La "graritude" des vassaux heureux

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Roland Marounek

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Jun 29, 2026, 4:37:56 PM (3 days ago) Jun 29
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Peut être une image de texte qui dit ’10h Corentin de Salle· Suivre Gratirude. Voici le senriment dominant que je conserverai toujours envers le peuple americain, un des plus grands peuples de l'histoire. Magnifique cadre pour célébrer les 250 ans de notre allié d'hier, d'aujourd'hui et de demain. * * x 147 81 4’Bart De Wever a donc mis en avant les valeurs morales de l’Amérique. Nous savons bien qu'il a le sens de l'humour, mais celui-ci serait particulièrement noir en ces temps où les États-Unis étrangle à mort Cuba, mets les peuples d'Amérique latine en coupe réglée, menace d'effacer l'Iran de la carte, soutien activement un génocide en Palestine... Comme "valeurs morales" on a déjà vu mieux. Mais c'est très vrai que rien de cela n'est particulièrement nouveau : les 250 ans des États-Unis, c'est pratiquement 250 de guerres, de coercition, d'esclavagisme, de pillages, courant d'un génocide à l'autre, du génocide fondateur des Amérindiens, à celui des Palestiniens aujourd'hui, qui prend manifestement le premier pour modèle. Contrairement aux sous-entendu prêtés par Bertand Henne à De Wever Il n'y a pas un moment de l'histoire des États-Unis ont prospéré grâce à de pures valeurs morales éthérées - mais bien par de très matérielles politiques de domination mafieuses, mais toujours  impeccablement drapées dans les 'valeurs morales' ... jusqu'à Trump justement! C'est là la grande différence.

A (re)lire , la Contre-histoire du libéralisme du grand Domenico Losurdo (https://www.editionsladecouverte.fr/contre_histoire_du_liberalisme-9782707183408) et l’État Voyou de William Blum (https://investigaction.net/boutique/letat-voyou/)


250 ans des États-Unis : De Wever joue Coolidge contre Trump

Le Premier ministre, Bart De Wever, était l’invité de l’ambassadeur américain à Bruxelles, au Cinquantenaire. Pour la fête des 250 ans de l’indépendance américaine, il a prononcé un discours célébrant les valeurs morales de l’Amérique. Au premier abord, un hommage. En y regardant bien, il y avait peut-être aussi un avertissement. Bart De Wever a cité Calvin Coolidge, président républicain des années 20, austère et intègre. Il croyait dur comme fer que la prospérité était le fruit des vertus morales de l’Amérique. Un héritage que le trumpisme a justement choisi de liquider.

Bertrand Henne, RTBF, https://www.rtbf.be/article/250-ans-des-etats-unis-de-wever-joue-coolidge-contre-trump-11749348

Présence obligatoire à la fête des 250 ans des États-Unis
Pour Bart De Wever, atlantiste assumé, la présence à la fête donnée par l’ambassadeur Bill White ne se discutait même pas. Le Premier ministre, tout aussi conservateur qu’atlantiste, a choisi d’axer son discours sur une citation de Calvin Coolidge, président de 1923 à 1929 : "Nous vivons à l’ère de la science et d’une accumulation abondante de biens matériels. Ce ne sont pas eux qui ont donné naissance à notre Déclaration. C’est notre Déclaration qui les a créés. Les valeurs spirituelles priment. Si nous ne nous y accrochons pas, toute notre prospérité matérielle, aussi impressionnante soit-elle, se transformera en un sceptre stérile entre nos mains".

Calvin Coolidge, une référence pour Bart de Wever
Bart De Wever, qui est loin d’être un idiot, n’a pas choisi Calvin Coolidge par hasard. Calvin Coolidge est une référence pour les conservateurs américains. Issu d’une famille puritaine du Vermont, il était persuadé que les vertus morales comme le sens du travail, de la famille, le patriotisme, de la liberté et de la démocratie étaient à l’origine de la richesse de l’Amérique, et non l’inverse. La prospérité est la conséquence de vertus morales.

Durant son mandat, dans les années 20, il a donc mis en œuvre, avec succès, un programme de dérégulation, de réduction de la dette et des impôts, avant que tout ne s’effondre en 1929, quelques mois après son départ de la Maison-Blanche.

Coolidge est aussi une référence pour avoir mis en place des droits de douane élevés, une politique étrangère isolationniste et la politique d’immigration la plus restrictive jusqu’alors, pour que l’Amérique reste l’Amérique, disait-il.

Pas pour Donald Trump
Une référence pour Bart De Wever, mais moins pour Donald Trump. En convoquant Coolidge, Bart De Wever cite une référence conservatrice qui est en train de disparaître du paysage actuel de la droite américaine, et Bart De Wever ne peut l’ignorer.

Coolidge respectait, voire vénérait les institutions américaines de séparation des pouvoirs, censées incarner la sagesse des Pères fondateurs. Trump ne cesse de les piétiner : le Congrès, ou la justice.

Coolidge évitait de mêler l’argent et la politique ; il refusait l’enrichissement personnel en tant que président et menait une vie sobre. Trump fait de la politique pour l’argent et ne cesse d’afficher ostensiblement sa réussite.

Coolidge respectait la démocratie formelle ; il a refusé de se représenter en 1928 alors qu’il aurait été réélu. Trump méprise l’élection, sauf quand il gagne.

Un conservatisme sans morale

Mais la différence essentielle tient justement dans le passage cité par Bart De Wever sur les vertus morales qui créent la richesse. Donald Trump considère à l’inverse la morale comme un truc de faible. Pour lui, la force seule crée la prospérité. De ce point de vue, le trumpisme est l’antithèse du conservatisme de Coolidge, qui est aussi celui de Reagan et de De Wever.

Car pour un conservateur classique, oublier que la richesse est le fruit de vertus morales, c’est se condamner à la corruption et au déclin. Bart De Wever a-t-il voulu faire passer en douceur ce message inquiet à son allié favori ? On ne le saura jamais. Mais j’en ai bien l’impression.


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