Article Humanité sur la guerre en Iran

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Nicole Picquart

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Mar 5, 2026, 5:18:09 AM (20 hours ago) Mar 5
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Iran : ces trois derniers pays d’Europe qui rejettent la servilité dans la guerre

Pour avoir refusé aux États-Unis l’utilisation de ses bases militaires, l’Espagne est menacée par Donald Trump de rupture d’échanges commerciaux. L’Irlande et la Norvège ont également adopté des positions qui tranchent avec le suivisme en vogue à Bruxelles.

HUMA Publié le 4 mars 2026 Lina Sankari

L’Espagne de Pedro Sanchez est un élève « épouvantable », selon le président Trump, qui n’oublie sans doute pas que le pays s’était déjà levé contre le génocide à Gaza. Ce dernier a indiqué, ce 3 mars, vouloir mettre fin à tous les échanges commerciaux avec Madrid, lui reprochant de ne pas avoir donné son feu vert à l’utilisation de ses bases par l’armée états-unienne. © AFP PHOTO / LA MONCLOA / BORJA PUIG DE LA BELLACASA

À croire que le camp trumpiste n’est jamais rassasié. La majorité des pays européens et les dirigeants de la Commission, ont beau donner dans l’à-plat-ventrisme et épouser les buts de guerre des États-Unis et d’Israël en Iran, Lindsey Graham considère que les Vingt-Sept faiblissent. « Misérables »« ramollis »« pathétiques »… le sénateur républicain n’a pas de mots assez durs : « L’Europe occidentale est tombée bien bas (…) vous avez perdu votre zèle à affronter le mal. »

Au-delà de la réactivation de la rhétorique néoconservatrice, en vogue durant la présidence de George W. Bush, le parlementaire adresse un satisfecit à peine voilé aux pays de l’Est. Il dessine là une nouvelle géographie pour les futures alliances. À l’Est, les bons élèves. À l’Ouest et au Sud, ceux qui méritent à peine la mention passable, voire les cancres. Le tout avec quelques nuances.

Dans le haut du tableau, on trouve la Roumanie. Son hub logistique situé sur la base militaire Mihail-Kogalniceanu permet aux avions utilisés pour le conflit de décoller. Le pays abrite également un bouclier antimissiles spécialement déployé pour dissuader l’Iran.

Mention spéciale également pour le Portugal qui a vu sa souveraineté nationale violée pour mener une guerre sans base légale. Les États-Unis ont ainsi eu recours à l’installation située sur l’île de Terceira (Açores) sans en informer Lisbonne qui n’y a pourtant rien trouvé à redire.

« L’extrême droite et les centristes se prosternent aux pieds de Trump et Netanyahou »

Tout au bas du classement, l’Espagne. Un élève « épouvantable », selon le président Trump, qui n’oublie sans doute pas que le pays s’était déjà levé contre le génocide à Gaza. Ce dernier a indiqué, ce 3 mars, vouloir mettre fin à tous les échanges commerciaux avec Madrid, lui reprochant de ne pas avoir donné son feu vert à l’utilisation de ses bases par l’armée états-unienne.

Le plus grave n’est pas tant que le milliardaire menace un pays – l’Europe est désormais coutumière des oukases –, mais qu’un autre membre de l’Union y consente par son silence. Le même jour, le chancelier allemand, Friedrich Merz, avait l’honneur d’être reçu dans le bureau Ovale mais est resté les bras ballants face à cette tentative de division claire de l’Union européenne par un allié supposé.

« Ce n’est pas le moment de donner des leçons » aux alliés, a estimé Friedrich Merz avant d’expliquer qu’il tenterait de convaincre l’Espagne, qui s’y refuse, d’augmenter ses dépenses militaires à 5 % du PIB. Comme une nouvelle fissure dans le projet communautaire qui laissera des traces, faute d’unité politique.
 

« Le seul gouvernement souverainiste en Europe est celui de gauche, celui du socialiste Sanchez soutenu par les communistes et la gauche radicale. L’extrême droite comme les centristes se prosternent aux pieds de Trump et Netanyahou », constate le secrétaire national du Parti de la refondation communiste, l’Italien Maurizio Acerbo.

Sentant poindre le danger après le fiasco lié à la signature, l’été dernier, de l’accord – finalement suspendu – sur les droits de douane imposés à l’Union européenne par Donald Trump, le porte-parole de la Commission européenne, Olof Gill, a rappelé à Washington que des sanctions commerciales infligées à un État européen équivalaient à sanctionner tous les Vingt-Sept du fait du marché unique. L’UE se tient « en pleine solidarité » et se réserve le droit à des mesures de rétorsion.

