| Une analyse intéressante de la fondation IFRAP:
http://www.ifrap.org/auteurs/philippe-francois |
|
RÉTABLIR LA CONFIANCE DÈS 2018
18 janvier 2018 • Philippe François
« Tout euro cotisé donnera lieu au même montant de retraite ». Cette promesse d’Emmanuel Macron de rendre transparent le rendement du système de retraites est claire, mais pour être convaincante, il faudrait que chaque assuré sache combien il a cotisé : ce n’est pas le cas.
Côté montant de la retraite, l’information s’est nettement améliorée, même si des données comme les majorations de durée pour d’enfants ne sont pas encore renseignées automatiquement. Pour les actifs, grâce au Relevé individuel de situation (RIS) qui leur est envoyé tous les cinq ans à partir de 35 ans, et à l’Estimation indicative globale (EIG) envoyée à partir de 55 ans ; et pour les nouveaux retraités, grâce au guichet unique qui se met en place progressivement. Mais côté cotisation, il est pratiquement impossible pour un salarié de connaître le montant total des cotisations qu’il a consacrées à préparer sa retraite. Pour que cela change, les caisses de retraite doivent ajouter, sur chaque Relevé individuel de situation, le montant total des cotisations versées, par la personne et par son employeur. C’est indispensable pour que les Français connaissent objectivement leur situation et que l’engagement d’Emmanuel Macron soit tenu.
L’ambiance
conflictuelle qui a entouré les quatre réformes majeures des
régimes de retraites réalisées en France depuis 1990, ont
jeté un doute sur la viabilité du système à moyen terme.
Interrogées, les jeunes générations sont convaincues 1)
qu’elles seront spoliées, 2) qu’elles ne percevront que de
très faibles retraites, et 3) que le système est injuste
entre les différents régimes. En réalité, la situation n’est
pas aussi catastrophique, mais nettement plus grave que ce
qu’affirmait à nouveau en 2016 le gouvernement et ses
experts chargés de l’éclairer : "L'équilibre financier des
régimes de retraites est assuré".
La principale dépense des actifs n’est pas consacrée à leur logement, mais à leur retraite. Un coût peu visible, une grande partie de cette charge étant supportée par l’employeur. Chaque mois, chaque salarié français (privé ou non titulaire de la fonction publique[1]) investit en moyenne 800 euros sur ses deux comptes retraites obligatoires (CNAV et ARRCO-AGIRC/IRCANTEC). Une somme importante pour un revenu brut moyen de 3.000 euros en 2017.
|
Dépense de consommation des ménages (en %, 2014, source Eurostat et iFRAP) |
||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
|
Electricité, gaz, eau |
Habillement |
Santé |
Autres |
Transport |
Alimentaire |
Loisirs, Boissons
alcoolisées, Restaurant |
Logement |
Retraite |
|
2,5 |
3,3 |
3,6 |
10,3 |
11,1 |
11,3 |
15,6 |
19,8 |
22,6 |
|
|
En euros constants 2017 |
Total des cotisations sur 42 ans |
|---|---|---|
|
A |
Correspondant à un salaire fixe de 2.000 euros par mois |
272.160 euros |
|
B |
Correspondant à un salaire initial de 2.000 euros par mois indexé sur le PIB (+1,8%) |
401.569 euros |
|
C |
Correspondant à un salaire initial de 2.000 euros par mois indexé sur le PIB (1,8%)+1% |
506.693 euros |
|
D |
Correspondant à un salaire initial de 2.000 euros par mois indexé sur le PIB (1,8%)+1% avec réévaluation des cotisations versées (voir encadré ci-dessous) |
657.464 euros
|
|
Cas D : calcul tenant compte de la réévaluation des cotisations déjà versées Même dans un système par répartition, les points (ou les droits) déjà acquis par un assuré bénéficient des progrès du PIB grâce à l’augmentation des salaires des nouveaux entrants. En supposant que les droits déjà acquis sont « réévalués » de 1,8% par an, le total des cotisations versées et réévaluées se monte, 42 ans plus tard à : 657.464 euros constants 2017. |
Dans le cas de la CNAV comme des ARRCO-AGIRC-IRCANTEC il est pratiquement impossible, à moins d’être un expert, de connaitre la rentabilité de ses cotisations versées pendant sa carrière, compte tenu d’une longévité moyenne. Cette rentabilité dépendant de facteurs externes au système de retraite (ex. démographie, taux d’emploi), ses gestionnaires ne peuvent pas en être rendu totalement responsables. Mais si cette opacité est commode pour les responsables politiques et les gestionnaires, elle n’est pas conforme en 2018 à l’exigence générale de transparence, et elle entretient des peurs excessives. Si le rendement est secret, redouter de perdre la moitié de ses cotisations est aussi crédible que s’imaginer en récupérer le double.
Le relevé individuel de situation (et l’Estimation indicative globale) regroupant tous les régimes obligatoires par répartition constitue un progrès majeur. Il permet aux intéressés de vérifier, bien avant la retraite, que toutes les informations sont bien enregistrées, et sensibilise les intéressés sur leurs perspectives de retraites. Mais comme le montrent les copies des documents joints, le montant des cotisations versées n’est pas fourni aux intéressés comme s’il était secret. Cette opacité interdit d’évaluer la promesse « 1 euro de cotisation = x euros de retraite », et ne peut qu’entretenir le doute sur le fonctionnement du complexe système de retraite.
[1] Pour les régimes spéciaux (fonctionnaires, SNCF, EDF/GDF, RATP, Banque de France…), la situation est plus opaque mais similaire.
> Sujet :
Retraites du Privé
> Commentaire :
Bravo tout d'abord pour cet excellent article. Espérons
que le gouvernement en tiendra compte.
> En ce qui me concerne, retraité du Privé, je
voulais attirer votre attention sur un sujet dont vous
avez peut-être été déjà informés : le prélèvement sur
nos retraites n'est pas de 1,7% comme annoncé un peu
partout, et qui serait déjà suffisamment désagréable,
mais de 1,86% car les 1,7% s'appliquent sur le Brut et
pas sur le Net touché ! Je suppose aussi que pour rendre
la mesure encore plus écœurante nous serons imposés à
l'IR sur ce Brut déjà imposé. Il serait bon que ce
scandale soit dénoncé, même si le sort des retraités
"nantis" ne soulève aucune compassion dans un pays de
"jaloux", comme dit Jupiter.