Propagande dupliquée pour une guerre contre l’Iran
Jeffrey Sachs à l'ONU : Pas de guerre US contre l'Iran
La propagande pour une guerre contre l’Iran a continué sans discontinuer, signe assez probant de la préparation de la guerre contre l’Iran – et de l’implication des pays de l’OTAN. L’essentiel est d’émousser toute résistance à l’agression qui se prépare, on ne va quand même pas défendre ce régime-qui-tue-son propre-peuple. En Europe, en Belgique la propagande de guerre s’est focalisée sur « les massacres » du régime iranien « qui ont tiré sur les manifestants comme des lapins » au point que certaines personnes de bonne foi, que je connais, en viennent à appeler à une « intervention » israélo-étatsunienne, au nom du peuple iranien bien sûr. Ça marche toujours, malgré Timisoara, malgré les couveuses du Koweït, malgré les 500.000 morts du dit’ génocide’ au Kosovo - chiffre avancé par le département d’État US en avril 1999...Quand les avocats d’une ‘intervention militaire’ « pour le peuple x » réaliseront-ils que les conséquences de telles interventions sont bien plus dévastatrices que « le mal » qu’elles étaient supposées combattre ?
De manière très intéressante, dans les derniers articles du New-York Times et du Washington Post, les chiffres des morts se sont discrètement, mais dramatiquement, dégonflés : de plus de 10 fois le chiffre avancé par le gouvernement iranien, on est passé à un facteur 2, de « 40.000 à 60.000en deux jours », on passe à « 7 000 morts, dont plus de 6 500 manifestants ». ça suit la décrue habituelle. Bientôt on reconnaître que, finalement, les chiffres du gouvernement étaient bien exact. Le mal aura été fait.
Propagande dupliquée pour une guerre contre l’Iran
Moon of Alabama –
Le 17 février 2026
https://lesakerfrancophone.fr/propagande-dupliquee-pour-une-guerre-contre-liran
La propagande fonctionne généralement au goutte-à-goutte. De petites histoires sont lancées chaque jour, diffusant des narratifs similaires encore et encore.
Mais aujourd’hui, en raison d’un certain mélange, deux des principaux organes de propagande, le New York Times et le Washington Post, ont lancé des articles de propagande très similaires le même jour.
Rage. Chagrin. Anxiété. La Nouvelle humeur en Iran – New York Times
La colère populaire brûle en Iran après la répression, alors que Trump fait monter la pression – Washington Post
La première histoire (archivée) a été écrite à New York. La deuxième histoire (archivée) a été rapportée de Dubaï.
Les histoires portent sur les conséquences des récentes émeutes parrainées par la CIA en Iran.
Les deux histoires citent la même Agence de presse des militants des droits de l’Homme financée par le gouvernement américain (HRANA) à Fairfax, en Virginie, avec un nombre invérifiable de victimes présumées.
Le New York Times :
Des groupes de défense des droits comme la HRANA, basé aux États-Unis, affirment qu’au moins 7 000 manifestants ont été tués et que leur nombre devrait augmenter à mesure que de nouveaux décès sont vérifiés.
Le Washington Post :
La répression gouvernementale a fait plus de 7 000 morts, dont plus de 6 500 manifestants, selon l’Agence de presse des militants des droits de l’homme, une organisation de défense des droits en Iran basée aux États-Unis.
Les deux médias affirment que les gens sont furieux contre le gouvernement qui a réussi à mettre fin aux émeutes.
Les deux commencent par raconter des “histoires sanglantes“ similaires de personnes anonymes de la “vie quotidienne“ :
NYT :
Mariam, une créatrice de 54 ans, a déclaré qu’elle paniquait chaque fois que son fils adolescent quittait la maison parce qu’il avait des amis et des camarades de classe qui avaient été abattus lors des manifestations.