 

Derrière l’Iran, des crises en cascade pour l’Europe

Le premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, n’a toutefois pas dévié d’un iota. Le 4 février, il a joué les professeurs d’histoire et donné une leçon de volonté politique : « Il y a vingt-trois ans, un autre gouvernement américain nous a entraînés dans une guerre au Moyen-Orient (en Irak où le premier ministre Aznar avait jeté toutes ses forces – NDLR). Une guerre qui, en théorie, disait-on à l’époque, visait à éliminer les armes de destruction massive de Saddam Hussein, à instaurer la démocratie et à garantir la sécurité mondiale. Mais qui, en réalité, avec du recul, a produit l’effet inverse, déclenchant la plus grande vague d’insécurité que notre continent ait connue depuis la chute du mur de Berlin, a-t-il rappelé. La guerre en Irak a entraîné une augmentation drastique du terrorisme djihadiste, une grave crise migratoire en Méditerranée orientale et une hausse généralisée des prix de l’énergie. »

Une position qui a valu à l’Espagne cette ironie du ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar : « D’abord le Hamas remercie Sanchez. Ensuite les Houthis. Maintenant l’Iran. Est-ce cela être du bon côté de l’histoire ? »

Le scénario esquissé par Pedro Sanchez est toutefois celui qui semble se profiler. Depuis le lancement de la guerre, le 28 février, les prix du gaz ont presque doublé et se sont de nouveau envolés lorsque la compagnie énergétique publique du Qatar, QatarEnergy, a annoncé l’arrêt de sa production de gaz naturel liquéfié (GNL) après l’attaque de drones iraniens.

La perturbation de l’acheminement du pétrole dans le détroit d’Ormuz pourrait lui aussi avoir des répercussions sur l’économie européenne et les travailleurs. Signe des contradictions dans lesquelles navigue l’Union européenne. Le ministre norvégien de l’Énergie sous-entend désormais que la guerre actuelle pourrait raviver le débat autour de l’interdiction des importations russes. « L’UE a été très claire sur sa volonté de se libérer du pétrole et du gaz russes, mais les événements des trois ou quatre derniers jours ont été difficiles », explique Terje Aasland.
 

De plus, dans un contexte où la droite et l’extrême droite européennes tentent de tarir l’immigration par la militarisation des frontières et la révision du pacte asile et migration, l’Europe pourrait devoir gérer les conséquences de la guerre à laquelle l’Iran est soumis. Avec une population d’environ 90 millions d’habitants, le pays pourrait connaître « une déstabilisation partielle (qui) pourrait générer des flux de réfugiés d’une ampleur sans précédent », note un rapport de l’Agence de l’UE pour l’asile.

 

Abandon du droit international en rase campagne

D’un côté, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, jette toute son énergie dans un hypothétique « changement de régime » en Iran. De l’autre, le refus de l’Espagne de voir ses bases militaires utilisées a mis en lumière les leviers potentiels dont dispose l’UE face aux États-Unis. Ces derniers ont autant besoin du continent pour leur défense que l’Europe a besoin d’eux faute d’autonomie stratégique.

Autre pays à nager à contre-courant : la Norvège qui avait reconnu l’État de Palestine, avec l’Espagne et l’Irlande en 2024« L’attaque est décrite par Israël comme une frappe préventive, mais elle n’est pas conforme au droit international. Une attaque préventive nécessiterait l’existence d’une menace imminente », indiquait, dès le 28 février, le ministre des Affaires Étrangères, Espen Barth Eide, avant d’appeler au retour à la voie diplomatique.

La présidente irlandaise Catherine Connolly (indépendante) a également dénoncé l’aventure belliciste contre l’Iran : « La normalisation de la guerre, y compris l’invasion à volonté d’États souverains, est une voie qui ne mène qu’à la destruction et à la perte de vies humaines. » Dans la même veine, son premier ministre, Micheal Martin (Fianna Fail, centre droit), a poursuivi : « L’Irlande a toujours estimé que les conflits devaient être résolus par la diplomatie et la négociation, conformément aux principes de la charte des Nations unies et du droit international. Cela doit s’appliquer dans cette situation comme dans toute autre. »

 

À gauche de l’échiquier, la présidente du Sinn Féin, Mary Lou McDonald, a décrit l’action conjointe des États-Unis et d’Israël comme une « agression militaire non provoquée », la qualifiant de « tournant effrayant ». Cet abandon du droit international en rase campagne par la majorité des pays européens constituerait même une insulte à l’histoire alors que ces pays ont contribué à sa construction après la Seconde Guerre mondiale.

 

« Les dirigeants européens doivent résister ou disparaître »

Selon Vincent Lemire, professeur d’histoire à l’université Paris-Est-Gustave-Eiffel, qui s’est provisoirement vu interdire le droit d’entrée en Israël pour avoir requis des sanctions contre le pays, « l’Europe ne peut pas abandonner le droit international (…) parce que l’Europe, c’est du droit international. C’est une construction juridique, transactionnelle et transnationale. Ce sont des traités multilatéraux et des principes collectivement élaborés et régulés (…) Les dirigeants européens doivent résister ou disparaître » faute de défendre ces principes.

Si l’UE décidait de s’engager plus avant au Moyen-Orient, elle devrait résoudre une autre équation. Ukrainienne, celle-ci. L’implication dans une guerre de longue haleine l’inviterait à réduire son engagement auprès de Kiev. Un conflit qui la concerne au premier chef.

 

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