analyse
Pourquoi Donald Trump veut-il
imposer une capitulation à l'Ukraine?

Le Président américain, Donald Trump, fait montre d'une
instabilité particulière dans ses relations avec le Président ukrainien,
Volodymyr Zelensky, et sa position sur l'agression russe en Ukraine. ©REUTERS
Sophie Leroy
20
novembre 2025 12:43
Mise à jour à 10:29
Les États-Unis ont préparé un nouveau plan de paix pour mettre
un terme à la guerre en Ukraine. Mais celui-ci est très favorable aux ambitions
de Moscou et constituerait une capitulation forcée pour Kiev qui s'est
toutefois dit prête à travailler de manière "constructive" avec
Washington sur le sujet.
L'Ukraine a reçu de Washington
un nouveau plan ayant pour but de mettre fin à la guerre. Les éléments de ce plan qui ont
filtré ont directement fait rugir les partenaires européens de Kiev. En effet,
ils correspondent aux
exigences de Moscou. Il est question de cession de
territoires et d'armes, ainsi que de réduction des forces armées.
L'Ukraine devrait renoncer aux
provinces de Donetsk et Lougansk, soit à l'ensemble du Donbass, y compris à des zones qu'elle
contrôle encore. Les États-Unis et l'Europe
reconnaîtraient le Donbass et la péninsule de Crimée comme territoires russes.
CONSEIL
Kiev devrait diminuer de moitié ses effectifs
militaires, pour ne garder que 600.000 hommes, et renoncer à toutes ses armes à longue
portée. Aucune
troupe européenne ne serait autorisée à surveiller le cessez-le-feu,
les États-Unis assureraient les garanties de sécurité.
Capitulation forcée
"C'est une capitulation
forcée, imposée à l'Ukraine", résume Laetitia Spetschinsky, chargée de
cours invitée à l'UCLouvain et spécialiste de la Russie. La cheffe de la
diplomatie de l'UE, Kaja
Kallas, a martelé que "pour qu'un plan fonctionne, il faut
que les Ukrainiens et les Européens soient impliqués".
Les gros soucis de Volodymyr Zelensky
On peut s'attendre à des pressions intenses de Washington sur
Kiev pour accepter ce plan. L'issue
sera-t-elle cette fois différente?
Dans cette guerre, l'Ukraine est
en situation difficile avec des troupes
qui doivent régulièrement céder du terrain sur le front.
Elle est, ces dernières semaines, victime de fortes attaques sur des cibles civiles.
Mercredi, l'ouest du pays a été visé par une des opérations les plus
meurtrières de l'année. À Ternopil, dans l'ouest, au moins 25 personnes ont été tuées,
dont trois enfants, et plus de 70 ont été blessées. Les attaques sur les infrastructures énergétiques, visant
à compliquer plus encore les conditions de vie de la population, se
multiplient. Un élément neuf est
apparu, qui complexifie davantage la situation pour le pouvoir ukrainien.
Un scandale de
corruption vient d'entraîner la destitution, par le
Parlement, des ministres
de l'Énergie et de la Justice.
Timing interpellant
Un système de pots-de-vin au sein du secteur
énergétique aurait permis à des personnalités politiques
et à des hommes d'affaires de toucher environ 100 millions de dollars. Le
cerveau de ce montage serait le
codirecteur du studio de télévision dans lequel Volodymyr
Zelensky tournait sa série avant d'être élu. Mais Timour Minditch s'est enfui
avant d'être arrêté.
Le chef de cabinet du
Président, Andriy Yermak, peu populaire, mais très proche du dirigeant, est
aussi montré du doigt. Se peut-il qu'il n'était au courant de rien?Volodymyr
Zelensky est donc fragilisé.
Mais le timing et le contexte de
ces révélations interpellent. C'est l'agence nationale anticorruption (Nabu)
qui a mené l'enquête.
"Cette agence a été imposée
à l'Ukraine après 2014, elle est financée par les États-Unis et un programme
d'aide européen", précise Laetitia Spetschinsky. "Il semble que les
Ukrainiens n'y soient que des exécutants et que le contrôle vienne des
États-Unis. C'est
donc plutôt étonnant que ce scandale éclate maintenant..."