“La vérité est que nous nous sentons extrêmement mal”, a-t-elle déclaré. “Je n’ai jamais connu ce genre de deuil collectif et d’instabilité. Nous ne savons pas ce qui va se passer dans la prochaine heure“. Comme de nombreuses personnes interrogées pour cet article, Mariam a demandé à n’être identifiée que par son prénom par crainte de représailles.
WaPo :
Une femme de 45 ans de Rasht, près de la côte iranienne de la mer Caspienne, a déclaré que les forces de sécurité se sont présentées à l’école de sa nièce et ont fouillé à nu les élèves à la recherche de blessures subies lors des manifestations à cause des munitions à plomb moins létales tirées sur la foule.
« Deux filles se sont évanouies à cause du stress », a-t-elle déclaré. Sa nièce n’est pas retournée à l’école privée depuis, ce que le directeur a autorisé. Mais dans certaines écoles publiques, a déclaré la femme de Rasht, les absences ne sont pas tolérées et les élèves trouvés blessés par des plombs sont expulsés ou arrêtés.
Les sanglots sont ensuite utilisés pour « expliquer » et justifier de futures violences contre l’État.
NYT :
Les manifestations exigeant l’éviction des dirigeants religieux autoritaires iraniens ont pris fin. Mais de nombreux Iraniens disent que les sentiments de rage contre le gouvernement et d’anxiété quant à l’avenir imprègnent tous les aspects de la vie, et que plus rien ne semble normal.
WaPo :
Dans d’autres régions du pays, la colère populaire bouillonne à la surface.
…
Une femme de Bandar Abbas, dans le golfe Persique, qui dit avoir participé aux manifestations, a déclaré avoir vu les forces de sécurité ouvrir le feu sur la foule.
…
Avant janvier, elle n’aurait pas compris pourquoi quelqu’un voudrait que son propre pays soit attaqué, a-t-elle déclaré, alors que la menace de frappes américaines se profilait. “Mais cette fois, c’est différent”, a-t-elle déclaré, épousant un point de vue longtemps impopulaire en Iran : “Le véritable ennemi est la République islamique et tout pays ou armée qui peut les affaiblir ou les attaquer va nous libérer.”
Ces histoires larmoyantes sur l’Iran surviennent alors que l’armée américaine se prépare à faire la guerre au pays.
Les rédacteurs en chef des deux médias avaient récemment approuvé de nouvelles mesures américaines contre le peuple iranien :
Les États-Unis n’ont pas le droit de faire la guerre à l’Iran, ni d’avoir leur mot à dire sur qui gouverne le pays. Les pages d’opinion du New York Times et du Washington Post, cependant, offrent des arguments humanitaires faciles pour que les États-Unis intensifient leurs attaques contre l’Iran. Celles-ci sont basées sur l’hypothèse absurde que les États-Unis veulent aider à éclairer l’avenir des Iraniens.
Dans deux éditoriaux traitant de la possibilité que les États-Unis entreprennent une guerre de bombardement et de tirs contre l’Iran, le Washington Post n’a exprimé aucune opposition à de telles politiques et a également approuvé la guerre économique.
C’est un peu décevant à quel point la propagande est devenue ritualiste et ennuyeuse.
Moon of Alabama
Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour
le Saker Francophone.
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Simplicius – Le 16 février 2026
– Source : le blog de
l’auteur
https://lesakerfrancophone.fr/des-rapports-expliquent-que-les-etats-unis-preparent-une-operation-dattrition-a-long-terme-contre-liran
Reuters rapporte des « informations privilégiées » disant que Trump se prépare à des frappes à grande échelle contre l’Iran qui dureront des semaines, voire des mois. https://www.reuters.com/world/middle-east/us-military-preparing-potentially-weeks-long-iran-operations-2026-02-13/
Cette nouvelle intervient alors que Trump envoie un deuxième porte-avions dans la région. Rappelons que pendant l’opération Tempête du désert et la guerre en Irak de 2003, les États-Unis avaient six groupes de porte-avions (CSG) opérant dans la région.
