Il a bien sûr été largement fait écho dans les médias à « la main tendue » de Zelensky à Poutine, et au refus « obstiné » de celui-ci.
Conclusion : « C’est la Russie qui veut la guerre », « L’Ukraine veut négocier de bonne foi, mais se heurte à l’intransigeance de Poutine » etc
Peut-être involontairement, l’article du Soir ci-dessous expose la grosse ficelle de propagande que constitue ce courrier
•                   « Avant même que le refus de Poutine n’intervienne, à Kiev, la plupart des analystes s’accordaient à dire que la lettre ne cherchait pas une réelle négociation, de bonne foi, mais qu’elle visait à exposer devant la communauté internationale l’obstination du Kremlin à continuer la guerre. »
•                   « Le Kremlin permet à Kiev, qui s’y attendait, d’exposer au monde l’obstination de Poutine à poursuivre la guerre » : Tourné autrement, Zelensky s’attendait évidemment à ce que La Russie ne réponde pas à un courrier absurde, insultant et menaçant, et le but du jeu était « d’exposer au monde (occidental) l’obstination de Poutine à poursuivre la guerre »
Mais ça marche. Euronews relaie:
La Russie a de nouveau choisi la guerre, dit Zelensky après le refus de Poutine de le rencontrer
"Malheureusement, la partie russe choisit une nouvelle fois la guerre" : c’est ainsi que le président ukrainien a réagi aux propos de Poutine. Il a qualifié la réaction de Poutine de "réponse faible" qui "en a déçu beaucoup dans le monde".
"Il ne veut rien changer, il refuse de reconnaître que sa guerre ne plaît qu’à lui et à ceux qui en tirent de l’argent. Cela signifie qu’il doit y avoir moins d’argent en Russie et davantage de pression sur la Russie", a conclu Volodymyr Zelensky.
Conclusion : l’Europe doit continuer à casquer pour le puits sans fond de la guerre
 Chacun peut juger sur pièce des probabilités qu’un tel courrier reçoive une réponse courtoise : cf ci-dessous
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Le Kremlin rejette la proposition de Kiev de négociations directes
Stéphane Siohan - Le Soir avec AFP
Vladimir Poutine a rejeté la proposition de Volodymyr Zelensky d’une rencontre et de négociations de paix. Le Kremlin permet à Kiev, qui s’y attendait, d’exposer au monde l’obstination de Poutine à poursuivre la guerre.
C’était sans doute la première fois, depuis leur seule et unique rencontre à Paris en décembre 2019, que Volodymyr Zelensky s’adressait personnellement à Vladimir Poutine de manière aussi directe. Dans une longue lettre publiée jeudi soir sur le site de la présidence ukrainienne, l’Ukrainien proposait au Russe de « mettre fin à cette guerre, de manière honnête, digne et avec des garanties assurant qu’elle ne se rallumera pas », accusant Poutine d’avoir consacré la moitié de ses années au pouvoir à faire la guerre aux Ukrainiens, pour aboutir à une situation où plus de 30.000 soldats russes sont tués ou grièvement blessés tous les mois.
Mais non, le président Vladimir Poutine a rejeté vendredi l’idée d’une rencontre en tête-à -tête proposée par son homologue ukrainien tant qu’un accord final n’aura pas été négocié en amont pour mettre fin à la guerre en Ukraine.
« Je ne vois pas l’intérêt d’une rencontre. Cela n’a d’intérêt que pour la partie ukrainienne afin d’arrêter l’avancée de nos forces armées », a affirmé M. Poutine depuis le Forum économique international, le « Davos russe », où il était attendu sur les difficultés économiques rencontrées par son pays sanctionné par les Occidentaux à cause du conflit en Ukraine, dans lequel le front est en réalité en grande partie figé. Selon le président russe, « les hostilités prendront fin un jour », lorsque la Russie aura « atteint les objectifs » qu’elle s’est fixés. Le pouvoir russe exige du gouvernement ukrainien des concessions politiques et territoriales, notamment un retrait complet de la région de Donetsk, dans l’est. Des exigences rejetées par Kiev, qui les assimile à une capitulation.
Avant même que le refus de Poutine n’intervienne, à Kiev, la plupart des analystes s’accordaient à dire que la lettre ne cherchait pas une réelle négociation, de bonne foi, mais qu’elle visait à exposer devant la communauté internationale l’obstination du Kremlin à continuer la guerre.
