La Haye, tribunal pour le Kosovo, 16.9.2026 : condamnation de quatre ex-responsables de l'Armée de Libération du Kosovo (UÇK)

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jacotdescombes

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Sep 19, 2026, 3:34:14 AMSep 19
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Justice-Info.net (1) publie sur son site un article apportant des précisions intéressantes quant aux événements qui ont abouti à ces condamnations, et à la réception de celles-ci au Kosovo.   

"Ce 16 septembre 2026, Hashim Thaçi et trois autres anciens chefs de la guérilla kosovare ont été condamnés pour crimes de guerre par les Chambres spécialisées du Kosovo .."Ils ont été "reconnus coupables de crimes de guerre pour avoir détenu arbitrairement 385 personnes, infligé des traitements cruels à 49 autres, torturé 303 et tué 96. Tous ces crimes ont été commis entre avril 1998 et le 20 juin 1999 dans plusieurs centres de détention et lieux situés au Kosovo et dans le nord de l’Albanie…

… Hashim Thaçi, Kadri Veseli, Rexhep Selimi et Jakup Krasniqi ont tous été des responsables de haut rang de l’Armée de libération du Kosovo (UÇK) qui sont ensuite devenus des figures politiques de premier plan au Kosovo…

…Thaçi a occupé les fonctions de Premier ministre, ministre des Affaires étrangères et président du Kosovo entre 2008 et 2020, date à laquelle il a démissionné pour se défendre devant le tribunal parrainé par l’UE, les Chambres spécialisées du Kosovo (KSC), basé à La Haye…"

Thaçi et Krasniqi ont été condamnés à 25 ans de prison, Veseli à 18 ans et Selimi à 13 ans. Les accusés et le procureur disposent désormais de 30 jours pour faire appel…"

C'est un tribunal international (KSC) créé spécifiquement pour juger des crimes présumés commis par l' UÇK, qui a rendu cette sentence.   

"La Cour du Kosovo a été créée en 2015 par le Parlement kosovar sous la pression des alliés occidentaux du pays afin de juger les anciens combattants de l’UCK. Les chambres font officiellement partie du système judiciaire du Kosovo, mais sont situées aux Pays-Bas et leur personnel est entièrement composé de ressortissants étrangers. Son financement provient de l’Union européenne … Cinq États contribuent également au fonctionnement de la Cour, souvent en y détachant du personnel, tandis que la Suisse finance son programme de sensibilisation au Kosovo…"

"…Ces crimes ont été commis dans le contexte de la guerre d’indépendance menée en 1998-1999 par la communauté albanaise contre la Serbie, qui exerçait son autorité sur la région. La plupart des 13.000 personnes qui ont perdu la vie pendant ce conflit étaient d’origine albanaise. Un million d’autres ont été chassées de leurs foyers. Cependant, les KSC ont été créées pour traiter exclusivement les crimes présumés commis par l’UÇK, considérée comme une armée de libération par la majorité des Kosovars…"

"… « Cette affaire ne vise pas à mettre en balance les responsabilités de l’une des parties par rapport à celles de l’autre. Elle ne porte pas non plus sur les crimes que les forces serbes et les groupes paramilitaires ont indubitablement commis à l’encontre des Albanais du Kosovo », a précisé le juge Smith. Il a ajouté que la Cour se préoccupait « exclusivement » de la responsabilité pénale individuelle de l’accusé..."

" …« Ce procès s’est déroulé dans un climat persistant d’intimidation des témoins »,

a déclaré mercredi le juge Smith. « Certains témoins ont peut-être eu peur ou n’ont pas souhaité raconter toute leur histoire au collège des juges par crainte pour leur sécurité et celle de leur famille. D’autres par loyauté mal placée. » Néanmoins, « plusieurs témoins l’ont fait malgré les intimidations et les tentatives visant à les dissuader de témoigner », a-t-il affirmé. « La capacité du collège à rendre ce jugement témoigne de leur courage et de leur détermination. »…"

"…« La raison principale de l’existence de ce tribunal est sans doute l’intimidation des témoins », confirme Abrahams. Le Tribunal du Kosovo a été spécifiquement établi en dehors du pays en raison des inquiétudes sur la protection des personnes appelées à témoigner. L’intimidation des témoins a été au cœur des tentatives successives de la communauté internationale pour établir les responsabilités dans les crimes graves commis pendant la guerre du Kosovo. Ce fut déjà un obstacle au TPIY. Par exemple, lorsque les juges du TPIY ont acquitté l’ancien commandant de l’UCK, Fatmir Limaj, ils ont indiqué que de nombreux témoins « avaient exprimé des craintes pour leur vie et celle de leur famille » et que cette crainte était très palpable, en particulier pour les témoins vivant encore au Kosovo."…"

Parmi les arguments du Tribunal :

"… Au cours du conflit au Kosovo, les quatre accusés ont « contribué de manière significative » à l’intention criminelle commune visant les opposants présumés de l’UCK, a déclaré le juge Smith. Ces crimes étaient tous la conséquence « d’un plan criminel élaboré par les accusés et d’autres personnes, et qu’ils ont mis en œuvre eux-mêmes », a-t-il dit en salle d’audience, où tous les accusés étaient présents, ainsi qu’un public nombreux Plusieurs milliers de personnes ont également suivi le prononcé du jugement en direct.

