« Le vrai miracle n'est peut-être pas que ces chiffres soient répétés sans esprit critique, mais qu'après les armes de destruction massive en Irak, la guerre humanitaire en Libye, les « rebelles modérés » en Syrie et toutes les autres croisades morales à la sauce CIA, on s’attend toujours à être stupéfaits lorsqu’une personne issue du courant dominant a pour source "fais-moi confiance, mon frère" ».
Le bazar des droits de l'homme anti-Iran
L’« aide » de Trump promet aux Iraniens encore plus de souffrances
C’est comme les séries US : on reprend le scénario qui s’est prouvé si efficace. Comme en Syrie 2011, on est en train littéralement de nous resservir l’histoire des manifestants pacifiques qui sont bien obligé de se tourner vers la lutte armée à cause de la répression du régime sanguinaire. Et ça fonctionne encore - puisqu’on a bien pris soin de ne pas montrer les premières scènes. Nul doute que cela deviendra le récit médiatique obligé.
Ainsi hier au 20h de France 2 https://www.france.tv/france-2/journal-20h00/8057463-edition-du-samedi-17-janvier-2026.html, on nous montre face à des combattant bien armés un pauvre cuisinier qui vient de fuir Téhéran et est maintenant prêt à la lutte armée. On le croit bien sûr, foi de France 2. (Le dit « Parti Démocratique du Kurdistan d'Iran » est ‘travaillé’ depuis très longtemps par Israël et les Etats-Unis, comme les Kurdes avaient été également instrumentalisés en Syrie : cf https://csotan.org/textes/doc.php?art_id=1005&type=documents&theme=L et https://csotan.org/textes/doc.php?art_id=1006&type=documents&theme=L) :
"Difficile de connaître le bilan exact des victimes. Les autorités reconnaissent des milliers de morts [non, info made in Reuters, démenties].
De l'autre côté de la frontière, en Irak, nous avons pu recueillir le témoignage de deux habitants de Téhéran.
Ils ont quitté le pays il y a quelques jours pour rejoindre les rangs d'une milice kurde, prête à la lutte armée. A Manj, cuisinier, a manifesté : dans ses yeux les images de la répression.
« J'ai vu une fille, devant moi, tuée par balles, et les forces de sécurité ont jeté son cadavre dans un camion. Je l'ai vue de mes propres yeux. Ils tiraient même sur les femmes et les enfants alors qu'on n'était pas armés. Ils avaient des kalachnikovs et des mitrailleuses. Ils étaient sans pitié. Moi, la plupart de mes amis ont été tués ou arrêtés. »
Rahman, 23 ans, était vendeur de chaussures. Il souhaite la chute du régime iranien, mais manifester, dit-il, est devenu trop risqué. Je pensais que je serais le prochain sur la liste à être tué. Je suis parti me battre autrement, parce que dans ce pays, on est tous des morts vivants.
Les images officielles tournées jeudi à Téhéran montrent une capitale calme, loin de sa frénésie habituelle. Le pays reste en suspens."

« Ils tiraient même sur les femmes et les enfants alors qu'on n'était pas armés. » Source ? « Crois-moi mon frère »
Au 19h de RTL , l’autre air bien connu : « l'inaction de la communauté internationale face au régime sanguinaire», histoires persanes et chiffres extravagants en prime:
"La communauté iranienne vit ces événements avec une profonde inquiétude. De nombreuses familles sont sans nouvelles de leurs proches, alors que des récits terrifiants filtrent sur les horreurs infligées à la population iranienne. Face à cela, beaucoup dénoncent l'inaction de la communauté internationale. (...)
Le régime sanguinaire a-t-il réussi, une fois encore, à étouffer la contestation ? Hier, le président américain remerciait le régime iranien : « Je respecte grandement le fait que toutes les pendaisons prévues qui devaient avoir lieu ont été annulées par les dirigeants de l'Iran. Merci. » [on lance l’intox qu’il y aura des pendaisons expéditives, puis on ‘remercie’ que celles-ci n’aient pas eu lieu. Mais c’est sûr qu’il en aura : dans un pays qui applique la peine de mort, semble difficile de ne pas condamner à mort des émeutiers convaincus d’avoir brûlé vifs ou battu à mort d’autres personnes.]