Pourquoi favoriser Moscou?
Se pose aussi la question de
l'intérêt de Donald Trump à pousser un plan si favorable à Moscou. "Il y a
plusieurs théories, analyse la spécialiste de la Russie. Il y a celle de Régis Genté, qui considère que Trump est simplement un contact utile du
FSB (l'héritier du KGB, NDLR). Le Président
américain, fasciné
par les régimes autoritaires, pourrait aussi avoir envie
de conclure des
accords avec tous les hommes forts de la planète." Troisième explication, le moteur
économique. "Donald Trump voit la possibilité de conclure des deals énormes, avec des accès aux
ressources russes, comme il l'a déjà fait avec l'Ukraine."
Les risques
Le secrétaire à l'Armée
américaine Daniel Driscoll et le chef d'état-major Randy George étaient à Kiev
et doivent rencontrer le président Zelensky ce jeudi soir.
"Quelles que soient les
conditions de capitulation qu'on puisse imposer à l'Ukraine, cet accord sera rejeté par la population,
qui a beaucoup souffert. On risque d'entrer dans un conflit de basse intensité,
avec des unités indépendantes qui vont se constituer pour commettre des actes
de sabotage, qui seront qualifiés de terrorisme. C'est une tendance lourde dans
les pays de l'ex-URSS, parce que ces conflits sont existentiels, face au
Kremlin qui vise, ici, à annihiler
l'identité ukrainienne", alerte Laetitia Spetschinsky.
A Kiev, on s'est dit prêts à travailler de manière
"constructive" avec Washington sur le sujet et
Volodymyr Zelensky prévoit d'en discuter "dans les prochains jours" avec son
homologue américain Donald Trump.
Le
plan de Trump pour l'Ukraine
Voici les 28 points de ce
plan, selon le projet de texte examiné et traduit par l'AFP:
- La souveraineté de
l'Ukraine sera confirmée.
- Un accord global
de non-agression sera conclu entre la Russie, l'Ukraine et l'Europe.
Toutes les ambiguïtés laissées en suspens ces 30 dernières années seront
considérées comme réglées.
- Il est attendu que
la Russie n'envahisse pas les pays voisins et que l'Otan ne s'étende pas
davantage.
- Un dialogue sera
mené entre la Russie et l'Otan, sous la médiation des États-Unis, afin de
résoudre toutes les questions liées à la sécurité et de créer les conditions
d'une désescalade.
- L'Ukraine recevra
des garanties de sécurité fiables.
- Les forces armées
ukrainiennes seront limitées à 600.000 militaires.
- L'Ukraine accepte
d'inscrire dans sa constitution qu'elle ne rejoindra pas l'Otan, et l'Otan
accepte d'inclure dans ses statuts une disposition spécifiant que
l'Ukraine ne sera pas intégrée à l'avenir.
- L'Otan accepte de
ne pas stationner de troupes en Ukraine.
- Des avions de
combat européens seront basés en Pologne.
- Les Etats-Unis
recevront une compensation pour la garantie de sécurité. Si l'Ukraine
envahit la Russie, elle perdra cette garantie. Si la Russie envahit
l'Ukraine, outre une réponse militaire coordonnée et décisive, toutes les
sanctions mondiales seront rétablies, la reconnaissance du nouveau territoire
et tous les autres avantages de cet accord seront révoqués. Si l'Ukraine
lance un missile sur Moscou ou Saint-Pétersbourg sans raison valable, la
garantie de sécurité sera considérée comme nulle et non avenue.
- L'Ukraine est
éligible à l'adhésion à l'UE et bénéficiera d'un accès préférentiel à
court terme au marché européen pendant que cette question est à l'étude.