Mais il y a déjà des rumeurs selon lesquelles cela poserait des problèmes. Dans une nouvelle interview, le colonel Daniel Davis affirme que des sources dans la Marine lui ont dit qu’un grave « problème classifié » avait empêché l’USS George HW Bush de traverser l’Atlantique, le faisant remplacer par le Gerald R Ford à la dernière minute (0: 50 seconde) : https://www.youtube.com/watch?v=ZP6QOPsWDTM&t=50
Cela peut sembler farfelu, jusqu’à ce que vous réalisiez que les hauts responsables de la Marine avertissent depuis des mois que les utilisations incessantes des groupes de porte-avions par Trump suscitent des inquiétudes majeures quant à l’intégrité de ces carcasses vieillissantes:

Plus inquiétant est le fait que Trump aurait envisagé d’envoyer des « équipes de commandos« , en d’autres termes des troupes au sol, en Iran, vraisemblablement pour tenter un autre raid à l’arraché comme on l’a vu au Venezuela.
https://www.nytimes.com/2026/02/13/us/politics/trump-iran-pentagon.html
Les options envisagées par le président américain Donald Trump incluent une action militaire ciblant le programme nucléaire iranien et sa capacité de lancer des missiles balistiques, des responsables américains affirmant qu’il envisageait également des options qui incluraient l’envoi de commandos américains pour poursuivre certaines cibles militaires iraniennes. Mais avant que le Pentagone puisse réaliser cela, il doit être mieux preparé ont dit les responsables – NYT
Si vous vous posez encore la question de savoir quel serait l’objectif d’une telle opération, eh bien Trump lui-même ne semble pas le savoir. Dans une vidéo à regarder absolument, un journaliste lui a finalement posé la question centrale : quel est l’intérêt de frapper l’Iran si les États-Unis ont déjà, comme ils le prétendent, détruit leur programme nucléaire lors des frappes de “l’opération Midnight Hammer” sur Fordow ?
Comme je l’ai dit, la réponse de Trump est incompréhensible et démontre la criminalité méprisable du “dernier hourra“ géopolitique anarchique des États-Unis

facebook.com/reel/1604381693918042/
Vous voyez, selon son mode opératoire habituel, Trump n’a pas de réponses fondées sur des principes – il s’en tient à sa tactique consistant à jouer des deux côtés, à demander sa part de gâteau tout en le mangeant déjà. Il cherche à nous faire croire en ses frappes « miraculeusement » exécutées à Fordow, mais en même temps, il veut que nous acceptions l’idée absurde et contradictoire que l’Iran a encore besoin d’être bombardé davantage pour réduire son potentiel nucléaire.
En réalité, nous savons tous en quoi consisteraient vraiment ces frappes : simplement créer le chaos pour déstabiliser le gouvernement iranien, fomenter davantage de troubles et tenter de créer une situation de panique sociale arrivant à une « masse critique » qui pourrait être exploitée davantage par des complices comme Israël.
La bonne nouvelle est que cela pourrait être l’une des ruses de Trump utilisant la menace dans le but de faire peur à l’Iran pour négocier des concessions. Au moment d’écrire ces lignes, de nouveaux rapports indiquent que l’Iran est prêt à jouer le jeu dans une certaine mesure et pourrait être disposé à ouvrir certains projets coopératifs de développement pétrolier et gazier en Iran aux entreprises américaines :

Bien que non sourcé, un compte pro-iranien affirme :
L’Iran ouvrira certains secteurs économiques aux entreprises US dans le cadre d’un prochain accord
Le vice-ministre des Affaires étrangères a déclaré que les champs pétroliers et gaziers iraniens et les investissements miniers seraient ouverts aux entreprises US
Téhéran prévoit également d’acheter plus de 100 avions de ligne
La valeur économique totale pourrait dépasser 500 milliards de dollars
Cet accord semble être étayé par les récentes déclarations du principal consultant en énergie de Washington, Bob Mcnally, qui salivait pratiquement dans un récent discours sur le potentiel de capitalisme vautour anarcho-extorsion américain en Iran, dont les gisements de pétrole et de gaz, selon lui, ont beaucoup plus de potentiel de pillage que ceux du Venezuela :

Voir la vidéo dans le site original ou https://www.facebook.com/reel/929319516296446
Ce discours aux couleurs colonialistes circonscrit la nouvelle doctrine et le paradigme américain que Rubio a également exprimé lors de la Conférence de Munich sur la sécurité. Le discours de Rubio a fait des vagues en raison de ce qui semble être un appel à la « civilisation » américano-européenne pour reprendre les rênes de la domination mondiale. Ben Norton écrit :
C’est insensé.
