Le choix irrationnel de la Finlande

7 views
Skip to first unread message

Roland Marounek

unread,
Jul 13, 2026, 5:22:46 AM (10 days ago) Jul 13
to alert...@googlegroups.com

Le choix irrationnel de la Finlande

Olli Tammilehto, 13 juillet
https://pascallottaz.substack.com/p/finland-and-the-results-of-elite

On considère généralement que les États poursuivent leurs propres intérêts en matière de sécurité et d’économie. Cependant, ces dernières années, plusieurs pays européens ont pris des décisions qui vont clairement à l’encontre de leurs propres intérêts mais favorisent ceux des États-Unis. Par exemple, la Finlande a conclu un « accord de coopération en matière de défense » (DCA) avec les États-Unis. Selon cet accord, les États-Unis obtiennent l’accès à 15 bases militaires finlandaises existantes et peuvent y construire leurs propres bases. L’une d’entre elles sera située en Laponie, à proximité de la principale base russe de sous-marins nucléaires.

En faisant de la Finlande la première cible des missiles russes et en exacerbant les tensions entre les deux puissances nucléaires, le DCA met en danger la sécurité de la Finlande. Au contraire, cet accord sert les aspirations à long terme de l’administration étatsunienne, ou « État profond », qui est indépendant des changements de présidence. Il s’agit notamment d’empêcher la montée en puissance de grandes puissances rivales et les tentatives connexes visant à encercler, déstabiliser et affaiblir la Russie.[1]

L’Allemagne et de nombreux autres pays européens ont remplacé le gaz naturel russe par du gaz naturel étatsunien, bien plus coûteux, ce qui a entraîné des difficultés économiques en Europe mais généré d’énormes profits aux États-Unis. Récemment, les pays européens membres de l’OTAN ont décidé d’augmenter leurs dépenses militaires pour les porter à 5 % de leur PIB. Comme ces pays ne disposent pas de capacités importantes en matière de fabrication d’armement, cette décision constitue une mine d’or pour le complexe militaro-industriel américain. Dans le même temps, elle accroît le risque d’une confrontation militaire entre les États-Unis et la Russie. À moins que le conflit ne dégénère en une guerre nucléaire à grande échelle, celle-ci ne se déroulerait pas en Amérique du Nord, mais en Europe.

La mainmise de l’élite

Pourquoi les dirigeants de notre continent se comportent-ils de manière si étrange ? Dans un article récent intitulé « La mainmise de l'élite et l'autodestruction de l'Europe : l'architecture cachée de l'hégémonie transatlantique », Nel Bonilla[2] met en évidence la manière dont l’élite politique allemande a été amenée à s’identifier aux intérêts étatsuniens plutôt qu’à ceux de son propre pays. Des organisations telles que l’Atlantik-Brücke, l’Atlantic Institute, le German Marshall Fund et le programme Fulbright ont joué un rôle essentiel dans ce processus. Elles ont formé les dirigeants allemands et mis en place une certaine manière de produire l’information, un système de sélection des dirigeants et un réseau d’élite. Une mentalité dominante s’est imposée, qui impose des limites strictes à l’imagination politique. Le sentiment pro-US a été, pour ainsi dire, ancré dans les os de l’élite. La mentalité étatsunienne inculquée à l’élite est renforcée et une stratégie commune est définie chaque année lors de nombreuses réunions internationales telles que la Conférence de Munich sur la sécurité et les réunions du groupe Bilderberg.

Les États-Unis ont mis en œuvre ce type de captation des élites partout dans le monde. Il s’agit d’un élément essentiel de la technologie sociale qui promeut la puissance US. Et l’exercice de ce type de pouvoir ne date pas d’hier. Robert Lansing, qui avait occupé le poste de secrétaire d’État sous la présidence de Woodrow Wilson, déclarait dès 1924 dans une lettre qui lui est attribuée : « Nous devons ouvrir les portes de nos universités à de jeunes Mexicains ambitieux et nous efforcer de leur inculquer le mode de vie américain [sic. Le Mexique se situe aux Amériques], nos valeurs et le respect de l’autorité des États-Unis. Le Mexique aura besoin d’administrateurs compétents, et avec le temps, ces jeunes en viendront à occuper des postes importants et finiront par accéder à la présidence elle-même. Et sans que les États-Unis aient à dépenser un seul cent ni à tirer un seul coup de feu, ils feront ce que nous voulons, et le feront mieux et de manière plus radicale que nous n’aurions pu le faire nous-mêmes. »[3]

Outre les universités, les élites étrangères, ou celles qui aspirent à en faire partie, ont été imprégnées des « valeurs » ‘américaines’ [étatsuniennes] par le biais de divers cours et programmes de visite. L’un de ces programmes est l’International Visitor Leadership Program (IVLP) du Département d’État US. Des centaines de personnes qui y ont participé ont par la suite accédé au poste de Premier ministre ou de président dans leur propre pays. Du côté finlandais, ce groupe comprend le président Sauli Niinistö, la présidente Tarja Halonen et tous les Premiers ministres entre 1987 et 2014, à une exception près.[4]

