Une Allemagne « prête à la guerre » ?

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Roland Marounek

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Sep 2, 2026, 7:25:51 AM (3 days ago) Sep 2
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A propos d'Allemagne, excellent et très inquiétant dossier dans le Monde Diplomatique de ce mois-ci  "Une Allemagne « prête à la guerre » ?"

"Depuis l’invasion russe en Ukraine, Berlin restructure son économiemilitarise son industrie et dorlote son marchand de canons national Rheinmetall. Ce grand réarmement marginalise Paris et ménage Washington. Car, malgré les camouflets infligés par M. Donald Trump, l’Allemagne espère que les États-Unis lui sous-traiteront la direction européenne de l’Alliance atlantique."

Un écho au texte de Sevim Dagdelen répercuté sur cette liste "85 ans après l'opération Barbarossa https://groups.google.com/g/alerte-otan/c/TicihxqOGp8/m/lFuyE8fGCQAJ

Une Allemagne « prête à la guerre » ? (Le Monde diplomatique, septembre 2026)

Dans ce dossier

Le retour du refoulé

Pierre Rimbert 

Cette fois nous y sommes : l’Allemagne est une puissance occidentale comme les autres. Et sa classe dirigeante, débarrassée des scrupules historiques qui l’empêchaient d’affirmer sa domination sur l’Europe (…) 

Un arsenal pour réarmer l’industrie

Joshua Rahtz 

Réputé plus pingre qu’Harpagon, le gouvernement allemand inonde son économie vacillante de centaines de milliards d’euros. Bénéficiaire de ce stimulus hors norme : la défense. Mais cette relance par les (…) 

Du train au panzer, une amère reconversion

Lea Fauth, Niklas Franzen, Fabian Grieger & Paul Welch-Guerra 

De plus en plus d’entreprises réorientent leur production vers le secteur militaire. Pour les salariés et les syndicats, ce basculement alimente un dilemme difficile à trancher. 

Misère du militarisme

Ce texte est un extrait du livre Les Derniers Jours de l’ancien monde. Espoirs et contre-pouvoirs à l’ère trumpienne, de Peter Mertens, Agone, Marseille, 352 pages, 22 euros. Il paraîtra en librairies le 16 (…) 

Rheinmetall en roue libre

Thomas Schnee 

Le gouvernement fédéral multiplie les commandes militaires, mais sans véritable pilotage stratégique. Dans ce vide, Rheinmetall s’impose comme le grand bénéficiaire d’une politique de défense de plus en (…) 

En avant-goût, l’extrait du prochain livre de Peter Mertens : https://www.monde-diplomatique.fr/2026/09/MERTENS/69839

Misère du militarisme
 
Ce texte est un extrait du livre Les Derniers Jours de l’ancien monde. Espoirs et contre-pouvoirs à l’ère trumpienne, de Peter Mertens, Agone, Marseille, 352 pages, 22 euros. Il paraîtra en librairies le 16 octobre prochain.

5 décembre 2025. Alors que le froid hivernal mord dans les rues de Berlin, Hambourg et Dresde, des dizaines de milliers de jeunes claquent la porte de leur salle de classe derrière eux. Sur leurs banderoles, on peut lire : Unsere Brüder kriegt ihr nicht, « vous n’aurez pas nos frères ».

Cette grève est une réponse collective à la militarisation croissante de la société. La loi sur la modernisation du service militaire ouvre la voie à une nouvelle forme de contrainte. À partir de janvier 2026, tous les jeunes de 18 ans seront soumis à un questionnaire obligatoire ; ceux qui ne répondront pas seront sanctionnés. À partir de 2027 viendra l’examen médical. S’il n’y a pas assez de volontaires, l’obligation s’appliquera.

Dans les écoles, la résistance est palpable : 80 à 90 % des élèves se déclarent opposés au nouveau service militaire obligatoire. Alors que le gouvernement débloque des milliards pour l’armement et le matériel, ils sont assis dans des salles de classe délabrées et font face à un avenir incertain en raison de la crise climatique. Les moyens sont là, mais les choix se portent ailleurs. (…)

La télévision allemande diffuse des images du Tag der Bundeswehr, la Journée des forces armées, où des enfants de 10 ans posent fièrement, un fusil à la main. En Bavière, un débat fait rage sur l’introduction des sciences militaires comme matière scolaire. À Kellmünz, des écoles primaires organisent des « camps d’aventure militaires » pour les enfants à partir de 6 ans. Le député de gauche Ates Gürpinar s’insurge contre la « propagande de guerre dans les ateliers de bricolage » des crèches. L’armée n’a pas sa place dans les crèches ou les camps de vacances, estime-t-il. Le syndicat des puériculteurs et puéricultrices partage pleinement cet avis : « Pas de garderies d’enfants en uniformes de camouflage. »

À toute vitesse, l’espace public et les salons sont militarisés : des publicités Rheinmetall dans les stades de football aux messages de la Bundeswehr sur les boîtes à pizza. Les médias et les réseaux sociaux regorgent de films violents et de jeux vidéo pleins de feu et de destruction, avec le soldat comme « héros » ultime. En octobre 2025, la chaîne publique ARD retire du top 100 la chanson antiguerre de Reinhard Mey Nein, meine Söhne geb ich nicht (« Non, je ne donnerai pas mes fils »). Des permis de conduire gratuits et un bon salaire attirent les jeunes vers une vie au service de l’appareil militaire. Tout est axé sur la mobilisation de l’ensemble de la société.

Tout cela a un but. Pour l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN), l’Allemagne est une plaque tournante logistique centrale et le pivot d’un éventuel grand conflit à l’Est. C’est ce que détaille le récent Operationsplan Deutschland, Oplan DEU dans le jargon militaire. Ce plan de 1 200 pages décrit comment 800 000 soldats allemands, américains et d’autres forces de l’OTAN, ainsi que 200 000 véhicules militaires, doivent se déplacer en direction de l’est jusqu’à la ligne de front.

Si de tels effectifs devaient traverser l’Allemagne, il faudrait les nourrir et les loger. On ferait appel à des entreprises privées, mais aussi à des civils. Cela signifie que ces derniers seront concrètement impliqués dans la conduite de la guerre, à l’arrière du front, dans leur propre pays. Et c’est précisément cela que règle ce plan d’opération Deutschland : « La combinaison de l’armée avec les services de partenaires civils et commerciaux », indique la Bundeswehr sur son site Web. Ainsi, la frontière entre le civil et le militaire s’estompe rapidement. De grands acteurs tels que DHL, Lufthansa et la Deutsche Bahn font désormais partie intégrante de la planification militaire. Alors que les chemins de fer ont été négligés pendant des années au détriment des voyageurs, ils sont désormais préparés pour le transport de chars et de munitions. Les pilotes d’avions de ligne sont formés au maniement de drones. Les entreprises reçoivent dès aujourd’hui des instructions sur leur rôle en temps de guerre : de l’aménagement de camps militaires à la livraison de repas.

La froide logique de cette planification est choquante. Les scénarios de l’OTAN tablent sur un millier de blessés par jour revenant de l’Est. Le système de santé allemand se prépare en conséquence. Dans les hôpitaux, ceux-ci auraient la priorité sur les civils blessés. Un chef du commandement régional de la Bundeswehr du Bade-Wurtemberg explique : « Il faut être prêt à ce que le soldat gravement blessé soit soigné en premier et le patient souffrant d’une appendicite, plus tard. »

 


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