences en cascade. Bien que semi-autonome, le territoire est placé sous la souveraineté du royaume du Danemark, donc d’un pays membre de l’Otan.

Comme le rappelle à l’Humanité Pierre Haroche, maître de conférences en politique européenne et internationale à l’Université catholique de Lille« si une guerre était déclarée entre États membres de l’Alliance atlantique, cela veut dire au minimum que l’Otan est complètement sur la touche et qu’aucune opération militaire ne peut plus avoir lieu via l’Alliance ».

Le déclenchement des mécanismes de sécurité inhérents aux articles 4 et 5 du traité n’est certes pas automatique, mais on se demande bien comment l’Otan pourrait survivre à un tel bouleversement.

Donald Trump n’a « aucune raison politique pour justifier une intervention au Groenland auprès de son électorat, comme il a pu le faire pour le Venezuela »poursuit Pierre Haroche. Le prétexte sécuritaire qu’il invoque à l’envi en réponse à des navires russes et chinois qui navigueraient dans les eaux groenlandaises relève du pur fantasme. Ce même prétexte utilisé à l’échelle de l’Arctique sert une priorité stratégique.

Donald Trump peut bien ironiser sur l’investissement dans « un attelage de chiens de traîneau », le Danemark a alloué la somme inédite de 12 milliards d’euros à la défense du Groenland en 2025, et investi dans des navires d’inspection, ainsi que de nouveaux drones. « Je ne suis pas d’accord pour dire que la sécurité dans l’Arctique n’est pas assurée », rétorque la première ministre danoise, Mette Frederiksen.

 

« On comprend très bien la logique d’invasion »

Mais le président républicain pourrait tout aussi trouver son intérêt à rester dans le cadre légal. Les États-Unis sont déjà déployés militairement sur l’île depuis des décennies, notamment sur la base spatiale de Pituffik, en vertu d’un pacte de défense signé avec les Danois en 1951 et renouvelé plusieurs fois depuis.

Cet accord permet à l’armée américaine d’utiliser cette zone de défense à condition de ne pas empiéter sur la souveraineté danoise. Dès lors, rien n’empêche Washington – en tout cas légalement – de renforcer ses positions à travers l’envoi de troupes ou la réouverture d’une ancienne base parmi toutes celles implantées du temps de la guerre froide.

« Il faut bien se rendre compte que la base de Pituffik, c’est 150, 200 soldats au maximum en temps de relève, soit plus que les soldats danois, explique Mikaa Blugeon-Mered, chercheur en géopolitique et spécialiste des régions arctiques. S’ils en envoient 1 000, 10 000, 100 000, on comprend très bien la logique d’invasion. » Quelle que soit l’ampleur de ce déploiement, il nécessite l’aval de Copenhague.

 

L’Europe impuissante

Reste l’option d’un deal qui serait proposé aux Groenlandais par l’intermédiaire de Jeff Landry, gouverneur de la Louisiane issu de la branche ultraconservatrice du Parti républicain, fraîchement nommé envoyé spécial des États-Unis au Groenland.

Cet accord d’association, qui a déjà vu le jour avec plusieurs nations du Pacifique comme la Micronésie ou la République des Palau, permettrait aux Américains d’opérer librement au Groenland en échange de grosses sommes d’argent, le tout dans le dos des Danois.

Pour l’heure, cette offre ne semble pas prendre auprès des partis indépendantistes de l’île, en témoigne l’échec de la visite fortuite du vice-président J. D. Vance sur place en mars dernier, juste après les élections législatives.

En attendant de nouvelles annonces, les visées de Trump inquiètent fortement les Européens. L’impuissance est de mise. Ils « n’ont pas intérêt à présenter ce sujet comme un affrontement entre puissances car ils ne sont pas en position de force sur ce terrainsouligne Pierre HarocheIls peuvent, en revanche, se présenter comme les défenseurs des intérêts et de la liberté du peuple groenlandais ».

C’est ce que la France, l’Allemagne, l’Italie, la Pologne, l’Espagne et le Royaume-Uni – six pays membres de l’Otan – ont tenté de faire, mardi, dans une déclaration de soutien au Danemark, appelant au respect « des principes de la Charte des Nations unies, notamment la souveraineté, l’intégrité territoriale et l’inviolabilité des frontières ».

Côté Autrichien, le vice-chancelier et vice-président du parti socialiste européen, Andreas Babler, a exhorté l’Union européenne à préparer des sanctions dissuasives. Interrogé mercredi sur France Inter, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a affirmé : « Quelle que soit la forme des intimidations et quelle que soit leur provenance, nous avons engagé un travail (…) au Quai d’Orsay pour nous préparer à riposter, à répondre et à ne pas répondre seuls. » La riposte se fait attendre.

 

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