Alexander Stubb

Alexander Stubb est l’un de ces dirigeants finlandais qui est entré sur la scène politique profondément imprégné des « valeurs américaines ». Il évoque lui-même longuement ce parcours dans son livre d’entretiens autobiographiques intitulé « Alex »[5]. Stubb a été étudiant d’échange aux États-Unis pendant ses études secondaires et a suivi des études de sciences sociales dans une université US. Il admet que sa façon de penser s’est davantage "américanisée" là-bas. Plus tard, Stubb a étudié au Collège d’Europe à Bruges, où le français était obligatoire. C’est là qu’il s’est lié d’amitié avec une Étatsunienne nommée Valerie Plame. Elle réussissait toujours ses examens, même si elle ne parlait pas très bien le français. Plame est restée en contact avec Stubb longtemps après ses études. En 2003, il a été révélé que Plame était un agent de la CIA.[6]

Cinq ans plus tard, Stubb était ministre des Affaires étrangères de la Finlande non alignée et a participé aux négociations d’armistice et de paix concernant la guerre de Géorgie. Apparemment, c’est lui qui représentait en fait les États-Unis lors de ces négociations, puisque la secrétaire d’État américaine Condoleezza Rice était en contact permanent avec Stubb – même pendant qu’il courait le marathon d’Helsinki.[7]

L’Union soviétique menait des efforts similaires pour inculquer ses propres "valeurs" aux candidats à des postes de direction politique. Celles-ci étaient toutefois très modestes [et surtout très inefficaces] par rapport aux efforts étatsuniens et se limitaient principalement aux membres des partis communistes. Pourtant, de jeunes dirigeants de presque tous les partis finlandais étaient invités à se rendre en URSS, mais ces visites avaient probablement pour fonction principale de séparer le bon grain de l’ivraie : qui était prêt à répéter, quelle que soit la situation, la « liturgie de l’OTAN » de l’époque, c’est-à-dire la flatterie envers les Soviétiques, et qui ne l’était pas.

En 1977, j’ai réussi à participer à l’une de ces visites, bien que je n’appartenais à aucune organisation de jeunesse politique. Notre délégation tissait des liens d’amitié dans un camp de travail étudiant qui construisait une immense étable dans la région de Toula, sans outils plus grands que des pelles. Deux sociaux-démocrates et moi-même avons été mis à l’écart comme de l’ivraie lorsque nous avons osé demander pourquoi notre séjour au camp avait soudainement été prolongé d’une semaine. La chef de la délégation, Marjo Hirsimäki du Parti du Centre, le chef de notre sous-groupe issu du Parti de la coalition nationale (principal parti de droite auquel Stubb appartenait avant sa présidence), ainsi que de nombreux autres Finlandais présents dans le camp, nous en ont profondément voulu pour notre mauvais comportement. Ils se sont révélés être de si bons amis des Soviétiques. Hirsimäki s’est particulièrement distingué dans cette affaire, puisqu’il s’est rendu à l’ambassade soviétique à Helsinki pour présenter ses excuses au sujet de nos questions déplacées.

Si l’Union soviétique ne s’était pas effondrée, ses compétences en matière d’intégration des politiciens finlandais se seraient sans doute améliorées. Alors, des jeunes hommes comme Stubb, aspirant à une carrière de dirigeant, auraient été plongés dans un ensemble de "valeurs" complètement différent.

Olli Tammilehto est écrivain et chercheur indépendant.

 [1] Voir, par exemple, Département américain de la Défense, Stratégie de défense nationale 2022 (Washington, DC : Gouvernement des États-Unis, 2022), https://media.defense.gov/2022/Oct/27/2003103845/-1/-1/1/2022-NATIONAL-DEFENSE-STRATEGY-NPR-MDR.PDF ; James Dobbins et al., Overextending and Unbalancing Russia: Assessing the Impact of Cost-Imposing Options (Santa Monica, CA : RAND Corporation, 2019), https://www.rand.org/pubs/research_briefs/RB10014.html.

[2] Nel Bonilla, « Capture par l’élite et autodestruction européenne : l’architecture cachée de l’hégémonie transatlantique », Worldlines, 29 juin 2025, https://themindness.substack.com/p/elite-capture-and-european-self-destruction.

[3] « Lettre de Robert Lansing de 1924 », Memoria Política de México, 2024, https://www.memoriapoliticademexico.org/Textos/6Revolucion/1924CRL.html.

[4] Wikipédia, s.v. « International Visitor Leadership Program », dernière modification le 12 juin 2025, https://en.wikipedia.org/w/index.php?title=International_Visitor_Leadership_Program&oldid=1295203891.

[5] Alexander Stubb et Karo Hämäläinen, Alex (Helsinki : Otava, 2017).

[6] Stubb et Hämäläinen, Alex, p. 60.

[7] Stubb et Hämäläinen, Alex, p. 139.

 



Sans virus.www.avast.com
Reply all
Reply to author
Forward
0 new messages