« Ce message était adressé à quatre publics : les Ukrainiens, le président américain Donald Trump, les alliés européens et Vladimir Poutine lui-même », estime ainsi Dmytro Kuleba, ancien ministre des Affaires étrangères. « Cette lettre ne parle pas de négociations. C’est un coup non conventionnel et puissant conçu pour envoyer un message politique plus large : la confiance de l’Ukraine dans sa victoire et sa volonté de négocier uniquement depuis une position de force. »
Zelensky Ă Londres ce dimanche
Ce courrier est intervenu dans un contexte où l’Ukraine est en train de reprendre l’initiative sur le champ de bataille, inonde les axes logistiques russes de drones, menaçant d’étouffer la Crimée. Il intervenait aussi au lendemain d’un bombardement historique lors duquel les Ukrainiens ont frappé la base de Kronstadt, le port historique de Saint-Pétersbourg.
« Cette lettre à Moscou contenait un piège délibéré. Zelensky proposait une porte de sortie, sachant pertinemment que Poutine allait la rejeter. Mais ce rejet pourra ensuite être montré à tout le monde – aux Russes, aux Américains, aux Européens et au Sud global », commente Viktor Chlintchak, expert à l’Institut des médias ukrainiens. « Il pourra permettre de prouver que le problème n’est pas lié aux formats des négociations de paix, comme certains l’affirment, mais plutôt au fait que Poutine n’est pas disposé à mettre fin à la guerre, sauf si celle-ci devait se solder par une défaite de l’Ukraine. » Le président Zelensky ne devrait donc pas modifier son agenda qui est de rencontrer, ce dimanche à Londres, le Premier ministre britannique Keir Starmer et le chancelier allemand Friedrich Merz pour renforcer le soutien européen à l’Ukraine.
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Lettre ouverte au président de la Fédération de Russie du président de l’Ukraine
Lorsque vous êtes arrivé au pouvoir en Russie il y a plus de vingt-six ans, beaucoup d’Ukrainiens avaient une opinion positive de vous. C’était le cas. Mais cela appartient désormais au passé. Aujourd’hui, l’immense majorité des Ukrainiens se réjouit que nos drones de longue portée aient rendu visite à l’ouverture de votre forum à Saint-Pétersbourg, après avoir parcouru plus de mille kilomètres. Comme vous le savez parfaitement, cette distance est loin de représenter la limite de nos capacités.
En vingt-six ans, votre présence au pouvoir a totalement transformé l’agenda des relations entre l’Ukraine et la Russie. Des discussions portant autrefois sur le commerce et d’autres questions civiles, nos deux nations sont passées à des échanges presque exclusivement centrés sur les frappes et les pertes. Vous avez passé près de la moitié de ces vingt-six années au pouvoir à mener une guerre contre l’Ukraine. Quoi que vous puissiez dire sur l’Otan, la géopolitique ou la langue russe, cette guerre est votre choix personnel – une guerre sans véritable motif. C’est ainsi que l’histoire s’en souviendra.
Ces années auraient pu être tout autres.
On entend souvent dire que cette guerre vous convient. Bien sûr, pas lorsqu’il s’agit de la sécurité de votre résidence de Valdaï ou de votre défilé à Moscou. Votre propre vie vous est précieuse. Mais désormais, chacun peut constater que les Russes eux-mêmes sont de moins en moins à l’aise avec cette réalité, avec le fait que la guerre entraîne pour la Russie des conséquences toujours plus négatives.
Ils n’aiment pas nos drones et nos missiles.
Ils n’aiment pas les pénuries d’essence et la hausse constante des prix.
Ils n’aiment pas les restrictions permanentes.
Ils n’aiment pas votre intention de lancer une seconde vague de mobilisation pour étendre la guerre dans une autre direction en Ukraine ou pour l’utiliser contre d’autres pays voisins de la Russie.
Ils n’aiment pas le fait qu’aucune perspective de fin à votre guerre ne soit en vue.
Oui, vous pouvez encore contraindre les Russes à vivre ainsi. Mais vos ressources s’amenuisent considérablement. Vous n’aurez pas suffisamment d’argent ni de capital politique pour continuer à acheter la loyauté des Russes comme vous l’avez fait au cours des vingt-six dernières années. Et nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour que le monde contribue à rapprocher ce moment.
« Moi, je me soucie des Ukrainiens »
Comme vous aimez le dire vous-même, « il faut faire les comptes ».
Hier, j’ai reçu un rapport sur les pertes de votre armée sur le front en Ukraine pour le mois de mai. Une fois encore, le chiffre a dépassé les 30.000 soldats russes tués ou grièvement blessés. Nous maintenons ce niveau mois après mois, et nous disposons de preuves vidéo pour chacune de ces pertes – ce ne sont pas des affirmations en l’air. Nous savons que 63 % de vos pertes sur le champ de bataille sont des morts, contre seulement 37 % de blessés. Au XXIe siècle, aucune armée ne peut se permettre un tel ratio. Et la proportion de morts continuera d’augmenter.
