6 mai 2010
Eric BESSON, Ministre de l’identité nationale, a diffusé mardi 4 mai un communiqué de presse dénonçant de prétendues supercheries dont se serait rendu coupable le Réseau Education sans frontières dans l’affaire du refus de visa dont Wilky LUMA, Haïtien de 18 ans et quelques mois, fils de Viliène LUMA, a fait l’objet alors que son frère mineur, Wolf VITAL, était autorisé à rejoindre sa mère en France.
« Plusieurs grands médias nationaux se sont saisis de l’affaire » déplore Eric BESSON avant de faire la leçon à la profession en invitant « tout journaliste souhaitant donner suite à un communiqué de presse de cette organisation à bien vouloir effectuer une vérification minimale auprès des services compétents », c’est-à-dire de lui-même auto-proclamé Ministre de la Vérité nationale.
A l’issue de vérifications soigneuses, il s’avère que les affirmations d’Eric BESSON sont des supercheries fondées sur un usage des mots trop astucieux pour être honnête.
C’est ainsi qu’il s’insurge contre la dénonciation par RESF des expulsions de Haïtiens. Selon lui, il n’y aurait pas eu d’expulsions (reconduite à la frontière de Haïtiens sans papiers) mais seulement des expulsions (réacheminements de Haïtiens fuyant leur pays dévasté). Les mineurs (15 ans, 16 ans) et la vingtaine de Haïtiens (source Amnesty en Guadeloupe) « réacheminés » depuis la Guadeloupe apprécieront la nuance !
En fouinant, Eric BESSON a découvert que le refus de visa présenté à la télévision n’était pas celui de Wilky LUMA mais celui de son demi-frère. C’est exact : la personne qui a faxé le document (dans l’échoppe d’une petite ville sinistrée) s’est trompée de passeport. Le recalé de l’ENA, le maire et député, le ministre de la cinquième puissance mondiale, remporte une victoire écrasante sur un jeune homme de 18 ans, ressortissant d’un des pays les plus pauvres du monde dévasté par le séisme. La classe !
« Wilky LUMA n’a à ce jour déposé aucune demande d’autorisation de séjour ou de visa » assure le ministre. On lira dans la note annexe la liste des démarches de Wilky et de sa mère entamées en avril 2008 et accélérées après le séisme. La vérité est que, conformément aux instructions du ministre, tout a été fait pour empêcher l’enregistrement de ses demandes pour finalement aboutir à un refus signifié le 20 avril. Plusieurs familles présentes à Orly à l’arrivée du vol de Port au Prince le 2 mai mentionnaient les mêmes obstacles.
Reste le bon sens minimum qui remet l’affaire à l’endroit : pourquoi donc Viliène LUMA aurait-elle alerté le RESF et la presse, si elle n’avait pas l’intention de faire venir ses deux fils, l’aîné comme le cadet ? Et si telle était bien son intention, pourquoi n’aurait-elle pas fait pour l’un les démarches qu’elle a faites pour l’autre ? Il faut avoir l’esprit sérieusement tordu pour penser que le RESF et Viliène LUMA chauffaient ce coup depuis 2008 uniquement pour persécuter ce malheureux Besson !
Comment, enfin, ne pas s’étonner de l’énergie déployée : Viliène Luma appelée à plusieurs reprises par le ministère le lundi 3 mai, dernier appel pressant à 22 heures. Son fils Wilky reçoit lui aussi plusieurs appels du ministère, qui le soumettent à un interrogatoire serré. Pour accélérer la réunification de la famille comme ils l’espèrent ? Que non ! Il s’agissait d’étayer de la façon la moins approximative possible la supercherie bessonienne.
Eric Besson étant coutumier de telles supercheries, RESF invite tout journaliste souhaitant donner suite à un communiqué de presse de son ministère à bien vouloir effectuer une vérification minimale.
Cela étant, concernant la famille LUMA, le meilleur moyen pour Eric Besson d’établir sa bonne foi ne serait-il pas d’annoncer publiquement qu’il fait délivrer en urgence un visa à Wilky puisqu’il sait maintenant qu’il en fait la demande ? Et pour convaincre de l'attention qu'il porte à la situation des Haïtiens, ne serait-il pas temps de régulariser ceux qui sont encore privés du droit au séjour afin de leur permettre d’apporter de France une aide véritable à leurs familles éprouvées ? Et de faciliter enfin le regroupement des familles qui le souhaitent en faisant venir rapidement en France leurs enfants ou leurs parents restés en Haïti dans des conditions de grande précarité ?
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