la civilisation mondiale est-elle la civilisation mondialisée ?

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Joseph-Lê Ta Van

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Nov 7, 2009, 6:15:53 AM11/7/09
to Acte Psychanalytique
Sujet : La civilisation mondiale est-elle la civilisation
mondialisée ?
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Message n° 1
Alain Barthe a écritle 5 novembre 2009 à 15:33
Extrait de "RACE ET HISTOIRE" de Claude LEVI-STRAUSS :

"...Nous avons, au contraire, cherché à montrer que la véritable
contribution des cultures ne consiste pas dans la liste de leurs
interventions particulières, mais dans" l'écart différentiel" qu'elles
offrent entre elles. Le sentiment de gratitude et d'humilité que
chaque membre d'une culture donnée peut et doit éprouver envers tous
les autres, ne saurait se fonder que sur une seule conviction : c'est
que les autres cultures sont différentes de la sienne, de la façon la
plus variée; et cela, même si la narure dernière de ces différences
lui échappe ou si, malgrè tous ces efforts, il n'arrive que très
imparfaitement à la pénétrer....
....La civilisation mondiale ne saurait être autre chose que la
coalition, à l'échelle mondiale, de cultures préservant chacune son
originalité."
Est-ce clair ?...
A mon sens, l'identité des cultures est plus forte pour la
civilisation mondiale que le brassage mondialisé, très souvent
uniquement marchand !...Voilà une leçon pour ceux qui veulent parler
de l'identité française de façon fort légère et sans voir tout ce que
cela implique, au niveau des histoires humaines !...
Bien fort celui qui prétendra réduire l'identité française à une
simple photo d'actualité; on risque de polémiquer sans fin par
électoralisme et passer à côté de ce qui a fait la France, souvent peu
à peu et dans la douleur...encore de l'etnocentrisme factice et
dangereux, en tout cas réducteur !...
Qu'en pensez-vous ?...

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Message n° 2
Fanie Vincent a écritIl y a 23 heures
Je suis tout à fait d'accord avec les propos de LEVI-STRAUSS le
respect et le partage de la richesse culturelle des autres n'a rien à
voir avec les échanges mondialisés. Quand on voit ce qui se passe au
niveau de l'Europe par exemple chacun tente de tirer la couverture à
soi sans tenir compte des différences de l'autre. Lorsqu'il m'est
arrivé de voyager il y a quelques années pour certaines contrées, j'ai
toujours déjà appris au moins une dizaine de mots de la langue du
pays, partagé la nourriture sans a priori, pris des bus, assisté à des
spectacles de villages, aux marchés locaux pour tenter de ne pas être
un touriste-explorateur seulement. Hélas nous avons aussi effectué des
séjours dans la tradition du tourisme de masse qui nous ont déçus...

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Message n° 3
Vous avez écritIl y a 19 heures
Je suis d'accord avec l'écart différentiel qui est à la base de toute
contribution, voire don entre au moins deux personnes. Mais ceci
demeure encore une observation théorisée de penseur (qu'il soit
philosophe, sociologue, anthropologue, ou autres..), tant que la
différence en tant que sentiment, voire sensation, de la part du
lecteur ou du "sachant" ne soit pas éprouvée "naturellement" comme
déplaisante, ou pire, angoissante,..., même horrible !
Déjà, René Girard, depuis longtemps, l'a bien montré, ce qu'il désigne
par la violence mimétique, fait inhérent et fondateur de tout
groupement humain...
La pitié, le respect, la charité, l'amour, celui-là même érigé en
impératif religieux,..., ces bons sentiments et bonnes intentions, ne
font, me semble-t-il, que de méconnaître, mais de toute bonne foi, la
probablement "vraie" "nature" de ce que l'on appelle "être humain"...
Ma question est donc: que faire alors ?
J'en arrête là pour l'instant. Je dois partir.
A la prochaine fois avec plus de nuances...

