Dans le Monde Diplomatique de juin, quelques très intéressants articles sur l'Ukraine, dont un 'rappel' de l'entente cordiale entre nationalistes fascisants polonais et ukrainiens d'avant la période communiste, et un petit article "La face obscure du pari ukrainien", où Serge Halimi et Pierre Rimbert évoquent la perspective d'une Ukraine devenue pro-russe, retournée contre l'Europe une fois la paix revenue:
Selon The Economist, pourtant fervent partisan de Kiev, une raison encore plus impérieuse d’élargir l’Union aiguillonne désormais chefs d’État et de gouvernement européens : « S’il est risqué d’accueillir l’Ukraine, il est plus dangereux de la laisser dehors. » L’hebdomadaire britannique résume ainsi des conversations en « off » tenues à Bruxelles : « Quand la guerre avec la Russie s’achèvera, l’Ukraine comptera des centaines de milliers d’anciens soldats endurcis par les combats. Si l’Union la rejette, rien ne garantit que des factions puissantes ne se détourneront pas de l’Occident. Au nombre des dangers cités, une Ukraine emportée par des conflits internes, des combats pour s’approprier ses ressources, un rapprochement avec la Russie. » Que le pays armé et financé depuis quatre ans pour porter « nos valeurs » face à au « maître du Kremlin » puisse demain se métamorphoser en avant-garde prorusse hostile au Vieux Continent marquerait assurément un nouveau triomphe du génie stratégique de Bruxelles. Il interviendrait après des sanctions énergétiques autoadministrées qui ont anémié l’industrie allemande, et le mol acquiescement aux tocades proche-orientales de M. Donald Trump par crainte qu’il ne se venge en « lâchant » l’Ukraine.
Les auteurs ne semblent pas envisager l'hypothèse qui me parait nettement plus plausible, que ce soient les éléments néo-nazis surarmés par l'Occident et aguerris au combat qui se retourneraient contre ses généreux sponsors, si la victoire totale promise contre la Russie ne se réalisait pas. Slava Ukraini!
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Au Panthéon des collaborateurs
L’Ukraine rapatrie les dépouilles de collaborateurs nazis, donne le nom de tueurs de masse à une unité de forces spéciales et planifie d’autres réinhumations. Deux célèbres collaborateurs nazis sont enterrés à Munich. Berlin se tait.
https://www.german-foreign-policy.com/fr/news/detail/10423 - 2 juin
(rapport exclusif) – Le gouvernement fédéral se tait face aux hommages répétés rendus à Kiev à des collaborateurs nazis ukrainiens et à des criminels de masse – et ce, bien que les autorités allemandes puissent bientôt permettre de tels hommages supplémentaires. La semaine dernière, la dépouille d’Andrij Melnyk a été transférée du Luxembourg vers l’Ukraine et y a été réinhumée, en présence du président Volodymyr Zelensky. Melnyk était le chef de l’OUN(M) (Organisation des nationalistes ukrainiens Melnyk), une organisation de collaborateurs nazis ukrainiens dont beaucoup rejoignirent la division SS Galicie. De plus, Zelensky a décerné à une unité des forces spéciales ukrainiennes le titre de « Héros de l’UPA ». L’UPA (Armée insurrectionnelle ukrainienne) a massacré pendant la Seconde Guerre mondiale près de 100 000 Polonais et d’innombrables Juifs. Des protestations contre ces mesures sont venues de Pologne et d’Israël, mais pas du gouvernement fédéral. Kiev prévoit désormais la construction d’un « Panthéon des Ukrainiens éminents » et entend pour cela transférer d’autres collaborateurs des nazis. On discute du transfert des dépouilles de deux d’entre eux, qui sont enterrés à Munich. Les autorités allemandes devraient approuver cette démarche.
« Héros de l'Ukraine »
La mise à l'honneur officielle de collaborateurs nazis n'est pas un phénomène nouveau en Ukraine. Elle a débuté sous le président pro-occidental Viktor Iouchtchenko (2005 à 2010), qui a déclaré Roman Shukhevych « Héros de l'Ukraine » à titre posthume en 2007, puis Stepan Bandera en 2010. Shukhevych était l’un des chefs de l’UPA et a poursuivi la guerre contre l’Union soviétique dans la clandestinité après 1945. Bandera était le chef de l’OUN(B), qui rivalisait avec l’OUN(M) de Melnyk.