Après avoir menacé depuis des semaines d'intervenir, Donald Trump a fait marche arrière, sous la pression de l'Arabie Saoudite, du Qatar et d'Oman. Le fils du dernier Shah d'Iran appelle pourtant la communauté internationale à frapper le régime. Notamment en ciblant les dirigeants des gardiens de la révolution islamique et leurs infrastructures de commandement.
« Tout comme ces autres tyrannies, la république islamique va tomber. Ce n'est pas une question de si, mais de quand. » [...dit le fils du dernier tyran]
Après trois semaines de soulèvement, les mollahs donnent un premier chiffre : 3 000 arrestations. Il y en aurait 20 000, selon les ONG, qui parlent aussi de 5 à 20 000 morts.
Et pour récupérer les corps, les familles doivent payer. Ils ont obligé de payer un prix de balle qui les a tués. Dans les 3, 4, 5 000 euros par balle. Pour un ouvrier qui prend 100 euros, 200 euros de salaire mensuel, c'est immense. Il y a des parents qui n'arrivent même pas à récupérer le corps de leurs proches. La société civile iranienne se sent abandonnée alors que le régime l'écrase sous la terreur."
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Le bazar des droits de l'homme anti-Iran
Karim Sharara, Al
Mayadeen English, 16 Jan 2026
https://english.almayadeen.net/news/politics/the-anti-iran-human-rights-bazaar

La dépendance des médias grand public à l'égard des ONG de défense des « droits de l'homme en Iran » financées par les États-Unis révèle une filière de changement de régime recyclée, où des militants anonymes sont utilisés avec des financements opaques pour traiter la propagande comme des faits.
« 2 000 manifestants tués, selon des militants ». [c’est dépassé, on a grimpé entretemps à 20.000]
Il semble que les militants anonymes fassent vraiment fureur dans les médias occidentaux, et que ce titre soit repris (sous de multiples formes, sans aucun doute). Parce que si c'est dans The Guardian, BBC, et CNN, entre autres, c'est forcément « vrai », surtout quand il s'agit de l'Iran.
Mais en réalité, l'intégrité journalistique consiste à citer les sources, et si ces médias « impartiaux », “professionnels” et « objectifs » sont bons à quelque chose, c'est à choisir les bonnes organisations à citer, qui ne sont en aucun cas affiliées à des sources suspectes.
Après tout, ce n'est pas suspect s'il s'agit de la CIA ou du gouvernement fédéral américain, n'est-ce pas ?
Militants des droits de l'homme en Iran (HRANA)
Prenons l'exemple de la HRANA, qui est l'« agence » de référence citée par les médias occidentaux.
Les chiffres des arrestations ? HRANA.
Le nombre de morts ? HRANA.
Les noms des personnes arrêtées ? HRANA.
Allégations de répression citées par Reuters, AP, la BBC, CNN et le New York Times? HRANA.
Selon son site Internet, « Human Rights Activists in Iran (également connu sous le nom de HRAI et HRA) est une organisation apolitique et non gouvernementale composée d'avocats qui défendent les droits de l'homme en Iran. HRAI a été fondée en 2005 ».
Contrairement à son nom, l'organisation Human Rights Activists in Iran ne se trouve pas en Iran, mais opère depuis la Virginie, aux États-Unis. Un peu comme lorsque vous achetez des choux de Bruxelles en vous attendant à quelque chose d'européen, mais que vous découvrez qu'ils ont été « importés » de Californie.
La HRANA affirme également: « Parce que l'organisation cherche à rester indépendante, elle n'accepte pas d'aide financière de la part de groupes politiques ou de gouvernements ».
Curieusement, aucun média occidental n'a révélé que la HRANA est financée par la NED (National Endowment for Democracy), qui a été créée pour garder secret le financement de la CIA, selon son cofondateur Allen Weinstein, qui avait déclaré : « Une grande partie de ce que nous faisons aujourd'hui a été fait secrètement il y a 25 ans par la CIA. »
HRANA a été fondée par Keyvan Rafiee en 2006, en Virginie, et selon les déclarations d'impôts datant de 2012 (lorsque Rafiee n'a reçu que 59 000 dollars de dons exonérés d'impôts), il engrange aujourd'hui un confortable million de dollars de dons.
