Alastair Crooke : l’Iran a maté la révolte et retrouvé sa force dissuasive

7 views
Skip to first unread message

Roland Marounek

unread,
Feb 7, 2026, 2:37:23 AMFeb 7
to alert...@googlegroups.com

Très intéressant : Alistair Crooke, ancien diplomate britannique et fondateur de « Conflicts Forum » basé à Beyrouth, interviewé par Glenn Diesen

https://youtu.be/CEk-vgzXa-0?si=F4ZJp7PWAaFtS-da (doublé en français)

Résumé (fait par un camarade) :

Selon Alastair Crooke, tel qu’il l’explique chez Glenn Diesen, Donald Trump espérait un coup d’éclat rapide, à l’image de la tentative contre Maduro. Mais ce scénario s’est heurté à la réalité stratégique iranienne. L’Iran dispose d’un dispositif de dissuasion asymétrique dense : missiles, drones, capacités navales et contrôle effectif du détroit d’Ormuz, rendant toute opération militaire extrêmement risquée.

Crooke affirme que l’insurrection n’était pas un simple mouvement spontané. Elle a été en grande partie dirigée et encadrée de l’extérieur. Les autorités iraniennes ont démantelé les réseaux impliqués, y compris des groupes armés et des structures liées aux services occidentaux et israéliens. Les Moudjahidines du peuple, de longue date soutenus par la CIA, figurent parmi ces acteurs. L’ensemble du dispositif a été neutralisé relativement rapidement.

Il insiste sur le caractère particulièrement violent de certains groupes engagés, opérant selon des méthodes déjà observées en Syrie, notamment avec l’État islamique : terreur ciblée, incendies et exécutions destinées à provoquer l’effondrement de l’État. Pour Crooke, malgré cette violence, les institutions iraniennes ont tenu, ce qui invalide l’hypothèse d’un effondrement interne.

Il estime que le renseignement israélien a livré à Washington une évaluation profondément erronée de la situation, surestimant la fragilité du régime iranien. Cette mauvaise lecture a placé Trump dans une impasse stratégique : une guerre qu’il ne peut ni se permettre de mener, ni se permettre d’abandonner.

Enfin, Crooke évoque les objectifs régionaux israéliens, notamment une stratégie visant à fragmenter les États hostiles. Cette perspective inquiète également l’Arabie saoudite, consciente que toute recomposition régionale radicale pourrait aussi menacer ses propres intérêts. Pour Trump, toutefois, l’enjeu central reste l’apparence de force et la réaction des marchés financiers.

++++++

Extraits de la transcription

Glenn Diesen : Quelle est la stratégie de Trump vis-à-vis de l'Iran ? Il semble qu'il ait accumulé de nombreux moyens militaires dans la région. Mais est-ce en préparation d'une frappe, ou cherche-t-il en réalité une porte de sortie ? Beaucoup trouvent la situation confuse, déconcertante même. On se demande vraiment ce qui se passe ici.

Alastair Crooke : Je pense que ce qu'il voulait a changé. C'est l'une des raisons pour lesquelles la situation a été un peu confuse. Au départ, lorsque les troubles en Iran ont commencé, il y a eu une occasion de réaliser un grand coup, une victoire rapide, nette, courte et sans complications. Il voulait intervenir, frapper, puis se retirer, comme il l'avait dit à propos de l'attaque contre les installations nucléaires iraniennes en juin.

Il cherchait cela depuis un moment, et demandait l'aide des Israéliens pour identifier  l'ouverture qui lui permettrait de réussir. J'appelle cela assez crûment, un coup d'éclat, quelque chose comme l'attaque contre Maduro. Pour lui, ce serait parfait s'il pouvait trouver quelqu'un, un numéro deux en Iran, une attaque capable de renverser l'État afin que quelqu'un d'autre prenne la relève. Donc, je pense que c'est ce à quoi il s'essayait au départ.

Mais maintenant, les choses se sont révélées bien plus compliquées qu'il ne l'avait espéré au début. Il pensait peut-être pouvoir tuer le guide suprême ou faire quelque chose qui soutiendrait les manifestants. Et rien de tout cela ne s'est vraiment passé comme il s'y attendait, à plusieurs égards.

Ttout d'abord, l'armada qu'il a déployée dans le golfe persique comme point de pression ou menace envers l'Iran s'avère, du point de vue du Pentagone, être plutôt un handicap. L'armada a été chargée davantage de missiles Tomahawk que de missiles de défense aérienne, pour le dire simplement. Et même les missiles Tomahawk ne sont pas vraiment suffisants pour une opération majeure en Iran.