Ce n’est pas comme si, en Ukraine, nous nous préoccupions du sort des soldats russes après tout ce que votre guerre a infligé à notre pays. Mais moi, je me soucie des Ukrainiens. Nous perdons les nôtres, et chaque perte est douloureuse. Même lorsque le rapport entre pertes ukrainiennes et russes est de un pour cinq ou un pour six, cela compte énormément.
Il importe aussi de souligner que vous repoussez régulièrement, tous les quelques mois, vos propres échéances pour la prise de nos régions – en particulier celle de Donetsk. Et vous ne la prendrez pas davantage cette année. Mais nous, en Ukraine, ne voulons pas d’une guerre permanente. Nous savons très bien que la vie sans guerre est infiniment meilleure. Et c’est ce que nous voulons atteindre. Je suis convaincu que la majorité des Russes y répondrait positivement – et vous le savez.
Beaucoup ne croyaient pas que l’Ukraine serait capable de tenir aussi longtemps. Vous n’y croyiez pas. Et ceux qui vous conseillaient n’y croyaient pas non plus. C’était une erreur. Vous ne vous attendiez pas à une résistance ukrainienne d’une telle ampleur, et vous n’aviez pas prévu que les choses iraient aussi loin. Et pourtant, nous y sommes – dans la cinquième année de cette guerre totale.
« Assez de guerre »
N’ayez pas peur d’emprunter la voie qui permettra de sortir de cette guerre. C’est ce qui vous est demandé aujourd’hui. L’Ukraine a préservé son indépendance. Et elle la préservera, malgré toutes les prédictions contraires. Nous avons rassemblé de nombreux acteurs à travers le monde pour soutenir l’Ukraine et s’opposer à vous. Nous avons trouvé les armes et les financements dont nous avions besoin.
Nous recevons du soutien. Vous, des sanctions. Et cela continuera jusqu’à ce que justice soit rendue à l’Ukraine – la justice que nous recherchons et celle qui peut être obtenue. Nous ne laisserons pas réussir ceux qui tentent de vous convaincre que les sanctions contre la Russie seront largement assouplies et que le soutien à l’Ukraine sera fortement réduit sans que vous n’opériez le moindre changement significatif dans votre position à l’égard de l’Ukraine. L’exemple d’Orbán montre comment finissent, dans le déshonneur, ceux qui choisissent d’aider la Russie dans sa guerre contre nous.
L’Ukraine a enduré des hivers rigoureux tandis que vous tentiez de détruire notre système énergétique. Nous avons tenu bon, et même dans l’obscurité, la résilience des Ukrainiens est restée intacte.
Nous avons porté la guerre sur votre territoire, et vous n’auriez pas pu y faire face sans l’aide de la Corée du Nord. Vous êtes le premier dirigeant russe à avoir sollicité l’assistance de Pyongyang. Aujourd’hui, vous dépendez entièrement de la Chine – là encore, pour la première fois dans l’histoire de la Russie.
Vous pensiez que les Ukrainiens n’auraient pas la force de se défendre. Pourtant, aujourd’hui, notre peuple aide nos partenaires du Moyen-Orient et du Golfe à bâtir leurs propres capacités de défense.
Vous espériez des troubles internes en Ukraine. Au lieu de cela, ce sont vos propres formations militaires qui se sont mutinées contre vous. Le 23 juin marquera un nouvel anniversaire de cet événement, et le silence ne l’effacera pas de l’histoire. Désormais, ce sont vos propres fonctionnaires, hommes d’affaires et propagandistes qui vous regardent avec une lassitude évidente. Le monde le voit.
Le monde ne s’est pas lassé de l’Ukraine, contrairement à ce que vous espériez depuis longtemps. Mais la lassitude à l’égard de la Russie grandit – même parmi ceux qui, ailleurs dans le monde, vous aident à contourner les sanctions et à maintenir votre économie à flot. Vous ne pouvez pas ne pas le voir. Après vingt-six ans au pouvoir, l’âge commence à se faire sentir. Et avec le temps, la lassitude à votre égard ne fera que croître.