Au total, Rafiee a reçu 10,7 millions de dollars entre 2012 et 2025, sans doute grâce à de « bons samaritains » qui ont versé des fonds sur son compte Patreon.
Center for Human Rights in Iran (CHRI)
Le Center for Human Rights in Iran (CHRI), tout comme la HRANA, est également cité par les médias grand public comme une source crédible, accumulant « plus de 7 000 citations dans les médias internationaux en 2022 », selon son propre site Web. Tout comme la HRANA, elle se présente comme une organisation à but non lucratif « indépendante et non partisane » (il semble que ce soit un mantra qu'ils utilisent tous).
Le mot clé étant « à but non lucratif », Hadi Ghaemi, fondateur et directeur exécutif de la CHRI, s'est octroyé l'année dernière une rémunération de plus de 200 000 dollars provenant de l'argent du contribuable américain pour son travail harassant en faveur des droits de l'homme, soit près du double des 105 000 dollars qu'il a perçus en 2013.
Il convient de noter que M. Ghaemi avait affirmé en 2009 qu'il n'avait jamais reçu de financement du gouvernement américain ou de la NED, notamment en ce qui concerne son travail pour United4Iran, une autre organisation qu'il avait fondée.
De 2012 à 2024, la CHRI, enregistrée sous le nom de Campaign For Human Rights Inc et exonérée d'impôts depuis 2011, a reçu 16,3 millions de dollars, également sous forme de dons exonérés d'impôts. Toutefois, en raison du manque de transparence des finances de l'organisation, la source du financement n'a pas pu être déterminée.
Tavaana
L'une des organisations les plus actives parmi les groupes dissidents iraniens est Tavaana. Sur son site web, elle se présente comme « la première initiative d'éducation civique et de renforcement des capacités de la société civile en Iran ». On pourrait penser qu'elle est basée en Iran, jusqu'à ce qu'on vous dise, dans la phrase suivante, « Lancée en 2010 grâce à une subvention de démarrage du Bureau pour la démocratie, les droits de l'homme et le travail (DRL) du Département d'État américain ».
En consultant les dossiers fiscaux de Tavaana, vous n'obtiendrez aucun résultat, car les impôts sont déposés sous le nom de « E-Collaborative For Civic Education », l'organisation mère de Tavaana, qui bénéficie d'une exonération fiscale depuis 2011. Les déclarations de revenus montrent que l'organisation a reçu des subventions d'un montant total de 250 000 dollars en 2011, qui ont rapidement grimpé en flèche pour atteindre 1,9 million de dollars en 2014. Au total, de 2011 à 2024, Tavaana a reçu un total de 15,9 millions de dollars en dons.
Si l'on considère l'étendue des activités de l'organisation et le fait que ses cours en ligne consistent à partager des articles similaires à ceux d'eHow sur le contournement des restrictions d'accès à l'internet en Iran, il est difficile de voir où sont passés ces millions de dollars... Ou bien ils ont été engagés pour rédiger la compilation la plus chère de brochures électroniques.
Selon une brochure de la NED rédigée par Sherry Ricchiardi pour le Center for International Media Assistance (CIMA) de la NED et publiée le 13 mars 2014, « l'organisation mère du projet Tavaana, l'E-Collaborative for Civic Education, a reçu le soutien de la National Endowment for Democracy, du ministère néerlandais des Affaires étrangères et de l'Agence des États-Unis pour le développement international. »
« La responsable du programme, Layla Attia, a énuméré quelques-unes des réalisations du projet, notamment 29 cours en ligne et 47 webinaires sur des sujets tels que les droits des femmes, la sécurité numérique, les droits des homosexuels dans l'Islam, l'entrepreneuriat social, les institutions démocratiques et l’utilisation efficace de Google. Les participants se connectent en toute sécurité depuis l'Iran à des salles de classe électroniques anonymes et, jusqu'à présent, aucun d'entre eux n'a signalé de compromission de compte, selon Mme Attia. »
Imaginez que vous soyez un Américain et que vous découvriez que 100 000 dollars de vos impôts ont été dépensés pour enseigner « l’utilisation efficace de Google ».