Il y aurait environ 300 à 350 missiles Tomahawk à bord des deux destroyers et du groupe opérationnel associé. Il n'y a qu'un seul porte-avions en position pour le moment. Donc je pense qu'ils espéraient que cela constituerait en réalité un point de pression majeur sur l'Iran, quelque chose qui pourrait les convaincre de reculer.

En fait, cela a eu l'effet inverse, car l'Iran a truffé la côte en face de cette armada de missiles antinavires. Il a également peuplé la zone, les mers environnantes, de sous-marins. Ils disposent de mini-sous-marins équipés de missiles antinavires, et ils ont aussi ces vedettes rapides armées de missiles antinavires. Les missiles antinavires tirés depuis les sous-marins, même s'il s'agit de mini-sous-marins, peuvent être lancés en plongée. Ainsi, le risque pour l'armada a fait qu'elle a été repoussée de plus en plus loin des côtes iraniennes. Elle a été repoussée à cause du danger des attaques de drones, et le nombre de systèmes de défense aérienne pour un groupe de navires de ce type est limité.

Encore une fois, je ne suis pas un expert en la matière, mais on m'a dit qu'il y avait peut-être entre 50 et 100 missiles défensifs par destroyer. Et un essaim de 300 drones iraniens submergerait presque une grande partie de ce système de défense aérienne, car il faut tirer deux ou trois missiles défensifs contre un seul drone. Donc, une tempête de drones serait problématique pour eux.

Et les missiles antinavires le long de la côte posent également problème. C'est bien plus complexe que le Yémen, et pourtant les forces ne sont pas vraiment comparables. Ils sont en réalité légèrement moins opposés à l'Iran maintenant qu'ils ne l'étaient au Yémen à cette époque, et cela n'avait pas fonctionné. L'un de leurs porte-avions a été touché et endommagé. Ce type de pression est donc devenu un facteur plus complexe.

L'autre aspect de tout cela, bien sûr, était la menace de fermer le détroit d'Hormuz à long terme. Au moment où la guerre commencerait, les Iraniens ont déclaré « Nous fermons Hormuz ». Et ils peuvent le faire assez facilement. Ils n'ont pas besoin de le miner, ils peuvent simplement le fermer. Ils pourraient autoriser le passage de certains navires, peut-être ceux appartenant à des états du Golfe qui n'auraient pas été complices d'une attaque.

Mais l'élément le plus important a été un changement complet de la position iranienne depuis la fin du mois de juin. La position de l'Iran est simple. Toute attaque contre nous, qu'elle vienne d'Israël ou des États-Unis, signifie une guerre totale et la fermeture du détroit d'Hormuz, automatiquement.

Alors l'Amérique a envoyé des messages par l'intermédiaire de tiers, suggérant d'abord « Eh bien, faisons un échange symbolique. Nous attaquerons un bâtiment vide du CGRI ou quelque chose de ce genre, et vous pourrez frapper quelque chose sur l'une de nos bases militaires, Al Udeid ou une autre similaire, puis nous en resterons là. »

Cela a été immédiatement rejeté par l'Iran. Ils ont dit « Absolument pas. Toute attaque, d'où qu'elle vienne, signifie une guerre totale immédiate. » À ce moment-là, Israël est intervenu et a envoyé des messages à l'Iran en disant « Vous savez, nous ne participerons pas à cette attaque. C'est une attaque américaine, et nous n'y participerons pas, donc nous ne nous attendons pas à ce que vous nous attaquiez. Et l'Iran a répondu « Absolument pas. Dès que nous serons attaqués, immédiatement après l'attaque, nous déclencherons la guerre dans son ensemble. »

Je pense donc que Trump a examiné diverses options, cherchant, essayant de trouver la faille dans le système de dissuasion que l'Iran a mis en place, quelque chose sur quoi il pourrait intervenir et frapper.

Et aussi parce que le prétexte pour une attaque n'existe pas vraiment en ce moment -  c'est Trump lui-même qui a dit que la menace nucléaire avait été anéantie. Il n'y a pas de manifestation. Et les Israéliens ont déclaré, catégoriquement, que les services de renseignement israéliens avaient informé l'équipe de Trump qu'une attaque aérienne à distance contre l'Irak ne provoquerait pas l'effondrement du gouvernement ni de l'État.