Après le coup d’État pro-occidental de février 2014 à Kiev, les hommages aux collaborateurs nazis se sont multipliés dans la capitale. En avril 2015, le Parlement ukrainien a classé les membres de l’OUN et de l’UPA comme « combattants pour l’indépendance ukrainienne ». Depuis lors, conformément à la décision parlementaire, il est interdit de remettre en cause la « légitimité » de leur « combat pour l’indépendance de l’Ukraine » [1]. De plus, depuis 2015, le jour de la fondation de l’UPA, le 14 octobre, est un jour férié national.
Depuis 2018, la formule de salutation officielle des forces armées ukrainiennes est : « Gloire à l’Ukraine ! Gloire aux héros ! » Auparavant, c’était la formule de salutation officielle de l’OUN. Préciser qu’elle est plus ancienne que l’OUN n’est pas moins pertinent que de constater que son équivalent allemand « Sieg Heil » est plus ancien que le NSDAP.
Division Waffen-SS « Galicie »
Actuellement, la valorisation des collaborateurs nazis ukrainiens connaît une nouvelle impulsion. Tout d’abord, le transfert en Ukraine de la dépouille d’Andrij Melnyk, chef de l’OUN(M) décédé en 1964, a été organisé[2]. Les restes de Melnyk ont été exhumés le 19 mai au Luxembourg, transportés à Kiev, puis inhumés lors d’une cérémonie d’État au cimetière militaire national près de la capitale ukrainienne. Étaient présents, entre autres, le président Volodymyr Zelensky et le chef du bureau présidentiel en fonction depuis le début de l’année, Kyrylo Budanov, qui aurait été, selon des rapports, la force motrice derrière cette mesure[3].
Melnyk et l’OUN(M) ont collaboré étroitement avec le Reich nazi dans leur volonté de faire sortir l’Ukraine de l’Union soviétique et de la transformer en un État autoritaire sur le modèle fasciste. Ce n’est que lorsqu’ils ont voulu s’attaquer concrètement à la création d’un État ukrainien après l’invasion de l’Union soviétique que les autorités nazies, qui s’y opposaient, ont arrêté Melnyk.
Des membres de l’OUN(M) ont joué un rôle déterminant dans la constitution de la 14e division de grenadiers de la SS (n° 1 de Galicie), connue sous le nom de division Waffen-SS de Galicie. Celle-ci a participé à des massacres de la population polonaise de Volhynie et de Galicie orientale, faisant bien plus d’un millier de victimes.
« Les traditions historiques des forces armées »
La responsabilité de la plus grande partie des victimes des massacres de Volhynie et de Galicie orientale, où furent assassinés entre février 1943 et la fin de la guerre jusqu’à 100 000 civils polonais, incombe cependant à l’UPA. Contrairement à la division SS Galicie, l’UPA rassemblait en son sein surtout des membres de l’OUN(B), dont certains avaient déjà participé auparavant à des pogroms et massacres de la population juive de l’Union soviétique occupée, par exemple fin juin 1941 à Lemberg, l’actuelle Lviv. Là-bas, des miliciens de l’OUN assassinèrent, avec les occupants allemands, environ 4 000 Juives et Juifs[4].
Les massacres perpétrés à partir de 1943 par l’UPA contre des civils polonais visaient à créer, en Volhynie et en Galicie orientale, un territoire désormais uniquement peuplé d’Ukrainiens, sur lequel un État ukrainien pourrait voir le jour après la guerre. Les massacres de l’UPA firent également d’innombrables victimes parmi les Juives et Juifs ; la milice ukrainienne participa ainsi à la Shoah.
Mardi dernier est entré en vigueur un décret par lequel le président Zelensky a désormais décerné à une unité des forces spéciales ukrainiennes le titre de « Héros de l’UPA ». Selon Zelensky, cette décision a été prise « dans le but de faire revivre les traditions historiques des forces armées nationales »[5].
