Bart
De Wever a donc mis en avant les valeurs morales de
l’Amérique. Nous savons bien qu'il a le sens de l'humour,
mais celui-ci serait particulièrement noir en ces temps où les
États-Unis étrangle à mort Cuba, mets les peuples d'Amérique
latine en coupe réglée, menace d'effacer l'Iran de la carte,
soutien activement un génocide en Palestine... Comme "valeurs
morales" on a déjà vu mieux. Mais c'est très vrai que rien
de cela n'est particulièrement nouveau : les 250 ans des
États-Unis, c'est pratiquement 250 de guerres, de coercition,
d'esclavagisme, de pillages, courant d'un génocide à l'autre, du
génocide fondateur des Amérindiens, à celui des Palestiniens
aujourd'hui, qui prend manifestement le premier pour modèle.
Contrairement aux sous-entendu prêtés par Bertand Henne à De Wever
Il n'y a pas un moment de l'histoire des États-Unis ont prospéré
grâce à de pures valeurs morales éthérées - mais bien par
de très matérielles politiques de domination mafieuses, mais
toujours impeccablement drapées dans les 'valeurs morales' ...
jusqu'à Trump justement! C'est là la grande différence.
A (re)lire , la Contre-histoire du libéralisme du grand Domenico Losurdo (https://www.editionsladecouverte.fr/contre_histoire_du_liberalisme-9782707183408) et l’État Voyou de William Blum (https://investigaction.net/boutique/letat-voyou/)
250 ans des États-Unis : De Wever joue Coolidge
contre Trump
Le Premier ministre, Bart De Wever, était l’invité de
l’ambassadeur américain à Bruxelles, au Cinquantenaire. Pour la
fête des 250 ans de l’indépendance américaine, il a prononcé un
discours célébrant les valeurs morales de l’Amérique. Au
premier abord, un hommage. En y regardant bien, il y avait
peut-être aussi un avertissement. Bart De Wever a cité Calvin
Coolidge, président républicain des années 20, austère et
intègre. Il croyait dur comme fer que la prospérité était le
fruit des vertus morales de l’Amérique. Un héritage que le
trumpisme a justement choisi de liquider.
Bertrand Henne, RTBF, https://www.rtbf.be/article/250-ans-des-etats-unis-de-wever-joue-coolidge-contre-trump-11749348
Présence obligatoire à la fête des 250 ans des États-Unis
Pour Bart De Wever, atlantiste assumé, la présence à la fête
donnée par l’ambassadeur Bill White ne se discutait même pas. Le
Premier ministre, tout aussi conservateur qu’atlantiste, a choisi
d’axer son discours sur une citation de Calvin Coolidge, président
de 1923 à 1929 : "Nous vivons à l’ère de la science et d’une
accumulation abondante de biens matériels. Ce ne sont pas eux
qui ont donné naissance à notre Déclaration. C’est notre
Déclaration qui les a créés. Les valeurs spirituelles priment.
Si nous ne nous y accrochons pas, toute notre prospérité
matérielle, aussi impressionnante soit-elle, se transformera en
un sceptre stérile entre nos mains".
Calvin Coolidge, une référence pour Bart de Wever
Bart De Wever, qui est loin d’être un idiot, n’a pas choisi Calvin
Coolidge par hasard. Calvin Coolidge est une référence pour les
conservateurs américains. Issu d’une famille puritaine du Vermont,
il était persuadé que les vertus morales comme le sens du travail,
de la famille, le patriotisme, de la liberté et de la démocratie
étaient à l’origine de la richesse de l’Amérique, et non
l’inverse. La prospérité est la conséquence de vertus morales.
Durant son mandat, dans les années 20, il a donc mis en œuvre,
avec succès, un programme de dérégulation, de réduction de la
dette et des impôts, avant que tout ne s’effondre en 1929,
quelques mois après son départ de la Maison-Blanche.
Coolidge est aussi une référence pour avoir mis en place des
droits de douane élevés, une politique étrangère isolationniste et
la politique d’immigration la plus restrictive jusqu’alors, pour
que l’Amérique reste l’Amérique, disait-il.
Pas pour Donald Trump
Une référence pour Bart De Wever, mais moins pour Donald Trump. En
convoquant Coolidge, Bart De Wever cite une référence
conservatrice qui est en train de disparaître du paysage actuel de
la droite américaine, et Bart De Wever ne peut l’ignorer.
Coolidge respectait, voire vénérait les institutions américaines
de séparation des pouvoirs, censées incarner la sagesse des Pères
fondateurs. Trump ne cesse de les piétiner : le Congrès, ou la
justice.
Coolidge évitait de mêler l’argent et la politique ; il refusait
l’enrichissement personnel en tant que président et menait une vie
sobre. Trump fait de la politique pour l’argent et ne cesse
d’afficher ostensiblement sa réussite.
Coolidge respectait la démocratie formelle ; il a refusé de se
représenter en 1928 alors qu’il aurait été réélu. Trump méprise
l’élection, sauf quand il gagne.
Un conservatisme sans morale
Mais la différence essentielle tient justement dans le passage
cité par Bart De Wever sur les vertus morales qui créent la
richesse. Donald Trump considère à l’inverse la morale comme un
truc de faible. Pour lui, la force seule crée la prospérité. De ce
point de vue, le trumpisme est l’antithèse du conservatisme de
Coolidge, qui est aussi celui de Reagan et de De Wever.
Car pour un conservateur classique, oublier que la richesse est le
fruit de vertus morales, c’est se condamner à la corruption et au
déclin. Bart De Wever a-t-il voulu faire passer en douceur ce
message inquiet à son allié favori ? On ne le saura jamais. Mais
j’en ai bien l’impression.