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M.Galand Pierre

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Feb 6, 2026, 7:01:55 AMFeb 6
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Le Soir- Publié le 5/02/2026 à 14:16

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« Pour l’avenir de l’Iran : le changement viendra du peuple »

L’avenir de l’Iran ne peut reposer que sur un changement démocratique porté par le peuple. La répression du régime et l’ingérence étrangère ne résoudront pas la crise: seule une opposition organisée et un soutien international aux droits humains offriront une voie durable.

Carte blanche -

Par Pierre Galand, ancien sénateur belge (PS, 2003-2007), militant de longue date pour les droits humains, ancien secrétaire général d’Oxfam Belgique, ancien président de l’OMCT Europe et de plusieurs organisations de solidarité internationale.

Publié le 5/02/2026 à 14:16 Temps de lecture: 4 min

Au fil de mon engagement public, j’ai soutenu les luttes contre la domination coloniale et l’apartheid – notamment au Congo, en Palestine, en Afrique du Sud –, défendu le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui et contribué à mobiliser l’opinion belge en faveur des Chiliens fuyant la dictature née du coup d’Etat de 1973. Cette même boussole – se tenir aux côtés des peuples plutôt que des régimes – devrait guider notre regard sur l’Iran aujourd’hui.

La théocratie iranienne n’est pas seulement un système autoritaire interne. Elle est devenue, au fil des décennies, un acteur régional dont l’appareil sécuritaire et le projet idéologique nourrissent l’instabilité, la militarisation et le fondamentalisme religieux au Moyen-Orient. Par l’intermédiaire de milices, de groupes armés et d’une logique de confrontation permanente, elle exporte la crise plutôt que la paix. Cela ne sert ni la cause palestinienne ni aucune autre lutte pour la justice. Au contraire, cela enferme les sociétés dans des cycles de violence qui affaiblissent les véritables mouvements démocratiques. Une politique fondée sur la guerre permanente ne libère pas les peuples : elle les instrumentalise.

Une répression qui ne laisse personne indifférent

Les événements de janvier en Iran ont brutalement rappelé cette réalité. A travers tout le pays, des milliers de citoyen.ne.s sont descendu.es dans la rue pour réclamer dignité et changement politique. Ils ont été accueillis par des balles, des arrestations massives, la torture et un quasi-black-out d’Internet. L’ampleur de la répression – des milliers de morts ou de disparus – ne laisse personne indifférent. Pour beaucoup d’entre nous, engagés de longue date dans la défense des droits humains, il s’agissait d’un choc profond : le massacre de civils, la plupart des femmes et des jeunes qui demandaient simplement à être entendus. On se souvient des terribles répressions contre les femmes qui clamaient leur volonté d’être respectées en tant que femmes dignes et libres.

Mais ce soulèvement nous enseigne aussi autre chose. Les mouvements sociaux ne survivent pas à la terreur d’Etat par la seule spontanéité. Ils tiennent grâce à la structure, à la mémoire et à l’organisation. Quand les communications sont coupées, que les arrestations sont arbitraires et que la peur devient systématique, seuls des réseaux coordonnés permettent à une mobilisation de perdurer. L’expérience iranienne confirme une vérité bien connue de l’histoire progressiste : la résistance à l’autoritarisme est d’autant plus efficace qu’elle est organisée, enracinée dans la société et politiquement cohérente.

Loin d’être des flambées isolées, les manifestations se sont appuyées sur des réseaux reliant villes et provinces, assurant la circulation de l’information malgré la censure et maintenant la pression malgré la répression. Parmi eux figurent les « unités de résistance », liées à l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran. Leur rôle de coordination nationale explique en partie pourquoi le mouvement ne s’est pas effondré après les premières vagues de violence.

Un besoin de solidarité authentique partout dans le monde

J’évoque cela avec prudence mais convaincu de la force de la résistance d’un peuple. Depuis plus de vingt-cinq ans, je suis de près l’opposition démocratique iranienne. J’ai eu l’occasion de connaître Maryam Radjavi et son mouvement. J’ai pu constater leur engagement en faveur de la laïcité, de l’égalité entre femmes et hommes et d’une république démocratique. J’ai également vu comment ce mouvement est la cible constante de campagnes de désinformation. Trop souvent, en Europe, y compris à gauche, on reprend sans distance critique des accusations qui proviennent directement ou indirectement des récits du régime. Or discréditer l’opposition fait partie des méthodes classiques des pouvoirs autoritaires. Une solidarité authentique exige un examen rigoureux, pas la répétition de clichés.

Surtout, l’avenir de l’Iran ne peut être enfermé dans de fausses alternatives. Une transition démocratique ne peut ni passer par l’apaisement de la théocratie, ni être sous-traitée à des puissances étrangères ou à des projets de restauration. La récente tentative de restauration monarchique centrée sur le fils du Shah déchu, appuyée par certains gouvernements et amplifiée par les médias, est présentée comme un raccourci vers la stabilité. Mais un changement fabriqué de l’extérieur n’est pas de l’autodétermination. C’est un schéma bien connu dans la région, qui conduit trop souvent à la dépendance et à de nouvelles formes d’autoritarisme. Compter sur des capitales étrangères pour installer un dirigeant n’a rien de démocratique.

Soutenir un changement qui doit s’organiser de l’intérieur

La seule voie crédible est celle que les mouvements de solidarité ont toujours défendue : un changement porté par la société iranienne elle-même, par une résistance civique et politique organisée, sans intervention militaire étrangère. La démarche de l’opposition iranienne s’inscrit clairement dans cette logique : elle rejette à la fois l’accommodement avec la théocratie et toute intervention extérieure, affirmant que la transformation durable doit venir des Iraniens eux-mêmes.

Or l’Europe a trop souvent fait fausse route. Des années de « dialogue » avec Téhéran ont parfois ressemblé à de la complaisance. La stigmatisation d’une partie de l’opposition par des inscriptions sur des listes terroristes – ensuite annulées par les tribunaux – a affaibli les forces démocratiques tout en offrant un répit diplomatique au régime. Même corrigées juridiquement, ces erreurs ont laissé des traces politiques.

La décision récente de l’Union européenne de désigner les Gardiens de la révolution comme organisation terroriste constitue une rupture nécessaire. Mais elle ne suffira pas. Si l’Europe veut être cohérente avec ses principes, elle doit cesser de traiter ce régime comme un partenaire ordinaire, soutenir la reddition de comptes pour les crimes commis et refuser de sacrifier les acteurs démocratiques à des calculs diplomatiques à court terme.

Pour les progressistes, le constat devrait être clair : la théocratie iranienne n’est pas un rempart contre l’injustice, elle en est l’une des sources. Ni la dictature religieuse ni la restauration monarchique ne représentent une solution démocratique. Seule une alternative républicaine, issue d’une mobilisation organisée de la société, peut ouvrir une perspective stable.

L’Europe n’a pas à choisir le futur gouvernement de l’Iran. Mais elle doit cesser de consolider le présent. La solidarité, c’est soutenir un peuple pour se libérer lui-même.

https://www.lesoir.be/726916/article/2026-02-05/pour-lavenir-de-liran-le-changement-viendra-du-peuple

 

 
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