C'est une évaluation typiquement israélienne, car ils ont vu ce qui s'est passé lors de la récente insurrection en Iran, qui a été, pour ainsi dire, contrôlée, dirigée et organisée depuis l'extérieur du pays par les Kurdes, les Moudjahidines du peuple et d'autres éléments dans le but de créer les conditions pour que ce qu'ils considèrent comme la maison de Dieu de l'Iran s'effondre. Et même les Israéliens reconnaissent  que cela ne s'est pas produit.

Tout d'abord, l'Iran a arrêté la plupart des insurgés parce qu'ils avaient réussi à pirater et à couper la liaison Starlink. Mais cela leur a aussi apparemment permis de piéger et d'arrêter ceux qui disposaient de connexions satellites vers l'extérieur et qui étaient dirigées par des responsables situés hors d'Iran. Ils ont donc démantelé une grande partie du réseau CIA Mossad en Iran. Une partie subsiste peut-être encore, mais il a subi de lourdes pertes pendant cette période et il n'y a plus de manifestations.

Alors sur quoi Trump va-t-il s'appuyer? La question nucléaire, même Israël dit que ce n'est pas le vrai problème. Et puis, il n'y a aucune manifestation à rejoindre. Je sais que Lindsey Graham a dit qu'il fallait envoyer des troupes sur le terrain, aller là-bas et soutenir les manifestants. Et on peut en rire, car il n'existe aucun mouvement de protestation organisé en Iran.

Et le fils du Chah Pahlavi  n'a aucun soutien, même les Israéliens reconnaissent qu'il n'a aucun soutien en Iran. Et ils ont avancé cette idée parce que leurs objectifs pour l'Iran sont simplement, comme ils ont déjà commencé à le faire, de balkaniser le pays. Ils ont donc établi des constitutions pour la région kurde, la région du Baloutchistan, la région Azeri... L'objectif, principalement du point de vue israélien, est de démanteler l'Iran et de pousser les Iraniens à s'entretuer selon ces différentes lignes ethniques. Un peu comme ça s'est produit en Syrie.

Mais une guerre civile ethnique comme objectif, ce n'est pas très vendeur. C'est pourquoi Pahlavi a été mis en avant, car cela sonne bien et se vend bien en Europe et en Amérique.

Je pense que Trump essaie encore de trouver une sorte d'opération rapide et propre. Mais il s'est empêtré lui-même. Il s'est complètement engagé, disant  nous allons attaquer, et le soutien arrive, l'aide arrive pour les manifestants.

Mais il n'y a pas vraiment grand-chose qu'ils puissent faire. Que pourraient-ils faire? Ils pourraient bombarder quelques bâtiments, quelques symboles de l'État à distance, mais ils risqueraient de perdre des avions. Cela pourrait  nuire à son armada, sa plus grande armada dans le Golfe Persique. C'est donc un dilemme dans lequel il s'est lui-même enfermé.

Et je pense qu'en ce moment, l'effort consiste à essayer de trouver un moyen d'inverser tout cela. Et les Israéliens n'aident pas. Voilà où nous en sommes.

Les Israéliens ont vraiment mis des obstacles sur sa route pour l'empêcher, si l'on peut dire, d'avancer vers une sortie fondée sur une sorte d'accord nucléaire.

Donc, le véritable accomplissement de l'Iran c'est cette capacité à établir une dissuasion très solide. Parce qu'il semble que ce que vous décrivez, c'est que les États-Unis essayent d'imposer les règles d'une guerre à venir, qu'Israël restera immédiatement en retrait, que nous bombarderons un peu aujourd'hui, puis que nous arrêterons tout le soir même. En substance, cette dissuasion reviendrait aussi à priver les États-Unis de tout contrôle sur l'escalade, c'est-à-dire de la capacité à choisir quand commencer une guerre, comment la mener et quand y mettre fin.

Mais ce que je trouve intéressant, c'est que beaucoup d'alliés arabes de l'Amérique ne veulent en aucune façon y participer. Autrement dit, ils ne veulent pas que leur espace aérien soit utilisé lors d'une attaque. Ils ne veulent pas que les États-Unis ravitaillent ou soient perçus d'une quelconque manière comme aidant à une attaque contre l'Iran. Je pense qu'il s'agit surtout de l'Arabie saoudite et des Émirats arabes unis. Mais d'autres États du Golfe ont également exprimé des préoccupations similaires. Est-ce une question de crainte de représailles? Est-ce l'hypothèse selon laquelle l'Iran ne peut pas être vaincu? Ou bien s'inquiètent-ils de l'objectif consistant à détruire ou à balkaniser l'Iran et de ce que cela signifierait pour eux? Comment pouvons-nous  comprendre cette retenue de la part des Arabes ou des États du Golfe? S'agit-il simplement de dissuasion?