Le secrétaire d’État américain Marco Rubio vient de prononcer l’un des discours les plus explicitement pro-colonialistes que j’ai pu voir au 21e siècle.
L’empire américain veut que l’Europe l’aide à recoloniser les pays du Sud.
Discours de Rubio :

Ce que Rubio semble faire est de faire passer en force le déclin culturel de l’Occident dû au mondialisme et à la migration de masse en une sorte de nouvel appel idéologique à l’action destiné à justifier l’abrogation erratique par les États-Unis des promesses de MAGA et à poursuivre le pillage néoconservateur du Sud global.
Un aspect évident où cette idée grossière ne fonctionnera pas: la perturbation et la déstabilisation néoconservatrices du Moyen-Orient sont l’une des causes fondamentales des vagues de migration massive qui ont inondé l’Europe au cours des années 2000 – de l’Irak et de la Libye à la Syrie, etc. Comment peut-on pontifier sur la perte de la culture européenne ou « occidentale« , tout en plaidant en même temps pour le pillage continu du Moyen-Orient qui alimente cette érosion culturelle due à l’immigration massive ?
L’autre éléphant dans la pièce est que les justifications post hoc de Rubio contredisent les premiers principes et promesses fondamentaux de Trump et du mouvement MAGA. Comme l’a déclaré le professeur Joe Syracuse à Sputnik :
Alors que la Maison Blanche a commencé par déclarer son intention “d’éviter les conflits à long terme”, son “passage d’une aversion au risque à une grande imprévisibilité suggère une direction plus dangereuse et erratique pour la stabilité mondiale”, a déclaré Syracuse, notant que le travail de Rubio est maintenant d’essayer “de rationaliser la vision d’un monde qui n’existe pas vraiment”.
Une autre façon de simplifier les choses : l’administration Trump a fait campagne pour être non interventionniste et « Amérique d’abord« , mais ensuite quelque chose s’est passé. Ce quelque chose semble clair : Trump a eu une “conversation” avec Miriam Adelson au nom d’Israël, et nous y sommes. Maintenant, les gaufres que sont Trump et Rubio sont obligés de concocter des rationalisations bâclées pour donner l’impression que cette nouvelle “doctrine” était le plan depuis le début ; ce n’était pas le cas. Trump a simplement été ”retourné“ par Israël – que ce soit par compromission ou par d’autres moyens – et est maintenant obligé de nous expliquer pourquoi les États-Unis doivent continuer à ”défendre la culture occidentale“ partout dans le monde.
Ce fait est facile à discerner à partir des déclarations de Trump, comme dans la vidéo précédente dans laquelle il cherche une excuse pour expliquer pourquoi l’Iran doit être attaqué à nouveau. Il ne peut pas trouver de raison valable parce qu’il n’en existe pas ; il ne fait que suivre les ordres.
“L’Iran doit être détruit, dites à vos moutons citoyens
ce que vous voulez, peu importe les raisons que vous inventez. Faites juste en
sorte que ça sonne un peu convaincant”.