« Motif de grande inquiétude »
La réinhumation de Melnyk et l'attribution du titre de « héros de l'UPA » à l'unité des forces spéciales ont suscité des protestations au niveau international. Dans un communiqué, le ministère israélien des Affaires étrangères a déclaré « regretter la décision d’organiser une cérémonie officielle d’inhumation pour le chef de l’OUN Melnyk, qui a collaboré avec les nazis » ; il ne doit « y avoir aucune place pour ignorer la vérité historique et la mémoire des victimes assassinées par les nazis et leurs collaborateurs »[6]. Le mémorial de l’Holocauste Yad Vashem a déclaré que la réinhumation de Melnyk était « très inquiétante » : « Rendre hommage au chef d’un mouvement qui a soutenu l’Allemagne nazie pendant la persécution et l’assassinat de millions de Juifs » sape « l’intégrité morale » qui est « indispensable à la commémoration de l’Holocauste ».
« Profonde désapprobation »
Le nouvel hommage rendu à l’UPA suscite à son tour un vif mécontentement, surtout en Pologne. Le 28 mai, le ministère polonais des Affaires étrangères a exprimé à l’ambassadeur ukrainien sa « profonde désapprobation » à l’égard de cette mesure ; le 29 mai, le chargé d’affaires polonais à Kiev a réitéré cette position lors d’un entretien au ministère ukrainien des Affaires étrangères[7].
Le même jour, le président polonais Karol Nawrocki a annoncé qu’il ferait en sorte que son homologue ukrainien Zelensky soit déchu de l’Ordre de l’Aigle Blanc. Zelensky avait reçu cet ordre, la plus haute distinction de l’État polonais, en avril 2023 – l’ancien président polonais Andrzej Duda avait alors expliqué qu’il lui remettait cette distinction en tant que « personnalité exceptionnelle » qui n’avait « pas abandonné son État dans la phase la plus difficile de l’histoire ukrainienne »[8]. À Varsovie, une décision sur la destitution de l’ordre sera prise lundi prochain, dit-on.
En Pologne, le Premier ministre Donald Tusk s’efforce désormais d’apaiser les tensions. Pour ce faire, il relègue au second plan les crimes de masse de l’OUN et de l’UPA. La Pologne et l’Ukraine ont un ennemi commun, a déclaré Tusk à la fin de la semaine dernière en référence à la Russie ; si elles s’offrent une querelle sur des « émotions historiques », alors Moscou aura de quoi se réjouir[9]. C’est ce qu’il faut éviter.
« Une humiliation »
Alors que des protestations s'élèvent dans les pays où vivent les proches et les descendants des victimes des collaborateurs nazis ukrainiens, le gouvernement fédéral allemand, qui se vante d'être le plus fervent défenseur de l'Ukraine, reste muet. Berlin tolère ainsi l’hommage rendu à des auteurs de génocides racistes et antisémites – et laisse tomber leurs opposants, comme par exemple la chercheuse ukrainienne spécialiste de l’Holocauste Marta Havryshko ; celle-ci a qualifié la réinhumation de Melnyk d’« humiliation pour tous ceux qui croyaient autrefois que "Plus jamais ça" avait encore un sens dans l’Ukraine d’aujourd’hui »[10].
Il semble d’ailleurs que les autorités allemandes pourraient bientôt prendre part à des mesures identiques. Selon certaines informations, le gouvernement de Kiev prévoit de créer un « Panthéon des Ukrainiens éminents », qui serait « un lieu particulier de consolidation des valeurs du peuple ukrainien ». À cette fin, la réinhumation des dépouilles d’autres nationalistes ukrainiens serait en cours de préparation. Le transfert des restes du fondateur de l’OUN, Yevhen Konovalets, enterré à Rotterdam, a par exemple déjà été approuvé[11]. On peut également envisager le transfert de Yaroslav Stetsko, qui a continué à diriger l’OUN depuis son exil en Allemagne après la fin de la Seconde Guerre mondiale, ainsi que celui du chef de l’OUN(B), Stepan Bandera. Stetsko et Bandera sont enterrés au cimetière Waldfriedhof de Munich. Le transfert de leurs dépouilles nécessite l’accord des autorités allemandes.
[1] Voir à ce sujet Of Perpetrators, Victims and Collaborators [« Des coupables, des victimes et des collaborateurs (II) »].
[2] Kate Tsurkan: Remains of 20th century Ukrainian military leader Andrii Melnyk brought to Kyiv for reburial. kyivindependent.com 22.05.2026. Sasha Vakulina: Une figure controversée de la Seconde Guerre mondiale réinhumée en Ukraine. fr.euronews.com 26.05.2026.