Non, je pense qu'il y a plusieurs éléments. L'un d'eux est bien sûr que la fermeture du détroit d'Ormuz aurait un impact considérable sur les États du Golfe dont les navires y transitent. Théoriquement, ils pourraient assurer leur passage en ne participant pas ou en ne collaborant pas à une attaque.

Mais je pense que c'est plus complexe que cela. Deux autres facteurs entrent en jeu. Le premier est que l'Arabie saoudite a adopté une position fortement anti-israélienne, considérant Israël comme une menace pour le Royaume et pour ses ambitions. Après tout, le concept du Grand Israël inclut des parties de l'Arabie saoudite et ils perçoivent le projet israélien comme visant à créer une région affaiblie et balkanisée. Ils deviennent donc de plus en plus hostiles envers Israël. Il y a eu un discours extraordinaire de l'ancien chef du renseignement en Arabie saoudite où il a qualifié sans détour les Israéliens de génocidaires, tuant des Arabes et d'autres.

Je pense donc que c'est un élément important, cette idée qu'Israël n'est pas leurs amis. Israël déstabilise profondément le Moyen-Orient. D'une manière qu'ils n'auraient jamais imaginée il y a quelques années. Maintenant, ils voient qu'il n'y a plus de limites. L'attaque contre le Qatar, l'attaque contre le Liban, l'attaque contre le Yémen, ils constatent qu'il n'y a plus de freins, personne pour les protéger d'Israël. Il y a donc eu un changement d'humeur et disons que l'atmosphère est différente.

Mais je pense que l'autre aspect, dont on parle peu, c'est qu'en Irak et ailleurs, les dirigeants du chiisme, les autorités religieuses non élues que les fidèles suivent, ont averti que s'il y avait une attaque contre le guide suprême, l'Ayatollah Khamenei, une fatwa serait émise appelant à un djihad mondial obligatoire contre Israël et l'Amérique. Cela a également été approuvé par Sistani, qui jouit d'un immense prestige dans la région, au-delà des seuls cercles chiites, ainsi d'ailleurs que par de nombreux autres religieux. Et cela, je pense, inquiète les états du Golfe. Bahrain est chiite à 80%. Même l'Arabie Saoudite compte environ 13% de chiite. Tous sont inquiets. Ils voient cela comme une possibilité que si cela se transforme en une grande guerre. Cela pourrait menacer leurs propres émirats, royaumes et ainsi de suite. Donc, je pense que c'est un autre facteur important.

Cependant, pour revenir à votre question, quel est l'objectif de Trump ? Et si ce qui se passe en ce moment en Israël, c'est que ses objectifs ont été bouleversés et inversés. Lorsque Netanyahou est allé à Mar-a-Lago le 28 décembre, il a présenté la nouvelle doctrine israélienne. Et la nouvelle doctrine israélienne était, « écoutez, nous ne disons rien à propos de la question nucléaire. Nous ne sommes pas là pour vous dire que l'Iran va obtenir une arme nucléaire dans les prochaines semaines. Ce que nous vous disons est bien plus grave.

Au cours de ces sept derniers mois depuis juin, l'Iran n'a pas simplement réparé ou remplacé ses systèmes de défense. Ils ont changé tout le paradigme de la défense, l'ensemble du dispositif défensif. C'est un paradigme entièrement nouveau et c'est une menace considérable, y compris dans le domaine nucléaire, car c'est une menace telle que, même si nous disposions de renseignements indiquant que l'Iran était sur le point de fabriquer une arme nucléaire, nous ne pourrions rien y faire.

Donc ce que vous devez faire, M. Trump, c'est détruire la capacité balistique de l'Iran. »

Et ainsi, lorsque Witkoff, qui venait de parler avec Netanyahou, se trouvait en Israël pour le rencontrer, ils ont eu une longue discussion. Et Netanyahou a insisté, « Non, non, nous ne voulons pas que vous négociez sur la question nucléaire. Nous voulons une attaque contre le système de missiles balistiques, contre le système de missiles iraniens. Nous empêcherons donc et nous nous opposerons à tout accord sur la question nucléaire, si vous en avez un. »

Maintenant, je ne suis pas sûr qu'il y en aura un, car les conditions préalables énoncées par Trump sont inacceptables. La première est que l'Iran devrait remettre entièrement toutes ses réserves d'uranium enrichies. Deuxièmement, un enrichissement nul pour toujours. Troisièmement, de sévères limitations sur ses systèmes de missiles. Et quatrièmement, la rupture de tous les liens avec le Hezbollah, le Hamas et tous ses autres alliés dans la région.  Ces points-là sont en grande partie non négociables.