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Message n° 4
Alain Barthe a écritIl y a 15 heures
C'est intéressant comme questionnement !...
Ne pas oublier que Lévi-Strauss était surtout un homme de terrain et
d'observations en tant qu'ethnologue qui est allé étudier in vivo en
1938 au Brésil, puis entre 41 et 43 aux USA avec des praticiens anglo-
saxons.
Mais il a surtout étudié de façon concrète sur le terrain au Brésil,
avec plusieurs groupes humains très différents dans leurs modes de vie
et leurs référents (des communautés dont il a étudié et comparé les
invariants, entre autres choses) ; ceci contrairement à René Girard
philosophe et penseur des religions avant tout. La violence mimétique
et le rôle de la victime émissaire sont les constantes de R.Girard,
références faites au nouveau testament et aux mythes grecs et
appliquées à tout groupe humain !…si ce n’est pas de l’ethnocentrisme
cette attitude, c’est quoi ?…
On est loin de la nécessaire expérimentation du scientifique pour
avancer des propositions, ce que Lévi-Strauss fut avant tout, même
s’il a écrit un premier livre grand public comme « Tristes tropiques
», petit ouvrage par rapport à sa thèse « sur la parenté » ou à ses
livres intitulés : « La pensée sauvage » et plus encore «
Mythologiques », etc…On est loin des pensées abstraites d’un penseur
philosophique créant un système à partir d’analyses théoriques, même
brillantes, comme R.Girard ; lequel R.Girard parle aussi de ses
propres croyances, notamment chrétiennes, donc charitables…
Ceci pour dire que « l’écart différentiel », c’est quelque chose de
plus compliqué qu’une simple théorisation sur la différence des
concepts…Relire « Race et histoire » ou d’autres livres plus concrets
de Lévi-Strauss comme ceux que j’ai cités, plus près de son vrai
travail….
Y-a-t-il une "vraie nature" de l'être humain, cela est une question
que se sont posés les anciens philosophes (notamment au 18 ème
siècle!), certains romanciers, ou certains croyants que je respecte
mais qui n'a de sens qu'au plan moral, peu lorsqu'on parle des
différences effectives des civilisations planétaires...ou de la
"civilisation mondialisée" actuelle !...

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Message n° 5
Marie-Neige Glanard a écritil y a environ une heure
Pour que la notion "d'écart différentiel" soit opérative, il me semble
nécessaire de traduire pour chaque culture envisagée, en quoi il
consiste de manière comparative. L'association du mot "écart" avec
"différentiel" donne bien l'idée de ce double mouvement. D'une part,
le constat d'une discontinuité par rapport au domaine familier et par
ailleurs, une consistance nouvelle à explorer. Cela doit marcher un
peu comme lorsqu'on apprend une nouvelle langue. On ne peut partir que
de ce que l'on connaît (plus ou moins) et s'initier à ce que l'on
ignore encore (radicalement ou prou). Peut-être que les linguistes
sont ceux qui sont les plus proches dans leur démarche des
anthropologues. Chaque culture a à sauvegarder son originalité (celle-
ci s'est construite au fil de son histoire) et en même temps se
nourrir et s'inspirer des autres. Une culture aussi doit rester
créative, non pas figée. La difficulté c'est évidemment le rapport de
force qui vient se loger sur "un écart différentiel" inconcevable pour
l'autre.