Nous avons vu des rapports de renseignement indiquant que vous envisagez désormais de poursuivre la guerre en 2027 et en 2028. Nous savons aussi que vous espérez que les missiles balistiques accompliront pour vous ce que tout le reste n’a pas réussi à accomplir. Vous cherchez à entraîner la Biélorussie encore plus profondément dans cette guerre, et nous sommes désormais contraints de nous y préparer également. Nous voyons que vous tentez d’orchestrer quelque chose autour de la Transnistrie. Vos propagandistes menacent, d’une manière ou d’une autre, tous les pays voisins de la Russie. Voulez-vous vraiment aller jusqu’au bout de cette logique ?
Le choix vous appartient désormais.
Assez de guerre. L’Ukraine propose de mettre fin à cette guerre. Cela doit se faire honnêtement, dignement, et avec des garanties empêchant toute reprise du conflit.
Nous constatons que les Etats-Unis concentrent pleinement leur attention sur la question iranienne, et il serait erroné de simplement attendre que la guerre en Europe revienne au centre de leur attention. L’Ukraine propose de mettre fin à cette guerre par un engagement direct entre nous – et vous.
« Je propose de fixer une date précise »
Je propose une rencontre.
Tout le monde a entendu vos représentants, tout sourire, affirmer que je pourrais soi-disant me rendre à Moscou. Mais après ces vingt-six années, un dirigeant ukrainien n’a rien à faire dans votre capitale, tout comme un dirigeant russe n’a rien à faire à Kiev. Il existe des pays qui accueillent traditionnellement des dirigeants pour résoudre des questions de guerre et de paix. La Suisse, la Turquie, les pays du monde arabe – nombreux sont ceux qui sont capables et disposés à accueillir une telle rencontre.
Ce sont les dirigeants qui règlent les questions essentielles. Cela a toujours été ainsi, et cela le restera.
Je propose de fixer une date précise pour une telle rencontre.
Nous avons entendu dire qu’on vous avait promis, en Alaska, la résolution de certaines questions concernant l’Ukraine et l’Europe. Mais vous pouvez constater vous-même que les questions ukrainiennes et européennes ne se règlent pas à Anchorage.
D’autres participants convenus pourraient se joindre au volet bilatéral qui sera établi entre nous. Puisque la guerre se déroule en Europe, que l’Ukraine a besoin de garanties de sécurité et que vous en réclamez également pour vous-même, il serait logique d’impliquer ceux qui peuvent véritablement agir en tant que garants.
Nous pensons que l’Europe doit faire partie de ce processus – ceux qui ont réellement la capacité d’influencer la situation.
Nous pensons également que les Etats-Unis doivent en faire partie. C’est ce qui pourrait contribuer à façonner une nouvelle architecture de sécurité pour notre région du monde.
Nous avons déjà connu de nombreux accords avec la Russie, notamment les accords de Minsk, qui ont finalement échoué. C’est pourquoi nous devons d’abord trouver entre nous des réponses directes aux questions qui demeurent, et ne pas nous cacher derrière des formules, des groupes de travail techniques ou des mois perdus dans une diplomatie de navette sans fin.
Votre guerre a durablement séparé l’Ukraine et la Russie. La ligne de front actuelle est la ligne à partir de laquelle la diplomatie doit commencer.
L’Ukraine est prête à un cessez-le-feu total pendant toute la durée des négociations. C’est une pratique courante, et les développements actuels autour de l’Iran ne font que le confirmer. Tenter d’instaurer un véritable silence est la meilleure façon d’engager un dialogue. Nous pensons qu’il ne s’agirait pas seulement d’une tentative, mais d’un véritable cessez-le-feu – si tel est votre choix. Vous savez que les Etats-Unis ont la capacité de surveiller un cessez-le-feu le long de la ligne où les hostilités cessent.
L’Ukraine est prête à un échange total de prisonniers de guerre, « tous contre tous », et cela pourrait constituer un bon prélude à la fin de la guerre.
Des mesures sérieuses doivent être prises pour ramener les civils et les enfants qui ont été emmenés pendant la guerre. Nous devons déterminer quel avenir attend les générations d’Ukrainiens et de Russes qui viendront après nous.
Si vous ne parvenez pas personnellement à la conclusion qu’il est temps de mettre fin à cette guerre, l’Ukraine continuera à se battre pour son existence. Nous aurons des soutiens. Mais vous aussi devrez lutter bien plus âprement pour votre propre existence – non pas celle de la Russie, mais la vôtre. Et ce n’est pas une menace de ma part ou de la part de l’Ukraine. C’est un fait de l’histoire russe que vous connaissez bien : lorsque la Russie se lasse, le changement survient.
Nous pouvons œuvrer pour que cette lassitude s’installe.
Vous pouvez mettre fin Ă votre guerre.
Mémoire éternelle à tous ceux dont la vie a été prise par cette guerre.
Gloire à l’Ukraine !
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