Le sommet de l'OTAN tourne à la farce totale. Trump se moque de l'Europe, Rutte panique

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Roland Marounek

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Jul 12, 2026, 4:44:47 AM (11 days ago) Jul 12
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Autre point de vue différent sur le dernier Sommet de l’OTAN et dur l’OTAN lui même que les intervenants voient en train de se désintégrer. Ils estiment également que le réarmement de l’Europe n’est qu’une arnaque, sans effet réel autre que celui de pomper de l’argent... Sans partager totalement leurs points de vue,  leurs arguments me semblent intéressants à prendre en considération

Le sommet de l'OTAN tourne à la farce totale. Trump se moque de l'Europe, Rutte panique

https://rumble.com/v7ciwkq-nato-summit-descends-into-total-farce.-trump-mocks-europe-rutte-panic.html

[Alex Christforou]  Alexander, parlons du sommet de l’OTAN, qui vient de s’achever à Ankara, en Turquie. Que penses-tu de ce spectacle de clowns qu’a été ce sommet de l’OTAN ? Pour ma part, j’ai trouvé que c’était un véritable cirque.

J’ai trouvé qu’il y avait eu beaucoup de grandes déclarations, beaucoup de grands gestes, non seulement concernant le « projet Ukraine », mais aussi au sujet de la Turquie, des F-35 et des levées de sanctions. Et concernant l’Ukraine, il a été question d’une licence Patriot pour ce pays. Même Trump tournait tout ça en ridicule.

C’était clair comme le jour que Trump se moquait de toute cette histoire de licence Patriot pour l’Ukraine. Un petit oiseau le lui avait dit, a-t-il déclaré. Tout ça était juste insensé.

Un journaliste a demandé à Mark Rutte s’il avait un peu de dignité, car Trump parlait du Groenland et critiquait l’Espagne, et Rutte n’a même pas pu répondre à cette question. Bref, tout ça n’était qu’un véritable spectacle de clowns. Qu’en penses-tu ?

[Alexandre Mercouris] Je pense que tu as tout à fait raison. Tu m’as enlevé les mots de la bouche. C’était un sommet qui ne nécessite vraiment aucune analyse. Il faut avoir le talent d’un comédien pour le décrire.

C’était une véritable descente dans la farce. C’était une véritable descente dans l’absurde.

Trump, de toute évidence, n’avait même pas envie d’être là, il l’a clairement fait savoir. Il n’a pas une très haute opinion de ces gens. Il parlait de l’Ukraine, mais en réalité, il avait l’esprit tourné vers l’Iran, c’est la première chose à dire. Il était clairement très en colère. Il pense que ces Européens ne sont qu’une bande de bons à rien. Où sont-ils quand on a besoin d’eux ? En gros, c’est ce qu’il disait.

 Zelensky n’arrêtait pas de surgir partout, et Trump n’avait vraiment pas envie de traiter avec Zelensky. Il a tendu ce bout de papier, vous savez, « voici les plans des missiles Patriot, allez-y, construisez-les ». Les États-Unis ne peuvent pas en fabriquer, ils ne peuvent pas produire plus de 600 missiles Patriot par an, et l’Ukraine va les produire maintenant ? Les gens prennent ça au sérieux ? C’est tellement ridicule.

 [Alex Christforou] Il a en fait dit : « Je n’ai pas encore parlé aux entreprises de défense de la licence pour les Patriots, mais je vais le faire. »

[Alexandre Mercouris] Toute cette histoire est une telle blague ! Le président des États-Unis serait donc capable de céder des copyrights, copyrights privés. Sans en avoir même parlé aux compagnies concernées... Tout cela dégénère en farce complète.

Je pense que nous assistons à la désintégration de l’Alliance.

Ce qui était intéressant dans cette dynamique, c’est que les États-Unis étaient très en colère, Trump était très en colère contre les Européens. Mais les Européens ne bénéficient pas du large soutien à travers les États-Unis auquel on aurait pu s’attendre autrefois, dans le sens où, si nous avions parlé de cette situation il y a un an, des personnalités comme [feu] Lindsey Graham, ainsi que les démocrates, se seraient tous mobilisés, envoyant probablement leurs propres représentants à Ankara pour dire : « Ne vous inquiétez pas de cet excentrique et de ce président farfelu que nous avons en ce moment. L’alliance est solide. Nous sommes tous avec vous. »

On n’a tout simplement plus l’impression qu’aux États-Unis, à l’heure actuelle, on se soucie encore autant de l’OTAN qu’auparavant. Leur priorité, c’est l’Iran. À plus long terme, c’est la Chine. Ce qu’ils veulent, c’est que les Européens gèrent seuls tous les problèmes en Europe, à l’aide de nombreuses armes américaines, et qu’ils continuent à envoyer de l’argent en guise de tribut aux États-Unis.

