Le contrôle des armements a été jeté par la fenêtre
La Russie dit ne plus être "liée" par le traité de désarmement nucléaire New Start
Washington est responsable de la destruction de l’équilibre nucléaire
Le contrôle des armements a été jeté par la fenêtre
Moon of Alabama – Le 5 Février 2026
Aujourd’hui, le dernier traité nucléaire entre les États-Unis et la Fédération de Russie a expiré. C’est la première fois en 64 ans qu’il n’y aura pas de limites sur les forces nucléaires de chaque camp.
Le nouveau Traité START limitait le nombre d’armes nucléaires stratégiques et de porteurs d’armes déployés. D’autres traités liés au nucléaire comme le Traité antimissile balistique, le Traité sur les Forces nucléaires à portée intermédiaire et le Traité Open sky ont déjà été résiliés par divers présidents américains.
La Russie avait proposé et demandé la prolongation du Nouveau Traité START, mais les États-Unis n’avaient, jusqu’à aujourd’hui, pas répondu à cette demande.
La plupart de ces traités visaient à limiter le nombre de systèmes d’armes des deux côtés à un nombre à peu près égal. Ils empêchaient une course aux armements dans laquelle un camp produirait une quantité écrasante d’armes permettant de détruire l’autre camp lors d’une attaque surprise. Ils garantissaient une Destruction mutuelle assurée car les deux parties seraient détruites dans une guerre nucléaire totale.
Mais la valeur réelle de ces traités résidait dans les possibilités de vérification. Elles permettaient de renforcer la confiance entre les deux parties :
Pour appliquer le traité [New START], chaque partie devait informer l’autre de toute activité impliquant ses armes stratégiques, y compris les lancements d’essais de missiles et les mouvements de bombardiers lourds, partager des données sur le nombre de missiles et de vecteurs déployés et autoriser les inspections sur place.
Un exemple est qu’en vertu du traité, tous les bombardiers stratégiques de chaque camp devaient être garés à l’air libre, et non dans des abris, afin que l’autre camp puisse les voir sur des images satellites. Cela garantissait qu’il n’y avait pas de « forces secrètes » cachées quelque part. (L’Ukraine a abusé de cette fonctionnalité lorsqu’elle a lancé des attaques de drones contre les bombardiers stratégiques russes.)
Les États-Unis n’ont jamais expliqué les raisons pour lesquelles ils voulaient que les traités prennent fin.
L’administration Bush a affirmé que le traité ABM entravait la construction de défenses antimissiles contre les « États voyous ». En réalité, elle voulait construire un système de défense antimissile qui désactiverait une attaque nucléaire russe et donnerait ainsi aux États-Unis la capacité d’une première frappe à laquelle la Russie ne serait pas en mesure de répondre.
La Russie, en conséquence de la fin du traité, a construit de nouvelles armes comme le véhicule sous-marin à propulsion nucléaire Poséidon ainsi que le missile Sarmat, qui ne peuvent pas être arrêtés par des défenses antimissiles.
Lorsque la première administration Trump s’est retirée du traité sur la portée intermédiaire, elle a affirmé, sans fournir de preuves, qu’un test de missile russe spécifique avait dépassé les limites de portée définies dans le traité. La Russie a réagi à la fin du traité en développant et en déployant le système Oreshnik en tant que nouveau missile à portée intermédiaire.
L’excuse des États-Unis pour quitter New START est qu’un nouveau traité sur les armes stratégiques est nécessaire, qui devrait inclure des limites sur les forces de missiles stratégiques de la Chine. La Chine refuse de faire partie d’un tel traité car elle possède moins de 20% des armes nucléaires stratégiques que la Russie et les États-Unis déploient chacun.
Il est peu probable pour l’instant que la fin de New START conduise à une course à l’acquisition de plus en plus d’armes nucléaires stratégiques même si le complexe militaro-industriel exigera plus de missiles.
Mais la fin du traité entrainera une moindre connaissance de ce que fait l’autre partie et, avec le temps, érodera toute confiance dans ses propres capacités, car les capacités réelles de l’adversaire seront de plus en plus inconnues. Cette insécurité et ce qui pourrait en découler est le vrai danger.
Au cours de la dernière heure, des infos sont sorties au sujet d’une prolongation informelle des paramètres du Nouveau traité START :
Les envoyés du président Trump, Steve Witkoff et Jared Kushner, ont négocié un nouveau START avec des responsables russes en marge des pourparlers sur l’Ukraine à Abou Dhabi.
Le traité expirera toujours officiellement jeudi et la prolongation ne sera pas légalement officialisée, a déclaré un responsable américain. “Nous avons convenu avec la Russie d’opérer de bonne foi et d’entamer une discussion sur les moyens de le mettre à jour”, a déclaré un responsable américain.
Une autre source a déclaré que les implications pratiques étaient que les deux parties accepteraient d’observer les termes de l’accord pendant au moins six mois, période pendant laquelle des négociations sur un éventuel nouvel accord auraient lieu.