Les cofondateurs de Tavaana sont Akbar Atri et Mariam Memarsadeghi. Atri est largement inactif sur les médias sociaux depuis 2018, mais Mariam Memarsadeghi dépeint une histoire différente. Elle est une fervente partisane d'« Israël », comme le montre sa bio, qui arbore un drapeau israélien, et a même appelé à des frappes US et israéliennes sur son propre pays, la dernière fois il y a quelques jours :

« L'heure n'est pas à la nuance.
L'heure est aux bombardiers américains B2 sur l'Iran. »
Plus intéressant encore, elle est également une monarchiste convaincue, qui préconise de donner le pouvoir à un homme dont le seul titre de gloire est d'être né avec une cuillère de safran dans la bouche et qui a déclaré publiquement qu'il ne savait pas où il retournerait, s'il retournait un jour en Iran, suggérant qu'il pourrait vivre entre les États-Unis et l'Iran parce qu'il a passé toute sa vie aux États-Unis.
C'est ce même homme qui pensait que montrer des photos de lui en train de faire du yoga lui donnerait une meilleure image.
Un éminent dissident iranien, Ruhollah Zam, qui a participé à la direction d'opérations anti-iraniennes (notamment en enseignant aux émeutiers comment fabriquer des armes artisanales par l'intermédiaire de ses chaînes Telegram Amad News), puis a été capturé et rapatrié dans le cadre d'une opération des services de renseignement, a également déclaré il y a plusieurs années, lors d'un appel vidéo, avoir vu le fils du défunt shah s'entraîner à l'inspection des troupes devant le miroir de sa chambre à coucher...
Pour en savoir plus : Les liens profonds entre l'opposition iranienne et le lobby israélien
Iran Disinformation Project
L'Iran Disinformation Project est un projet éphémère financé directement par le département d'État américain. Selon The Guardian, « il harcelait les journalistes, les défenseurs des droits de l'homme et les universitaires étatsuniens jugés insuffisamment hostiles au gouvernement de Téhéran ».
Lorsque @IranDisinfo a commencé à s'en prendre aux journalistes traditionnels qui n'étaient pas radicalement anti-Iran, l’alerte a été lancée et son financement a été supprimé. « L'essentiel du travail de @IranDisinfo s'inscrit dans le cadre d'un projet mené avec le Département d'État. Nous avons cependant identifié des tweets récents qui sortent du cadre du projet visant à contrer la propagande ou la désinformation d'un État étranger », avait déclaré un porte-parole du département d'État.
Les tweets en question ont été supprimés, mais le financement n'a pas été rétabli. La page est toujours visible sur Twitter, inactive depuis 2019.
Centre Boroumand pour les droits de l'homme en Iran
L'une des organisations les plus efficaces financées par la National Endowment for Democracy est le Boroumand Center for Human Rights in Iran, cofondé par les sœurs dissidentes Ladan et Roya Boroumand. Son conseil d'administration comprend Francis Fukuyama, figure emblématique du néoconservatisme, devenu par la suite un libéral institutionnaliste post-néoconservateur (d'après mes recherches, il s'agit d'une véritable courant de pensée), ainsi que des personnalités iraniennes de premier plan, comme Nazanin Boniadi.
En 2024, la NED a remis à sa « partenaire » Roya Boroumand une médaille « en reconnaissance de son leadership et de son dévouement à la promotion des droits de l'homme et de la démocratie en Iran ».
La déclaration de la NED indique notamment ce qui suit : « Roya et sa sœur Ladan Boroumand, ancienne Reagan-Fascell Democracy Fellow de la NED, ont consacré leur vie à la défense des droits de l'homme en Iran. »
De 2011 à 2024, le Boroumand Center a reçu 13,5 millions de dollars de dons exonérés d'impôts aux États-Unis. Avant cela, des informations suggèrent qu'il était financé par des contributions de fondations, telles que l'influente fondation de droite Lynde et Harry Bradley, à hauteur de dizaines de milliers de dollars chaque année par donateur.
Le Centre Boroumand a également collaboré avec l' Open Society Foundations de George Soros et a reçu des fonds de cette organisation.