Ce n’est plus un système d’alliance, c’est un système de vassalité absolue. Ce dont vous avez parlé à maintes reprises, c’est un pur système de vassalité. Je ne pense pas que quiconque croie encore sérieusement que les États-Unis se précipiteront pour défendre l’Europe dans l’éventualité – dans l’éventualité impossible – où les chars russes franchiraient les frontières. Tout cela appartient désormais à l’histoire.

 C’est une situation de vassalité purement extractive. Les États-Unis prennent, et ne donnent rien en retour. Ils fournissent des armes hors de prix à des intervalles très, très espacés, car, bien sûr, ils veulent garder la plupart de leurs armes pour eux-mêmes. C’est tout ce que c’est désormais.

La fiction selon laquelle nous aurions ici une alliance a disparu. Si vous voulez constater par vous-même à quel point ce système est devenu un pur système de vassalité, il suffit d’écouter et d’observer la prestation de Mark Rutte. Même les médias européens commencent à en être gênés, mais personne ne parvient à proposer une approche alternative vis-à-vis des Américains autre que celle de Mark Rutte.

 [Alex Christforou] Mark Rutte me fait penser au PDG d’une entreprise qui sait que les produits de sa société sont en train de disparaître et qui veut simplement faire grimper les prix aussi vite que possible, aussi haut qu’il le peut. « Tirons simplement le plus d’argent possible de ce gadget bientôt obsolète, et faisons-le vite : 3 %, 4 %, 5 %. Il suffit d’augmenter les prix et de pressurer les marges, puis les bénéfices autant que possible avant de faire faillite.

Tout ça, c’est une question d’argent : il s’agit simplement d’en soutirer autant que possible.

 [Alexandre Mercouris] Exactement. C’est pratiquement un système  colonial maintenant. En gros, il s’agit d’extraire autant d’argent que possible des contribuables européens, des entreprises européennes, des commerces européens, des particuliers européens. Une partie va aux États-Unis.

Royaume-Uni, Canada, Europe, tous sans exception. L’argent est transféré vers les États-Unis, vers les grandes oligarchies américaines.

En cours de route, une partie reste entre les mains de ceux qui le perçoivent. Si vous connaissez l’Empire romain, c’est ainsi que cela fonctionnait. Il y avait toutes sortes de personnes envoyées par Rome dans les provinces pour percevoir l’argent destiné au gouvernement central à Rome. Il y avait divers percepteurs d’impôts. Il était toujours entendu que la fonction des percepteurs et des fonctionnaires chargés de collecter tout cet argent était également de s’enrichir eux-mêmes. C’est ainsi que fonctionnait le système romain.

C’est ainsi que fonctionne le système américain actuel. Comme je l’ai dit, ce n’est plus une alliance. Il fut un temps où l’OTAN était bel et bien une alliance. Il y avait des armées. Il y avait des armées européennes. Il y avait des économies européennes. Il y avait des hommes d’État européens. Il y avait des personnalités comme Thatcher, de Gaulle [mauvais exemple...], Churchill, Schmidt et Brandt, des gens de ce genre. Évidemment, le président des États-Unis était de loin le plus puissant, mais il était, pourrait-on presque dire, le premier parmi ses pairs. C’était une entreprise commune.

Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Il s’agit essentiellement d’un système de vassalité coloniale impériale, ni plus ni moins. Il n’y a plus rien d’autre à en dire. La seule chose qui maintient ce système en place, c’est le fait que ceux qui participent à son fonctionnement s’enrichissent considérablement sur son dos.

[Alex Christforou] Oui, exactement. Tu as des gens comme Zelensky et Al Jolani qui traînent autour de la réunion de l’OTAN, cherchant simplement à ramasser les miettes qu’ils peuvent trouver sur la table des États-Unis.

Tout ça, c’est une fichue farce. Vous avez les Pays-Bas qui déclarent qu’ils n’ont plus de patriotes, ils n’ont plus d’armes à donner à l’Ukraine. Vous avez la Bulgarie qui dit qu’elle est à court elle aussi. La République tchèque dit la même chose. Il y a Magyar, en Hongrie, qui veut serrer la main de Trump, etTrump ne veut pas traiter avec Magyar parce qu’il était copain avec Orban. Mais ensuite, la Hongrie sort et déclare qu’elle n’a pas d’armes à donner à l’Ukraine. Il y a aussi cette dispute entre la Pologne et l’Ukraine qui est en train de s’envenimer parce que Zelensky veut rendre hommage aux nazis.