[3] Leonid Ragozin: Melnyk reburial signals ideological shift in Ukraine. intellinews.com 29.05.2026. L'Ukraine rapatrie et inhume un "héros" nationaliste qui divise. france24.com 25.05.2026.
[4] Voir à ce sujet Of Perpetrators, Victims and Collaborators [« Des coupables, des victimes et des collaborateurs (II) »].
[5] Tim Zadorozhnyy: Zelensky’s decision to name military unit after WWII-era Ukrainian Insurgent Army sparks outrage in Poland. kyivindependent.com 29.05.2026. La décision de Volodymyr Zelensky de baptiser une unité militaire ukrainienne avec le nom d’une organisation nationaliste irrite la Pologne. lemonde.fr 29.05.2026.
[6] Nava Freiberg et AFP: Israël dénonce la réinhumation en Ukraine d’un collaborateur nazi avec les honneurs de l’État. fr.timesofisrael.com 25.05.2026.
[7] MFA Statement. gov.pl 29.05.2026. [Déclaration du ministère des Affaires étrangères. gov.pl, 29 mai 2026.]
[8] Stefan Locke: Aus polnischer Sicht ehrt Selenskyj die Falschen. [Du point de vue polonais, Zelensky rend hommage aux mauvaises personnes.] Frankfurter Allgemeine Zeitung 01.06.2026. La décision de Volodymyr Zelensky de baptiser une unité militaire ukrainienne avec le nom d’une organisation nationaliste irrite la Pologne. lemonde.fr 29.05.2026.
[9] Ewan Jones: Poland’s political heavyweights blast Zelenskyy for honoring WWII massacre unit.[ Les poids lourds de la politique polonaise fustigent Zelensky pour avoir rendu hommage à une unité responsable de massacres pendant la Seconde Guerre mondiale.] tvpworld.com 29.05.2026. Julien Chabrout : Guerre en Ukraine : cette décision de Volodymyr Zelensky qui provoque la colère de la Pologne. L’express.fr 30.05.2026.
[10], [11] Daniel Säwert: Fragwürdige Ehrung. [Un hommage contestable.] nd-aktuell.de 26.05.2026
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L'armée ukrainienne est confrontée à un véritable problème lié au nazisme
Dans leur empressement à démanteler la propagande russe, les élites occidentales ont tenté de dissimuler la présence d'extrémistes du Troisième Reich dans les rangs de Kiev.
Marta
Havryshko, 2 juin 2026
https://responsiblestatecraft.org/nazis-in-ukraine-military/
Lorsque Vladimir Poutine a lancé son invasion de l'Ukraine en février 2022, il a affirmé que l'un de ses objectifs était la « dénazification » du pays. Le Kremlin utilise toujours ce discours comme pierre angulaire de sa propagande de guerre.
L’Ukraine et l’Occident ont réagi en rejetant catégoriquement cette affirmation, la qualifiant d’abus cynique de l’histoire de l’Holocauste. Les politiciens, les médias, les organes de presse, les universitaires et les établissements d’enseignement se sont empressés de prouver que l’argument de Poutine était fallacieux.
Mais dans leur empressement à déconstruire la propagande russe, les élites occidentales ont créé leur propre mythe de propagande : il n’y a pas de nazis en Ukraine. Ou, s’il y en a, ce sont soi-disant des excentriques isolés sans aucune influence.
Cette fiction a nécessité de blanchir Azov, une unité fondée en 2014 par le groupe néonazi Patriot of Ukraine sous la direction d’Andriy Biletsky. Azov s’est rendu tristement célèbre pour son idéologie extrémiste, sa symbolique nazie et les allégations de crimes de guerre dans le Donbass. En 2018, le Congrès américain a interdit au groupe de recevoir des armes, des financements ou une formation étatsuniens.
Après l’invasion à grande échelle de la Russie, cette stigmatisation a disparu presque du jour au lendemain. Kiev a « reconditionné » Azov, en séparant les éléments les plus radicaux dans une nouvelle formation, la 3e Brigade d’assaut. Les médias occidentaux l’ont rebaptisée et blanchie. Le discours de la « déradicalisation » et de la « dépolitisation » s’est généralisé. Remettre en question ce récit est devenu tabou et qualifié de « propagande russe ». Il en résulte une culture du silence délibéré.