- Un puissant paquet
mondial de mesures pour reconstruire l'Ukraine, incluant la création d'un
Fonds de développement pour l'Ukraine, la reconstruction des
infrastructures gazières ukrainiennes, la réhabilitation des zones
impactées par la guerre, le développement de nouvelles infrastructures et
la reprise de l'extraction de minéraux et de ressources naturelles, le
tout accompagné d'un programme de financement spécial élaboré par la
Banque Mondiale.
- La Russie sera
réintégrée dans l'économie mondiale, avec des discussions prévues sur la
levée des sanctions, la réintégration du G8 et la conclusion d'un accord
de coopération économique à long terme avec les États-Unis.
- 100 milliards de
dollars d'actifs russes gelés seront investis dans les projets menés par
les États-Unis pour reconstruire et investir en Ukraine, les États-Unis
recevant 50% des bénéfices de l'initiative. L'Europe ajoutera 100
milliards de dollars afin d'augmenter le montant des investissements
disponibles pour la reconstruction de l'Ukraine. Les fonds européens gelés
seront débloqués, et le reste des fonds russes gelés sera investi dans un
véhicule d'investissement américano-russe séparé.
- Un groupe de
travail conjoint américano-russe sur les questions de sécurité sera créé
afin de promouvoir et de garantir le respect de toutes les dispositions du
présent accord.
- La Russie inscrira
dans la loi sa politique de non-agression envers l'Europe et l'Ukraine.
- Les Etats-Unis et
la Russie conviendront de prolonger la validité des traités sur la
non-prolifération et le contrôle des armes nucléaires, y compris le traité
START I.
- L'Ukraine accepte
de ne pas être un État doté de l'arme nucléaire conformément au Traité sur
la non-prolifération des armes nucléaires.
- La centrale
nucléaire de Zaporijjia sera mise en service sous la supervision de
l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), et l'électricité
produite sera répartie à parts égales entre la Russie et l'Ukraine à
50-50.
- Les deux pays
s'engagent à mettre en oeuvre des programmes éducatifs dans les écoles et
la société visant à promouvoir la compréhension et la tolérance mutuelle.
- La Crimée,
Lougansk et Donetsk seront reconnues comme des régions russes de facto, y
compris par les Etats-Unis. Kherson et Zaporijjia seront gelées le long de
la ligne de contact, ce qui signifiera une reconnaissance de facto le long
de cette ligne. La Russie renoncera aux autres territoires qu'elle
contrôle en dehors des cinq régions. Les forces ukrainiennes se retireront
de la partie de la région de Donetsk qu'elles contrôlent actuellement, qui
sera ensuite utilisée pour créer une zone tampon.
- Après avoir
convenu des dispositions territoriales futures, la Fédération de Russie et
l'Ukraine s'engagent à ne pas modifier ces dispositions par la force.
Aucune garantie de sécurité ne s'appliquera en cas de violation de cet
engagement.
- La Russie
n'empêchera pas l'Ukraine d'utiliser le Dniepr à des fins commerciales, et
des accords seront conclus sur le libre transport des céréales à travers
la mer Noire.
- Un comité
humanitaire sera créé pour régler les questions relatives aux échanges de
prisonniers, à la restitution des dépouilles, au retour des otages et des
détenus civils, et un programme de réunification familiale sera mis en
œuvre.
- L'Ukraine
organisera des élections dans 100 jours.
- Toutes les parties
impliquées dans ce conflit bénéficieront d'une amnistie totale pour leurs
actions pendant la guerre et s'engageront à ne faire aucune réclamation et
n'envisager aucune plainte à l'avenir.
- Cet accord sera
juridiquement contraignant. Sa mise en oeuvre sera contrôlée et garantie
par le Conseil de paix, présidé par le président Donald J. Trump. Des
sanctions seront imposées en cas de violation.
- Une fois que
toutes les parties auront accepté ce mémorandum, le cessez-le-feu prendra
effet immédiatement après le retrait des deux parties vers les points
convenus pour commencer la mise en oeuvre de l'accord.
bur-jgc-vgu/lgo
https://www.lecho.be/dossiers/conflit-ukraine-russie/pourquoi-donald-trump-veut-il-imposer-une-capitulation-a-l-ukraine/10636812.html