Curieusement, la page « What We Do » du Centre indique ce qui suit: « Notre objectif est de préparer une transition pacifique et démocratique en Iran et de construire un avenir plus juste. »
On pourrait s’attendre à ce que des personnes aussi désireuses de préserver la démocratie et les pratiques démocratiques, et qui ont même reçu des prix prestigieux pour leur travail, s’abstiendraient d’amplifier un appel au licenciement des universitaires iraniens aux États-Unis qui posent des questions sur l'implication du Mossad dans les émeutes, en particulier ceux qui sont aussi éminentes que Hamid Dabashi.
Le 12 janvier, Ladan Boroumand a également relayé un message du dissident iranien Omid Shams dans lequel il explique comment une attaque contre l'Iran peut être justifiée au nom d’une « intervention humanitaire ».
Il semble que l'un des thèmes récurrents chez les dissidents iraniens de l'étranger soit leur enthousiasme à l'idée de frappes contre leur propre pays. Cependant, aucun n'est allé aussi loin que Masih Alinejad, qui semble avoir pris la tête de l'opposition, au grand dam de nombreux dissidents qui la qualifient d'opportuniste.
Grâce à son travail sur VOA Farsi (Voice of America), qui est directement financé par le département d'État, à travers lequel Alinejad a appelé à des frappes, à un changement de régime, à des sanctions et à toutes sortes d'actions des États-Unis contre son pays, elle a été catapultée en première ligne de l'opposition. Elle a également reçu des centaines de milliers de dollars pour son travail avec VOA Farsi.
Lire la suite : L'argent sale : Rencontrez l'agent américain à l'origine des émeutes menées par la CIA en Iran.
Un écosystème de changement de régime
Ainsi, la prochaine fois que l'on vous dira, très solennellement, que « 2 000 manifestants ont été tués, selon des militants », il conviendra peut-être de poser une question dangereuse : quels militants, financés par qui, opérant à partir d'où, et avec quels objectifs politiques ouvertement déclarés ?
Car ce qui émerge ici n'est pas un écosystème de défense des droits de l'homme indépendant, mais une industrie étroitement liée d'ONG de changement de régime, généreusement financée par des fonds du gouvernement américain, recyclée à l'infini par les salles de presse occidentales qui traitent les « activistes iraniens basés en Virginie » comme un substitut à la vérification sur le terrain.
Le vrai miracle n'est peut-être pas que ces chiffres soient répétés sans esprit critique, mais qu'après les armes de destruction massive en Irak, la guerre humanitaire en Libye, les « rebelles modérés » en Syrie et toutes les autres croisades morales à la sauce CIA, on s’attend toujours à être stupéfaits lorsqu’une personne issue du courant dominant a pour source « faites-moi confiance, mon frère ».
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L’« aide » de Trump promet aux Iraniens encore plus de souffrances
Par Aaron Mate
Arrêt sur info — 16 janvier 2026
https://arretsurinfo.ch/l-aide-de-trump-promet-aux-iraniens-encore-plus-de-souffrances/
Après avoir paralysé l’économie iranienne par des sanctions, Trump menace de bombarder l’Iran pour la deuxième fois en moins d’un an.
Après avoir fait campagne comme opposant aux interventions militaires américaines et aux changements de régime, en particulier au Moyen-Orient, le président Trump a menacé de bombarder l’Iran pour la deuxième fois en moins d’un an. Dans des déclarations publiques, le président Trump a encouragé les manifestants iraniens à prendre le contrôle des bâtiments gouvernementaux et leur a assuré que « l’aide est en route » sous la forme d’une « action forte ».
Quelle que soit la décision de Trump — et quelle que soit l’opinion que l’on ait du gouvernement iranien — une certitude demeure : il n’offrira pas aux Iraniens l’aide la plus concrète qu’il pourrait fournir, à savoir mettre fin aux sanctions américaines dévastatrices.
Au contraire, Trump s’est engagé à étendre la douleur économique à l’échelle mondiale en annonçant un nouveau tarif douanier de 25 % sur les partenaires commerciaux de l’Iran, y compris la Chine. S’il va jusqu’au bout, cela augmentera les coûts pour tout le monde, y compris pour les consommateurs américains.