Les réseaux néonazis sont profondément ancrés dans certaines parties de la structure militaire ukrainienne. Leur présence est visible dans des unités telles que Azov, la Troisième Brigade d’assaut, le Corps des volontaires russes, Bratstvo, le Corps des volontaires allemands, Karpatska Sich, et d’autres. Pourtant, les soutiens occidentaux de l’Ukraine continuent d’armer, de financer et de former ces unités sans véritable contrôle.
Plus frappante encore est la normalisation de l’imagerie nazie elle-même. Les chaînes militaires officielles ukrainiennes et les médias grand public publient régulièrement des images de soldats arborant des croix gammées, des insignes de la Waffen-SS et des écussons liés à des groupes néonazis tels que Combat 18 et la Division misanthrope. Cela n’est plus considéré comme scandaleux. C’est devenu la norme.
Le plus inquiétant de tout, c’est que certaines unités militaires ukrainiennes ont intégré des symboles liés au nazisme dans leurs insignes officiels.
L’extrême droite et la culture militaire ukrainienne
De nombreuses unités militaires ukrainiennes utilisant des symboles nazis sont dirigées par des hommes façonnés par Azov et le milieu d’extrême droite qui l’entoure. Citons par exemple Oleksandr Kravtsov, le célèbre commandant de l’unité Vedmedi, qui faisait partie d’Azov. Son corps est couvert d’images nazies, notamment 1488 — une référence au slogan suprémaciste blanc « 14 Words » inventé par David Lane et au salut codé « Heil Hitler » (« H » est la huitième lettre de l’alphabet). Sur sa poitrine est tatoué la devise des SS : « Mon honneur, c’est la loyauté. » Il a fait de ce slogan la devise de sa propre unité. Les éclairs SS ont été intégrés à son insigne officiel.
Après son retour de captivité en Russie, l’unité de Kravtsov a été intégrée à la structure militaire ukrainienne — d’abord à la 36e brigade, puis à la 39e brigade de défense côtière. Rien n’a changé. Les symboles SS et la devise sont restés.
De nombreux commandants de la 3e brigade d’assaut sont également issus d’Azov et continuent d’adhérer à des opinions extrémistes. Sans surprise, ils embrassent ouvertement la symbolique correspondante. Une sous-unité de la 3e Brigade d’assaut a adopté un insigne modifié (remplaçant deux grenades par trois) de la Brigade SS Dirlewanger — l’une des formations nazies les plus tristement célèbres de la Seconde Guerre mondiale. En 2025, la brigade a dévoilé l’emblème publiquement lors d’un hommage à Kiev. Aucun scandale n’a suivi.
Azov a également banalisé le Soleil noir — un symbole né au siège du culte SS de Himmler au château de Wewelsburg et désormais utilisé dans le monde entier par les néonazis et les terroristes suprémacistes blancs, notamment par l’auteur de l’attentat contre la mosquée de Christchurch en 2019 en Nouvelle-Zélande et par le tireur du Centre islamique de San Diego.
Après 2022, le Soleil noir s’est rapidement répandu dans la culture militaire ukrainienne. Il est apparu dans des unités liées à Azov telles que le peloton Decepticons et l’unité Mortars de la 3e brigade d’assaut. Il s’est rapidement étendu à des unités n’ayant aucun profil idéologique déclaré et a été intégré à l’insigne du 156e bataillon Zvaha et du bataillon des systèmes sans pilote de la 110e brigade, qui porte le nom de Marko Bezruchko.
Azov a également popularisé un autre emblème lié au nazisme : le Wolfsangel, utilisé historiquement par plusieurs divisions de la Waffen-SS. Rebaptisé « Idée de la Nation », il est devenu l’un des symboles les plus reconnaissables de la culture militaire ukrainienne en temps de guerre. Ce symbole apparaît désormais bien au-delà de la division Azov elle-même. Le tout nouveau bataillon Nachtigall — nommé d’après le bataillon Nachtigall formé par les services de renseignement militaires allemands en 1941 — utilise le même insigne inspiré du Wolfsangel.