Les Iraniens ont dit « Écoutez, nous parlerons d'abord de la question nucléaire, uniquement de la question nucléaire. Et ensuite, si cela est réglé, nous pourrons peut-être passer à d'autres niveaux de négociation. » Ils ne précisent pas lesquels, mais ils disent que non, cela doit être la question nucléaire. On ne peut pas commencer à parler de missiles balistiques ou d'autres choses si nous ne réglons pas d'abord cette première question nucléaire.

Et est-ce que Trump est prêt à proposer la levée de toutes les sanctions contre l'Iran pour revenir à ce qu'était le JCPOA de 2018 ? J'ai du mal à imaginer que cela soit perçu comme une victoire dans la psychologie de Trump qui veut se présenter comme fort. Il sort toujours gagnant, et l'autre personne finit par être perdante, malgré tout. Mais cela ne me semble pas indiquer que Trump sortira vainqueur cette fois-ci.

Donc, en l'état actuel des choses, il n'est pas clair ce qui va se passer. Les gens ne cessent de dire « Oh, les négociations commencent ». Ce n'est pas vrai. Ce qui s'est passé, c'est que des négociations sur l'ouverture de négociations ont commencé, ce qui est tout à fait différent de véritables négociations concrètes. Il y a donc des discussions sur la possibilité même de négocier, quels en seraient les paramètres, les limites, le cadre. Oui, cela a lieu, mais les négociations proprement dites n'ont pas commencé et ne commenceront peut-être pas.

Oui, je sais. Eh bien, toi et moi étions en Iran en mai dernier, et lorsque j'ai visité les installations nucléaires là-bas, c'est aussi l'impression que j'ai eue, que les Iraniens, dans toute négociation, voulaient dissocier la question nucléaire de toutes les autres. Il semblait assez frustré que chaque fois qu'ils parlaient, par exemple, de transparence concernant leurs programmes nucléaires civils, il faille toujours y associer les missiles balistiques, leur partenariat avec le Yémen, le Hezbollah ou le Hamas. En somme, l'idée de tout regrouper dans un seul ensemble leur était tout simplement inacceptable.

Et je dis pourquoi les Iraniens insistent-ils autant pour que ce soit uniquement une question nucléaire ? C'est vraiment parce que l'accord a toujours été un accord nucléaire, accompagné d'une levée de toutes les sanctions contre l'Iran. Ils ne veulent pas que cela devienne conditionné à d'autres facteurs. C'est sur cette base que reposaient les compréhensions mutuelles, c'est la base des négociations du JCPOA. Alors, avec Trump, qui essaie d'y ajouter d'autres dossiers, comme des liens avec le Hezbollah, comment définir cela ? Les liens du Hezbollah avec l'Iran remontent à des décennies, ils ne sont pas apparus du jour au lendemain. Ils ont pris des gens du sud Liban, de leur maison au Liban, et ils ont créé l'État, à tous les niveaux, c'était impossible à démêler. Donc, ils ne peuvent pas ajouter toutes ces autres questions, car alors, les sanctions ne seraient jamais levées.

Il faut que ce soit : « Très bien, nous avons un accord sur la question nucléaire, toutes les sanctions sont levées ». Et c'est une question de jugement, mais je ne pense pas que ce serait acceptable. Et les Israéliens disent, nous ne permettrons pas que cela arrive. Littéralement, ce sont les mots qu'ils ont adressés aux Américains, nous mettrons un blocage israélien là-dessus. Et sans une étiquette cachée, c'est le terme qu'ils ont utilisé, sur votre négociation, elle n'aboutira pas. Donc, ils bloquent probablement cela.

Je pense que Trump cherche encore une sorte de moyen, comme je le dis, de se sortir de son dilemme, avec Lindsey Graham, qui l'exhorte à déployer des forces sur le terrain, et à soutenir ses mouvements, à atterrir à Téhéran, à chercher l'opposition, et à essayer de la soutenir. Je pense que tout cela relève du fantasme.

L'Iran a effectivement une position forte, vis-à-vis des États-Unis, à la fois contre l'armada, contre les bases militaires dans le golfe persique, et contre Israël lui-même. La menace n'étant plus seulement symbolique, sans qu'il soit question d'un échange limité de missiles, tout est sur la table.