L’élément déclencheur des récentes manifestations, qui ont commencé pacifiquement dans le Grand Bazar de Téhéran, a été la sévère dépréciation du rial iranien, qui a chuté de 84 % en 2025 pour atteindre un niveau historiquement bas le mois dernier. Les manifestants exigent que le gouvernement s’attaque à la mauvaise gestion généralisée et à la corruption. Pourtant, même si l’Iran parvenait à éradiquer toute corruption, le pays resterait dans une situation périlleuse. Comme l’a noté le Wall Street Journal en 2022, les sanctions américaines contre l’industrie pétrolière iranienne et le système financier « sont le principal facteur qui paralyse l’économie iranienne ».
Après le retrait de Trump de l’accord sur le nucléaire iranien et le rétablissement des sanctions de « pression maximale » en août 2018, le rial a connu une chute immédiate et brutale. Une étude récente a révélé qu’en raison des sanctions de Trump, la classe moyenne iranienne est aujourd’hui 28 % plus petite qu’elle ne le serait dans des conditions normales, comparée à des économies similaires. En réduisant la classe moyenne iranienne et en poussant davantage de personnes dans l’extrême pauvreté, Trump a affaibli précisément ceux qui ont traditionnellement porté les mouvements sociaux iraniens. Et en modifiant « la structure des classes sociales du pays », observe l’économiste iranien Hadi Kahalzadeh, « les sanctions de Trump « stigmatisent l’idée que l’engagement avec l’Occident puisse être une solution aux difficultés économiques de l’Iran ».
Contraction de l’économie iranienne, médicaments inabordables, chute de la monnaie... : Un « succès retentissant »
Les architectes occidentaux des sanctions américaines ont voulu cette privation. Richard Nephew, qui supervisait la politique de sanctions du département d’État sous l’administration Obama, a qualifié la contraction de l’économie iranienne de « succès retentissant ». À titre d’exemple, Nephew a écrit que les sanctions dirigées par les États-Unis « ont directement contribué à la dépréciation du rial iranien et, par conséquent, ont joué un rôle » dans le fait que les médicaments soient devenus inabordables « parce qu’ils coûtaient trop cher pour l’Iranien moyen ».
En 2019, le secrétaire d’État Mike Pompeo a reconnu que les sanctions américaines étaient conçues à la fois pour nuire à l’Iranien moyen et pour saper la diplomatie avec son gouvernement. Interrogé par CBS News pour savoir si sa coercition financière « poussait l’Iran à négocier » avec Washington, Pompeo a répondu que la négociation n’était pas l’objectif. Il a expliqué au contraire que « la situation est bien pire pour le peuple iranien, et nous sommes convaincus que cela conduira le peuple iranien à se soulever et à changer le comportement du régime », lequel crée « le chaos dans tout le Moyen-Orient et, franchement, dans le monde entier ».
Pompeo — comme pratiquement tous les médias dominants — omet de préciser que le « chaos » iranien est une réponse à des décennies d’agression dirigée par les États-Unis, à commencer par le renversement en 1953, par la CIA, du Premier ministre Mohammad Mossadegh. En 2010, le directeur de la Defense Intelligence Agency, le général Ronald Burgess, a noté que « la stratégie militaire de l’Iran est conçue pour se défendre contre des menaces extérieures, en particulier celles des États-Unis et d’Israël ». Quatre ans plus tard, le Pentagone a de nouveau conclu que « la doctrine militaire de l’Iran est défensive… conçue pour dissuader une attaque… et imposer une solution diplomatique aux hostilités ».
Comme l’avaient prévu les analystes du Pentagone, l’Iran a eu recours à la violence pour tenter de restaurer la diplomatie que Pompeo et ses collègues ont sabotée. En 2021, par exemple, une vague d’attaques de drones menées par des milices irakiennes alliées à l’Iran contre des bases abritant la CIA et les forces spéciales américaines visait à « accroître la pression sur les États-Unis… afin de négocier un allègement des sanctions [dirigées par les États-Unis] dans le cadre d’un renouveau de l’accord nucléaire de 2015 », et avait été « conçue… pour minimiser les pertes humaines », selon le New York Times. De fait, lors des deux dernières représailles iraniennes contre des attaques américaines — l’assassinat de Qassem Soleimani en 2020 et le bombardement de sites nucléaires iraniens en juin — Téhéran a signalé ses frappes à l’avance afin de toucher des bases américaines vides en Irak et au Qatar.