[Alexandre Mercouris]  Je voudrais juste souligner que tous ces pays qui affirment ne pas avoir d’armes à fournir, et ce alors qu’ils sont en plein cœur d’un vaste programme de réarmement qui dure depuis deux ans maintenant. Deux ans, et ils n’ont toujours rien ! Ils n’ont rien. Ils n’ont pas de missiles de défense aérienne à fournir parce qu’ils ont épuisé leurs stocks.

Zelensky dit qu’ils devraient lui donner tout ce qui leur reste, tout cela devrait être expédié en Ukraine.

L’Europe ne se réarme pas : elle se désarme !

Mais ce qu’elle fait, c’est qu’elle dépense énormément plus. Elle dépense énormément plus. Mais cela va dans la direction que vous n’avez cessé de dénoncer, émission après émission, sur cette chaîne, sur votre chaîne. C’est une arnaque. Ce n’est rien d’autre.

Le fait que ces gens n’aient pas d’armes à donner vous montre, vous prouve, si vous n’y croyiez pas jusqu’à présent, que [le réarmement de l’Europe je suppose] est une arnaque.

[Alex Christoforou] Je veux juste souligner un point : c’est une arnaque, mais la crainte que j’ai, et je pense que tout le monde la partage, je pense que vous la partagez aussi, c’est que les dirigeants européens, les dirigeants de l’Occident collectif, et même les néoconservateurs, qui continuent de fréquenter tous ces néoconservateurs et ces Lindsey Graham, c’est qu’ils vont pousser l’Europe dans une sorte de conflit, alors même que l’Europe n’est absolument pas préparée à un conflit.

D’ici 2030, disent-ils, et ils ne cessent de le répéter, nous entrerons en guerre. La crainte, c’est qu’ils puissent réellement passer à l’acte.

[Alexandre Mercouris] Oui. Et certains d’entre eux sont suffisamment aveuglés pour croire qu’ils peuvent gagner cette guerre ; ils continuent de croire à leur propre discours sur le réarmement, et ils continuent de croire à leur propre discours selon lequel l’Ukraine a l’initiative. Vous voyez, c’est là l’autre problème.

Comme ils ont tant insisté sur cette idée selon laquelle l’Ukraine s’en sortirait bien sur les champs de bataille, ils croient, encore une fois, que la Russie est faible. Il suffirait donc de donner un coup de pied dans la porte pour que toute cette structure pourrie s’effondre. Je cite ici les propos d’un dirigeant allemand d’autrefois qui avait pris la décision d’attaquer la Russie, avec des conséquences désastreuses.

Mais je pense qu’il y a beaucoup, beaucoup de gens en Europe qui raisonnent exactement de cette manière. Ils pensent donc que c’est quelque chose qu’ils peuvent faire, et qu’il n’y a pas de risque ni de danger réel à le faire. Et bien sûr, de leur point de vue, ils colportent ce discours de toute façon, car les gens veulent toujours croire ce qui leur est personnellement profitable.

Ils veulent donc maintenir des dépenses élevées en matière d’armement, car bien sûr, ces dépenses leur reviennent. Ils veulent donc entretenir le discours selon lequel la Russie est agressive et qu’il faut la combattre. Et ils veulent également croire que la Russie est faible, car cela sert leurs propres objectifs géopolitiques.

Ils sont donc peut-être conscients, à un certain niveau, comme l’a montré Kaya Kallas, que le réarmement ne fonctionne pas exactement comme ils le supposent. Mais ils continuent de penser qu’une guerre contre la Russie sera facile, car nous sommes l’Occident. Nous sommes les bons. Nous sommes forts. Les Russes sont faibles, incompétents, corrompus. Nous allons donc gagner rapidement.

Et malheureusement, ces idées, ces idées très dangereuses, circulent. Elles sont relayées chaque jour. Elles continuent de gagner du terrain. Et bien sûr, il y a un risque réel que certaines personnes nous mènent exactement là-bas, ce qui serait un désastre pour l’Europe et le monde.