Si j’étais dans la position de la Russie, je ne ferais pas confiance aux États-Unis pour s’en tenir à un tel engagement informel. Tout accord de ce type devra être vérifié.
La Russie devrait vérifier si les États-Unis sont disposés à autoriser la vérification de leur engagement informel à respecter de nouvelles limites pour START.
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Alors qu’il est assez clair (et indiqué) que ce sont les Etats-Unis qui ont rejeté la prolongation du traité demandée par la Russie, le titre de France24 arrive à sous-entendre que « c’est les Russes qui rejettent le traité»
La Russie dit ne plus être "liée" par le traité de désarmement nucléaire New Start
La Russie n'est "plus liée" par le traité de désarmement nucléaire New Start, conclu en 2010 avec les États-Unis et qui expire le 5 février, a indiqué mercredi le ministère russe des Affaires étrangères. Cette décision, combinée au silence de Washington sur ses intentions, marque une transition vers un ordre nucléaire moins encadré.
"Nous partons du principe que les parties du traité New Start ne sont plus tenues par aucune obligation ni déclaration réciproque dans le cadre du traité", a indiqué, mercredi 4 février, le ministère russe des Affaires étrangères dans un communiqué, en référence au traité de désarmement nucléaire New Start avec les États-Unis, qui expire jeudi.
Peu auparavant, Moscou a cependant assuré que la Russie agirait de façon "réfléchie et responsable" en matière nucléaire.
Signé en 2010, le traité New Start est le dernier accord de maîtrise des armements liant Washington et Moscou. Il limitait chaque partie à 800 lanceurs et bombardiers lourds et à 1 550 ogives stratégiques offensives déployées, avec un mécanisme de vérification.
En septembre 2025, Vladimir Poutine avait proposé à Washington de prolonger d'un an les termes du traité, une proposition qualifiée de "bonne idée" par son homologue américain, mais à laquelle les États-Unis n'ont pas donné suite. Et, à ce stade, Washington reste largement silencieux sur ses intentions.
Son expiration marque la transition vers un ordre nucléaire moins encadré, même si les inspections avaient été suspendues en 2023 à cause de l'offensive russe à grande échelle lancée en Ukraine en février 2022.
Lors d'une conversation mercredi avec son homologue chinois Xi Jinping, le président russe Vladimir Poutine "a souligné que dans cette situation, nous agirons de manière réfléchie et responsable", a rapporté le conseiller diplomatique du président russe, Iouri Ouchakov, lors d'un briefing avec des journalistes, dont l'Agence France-Presse (AFP). "Nous restons ouverts à la recherche de voies pour négocier et assurer la stabilité stratégique", a toutefois assuré Iouri Ouchakov.
Le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, a affirmé mercredi n'avoir aucune annonce à faire mais que le président Donald Trump s'exprimerait "plus tard" à ce sujet, sans préciser quand. Et il a indiqué que les États-Unis souhaitaient inclure la Chine dans toute discussion.
"Le président (Trump) a clairement indiqué par le passé que pour parvenir à un véritable contrôle des armements au XXIe siècle, il était impossible d'agir sans inclure la Chine, en raison de son arsenal considérable et en pleine expansion", a déclaré Marco Rubio lors d'une conférence de presse.
Mardi, le Kremlin s'était montré alarmiste sur les conséquences de l'expiration de ce traité, décrivant un monde risquant de se trouver "dans une situation plus dangereuse qu'auparavant".
"Logique de la peur"
Cette expiration "marque un moment grave pour la paix et la sécurité internationales", a déclaré mercredi soir le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, exhortant les États-Unis et la Russie à "s'entendre" rapidement sur un nouveau cadre. "Cette dissolution de décennies d'acquis ne pourrait survenir à un pire moment - le risque d'utilisation d'une arme nucléaire est à son plus haut niveau depuis des décennies", a-t-il mis en garde dans un communiqué.
Le pape Léon XIV, autorité s'exprimant rarement sur le nucléaire et ses traités, a commenté l'expiration imminente de New Start en appelant mercredi à "prévenir une nouvelle course aux armements". "Je vous exhorte instamment à ne pas abandonner cet instrument sans veiller à son suivi concret et effectif", a-t-il ajouté, jugeant "plus urgent que jamais de remplacer la logique de la peur et de la méfiance par une éthique partagée".
L'Allemagne a de son côté exprimé son inquiétude à l'égard de la Russie, lui faisant porter la responsabilité de l'échec.
La France, seule puissance nucléaire de l'Union européenne (UE), a appelé les grandes puissances nucléaires – États-Unis, Russie, mais aussi Chine – à œuvrer pour un système international de maîtrise des armements.
Avec la fin de New Start, "c'est la disparition demain de toute limite sur les plus grands arsenaux nucléaires du monde pour la première fois depuis la Guerre froide, c'est l'aboutissement d'une série de reculs des normes internationales concourant à la stabilité stratégique", selon le ministère français, qui désigne lui aussi "la Russie" comme "responsable de ces reculs".