Si l’objectif de l’UCK, à savoir « garantir l’indépendance du Kosovo et établir un contrôle politique et institutionnel sur ce qu’ils espéraient voir devenir un Kosovo indépendant », n’a pas « rendu leurs actes criminels », a expliqué le juge Smith, « ce sont les moyens par lesquels ils ont cherché à les atteindre qui les ont rendus criminels. En particulier, les arrestations, détentions, mauvais traitements et assassinats systématiques de ceux que les accusés percevaient ou décrivaient comme des opposants ». Parmi les victimes figuraient des Albanais du Kosovo associés à d’autres forces politiques ou militaires, des personnes soupçonnées d’être liées aux Serbes – parfois pour des raisons telles que le fait d’avoir des amis serbes ou de travailler pour des entreprises serbes – ainsi que des membres de minorités ethniques, tels que les Roms et les Serbes, a précisé le tribunal…"

Les réactions politiques au Kosovo

Le Premier ministre du Kosovo, Albin Kurti, "a déclaré que la condamnation et « cette peine si sévère » constituaient une « injustice inacceptable ». Il a ajouté qu’elles ne reflétaient pas « la volonté du peuple ». De son côté, le ministre des Affaires étrangères du Kosovo, Glauk Konjufca, a précisé que ce jugement « aura des conséquences très néfastes, tant dans notre récit que pour l’État du Kosovo ». Le Premier ministre albanais, Edi Rama, a également critiqué cette décision. L'UE a appelé toutes les parties à respecter le verdict de la Cour suprême du Kosovo..".

"…Une foule importante brandissant des drapeaux de l’UCK s’est rassemblée mercredi à Pristina, la capitale du Kosovo, pour suivre le verdict sur des écrans géants installés dans la rue. À l’issue du verdict, certains manifestants ont défilé en direction du siège de la mission de l’Union européenne au Kosovo avant d’être contrôlés par la police anti-émeute. Les partis politiques du Kosovo ont appelé au calme… "

« Les sensibilités en jeu dans ce dossier ont été grossièrement sous-estimées par les acteurs internationaux qui ont créé ce tribunal »

C'est ainsi qu'Aidan Hehir, professeur de relations internationales à l’université de Westminster, commentait ce procès auprès de Justice-Info, avant le verdict. "… « Je ne pense pas qu’ils aient pleinement réalisé à quel point un verdict de culpabilité serait ressenti de manière viscérale. Cela pourrait avoir un impact vraiment profond sur la société kosovare. L’opposition à ce tribunal va bien au-delà de la seule figure d’Hashim Thaçi », poursuit-il. « Les jeunes, en particulier, en ont vraiment assez de la corruption au Kosovo. J’ai rencontré beaucoup de gens qui ont une aversion profonde pour Thaçi et estiment qu’il devrait être jugé, mais pensent qu’il devrait l’être pour corruption, et non pour avoir fait partie d’une organisation qui défendait les Albanais du Kosovo contre un massacre de masse orchestré par l’État », dit Hehir. Il explique qu’il ne s’agit pas d’une question d’affiliation politique, mais que cela « tient bien davantage à l’image du pays, ce qui suscite une grande colère parmi la population »…"

 "…Ce verdict intervient à un moment particulièrement brûlant. Le 27 août, le dirigeant serbe de Bosnie Ratko Mladić est décédé à La Haye. Il purgeait une peine de prison à perpétuité prononcée par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité, notamment pour son rôle dans le massacre de Srebrenica en 1995. Des milliers de personnes ont assisté à ses funérailles en Serbie.

https://www.justiceinfo.net/fr/165344-les-ambiguites-des-chambres-specialisees-du-kosovo.html?mc_cid=068ea66012&mc_eid=c8a1386ccc

(1) Justice Info est un site d'information sur la justice internationale et le droit international

 


Georges Berghezan

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Sep 20, 2026, 3:08:59 AMSep 20
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Merci pour ces précisions.
J'ajouterais que les crimes pour lesquels Thaçi et consorts ont été condamnés ont été commis pendant la période des bombardements de l'OTAN et une dizaine de mois auparavant. Donc la période après les bombardements n'a pas été prise en compte par ces "Chambres spécialisées", une période de quelques mois pendant laquelle l'UÇK, avec le soutien de l'OTAN, a pris le contrôle des 9/10è du Kosovo et commis d'innombrables exactions, dont le nettoyage ethnique de centaines de milliers de Serbes, Roms et membres d'autres minorités (qui ne sont jamais revenus au Kosovo, contrairement aux Albanais qui avaient fui pendant les bombardements) et l'assassinat d'environ un millier de personnes, dont des Albanais dits modérés (membres de la LDK, parti d'Ibrahim Rugova, mis à l'écart par les dirigeants occidentaux peu avant le début des bombardements).
De plus, comme l'a révélé l'ancienne procureure du TPIY Carla Del Ponte dans son livre "La traque, les criminels de guerre et moi", l'UÇK a organisé en Albanie en 1999 et 2000, grâce à un réseau mêlant des médecins turcs et israéliens, un sordide trafic d'organes prélevés sur des prisonniers serbes, ensuite achevés. Ces allégations ont été confirmées par une enquête du Conseil de l'Europe menée par l'ancien procureur et député suisse Dick Marty (https://pace.coe.int/fr/files/12608/html).
Il est probable que, si cette période "post-bombardements" avait été prise en compte, on n'aurait pu éviter de questionner le rôle ou au moins la passivité des 40 000 militaires de l'OTAN et de la mission de l'ONU, dirigée par Kouchner, qui avait recueilli puis détruit des indices et témoignages concernant cette affaire.
GB



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