Et bien, il semble que dans toute campagne militaire contre l'Iran, les Américains souhaiteraient, comme vous l'avez dit, avoir une certaine opposition ou des alliés à l'intérieur du pays pour les aider. Cette insurrection est donc assez importante. Mais que savons-nous réellement de cette insurrection aujourd'hui ? Car, encore une fois, il y a une bataille de récits. Et pour être honnête, je n'ai pas une vision claire des faits concrets. Autrement dit, que s'est-il passé en Iran pendant les émeutes ? Quelle part avait une origine intérieure, en termes de soulèvement, et quelle part était dirigée depuis l'étranger ? Je sais que ce n'est jamais tout l'un ou tout l'autre. Il y a toujours une part des deux. Mais que pensez-vous aussi des chiffres qui ont été communiqués concernant le nombre de personnes tuées ? Par qui ont-elles été tuées ? Le gouvernement iranien a-t-il démantelé ces groupes d'opposition armés ? Que savons-nous à l’heure actuelle ?

Ce que nous savons à ce sujet se résume essentiellement à ceci : Un certain nombre d'insurgés formés, formés par les Américains en Arménie, sur leur base, où environ 3000 membres des Moudjahidines du peuple sont en formation, ainsi que des Kurdes d'Erbil et d'autres Kurdes formés par les Américains dans le nord-est de la Syrie. C'étaient les principaux éléments, avec quelques Balouches, bien que les Balouches n'aient pas joué un grand rôle dans cette affaire. Ils sont entrés, ont été infiltrés, puis contrôlés depuis l'étranger. Ils ont été insérés dans la province de Kermanshah.

Les Kurdes sont passés par des couloirs à Kermanshah, et la Turquie a fourni à l'Iran des renseignements sur leurs itinéraires et les couloirs qu'ils utilisaient. Ainsi, la plupart d'entre eux, beaucoup d'entre eux, ont été tués ou arrêtés à leur arrivée.

Les Moudjahidines du peuple, pour la plupart formés par la CIA, sont entrés dans l'État avec des instructions claires, provoquer un maximum de dégâts, tuer le plus possible, multiplier les attaques contre la population.

La stratégie était ancienne, un procédé déjà utilisé par les services de renseignement ailleurs. On ordonne aux gens de choisir des passants au hasard, n'importe qui à leur portée. Et souvent, en même temps, des femmes munies de téléphones ou de caméras disent aux jeunes hommes, attaque-le ! Alors ils l'attaquent, puis se mettent à crier, tuez-le ! Brûlez-le ! Brûlez-le ! Ils choisissent des endroits où il y a déjà un feu, une artère fréquentée, pleine de monde. Ensuite, d'autres arrivent, se demandant ce qui se passe et d'où vient tout ce vacarme. Qu'a donc fait cet homme pour que vous l'attaquiez ainsi ?

Et puis, il y a généralement quelqu'un sur un toit qui tire sur la police ou les services de sécurité lorsqu'ils arrivent. Contrairement aux récits télévisés, si vous avez déjà essuyé des tirs, vous savez qu'on ne sait pas vraiment d'où viennent les coups de feu. Cela devient donc chaotique et c'était très violent. Les meurtres étaient bien plus brutaux. Les jeunes hommes étaient payés environ 10 dollars pour aller tuer quelqu'un dans la rue. Les hommes plus âgés recevaient 5 dollars pour mettre le feu aux poubelles ou attaquer les ambulances et briser les pare-brises. Il y avait beaucoup de forces de sécurité impliquées et la majorité des personnes tuées étaient des membres des forces de sécurité et de la police à cause des échanges de tirs.

Et le but était de créer l'impression d'un bâtiment en feu avec tous les occupants fuyant et que le bâtiment était sur le point de s'effondrer. Puis Trump interviendrait avec une attaque et l'ensemble s'effondrerait et tomberait.

Le nombre total de morts que les Iraniens ont recensées est juste en dessous de 3000 pendant le processus. En réalité, 2900 quelque chose. Plus environ 150 autres qui n'ont pas encore été identifiés. Mais ils les nomment et ils disent « très bien si quelqu'un prétend qu'il y en a 5000 ou 30000, qu'on nous donne les noms de ces personnes ». Ils ont nommé tous ceux qui ont été tués dans cette affaire, sauf, comme je l'ai dit, quelques-uns.