Certaines unités de l’armée ukrainienne ne cachent pas leur fascination pour la culture militaire du Troisième Reich. Par exemple, le 422e régiment des systèmes sans pilote se fait appeler «Luftwaffe» et utilise pratiquement le même aigle que l’armée de l’air d’Hitler. Son commandant, Mykola Kolesnyk, apparaît régulièrement avec ce symbole sur des écussons et des vêtements. L’unité vend même des produits dérivés arborant l’aigle nazi — sweats à capuche, mugs, t-shirts, casquettes, porte-clés — afin de collecter des fonds pour la guerre.
Au-delà des simples choix esthétiques
L’utilisation de symboles nazis au sein de l’armée ukrainienne n’est pas seulement un problème esthétique. C’est un problème moral, politique, historique et juridique.
Tout d’abord, cela représente une forme de révisionnisme historique et la réhabilitation progressive du nazisme lui-même — un défi direct au consensus occidental d’après-guerre fondé sur la mémoire de la Seconde Guerre mondiale. Au sein de la culture militaire d’extrême droite, l’imagerie nazie est souvent enveloppée dans des récits romancés sur la lutte antisoviétique. Dans la pratique, cela banalise le sacrifice des sept millions d’Ukrainiens qui ont combattu le nazisme dans les rangs de l’Armée rouge aux côtés des alliés occidentaux (contrairement aux 300 000 qui ont servi dans diverses formations militaires et unités de police aux côtés de l’Allemagne nazie).
Cela profane également la mémoire des victimes du nazisme en Ukraine : 1,5 million de Juifs assassinés pendant l’Holocauste, ainsi que des millions de Slaves, de prisonniers de guerre, de Roms, de malades mentaux, de travailleurs forcés et d’innombrables autres personnes englouties par la machine d’extermination raciale et d’exploitation.
Deuxièmement, le problème n’est pas seulement historique. Il est profondément contemporain. Chaque rune SS, chaque Soleil noir ou chaque Wolfsangel arboré par des soldats ukrainiens offre au Kremlin une nouvelle victoire propagandiste. Les propagandistes russes n’ont pas besoin d’inventer des nazis imaginaires à Kiev. Il leur suffit de pointer du doigt les insignes portés ouvertement par certaines des unités militaires les plus célèbres d’Ukraine — y compris des formations qualifiées d’« élite », comme la 3e brigade d’assaut.
Troisièmement, il existe également une contradiction juridique flagrante. En utilisant ouvertement l’imagerie nazie, ces unités enfreignent les propres lois ukrainiennes de 2015 sur la mémoire, qui interdisent explicitement la propagande du régime nazi et l’utilisation publique de ses symboles. La loi qualifie de tels actes d’insulte à la mémoire de millions de victimes et prévoit des peines pouvant aller jusqu’à cinq ans de prison.
Pourtant, personne n’est poursuivi.
Pourquoi ?
Parce que le gouvernement Zelensky – et le président Volodymyr Zelensky lui-même en tant que commandant en chef – a conclu un marché politique avec l’extrême droite. Depuis 2022, les militants et les réseaux d’extrême droite ont envahi le secteur de la sécurité et de la défense. Dans un contexte de guerre totale et de pénurie chronique de main-d’œuvre, cette alliance est devenue politiquement commode, voire inévitable. Aujourd’hui, elle s’enracine.
L’État dépend de formations militaires radicalisées pour ses effectifs et son efficacité sur le champ de bataille. L’extrême droite, en retour, obtient légitimité, armes, influence et protection institutionnelle. Ce qui est né d’une nécessité de guerre évolue vers une dépendance mutuelle.
Les partenaires occidentaux de l’Ukraine ont conclu leur propre compromis. Eux aussi dépendent des effectifs ukrainiens pour affaiblir la Russie. Ils tolèrent donc la présence d’extrémistes au sein des forces armées ukrainiennes tant que ces derniers continuent à se battre. Plus encore, ils gardent largement le silence sur l’idéologie et les symboles en jeu, car les reconnaître reviendrait à admettre une vérité dérangeante : le problème néonazi en Ukraine n’est pas simplement une invention du Kremlin.
Marta Havryshko est une autrice et chercheuse basée aux États-Unis qui s’intéresse au nationalisme ukrainien, à l’extrême droite et à la guerre russo-ukrainienne. Elle est titulaire d’un doctorat en histoire de l’Université nationale Ivan Franko de Lviv, en Ukraine.