En attendant, Trump continue d’envisager d’autres options pour étrangler l’Iran :

Cela fait partie intégrante d’une initiative occidentale plus large contre les pays du Sud, par exemple celle développée et testée par le Royaume-Uni et ses partenaires européens pour exclure complètement les lignes de vie économiques de la Russie :

« L'OTAN prépare un blocus maritime de la Russie.
L'OTAN cherche à soumettre la Baltique et l'Arctique à un régime de type
"barrage" ».
https://www.rt.com/russia/632514-nato-plotting-maritime-blockade-russia/
Tout cela alors que les États-Unis ont saisi deux autres pétroliers – Veronica III et Aquila II – dans l’océan Indien, qui seraient liés au pétrole vénézuélien.
Il est clair que l’ordre occidental complote pour intensifier sa piraterie afin de fermer les lignes de vie économiques des pays du Sud parce qu’il n’y a pas d’autre moyen pour l’Occident de rivaliser ; toutes ces autres rationalisations post hoc fantaisistes et ces diatribes sophistiques moralo-philosophiques ne sont que de vaines tentatives de façonner un cadre « à consonance juridique » pour ce qui est à la base de la piraterie brute et des actes criminels d’agression contre des États souverains.
C’est pourquoi j’ai déjà dit que la Chine, la Russie et l’Iran seraient lentement poussés vers des alliances navales plus étroites pour sauvegarder les artères économiques mondiales :
Maintenant, le dernier mot est qu’Israël pourrait faire cavalier seul contre l’Iran, et que Trump lui a donné son « feu vert« . Cela laisse évidemment l’Iran dans une impasse car même si les États-Unis ne devaient pas frapper directement l’Iran eux-mêmes, ils aideraient certainement Israël pour ses capacités de ravitaillement en carburant, d’armement, de défense antiaérienne pour bloquer les représailles iraniennes, etc. Cela incitera clairement l’Iran à attaquer de toute façon les actifs américains comme mesure de dissuasion, afin de dégrader les capacités globales de la « coalition » lançant ces frappes hostiles.
Ce serait essentiellement l’astuce d’Israël pour attirer les États-Unis dans un conflit ouvert : attaquez simplement l’Iran unilatéralement, et lorsque le vassal américain est forcé d’aider, il est entrainé directement dans le conflit, contre sa volonté.
Une chose est sûre, la fenêtre de Trump pour une attaque à grande échelle et prolongée ne s’étend probablement que jusqu’au début de la saison des mid-terms. C’est probablement pourquoi Netanyahu vient de faire une sixième visite d’urgence aux États-Unis afin de plaider sa cause, bien que certains rapports aient affirmé que Trump l’avait repoussé – pour l’instant du moins.
Tout le monde est dos au mur : pour Trump, c’est un dernier hourra. Pour l’Iran, le “régime“ est perçu comme affaibli et vulnérable. Nous attendons maintenant de voir si l’appétit de Trump pour le risque l’amènera à ouvrir véritablement la “boîte de Pandore” une fois pour toutes, ne laissant à l’Iran d’autre choix que de tout mettre en œuvre, ou si la diplomatie prévaudra. Mais, même si un compromis est trouvé, Israël détient le joker et un Netanyahu désespéré pourrait attaquer l’Iran unilatéralement, déclenchant une autre conflagration dans toute la région.
Simplicius
Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.
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Jeffrey Sachs à l'ONU : Pas de guerre US contre l'Iran
https://consortiumnews.com/2026/02/18/jeffrey-sachs-to-un-no-us-war-on-iran
Mesdames et Messieurs les membres éminents du Conseil de sécurité,
Le président des États-Unis profère de graves menaces de recours à la force contre la République islamique d'Iran si celle-ci ne se plie pas aux exigences américaines. Ses agissements risquent de déclencher une guerre régionale majeure aux conséquences dévastatrices.