L'une des choses que les manifestants ont faites a été de brûler des gens vifs. Alors, eh bien, parfois, des personnes âgées, on leur versait de l'essence dessus et on les brûlait. Et il y a des images, on peut les voir si on a le cœur bien accroché. Il existe des vidéos, je peux en témoigner, montrant cela, des gens qu'on incendie. C'était le manuel tiré de la gestion de la sauvagerie. C'est le genre de choses que faisait l'État islamique lorsqu'il est entré en Irak à Mossoul. Ils étaient d'une brutalité extrême. Quiconque ne leur plaisait pas, ils lui coupaient la tête. C'était vraiment terrible.

Je me souviens avoir parlé à une jeune fille venue de Mossoul quand j'étais en Irak, à Karbala, et elle avait vécu cela. Et je suis allé lui dire quelque chose parce qu'elle était accompagnée d'un adulte. Elle était jeune, peut-être dix ans, quelque chose comme ça. Et je lui ai dit « Comment tu t'appelles ? » Et j'ai eu un regard vide. J'ai redemandé « Comment tu t'appelles ? Je veux juste savoir ton nom. » La femme à côté de moi a dit « Elle n'a pas prononcé un mot depuis qu'elle a vu toute sa famille massacrée à Mossoul. Tous ses frères, ses soeurs et ses parents ont été tués sous ses yeux. Elle n'a pas dit un seul mot depuis. » Alors cette image, à cause de ce genre de tactique d'une violence extrême, cela a créé une situation où il semblait que tout le tissu de l'État était en train de se désagréger.

Maintenant il n'y a pas eu de défection. Aucune de la part de la direction politique, du Parlement. Personne ne s'est levé pour condamner le gouvernement ou l'État. Il n'y a pas eu de défection au sein des gardiens de la Révolution, ni de l'armée, ni du Basij. Toutes les institutions et structures de l'État sont restées intactes pendant cette période.

Et on peut le constater dans la presse israélienne.Si vous l'examinez, vous verrez que les services de renseignement israéliens disent que cela n'a pas fonctionné. En fait, il n'y en a tout simplement pas eu. Et de plus, leur évaluation du renseignement était que cela n'était en rien susceptible de faire tomber l'État. Et d'ailleurs, le Hamas n'aurait jamais fait tomber l'État ( ?). Et cette dernière phrase était révélatrice. Elle disait en substance qu'il s'agissait peut-être d'une mauvaise appréciation du renseignement, d'une mauvaise analyse de la situation, que l'Iran pouvait être affaibli de cette manière.

Et c'est l'évaluation du renseignement de l'establishment sécuritaire israélien. Elle a probablement été transmise à Trump, ce qui explique pourquoi il ne sait pas quoi faire et pourquoi il est dans une situation délicate. Et il est dans une situation délicate pour d'autres raisons, parce que les choses ne s'annoncent pas bien.

De plus  des tensions à Ormuz, des problèmes sur le front pétrolier, pourraient facilement provoquer une vente massive sur les marchés. Je sais que tu suis de très près ce qui se passe avec le dollar, l'or et l'argent. Nous avons traversé une période où nous avons vu les marchés connaître environ trois mini-crashes, puis se redresser un peu, puis un autre mini-crash, et ensuite une nouvelle reprise. En bref, ils sont très volatiles, très très fébriles. Et donc, une guerre soudaine pourrait presque suffire. Je ne dis pas que ce serait le cas, mais cela pourrait facilement faire vaciller les marchés.

Et pour Trump, l'essentiel, c'est l'apparence. C'est ce qui compte. Il faut que cela ait l'air bien. Il faut que cela donne l'impression qu'il est fort, qu'il s'est imposé comme la figure dominante dans ce processus. Et une grande partie de cela dépend à l'approche des élections de mi-mandat pour lui, du maintien de la hausse des marchés, de leur envolée. Et ils sont aujourd'hui tellement surévalués par rapport aux comparaisons historiques qu'il y a des frémissements sur les marchés, ainsi que sur le marché de la dette.

Alors , il y a beaucoup de calculs qu'il doit faire. La conclusion israélienne, ce matin, nous l'avons examinée dans notre extension, vous pouvez la voir sur notre Substack, correspond à ce qui se dit dans la presse hébraïque. C'est presque entièrement dans la presse hébraïque, qui est généralement assez différent de la couverture en anglais.