[Alex Christforou] Alexander Stubb, dans une interview accordée au Financial Times avant le sommet de l’OTAN, a déclaré que l’objectif des frappes était que  le peuple russe se soulève et renverse Poutine. C’est du moins c’est ce qu’ils espèrent. C’est à peu près ce qu’il a dit. Et Rubio – pour ne pas tout mettre sur le dos des Européens – a déclaré, lors du sommet de l’OTAN, et Trump était d’accord avec lui, que oui, nous allions aider l’Ukraine en menant des frappes à longue portée sur la Russie, car cela infligerait tellement de dégâts et exercerait une telle pression sur le Kremlin que cela les forcerait à s’asseoir à la table des négociations.

Et Trump a répondu : « Oui, c’est une excellente idée. C’est le secrétaire d’État qui parle. » Et il était sérieux. Il ne plaisantait pas quand il a lancé cette idée. Il y croyait vraiment. Ce ne sont donc pas seulement les Européens qui se font des illusions. Marco Rubio se fait des illusions...

[Alexandre Mercouris] Et la CIA, je pense, est exactement dans le même cas, car n’oublions pas que ce sont ces mêmes personnes qui prédisaient que, en cas de sanctions, l’économie russe s’effondrerait. Et bien sûr, ils veulent tous croire à ces choses-là. Il y a donc bel et bien cette illusion dangereuse, cette illusion extraordinaire.

Cela ressemble beaucoup à l’illusion que nous avions à propos de l’Iran avant le 28 février, mais à une échelle bien, bien plus dangereuse. Il y avait tous ces discours selon lesquels l’Iran était faible, que son système politique était défaillant, que son économie était en ruine, qu’il n’avait pas de défenses aériennes, que ses stocks de missiles avaient été massivement épuisés. Et l’idée était, encore une fois, qu’il suffisait de donner un coup de pied dans la porte pour que tout s’écroule. Ils ont donné un coup de pied dans la porte avec l’Iran, et ils se sont cogné les orteils. C’est en gros l’histoire du conflit iranien. Avec la Russie, la plus grande puissance nucléaire du monde, c’est bien plus dangereux.

Mais c’est ce qu’ils pensent. Et l’autre chose à dire, et cela nous ramène au caractère grotesque et comique de cette réunion, c’est que vous voyez toutes ces personnes présentes. Sont-elles le genre de personnes dont on pourrait s’attendre à ce qu’elles évaluent les risques de manière rationnelle, qu’elles fassent des calculs rigoureux sur l’avenir de l’Europe ?

Si vous confiez les rênes à des clowns, à quoi pouvez-vous vous attendre ? Des clowns ne seront pas capables de prendre des décisions de manière rigoureuse, réaliste et sérieuse. Et bien sûr, il y a le clown de scène, qui n’est autre que Zelensky lui-même, un véritable comédien. Il est là. Et parmi les Européens, il continue d’être le héros du moment.

[Alex Christforou] [..] Trump a fait des promesses à la Turquie, mais je n’ai pas trouvé ses promesses très convaincantes. Je pense qu’il va se heurter à une forte résistance s’il rentre aux États-Unis et annonce : « Les sanctions contre la Turquie sont levées, le programme F-35 est relancé. »

 [Alexandre Mercouris] C’est très intéressant, car Trump a dit tout cela à Erdogan. Il a dit : « Vous allez réintégrer le programme F-35. Je vais lever toutes ces sanctions. Nous allons faire de vous le grand allié de l’avenir. » Et bien sûr, tout cela est étroitement lié aux politiques américaines dans le Caucase du Sud. C’est une démarche anti-russe. Les gens devraient comprendre cela.

La Turquie, l’Azerbaïdjan, l’Arménie, le « corridor Trump », tout ce retour en Asie centrale... Ces idées ont toujours circulé aux États-Unis au sein d’un certain groupe de personnes. Trump les reprend toutes, en disant à Erdogan : « Allons-y. Travaillons tous ensemble. Méprisons les Russes. Méprisons les Iraniens ensemble. Je vous donnerai des F-35. Je lèverai toutes les sanctions qui pèsent sur vous. Nous pouvons travailler ensemble. Vous avez réglé la Syrie pour nous. Joulani est votre homme. Nous le savons. Alors faisons tout cela ensemble et réglons le problème. »

Sauf que, encore une fois, je ne pense pas que cela va fonctionner. Et la raison en est, tout d’abord, qu’il y a une opposition énorme. Les Israéliens se sont exprimés sans détour et ont déclaré : « Nous ne voulons pas que la Turquie dispose de F-35. Cela va modifier l’équilibre militaire. Cela signifiera qu’Israël n’aura plus la supériorité aérienne incontestée et incontestable sur le Moyen-Orient dont il a bénéficié jusqu’à présent. »