Interrogé sur son souhait d'un changement de régime, il a répondu que « cela semble être la meilleure chose qui puisse arriver ». À la question de savoir pourquoi un deuxième porte-avions américain a été envoyé dans la région, le président Trump a répondu : « Au cas où nous ne parviendrions pas à un accord, nous en aurons besoin… et si nous en avons besoin, nous l'aurons prêt . »
Ces menaces contreviennent à l'article 2, paragraphe 4, de la Charte des Nations Unies, qui stipule que…
« Tous les Membres s’abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l’emploi de la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État, ou de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations Unies . »
Ces menaces interviennent alors que l'Iran lance régulièrement des appels à la négociation. Le 7 février, le ministre iranien des Affaires étrangères a prononcé un discours à Doha proposant des négociations globales pour la paix régionale, à la suite d'un cycle de pourparlers à Oman, soutenu par la diplomatie des États arabes et de la Turquie. Alors même qu'un second cycle de négociations a été annoncé, les États-Unis multiplient les menaces de recours à la force.
La question qui se pose au Conseil de sécurité de l'ONU en ces temps périlleux est de savoir si un État membre peut, par la force ou la menace de la force, se placer au-dessus de la Charte des Nations Unies qui nous régit tous. C'est l'intégrité du système international fondé sur l'ONU qui est en jeu.
L’un des rôles essentiels du Conseil de sécurité est d’appeler les États membres à régler leurs différends par des moyens pacifiques tels que la négociation, la médiation, l’arbitrage ou le règlement judiciaire, sans recourir à la force. Aujourd’hui, le monde a un besoin urgent d’un engagement renouvelé en faveur de la diplomatie.
La menace actuelle d'une attaque américaine ne résulte pas d'un échec des négociations iraniennes. Au contraire, elle découle du rejet par les États-Unis de négociations qui avaient déjà abouti.
Le 14 juillet 2015, après des années d'intenses négociations diplomatiques, l'Iran et les pays membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies (P5), ainsi que l'Allemagne, ont conclu l'Accord de Vienne sur le nucléaire iranien (JCPOA) afin de garantir que le programme nucléaire iranien demeure exclusivement pacifique. En contrepartie, les sanctions économiques imposées à l'Iran devaient être levées.
L'accord JCPOA a placé les activités nucléaires iraniennes sous un contrôle strict et continu de l'Agence internationale de l'énergie atomique, mettant ainsi fin au risque de prolifération des armes nucléaires par l'Iran, un risque que l'Iran avait toujours nié.
Le 20 juillet 2015, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté à l'unanimité la résolution 2231. Cette résolution « approuve le JCPOA » et appelle tous les États à prendre les mesures « nécessaires pour soutenir sa mise en œuvre ». Elle a abrogé les résolutions de sanctions précédentes et a intégré le JCPOA dans le droit international .
Le Conseil de sécurité a explicitement reconnu le « droit de l’Iran à développer l’énergie nucléaire à des fins pacifiques » en vertu du Traité sur la non-prolifération et a établi un régime de vérification rigoureux.
Pourtant, le 8 mai 2018, trois ans après l'adoption de la résolution du Conseil de sécurité de l'ONU, les États-Unis se sont retirés unilatéralement de l'accord de Vienne sur le nucléaire iranien (JCPOA). Ce retrait a fait l'objet d'un lobbying actif de la part du gouvernement israélien.
Depuis la fin des années 1990, les dirigeants israéliens ont affirmé à maintes reprises, de manière mensongère et hypocrite, que l'Iran était sur le point d'obtenir l'arme nucléaire, alors même qu'Israël avait secrètement acquis des armes nucléaires en dehors du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires et a jusqu'à aujourd'hui refusé d'adhérer à ce traité et de se soumettre à ses contrôles.
Lorsque le président Trump a retiré unilatéralement les États-Unis de l'accord de Vienne sur le nucléaire iranien (JCPOA), les États-Unis ont réimposé des sanctions de grande envergure, en contradiction directe avec la résolution 2231, et ont lancé une campagne de guerre économique visant à paralyser l'économie iranienne, qui se poursuit encore aujourd'hui.