Dans la presse hébraïque, ils disent qu'aucune décision n'a encore été prise et qu'il se pourrait qu'il n'y en ait pas avant plusieurs semaines à Washington concernant une éventuelle attaque ou la conduite à adopter vis-à-vis de l'Iran. Ils restent donc très prudents à ce sujet. Mais, comme je le disais, Netanyahou a dit catégoriquement à Witkoff lorsqu'il l'a rencontré : « Je m'y opposerai. Vous n'obtiendrez pas son approbation. Et si vous n'obtenez pas l'approbation d'Israël pour un accord nucléaire, cela ne fonctionnera pas. Ça ne passera pas aux États-Unis. Vous apparaîtrez comme un perdant ».

Ainsi, les États-Unis ne peuvent pas se permettre d'entrer en guerre. Mais ils ne peuvent pas non plus se permettre de se retirer sans perdre la face. Il est difficile de prévoir comment la situation va évoluer. Pour une dernière question rapide, étant donné que la dissuasion de l'Iran repose plus ou moins sur le déclenchement d'une attaque à grande échelle et sur l'embrasement de la région en visant à la fois les bases américaines et Israël, dans quelle mesure cela pourrait-il entraîner la Russie, la Chine, le Pakistan ou d'autres pays ? Pas forcément de manière directe. Mais si cette guerre ne se limite pas à un échange de missiles entre les États-Unis et l'Iran, de nombreuses autres grandes puissances verront soudainement leurs intérêts affectés.

Alors, pour être clair, la Russie et la Chine ne disent absolument rien sur la nature de leur aide. Mais l'ambiance, je ne peux pas dire que c'est celle du Kremlin, car je n'en sais rien, mais l'ambiance, par exemple, à la Douma, le Parlement russe, est qu'il est inacceptable de laisser l'Iran se faire écraser par ce qu'ils appellent le rouleau compresseur « America First ». Parce qu'ensuite, ils commenceront à écraser d'autres États aussi.

Donc, ils doivent faire quelque chose. Et je ne dis pas que c'est une politique officielle. En fait, je ne sais pas quelle est la politique officielle. Mais je pense qu'il y a eu  des discussions à la Douma sur la possibilité que la Russie prête son parapluie nucléaire à l'Iran pendant cette période. Ou même que ces navires équipés de l'arme nucléaire devraient être stationnés au large.

Ce que nous savons, c'est qu'à l'origine, ils devaient effectuer des manœuvres dans le détroit d'Ormuz pendant le week-end, mais qu'elles ont été annulées dans le cadre d'un accord avec Whitcastle, selon lequel le porte-avions et sa flotte associée devaient s'éloigner des côtes iraniennes et se diriger vers le Yémen afin de préparer d'éventuelles négociations. C'était, en quelque sorte, le préambule aux discussions.

Mais il semble à présent tout d'abord qu'un navire satellite chinois, c'est-à-dire un bâtiment de collecte de renseignements, soit en train de se positionner au large d'Ormuz. Et il n'y aura pas [ ?] d'exercice conjoint entre la Chine et la Russie. Je pense que c'est confirmé. On ne peut jamais être totalement certains du moment où ils arriveront ou de ce qui est prévu, mais cela compliquerait énormément la situation pour l'Amérique si des navires chinois et russes se trouvaient ensemble avec leur armada au large de l'Iran. Ce serait, je pense, un facteur très dissuasif pour les Américains qui ne voudront pas se laisser entraîner.

Et puis tout ça s'est effondré parce que les Américains ont abattu le drone iranien non armé. Je crois que c'était hier. Ils essayaient de manœuvrer pour voir s'il y avait une possibilité d'entamer des négociations nucléaires à Oman. Et puis un drone a été abattu par l'USS Lincoln parce qu'ils ont dit que c'était le drone qui suivait le porte-avions américain depuis le début. Ce n'était pas une menace pour le porte-avions. Qui a donné cet ordre? Je ne sais pas. J'imagine que ça a dû être ordonné par le CENCOM en dernière analyse. Je ne sais pas. Mais en tout cas, il a été abattu.

Et les Iraniens ont un autre drone en vol qui continue de suivre la flotte de porte-avions américaine. Donc, vous savez, si nous avons des navires russes et chinois dans l'équation, ça va compliquer les choses.

Eh bien, en attendant, maintenir toute cette armada stationnée au large, à une grande distance, bien sûr, des côtes iraniennes, semble coûteux, surtout lorsque, comme vous l'avez dit, la diplomatie en est au stade de négocier sur les négociations. Donc, j'imagine qu'il faudra bien faire un compromis quelque part.

 

 

 

 


Sans virus.www.avast.com
Reply all
Reply to author
Forward
0 new messages