Selon les dernières données d’un organe indépendant, sur 101 agents poursuivis pour des faits commis dans l’exercice de leurs fonctions en 2024, seulement douze ont été condamnés.
Par Jean-Pierre Stroobants (Bruxelles, correspondant)
En Belgique, 120 personnes ont perdu la vie pendant leur garde à vue ou lors d’une intervention policière au cours des quinze dernières années. Un nombre « sous-estimé », affirment des journalistes des quotidiens L’Echo et De Tijd et des magazines Knacket Le Vif qui ont effectué ce décompte : les différentes autorités concernées (parquet, police fédérale, les zones de police locale, l’inspection générale de la police fédérale et de la police locale, etc.) ont leurs propres règles d’enregistrement et, souvent, ne communiquent pas entre elles.
Et si toute enquête visant un membre des forces de l’ordre doit, en principe, être communiquée au Comité P (le comité permanent de contrôle des services de police), cette obligation est « de facto oubliée » relève un rapport de cet organe indépendant au service du Parlement depuis les « tueries du Brabant », des braquages qui ont fait 28 morts entre 1982 et 1985, et qui restent non élucidés.
« En Belgique, la police perçoit toute forme de transparence comme un danger potentiel, susceptible de susciter des critiques, plutôt que comme une opportunité d’améliorer son fonctionnement », relevait le 11 mars Sofie De Kimpe, criminologue à l’Université libre flamande de Bruxelles, dans L’Echo et De Tijd. Une attitude qui renforce la méfiance « et mine la légitimité des forces de l’ordre », juge cette experte, quitte à démentir le propos de Bernard Quintin, le ministre de la sécurité et de l’intérieur. Celui-ci, partisan d’une police « respectueuse, respectable et respectée », affirme que des enquêtes sont « systématiquement menées » lors de décès après une intervention.