Les menaces actuelles des États-Unis s'inscrivent donc dans une stratégie de longue date consistant à feindre l'intérêt pour les négociations tout en menant une guerre économique et militaire. En juin 2025, suite à la reprise des négociations plus tôt dans l'année, les États-Unis et l'Iran ont entamé un sixième cycle de pourparlers.
Les États-Unis avaient qualifié les négociations de constructives et positives. Le sixième cycle de négociations était prévu pour le 15 juin 2025. Pourtant, le 13 juin 2025, les États-Unis ont soutenu les bombardements israéliens sur l'Iran.
Une semaine plus tard, les États-Unis ont attaqué l'Iran dans le cadre de l'opération Midnight Hammer.
L’offensive américaine contre la Charte des Nations Unies s’est à nouveau intensifiée, nous menant au bord de la guerre, avec des menaces de recours à la force et des actes de guerre économique quotidiens.
Les États-Unis ont renforcé leur présence militaire près de l'Iran et ont menacé à plusieurs reprises de lancer une attaque imminente.
L'administration a également fait preuve de franchise quant à sa stratégie de guerre économique.
Le 20 janvier, lors d'une interview à Davos , le secrétaire au Trésor américain Scott Bessent a décrit comment les États-Unis avaient délibérément orchestré l'effondrement de la monnaie iranienne, une pénurie de dollars et un effondrement des importations, le tout dans le but de fomenter des souffrances économiques et des troubles sociaux de masse.
Bessent a décrit les troubles qui en ont résulté comme « évoluant ici de manière très positive ».
L'aspect le plus frappant de la campagne américaine visant à changer le régime en Iran est l'insistance répétée des États-Unis sur la nécessité pour l'Iran de négocier. Or, l'Iran a négocié à plusieurs reprises.
L'accord sur le nucléaire iranien (JCPOA) a été négocié et ratifié par le Conseil de sécurité de l'ONU. Malgré la reprise des négociations avec l'Iran l'été dernier, le pays a subi des frappes aériennes massives sur son territoire. Désormais, les États-Unis affichent ouvertement leur politique d'effondrement économique et de changement de régime.
Aucun pays n'est en sécurité si les États-Unis peuvent proférer des menaces aussi flagrantes contre l'Iran et, ces dernières semaines, contre plusieurs autres États, dont Cuba , le Danemark et d'autres encore.
Il est à la fois triste et émouvant de rappeler que l'Organisation des Nations Unies est née de l'idée du président Franklin D. Roosevelt. Il envisageait une ère de coopération entre grandes puissances et de multilatéralisme, sous l'égide du droit international, comme fondement de la paix et de la sécurité internationales.
Son épouse, Eleanor Roosevelt, a supervisé la rédaction et l'adoption de la Déclaration universelle des droits de l'homme . Les États-Unis aspiraient alors à une ère où la diplomatie triompherait, où le droit et la justice l'emporteraient sur la force brute, une ère où nous honorerions les paroles du prophète Isaïe, inscrites sur le mur de la Première Avenue face aux Nations Unies.
« Ils forgeront leurs épées en socs de charrue, et leurs lances en serpes. Une nation ne lèvera plus l’épée contre une autre. On n’apprendra plus la guerre. »
Laisser la Charte des Nations Unies être violée avec une telle brutalité, qui plus est par le pays hôte, c'est inviter à la reprise d'une guerre mondiale, cette fois-ci à l'ère nucléaire. Autrement dit, c'est inviter l'humanité à l'autodestruction.
Au nom de Nous, les peuples , le Conseil de sécurité de l'ONU détient l'autorité et la lourde responsabilité de maintenir la paix.
Cordialement,
Jeffrey D.
Sachs,
professeur à l'Université Columbia