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Message n° 6
Vous avez écritIl y a 25 minutes
Bonjour Alain (si vous permettez que je m'adresse à vous par votre
prénom),
Quand je parle de "penseur", je désigne tout théoricien. Je ne voulais
pas, mais loin de là, juger vraies ou fausses les théories de Levi-
Strauss, encore moins de les remettre en cause. Ce que j'essayais de
pointer, avant même de dire d'accord sur le contenu même, à savoir
"l'écart différentiel", c'est ceci : que l'on soit de terrain, la main
dans le cambouis, ou que l'on soit dans le ciel des Idées, le fait
d'énoncer quelque chose de synthétique ou de général, en d'autres
terme, une loi, à partir d'une "série d'observations" dites objectives
- ou bien concrètes, comme l'a faite Levi-Strauss, ou bien abstraites
(à partir de la littérature spécialisée, des idées philosophiques...)
comme René Girard - l'on devient "penseur", dans l'exacte mesure où
l'on a [produit] une pensée. Cette pensée-là est éminemment
subjective.
Si cette pensée bouleverse, ou encore mieux fait choc, la ou les
pensées admises et établies dans un domaine savant bien spécifique, et
les transforme, son producteur devient "auteur". "Auteur" est à
entendre comme l'a défini Michel Foucault, càd., en substance "à la
hauteur de".
Or, pour ce faire, concernant toute pensée, la condition nécessaire de
possibilité qui s'impose de fait, c'est que la personne soit sujet. Or
un sujet se situe, opérativité oblige, par rapport à son objet.
C'est là, précisément, la nécessité logique de la distance, ou de la
différenciation (peut-être 1 néologisme, par rapport à
différentiation).
Ainsi ai-je compris l'écart différentiel dont parle L.Trauss.
Cela, tous les penseurs le savent.
Et ils ne parviennent pas, malgré, sinon leur désir, du moins leur
volonté, à changer leur société, et encore moins le Monde.
Pourquoi ?
Une des données factuelles de l'espèce humaine à travailler et à
creuser, qui y résiste et en fait justement obstacle, est le concept
de la violence mimétique proposé par Girard.
Comme vous l'avez dit, le fait qu'il n'est que philosophe et penseur
des religions, càd. seulement abstrait, et encore pire, croyant, càd.
subjectif, l'aurait discrédité.
Et si je vous entends bien, L.Strauss serait plus pertinent, car c'est
du travail de terrain, de l'observation objective des faits à travers
une série d'études (toujours de terrain) de différentes peuplades...
Or, à mon humble avis, ni l'un ni l'autre, ni aucun autre penseur,
réussit encore à faire changer ce constat, ô combien désastreux, de ce
que Girard appelle la "mimésis" comme logique inhérente, intrinsèque à
"l'espèce humaine" - (pardon, cela sonne trop animal!), je dirais
plutôt, pour faire plus doux, donc plus audible aux âmes sensibles en
particulier - aux êtres humains mis ensemble.
Là est l'impasse.
Il est un fait certain, simple et bête que je vous soumets ici
Si tout le monde, mais vraiment tout, "pense", au sens fort du terme,
peut-être, on s'en sortira !
C'est là où je rejoins l'idée de l'écart différentiel de Strauss.
Or, que constatons-nous ?
Les penseurs sont issus très en général, à quelques rares exceptions
près, de l'université. Il suffit de regarder les simples statistiques
concernant les universitaires par rapport à la population générale.
Une minorité écrasante, je voulais dire, écrasée !
Or tous les universitaires ne deviennent pas de fait des "penseurs",
encore moins des "auteurs".
Ces derniers, encore une fois, minorité écrasée, par rapport à la
population universitaire !
Que peut donc faire une minorité écrasée, à la puissance 2 au minimum,
pour changer la mimesis, par rapport à la l'ensemble de la
population ?
A moins d'occuper la position, voire la fonction, d'un Maître ou d'un
Dictateur, qui fait changer jusqu'à la face du monde !!!
A quel prix exorbitant ?
Au fond, ce genre de configuration structurale ne fait que confirmer,
ou encore pire, renforcer la mimesis de la population. Cette dernière
deviendra dès lors "populace" comme l'avait déjà décrit un certain
Nietzche...
C'est cette homogénéisation des peuples et des cultures que déplore
très justement aussi Lévi-Strauss.
La Force du Même, c'est cela même qui a fait et continue à faire ce
que l'on qualifie d"atrocité", voire monstruosité de l'Homme. C'est en
cela que la Mimesis est Violente.
Je me souviens en substance d'une déclaration de Hannah Arendt quand
elle était intervewiée par des journalistes lors d'un grand congrès
sur le totalitarisme et ses conséquences.
Question: Est-ce bien l'absence du Bien qui a provoqué le Mal ?
réponse: "Ce n'est pas l'absence du Bien qui en est la cause. La
racine du Mal radical, c'est l'absence de la pensée !" (citation non
exacte, je ne fais que la reprendre à peu près). Pour rappel, le Mal
radical, selon elle, est la Shoah. Quelque chose d'inommable jusqu'à
fut réalisé par une "masse de gens", faisant partie du peuple le plus
"civilisé" en tous domaines (philo, scientifique, artistique, etc...).
Une page d'Histoire vient d'être franchie de par cet Acte.
Pour conclure, toujours provisoirement, je dirais que ce qui nous
(nous comme tout un chacun de nous, à ne pas tomber sur le versant
facile car "naturel" et glissant de la servitude et de l'obéissance si
volontaires pour faire masse des mêmes) reste à faire, radicalement,
c'est de "penser".
Penser, pas au sens d'une certaine masturbation cérébrale, qui relève
de l'onanisme, mais comme le dit Alain Badiou, ce serait en quelque
sorte l'exercice de philosophie. "Est philosophe, un prolétaire
systématique!".
Il met le doigt, non sur des idées que produit tout philosophe de tous
les temps, mais sur l'éthique.
Autrement dit, il y a une "exigence éthique", à ne pas confondre avec
la morale.
Là dessus, je vous renvoie aux travaux et à l'"éthique politique" d'un
philosophe italien, très interpellant et intéressant, Pier Angelo Di
Vittorio, qui est aussi sur Facebook.
Penser, c'est en fin de compte, cet exercice de l'écart différentiel.
Entre soi et soi, entre soi et l'autre, entre soi et les autres...
Cela ne marcherait pas si ce n'était que l'affaire d'une seule
personne, de quelques personnes, d'un groupuscule, d'une minorité, de
l'élite,...,.
Tant que dure le Même, réalisé dans la masse, la messe, la
mondialisation, le paradis sur Terre, etc.. et que sais-je encore ?,
la violence continue.
Ne réside pas là aussi la simple condition humaine ?
Bien à vous,

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