Iran : Comment créer quelque chose à partir de rien

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Roland Marounek

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Feb 6, 2026, 4:14:14 AMFeb 6
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Faux comptes, « likes » et chah d’Iran : dans l’ombre, la guerre numérique d’Israël contre la République islamique

Stanislas Poyet Correspondant à Jérusalem, Le Figaro 4 février 2024
https://www.lefigaro.fr/international/faux-comptes-likes-et-chah-d-iran-dans-l-ombre-la-guerre-numerique-d-israel-contre-la-republique-islamique-20260130

 

ENQUÊTE - Alors que les États-Unis menacent de nouvelles frappes pour déstabiliser le régime iranien, une autre bataille se joue en ligne. Sur les réseaux sociaux, l’État hébreu vise à façonner le récit d’un changement de régime.

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Israël suit de très près  l’évolution de la situation en Iran[sic - bel euphémisme, lorsque la ‘situation’ est littéralement créée par Israël], alors que le pouvoir islamique apparaît fragilisé, sous pression intérieure et sous la menace d’une possible intervention américaine. En juin, l’État hébreu n’a pas hésité à frapper des cibles iraniennes, avant de se placer depuis dans une phase de réflexion stratégique. Sur le terrain militaire, le tempo s’est ralenti. Mais sur les réseaux sociaux, la guerre, elle, n’a jamais cessé.

Depuis plusieurs mois, chercheurs et spécialistes de la désinformation constatent l’essor de campagnes coordonnées visant le public iranien, menées depuis l’étranger et fondées sur des réseaux de comptes inauthentiques et des contenus manipulés ou générés par intelligence artificielle. Ils pointent de la main l’État hébreu, qui entend soutenir les manifestations, mais aussi la figure de Reza Pahlavi, fils du chah déposé en 1979. « L’ampleur et la sophistication des manipulations observées dans l’espace persanophone sont révélatrices de l’implication d’un acteur étatique », explique Geoff Goldberg, fondateur de l’organisation indépendante Social Forensics, spécialisée dans l’analyse des manipulations sur les plateformes numériques.

Les modes opératoires décrits s’appuient sur des dynamiques de volume et de coordination. Des réseaux de comptes relaient les mêmes messages et recourent aux mêmes hashtags - par exemple #IranRevolution, #FreeIran ou #KingRezaPahlavi - afin de créer des pics artificiels d’activité. Ce cumul de signaux suffit à placer certains contenus en tête des flux, indépendamment de leur réception réelle par les utilisateurs.

« Diplomatie algorithmique »

Ces dynamiques se mesurent. Social Forensics recense 4 765 comptes publiant plus de 100 messages par jour, pour un total de 843 millions de tweets sur leur durée de vie. 11 421 autres comptes se distinguent par une activité anormalement élevée en matière d’interactions, cumulant 1,7 milliard de « likes ». 8 830 comptes ont par ailleurs changé à plusieurs reprises de nom d’utilisateur, une pratique couramment associée à des opérations coordonnées. Enfin, 3 361 comptes liés à ces conversations ont été suspendus par la plateforme.

Un rapport publié à l’automne 2025 par le Citizen Lab, laboratoire de cybersécurité rattaché à l’université de Toronto et cité par Haaretz, décrit ainsi une campagne d’influence baptisée « Prisonbreak ». Créés dès 2023, ces profils sont restés largement inactifs pendant près de deux ans, avant de s’activer brutalement début 2025, au moment de la montée des tensions militaires entre Israël et l’Iran. Leur objectif est explicite : selon le rapport, l’opération vise à « encourager un changement de régime en Iran en amplifiant des récits de soulèvement, de désobéissance civile et de délitement de l’autorité étatique ».

Le Citizen Lab met en lumière des marqueurs classiques de coordination, comme des horaires de publication synchronisés ou l’absence d’identité crédible. Il souligne surtout la synchronisation étroite entre certaines publications et des événements militaires. « Plusieurs contenus ont été diffusés avant que des informations similaires ne soient rapportées par des sources locales ou des médias iraniens », notent les chercheurs. Le rapport estime que « le degré de coordination observé est incompatible avec une dynamique organique et indique une planification centralisée ».

Israël a depuis longtemps investi cette « diplomatie algorithmique », selon les mots d’Elad Ratson, ancien diplomate à la tête de la recherche et développement du ministère des Affaires étrangères. Ces opérations peuvent se reposer sur de puissantes entreprises privées, composées d’anciens agents du renseignement israéliens, qui vendent leur savoir-faire en opération d’influence sur les réseaux sociaux, comme Black Cube ou Cyabra.

Pour Or Yissachar, spécialiste de l’Iran à l’Institut David à Jérusalem, cette stratégie s’inscrit dans une tendance globale, mais avec des spécificités israéliennes marquées. « Toutes les grandes puissances mènent aujourd’hui des opérations d’influence sur les réseaux sociaux. Ce qui distingue Israël n’est pas l’intention, mais le niveau de maîtrise technologique et narrative », explique-t-il.

Promouvoir Reza Pahlavi, fils du chah d’Iran

Parmi les objectifs manifestes de ces campagnes figure la promotion de Reza Pahlavi. Ce dernier bénéficie du soutien d’Israël, qui pousse le narratif monarchiste sur les réseaux sociaux. « Quelqu’un travaille très dur en ligne, en particulier sur X, pour faire de Reza Pahlavi l’homme du moment, la voix et le visage unique de l’opposition », explique dans un courriel Philip Mai, chercheur au Laboratoire des médias sociaux de l’Université métropolitaine de Toronto. « Quelques-uns des comptes adressent leur message à un seul destinataire : le président des États-Unis, afin de le convaincre de prendre des mesures contre l’Iran et de soutenir Reza Pahlavi », ajoute-t-il.

Ainsi, le réseau social X pullule de comptes arborant des émojis « couronne ». Il s’agit de sock puppets, d’identités fictives utilisées pour simuler un soutien populaire. Cette technique, connue sous le nom d’astroturfing, vise à donner l’illusion d’une mobilisation de masse. Le rapport de Social Forensics estime que plus de 95 % de ces comptes « couronne » sont inauthentiques.

Dans cet écosystème, le compte persanophone officiel d’Israël, @IsraelPersian, occupe une position structurante. Il ne se limite pas à une communication institutionnelle classique, mais se situe au croisement de réseaux monarchistes, de comptes médiatiques de la diapsora iranienne, et de personnalités israéliennes. « Environ un compte sur huit suivis par @IsraelPersian est un compte monarchiste inauthentique », observe Geoff Goldberg, qui souligne le caractère inhabituel d’un tel ratio pour un compte étatique.

Les personnalités publiques jouent alors un rôle de courroie de transmission entre ces différents cercles. Le compte persan de Hananya Naftali, conseiller en communication numérique du premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, suit ainsi de nombreux profils inauthentiques déjà intégrés à l’écosystème monarchiste, facilitant la circulation et l’amplification de ses tweets. Le même phénomène est observé autour d’Emily Schrader, communicante et dirigeante d’une agence de marketing numérique travaillant avec des institutions israéliennes. Ses publications bénéficient d’une visibilité accrue, alimentée par les mêmes réseaux de comptes inauthentiques qui soutiennent les messages institutionnels. Emily Schrader a par ailleurs reconnu publiquement, en janvier 2026, avoir participé à une vaste opération d’influence sur les réseaux sociaux.

« Je suis enthousiase d'annoncer que je fais partie d'une alliance historique et hautement confidentielle de vétérans de la technologie israélienne (8200 alumni) et d'agents clandestins iraniens. »

 


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