La Campagne internationale pour l'abolition des armes nucléaires (Ican), une coalition d'ONG, a quant à elle renvoyé mercredi Russes et Américains dos à dos, en les exhortant à s'engager publiquement à respecter les limites du traité New Start "pendant la négociation d'un nouveau cadre".
"Sans le traité New Start, le risque est réel que la nouvelle course aux armements entre les États-Unis et la Russie s'accélère – davantage d'ogives, de vecteurs de lancement et d'exercices nucléaires –, et que les autres puissances nucléaires se sentent contraintes de suivre le rythme", a alerté dans un communiqué Melissa Parke, directrice exécutive de l'Ican.
Les États-Unis se sont par ailleurs retirés en 2019 d'un traité de désarmement majeur conclu en 1987 avec la Russie, sur les armes nucléaires à portée intermédiaire (INF).
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Washington est responsable de la destruction de l’équilibre nucléaire
L’expiration du traité de réduction des armements stratégiques (START III) est extrêmement dangereuse pour la stabilité mondiale.
Il ne s’agit pas d’un accident diplomatique ni d’un échec collectif, mais bien de la conséquence directe de la décision de Washington d’abandonner tout engagement sérieux en matière de contrôle des armements stratégiques, confirmant ainsi que la sécurité mondiale ne figure pas parmi ses véritables priorités.
Dans sa déclaration à la presse du 5 février, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a clairement exprimé le regret de la Russie face à l’expiration du traité START III, qui, pendant des années, a limité le nombre de missiles balistiques intercontinentaux, de vecteurs et d’ogives nucléaires déployés par les deux principales puissances nucléaires mondiales. Le traité START III n’était pas un geste symbolique ; il constituait l’un des derniers piliers du système de stabilité stratégique hérité de la Guerre froide, conçu précisément pour prévenir des erreurs d’appréciation aux conséquences catastrophiques.
La Russie a fait une proposition, Washington est resté silencieux
Loin d’agir à la légère, Moscou a proposé de maintenir volontairement les restrictions du traité START III pendant une année supplémentaire après leur expiration, dans une tentative manifeste de gagner du temps et d’ouvrir la voie à la négociation.
La proposition n’impliquait pas de concessions unilatérales, mais une responsabilité partagée ; malgré cela, la réponse de Washington fut le silence, une attitude qui, en matière nucléaire, équivaut à un refus de facto.
Ce comportement n’est pas surprenant. Depuis des années, les États-Unis choisissent de démanteler systématiquement le réseau d’accords qui limitaient la course aux armements : le traité ABM, le traité FNI et maintenant START III.
Chaque étape a été présentée comme une «modernisation» de la sécurité américaine, alors qu’en réalité elle a signifié une dégradation consciente de l’équilibre mondial.
Le prétexte chinois et l’hypocrisie occidentale
Donald Trump a déclaré qu’il attendait un «meilleur accord» incluant la Chine ; cette demande, loin d’être une proposition réaliste, sert de prétexte commode pour ne signer aucun accord.
Pékin a toujours été clair et constant en expliquant que son arsenal nucléaire est incomparablement plus petit que celui des États-Unis et de la Russie, et qu’il ne peut donc pas être intégré dans un cadre conçu pour deux superpuissances stratégiques.
Moscou, de son côté, a respecté la position de la Chine et a mis en lumière une vérité gênante pour Washington : si le champ d’application du traité START III doit être élargi, il faut également inclure les arsenaux nucléaires des alliés des États-Unis au sein de l’OTAN, notamment le Royaume-Uni et la France, dont les systèmes stratégiques ne sont soumis à aucun traité de contrôle des armements nucléaires. Cette exigence révèle le double discours de l’Occident : la transparence est exigée des adversaires tandis que l’opacité de ses propres alliés est préservée.
Les États-Unis et la logique du chaos contrôlé
Le refus de Washington de maintenir ou de renouveler le traité START III n’est pas un oubli technique, mais une décision politique. Il s’inscrit dans une logique plus large où l’incertitude, la pression et une supériorité militaire sans contrôle deviennent des instruments de domination. Dans ce contexte, la stabilité stratégique est perçue comme un obstacle, et non comme un objectif.
En supprimant les mécanismes de contrôle et de vérification, les États-Unis entraînent le système international vers une nouvelle course aux armements, plus complexe et dangereuse que celle du XXe siècle, avec de multiples acteurs, des technologies émergentes et des délais de réaction toujours plus courts. Le risque d’erreur, de provocation ou d’escalade accidentelle augmente de façon exponentielle.
L’expiration du traité START III ne signifie pas la fin définitive du contrôle des armements, mais elle indique qu’il se trouve à un tournant critique. La Russie a clairement manifesté sa volonté de dialoguer ; la Chine maintient une position prudente et constante ; le reste du monde observe avec une inquiétude croissante.
Tout ceci devrait nous amener à nous demander si Washington est prêt à assumer sa responsabilité historique ou s’il continuera de miser sur un ordre international fondé sur la coercition et le déséquilibre.
source : PIA Global via China Beyond the Wall