FT : Trump s'enlise dans le bourbier iranien

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Roland Marounek

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Jul 21, 2026, 5:11:59 AM (2 days ago) Jul 21
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Trump s'enlise dans le bourbier iranien

Les États-Unis ne peuvent pas atteindre leurs objectifs par la négociation. Le changement de régime est donc de nouveau à l'ordre du jour

Financial Times, 20 juillet

L’héritage du président Donald Trump en matière de politique étrangère sera probablement marqué par l’Iran. Pour l’instant, les perspectives ne sont guère réjouissantes. La guerre a repris. Or, les États-Unis ne disposent d’aucun plan plausible pour remporter la victoire.

Les responsables US de la sécurité nationale sont déjà en train de revoir à la baisse la définition même de ce que pourrait signifier le succès. Lors de la réunion de la semaine dernière du Forum de sécurité d’Aspen, Mark Esper, qui a occupé le poste de secrétaire à la Défense pendant le premier mandat de Trump, a fait valoir que les États-Unis pourraient se satisfaire de la réalisation de deux objectifs principaux. Premièrement, la réouverture du détroit d’Ormuz sans perception de péages. Deuxièmement, des restrictions sur le programme nucléaire iranien, équivalentes à celles obtenues par l’administration Obama. En d’autres termes, l’objectif des États-Unis devrait simplement être de rétablir le statu quo d’avant la guerre.

Mais même ces objectifs modestes pourraient s’avérer irréalisables. L’Iran est déterminé à percevoir des droits de passage sur les navires transitant par le détroit d’Ormuz — et on voit mal comment les États-Unis pourraient, en fin de compte, empêcher cela. La mise en place de droits de passage à Ormuz permettrait potentiellement de générer des milliards de dollars de recettes et donnerait à Téhéran un contrôle permanent sur les approvisionnements énergétiques mondiaux.

Les États-Unis ont répété à plusieurs reprises qu’ils n’accepteraient jamais une telle situation. Mais il est très peu probable que l’intensification des bombardements parvienne à forcer l’ouverture du détroit — et la Maison Blanche n’est actuellement pas disposée à engager des troupes terrestres. Le général US à la retraite Barry McCaffrey estime qu’une guerre terrestre autour d’Ormuz nécessiterait une force de 600 000 soldats et pourrait durer un an. Dans le même temps, l’Iran a réagi à la dernière intensification des combats en attaquant l’Arabie saoudite pour la première fois depuis des mois. Cela a rappelé que les États du Golfe sont extrêmement vulnérables aux frappes visant des infrastructures critiques — telles que les usines de dessalement d’eau et les plateformes pétrolières.

L’administration Trump sait que la menace posée par les missiles et les drones iraniens va s’intensifier dans les années à venir. Téhéran a déjà démontré qu’il était capable de frapper diverses cibles — notamment l’aéroport de Dubaï, les installations de GNL du Qatar et les bases militaires US de la région (deux militaires étatsuniens ont été tués vendredi en Jordanie). Mais les stratèges étatsuniens craignent que le développement rapide des technologies des drones et des missiles — combiné à une aide importante de la Russie et de la Chine — ne rende très probable que, d’ici quelques années, l’Iran dispose d’armes plus précises et d’une plus grande portée.

Parmi les cibles qui pourraient alors devenir vulnérables à une attaque du régime iranien figurent le réacteur nucléaire israélien de Dimona et la base étatsunienne de Diego Garcia, qui revêt une importance cruciale pour la projection de puissance étatsunienne dans la région indo-pacifique. Les Iraniens ont déjà tiré des missiles à proximité de ces deux cibles au début de ce conflit, sans succès. Mais cela pourrait changer.

Comment les États-Unis peuvent-ils donc réagir face à cette perspective sombre ? La prise de conscience croissante que l’Amérique pourrait ne jamais parvenir à contraindre Téhéran par la négociation signifie que l’idée d’un changement de régime en Iran revient à l’ordre du jour à Washington. Renverser la République islamique était l’objectif initial de Trump et du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu lorsqu’ils ont déclenché la guerre contre l’Iran le 28 février. Mais leurs espoirs de voir une action militaire déboucher sur un soulèvement populaire réussi contre les dirigeants iraniens ont rapidement été anéantis.

Pendant quelques mois, l’idée d’un changement de régime a été mise de côté, les États-Unis s’efforçant de mettre fin au conflit par la voie diplomatique. Mais maintenant que la diplomatie semble avoir échoué, certains membres de l’administration Trump se tournent à nouveau vers le plan A, à savoir renverser le régime iranien.

L’aspect le plus visible de cette stratégie est l’intensification de la pression économique sur Téhéran. Le blocus étatsunien sur les exportations de pétrole iranien a repris. Les Américains estiment pouvoir, d’ici quelques mois, priver l’Iran de la majeure partie de ses recettes pétrolières et provoquer une crise économique profonde dans le pays. La traque des initiés du régime susceptibles de coopérer avec les États-Unis et Israël bat également son plein. Fait extraordinaire, cela a conduit à une tentative infructueuse de la part d’Israël de se rapprocher de l’ancien président iranien Mahmoud Ahmadinejad — connu depuis longtemps pour ses menaces effroyables à l’encontre de l’État juif.

L’idée de tenter d’attiser une insurrection interne en Iran refait également surface. Au début du conflit, Israël avait insisté pour que l’on arme les Kurdes. Cette idée avait été rejetée à Washington. Mais elle pourrait désormais être remise sur le tapis faute de meilleures alternatives.

La réticence de Washington à accepter que Téhéran puisse sortir de cette guerre en position de force est compréhensible. Mais la difficulté réside dans le fait que tenter de renverser cette situation comporte ses propres dangers.

Chaque riposte contre l’Iran fait de nouvelles victimes et risque d’enfoncer davantage les États-Unis dans un nouveau bourbier au Moyen-Orient. Parallèlement, la guerre contre l’Iran a déjà rapidement épuisé les stocks d’armement étatsuniens. Il a été largement rapporté que les États-Unis avaient utilisé 30 % de leur stock de missiles de croisière Tomahawk et 50 % de leurs intercepteurs Patriot au cours des premières semaines du conflit avec l’Iran.

Une grande partie de ces munitions était destinée à un éventuel conflit autour de Taïwan. La reconstitution de l’arsenal US pourrait prendre des années. Une fenêtre d’opportunité s’ouvre donc pour la Chine, qui pourrait en profiter pour mener une action militaire. La guerre contre l’Iran est actuellement la plus grande crise internationale à laquelle est confronté le gouvernement US. Mais elle pourrait bien créer les conditions d’une crise encore plus grave dans les années à venir.

 



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