Au-delà de cela, je pense que certains en Israël craignent que si cette relation entre les États-Unis et la Turquie venait à se développer comme le laisse entendre Trump, on pourrait en arriver à un point où la Turquie deviendrait le principal allié des États-Unis au Moyen-Orient. Après tout, c’est un pays bien plus grand qu’Israël. Il dispose de ressources bien plus importantes qu’Israël. Elle entretient des liens avec de nombreuses populations sunnites du Moyen-Orient. C’est, à certains égards, un allié plus naturel.

Le problème, la raison pour laquelle cela ne fonctionnera pas, c’est tout d’abord, comme je l’ai dit, que les Israéliens s’y opposeront, tout comme leurs amis à Washington. Et enfin, les néoconservateurs ne font pas confiance à Erdogan. Ils comprennent parfaitement que si l’on commence à nouer une alliance, une alliance étroite avec Erdogan, celui-ci se servira de nous, mais ne nous sera jamais entièrement loyal. Il aura toujours tendance à poursuivre ses propres stratégies, et il suivra toujours certaines priorités turques. Par exemple, en ce qui concerne les Kurdes, que certaines personnes à Washington et, bien sûr, en Israël ont encore tendance à considérer comme d’importants alliés régionaux. Et, bien sûr, il y a aussi le fait que, bien que la Turquie entretienne des contacts et bénéficie du soutien de nombreux sunnites au Moyen-Orient, certains des principaux États sunnites de la région, notamment l’Arabie saoudite, n’apprécient pas Erdogan, ne lui font pas confiance et ont toujours manifesté une grande méfiance envers la Turquie.

Donc, en fin de compte, je ne pense pas que cela va aboutir. Je pense qu’il y aura trop d’opposition à Washington pour que cela fonctionne. Mais c’est certainement un sujet à suivre de près, et c’est sans aucun doute une piste sur laquelle, selon moi, Erdogan souhaiterait s’engager, au moins à court terme.

[Alex Christforou] Je suis d’accord avec ce que vous dites [mais] je pense qu’il existe une relation plus étroite entre Israël, la Turquie et l’Azerbaïdjan. Je pense qu’il y a eu, sans aucun doute, notamment en ce qui concerne la Syrie, une coopération entre Israël et la Turquie pour se partager la Syrie.

Je ne sais tout simplement pas s’ils ont conservé cette proximité et cette coopération, si elles existent encore. Et l’Azerbaïdjan fait en quelque sorte le lien entre Israël et la Turquie également. L’Azerbaïdjan est très proche d’Israël, et c’est un État client de la Turquie.

[Alexandre Mercouris] C’est tout à fait exact. Mais ce qu’il faut retenir à propos de cette relation, c’est que les Israéliens s’en accommodent, à condition qu’ils restent la plus puissante des trois parties. S’il y a le moindre risque qu’à terme la Turquie devienne plus puissante qu’Israël lui-même, ce n’est pas quelque chose que les Israéliens souhaitent voir. C’est donc là la source ultime de tension.

 [Alex Christforou] Il convient également de mentionner, très brièvement pour conclure cette vidéo, que la Grèce compte sur son alliance avec Israël comme rempart contre la Turquie. Je pense que la Grèce interprète et évalue complètement à tort la situation, comme elle le fait habituellement.

[Alexandre Mercouris] Oui, malheureusement. Et c’est toujours Chypre qui paie le prix des erreurs de calcul grecques, comme me le disait souvent ma tante, à maintes reprises en fait, depuis les années 1970, voire les années 1960. Elle a toujours eu une très mauvaise opinion de la politique grecque.

Et je crois vous l’avoir déjà dit lors d’émissions que nous avons réalisées ensemble. Elle estime que les décisions grecques ont joué un rôle déterminant dans le déclenchement de la crise de 1974, qui a conduit à l’invasion turque. Et elle a toujours eu beaucoup de mal, en Grèce, à faire comprendre cela à n’importe quelle composante du système politique, car toutes les composantes de ce système, y compris celles qui se disaient de gauche, voulaient toujours, en fin de compte, maintenir l’alignement de la Grèce sur les États-Unis et l’Europe, ce qui rendait impossible, en fin de compte, l’élaboration d’une politique vis-à-vis de la Turquie qui serve les intérêts grecs et chypriotes, pour ainsi dire.[...]



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