Contrairement aux États-Unis et à Israël, l’Iran a également accepté le consensus mondial sur la manière de résoudre la question centrale au cœur de tous les conflits du Moyen-Orient : le refus par Israël de l’autodétermination palestinienne. En 2017, la même année où le Hamas a officiellement révisé sa charte dans un sens similaire, l’Iran a approuvé une offre de paix de la Ligue arabe à Israël fondée sur une « solution à deux États avec Jérusalem-Est comme capitale de l’État de Palestine ». La position israélienne de longue date, soutenue par les États-Unis, consiste à refuser même de discuter de cette proposition, qui représente pour les Palestiniens un compromis historique.
Alors que l’Iran a utilisé la violence pour contraindre à la diplomatie, les États-Unis et Israël ont utilisé la violence pour saper à la fois la diplomatie et la capacité de défense iranienne. Après les bombardements de juin, justifiés par le prétexte que Téhéran était proche de se doter de l’arme nucléaire, des responsables israéliens et américains ont admis qu’il s’agissait d’un leurre. Selon un récit du Washington Post, de hauts responsables israéliens avaient « déjà décidé dès mars » d’attaquer l’Iran — le même mois où la cheffe du renseignement américain, Tulsi Gabbard, affirmait que « l’Iran ne construisait pas d’arme nucléaire ». La préférence d’Israël pour l’agression reposait sur la conscience que « l’Iran aurait reconstruit ses défenses aériennes d’ici la seconde moitié de l’année », ce qui offrait à Israël « une occasion unique d’exécuter des plans, soigneusement élaborés des mois et des années à l’avance, afin d’endommager gravement un Iran affaibli ».
Si Trump exploite les troubles actuels en Iran pour mener un nouveau bombardement, il poursuivra le même objectif. Comme l’a déclaré Pompeo sur Fox News le mois dernier : « nous ne pouvons pas les laisser reconstruire leurs défenses aériennes… le temps sera donc crucial pour s’assurer que les systèmes de défense aérienne en Iran ne soient pas capables d’abattre des avions occidentaux ». Aux yeux des États-Unis et d’Israël, l’Iran n’est pas seulement empêché de se doter de l’arme nucléaire, il lui est aussi interdit de défendre son propre espace aérien.
Dans la poussée vers une nouvelle escalade militaire, les aveux sont devenus encore plus éhontés et cyniques. Alors que les manifestations iraniennes éclataient au Nouvel An, Pompeo s’est vanté d’un rôle israélien en adressant ses vœux « à chaque agent du Mossad marchant aux côtés » des manifestants. Cette semaine, la chaîne israélienne Channel 14 a rapporté que des agents israéliens avaient fourni des armes à des tireurs iraniens ayant tué « des centaines de membres du régime ». (Bien que le bilan exact parmi les forces de sécurité iraniennes ne puisse être confirmé de manière indépendante, celles-ci ont effectivement subi des attaques violentes largement ignorées par les médias dominants.)
Pompeo et ses alliés israéliens savent pertinemment que l’étalage public de telles affirmations sur un rôle israélien mettra en danger les nombreux manifestants iraniens non violents ayant des revendications légitimes contre leur gouvernement. Comme pour les sanctions, ils sont parfaitement disposés à semer le chaos parmi le peuple iranien tant que cela sert des priorités jugées supérieures.
C’est là le cœur de l’« aide » que Trump propose aux Iraniens : créer une misère économique qui alimente l’agitation ; récupérer les manifestations qui en résultent ; puis utiliser la réponse du gouvernement iranien comme prétexte pour menacer d’une nouvelle attaque militaire. Même s’ils ne parviennent pas à renverser le gouvernement, l’espoir à Washington et à Tel-Aviv est une division durable, voire une guerre civile, comme ce fut le cas en Syrie. Cette « aide » est exclusivement destinée à l’hégémonie américano-israélienne, tandis que le peuple iranien est laissé seul pour absorber toute la souffrance.
Par Aaron Maté
Journaliste à The Gray Zone. Contributeur à Real Clear Investigations. Co-animateur temporaire de « Useful Idiots ». En 2019, il a remporté le prix Izzy pour réalisation exceptionnelle dans les médias indépendants pour la couverture de Russiagate dans The Nation.
Première parution le 16 janvier 2026 sur : The Gray Zone
Traduction: Arretsurinfo.ch