Appel à contributions : Thomas Reid en perspective
Responsables : Angélique Thébert (CAPhi, Nantes) et Claire Etchegaray (IRePh, Nanterre)
L’œuvre de Thomas Reid est une ressource importante pour la philosophie contemporaine, en particulier de tradition analytique. En épistémologie, elle a nourri la réflexion sur les réponses possibles au scepticisme (Rysiew) et sur les sources épistémiques de nos croyances, notamment la perception (Van Cleve) et le témoignage (Coady). Depuis la fin du siècle dernier, l’intérêt pour sa pensée s’est élargi à la métaphysique, l’éthique et la philosophie morale (Yaffe, Foster), la philosophie sociale et politique, l’esthétique et la philosophie de l’art (Jaffro), sans oublier la philosophie de la religion (Pouivet, Foster). D’un point de vue métaphilosophique, les textes de Reid suscitent également des discussions sur la relation de la philosophie vis-à-vis des ressources du sens commun.
Les études reidiennes en histoire de la philosophie se sont enrichies de ces lectures contemporaines, tout en encourageant une telle mise en perspective (on pense aux travaux de Buras, Copenhaver, Van Cleve, Wolterstorff). Ces études bénéficient aussi d’une meilleure connaissance du contexte des Lumières écossaises dans lequel Reid a développé sa pensée (Broadie, Graham, Wood, Bow).
Reste que Reid a parfois introduit des ruptures profondes ou des inflexions durables dans nos concepts, sans que cette origine ne soit toujours reconnue (comme le montre Pasnau dans son enquête récente sur la « causalité dans les choses »). Et malgré son audience dans la philosophie de langue anglaise, en France, la philosophie de Reid est encore peu connue et mal comprise. La traduction de ses œuvres en français, qui s’achève avec la publication des Essais sur les pouvoirs intellectuels de l’homme (Vrin), vise à familiariser le lectorat français avec ses arguments. C’est aussi l’objectif du présent appel. Nous encourageons la soumission de propositions s’inscrivant dans le champ de l’histoire de la philosophie moderne, mais aussi celles qui poursuivent le dialogue fécond entre l’œuvre de Reid et la philosophie contemporaine.
Parmi les axes d’étude et objets de discussion susceptibles d’être choisis, on peut mentionner :
• La lecture que Reid propose de ses prédécesseurs (de Platon et Aristote, à Descartes, Arnauld, Malebranche, Locke, Berkeley, Hume, ou Leibniz notamment) comme les critiques qu’il a pu recevoir de la part d’auteurs ou autrices britanniques (Mary Shepherd, William Hamilton, John Stuart Mill, entre autres) mais aussi, hors de la Grande-Bretagne (Kant, l’académie de Berlin, les auteurs américains, les Idéologues français, etc.).
• Des arguments de Reid, encore peu explorés (par exemple sur la certitude ou la probabilité, mais aussi sur le langage, la perception, le goût, le libre-arbitre, ou le sens moral) ;
• L’apport de thèses reidiennes à certains débats contemporains, notamment en épistémologie (la réponse au scepticisme, l’épistémologie des vertus, le réalisme dit « direct » de la perception, l’épistémologie du témoignage), en métaphysique (l’identité personnelle, l’existence de dispositions ou pouvoirs), en philosophie de l’action et philosophie des valeurs (les raisons d’agir).
• La mesure dans laquelle les lectures contemporaines permettent au corpus reidien de gagner en intelligibilité, parfois parce qu’elles l’éclairent (plus ou moins directement), parfois parce qu’il y résiste et apparaît original.
• Le dialogue entre Reid et la philosophie contemporaine par de nouvelles études sur des notions métaphysiques, épistémiques, éthiques, sociales, politiques ou esthétiques.
• Les enjeux soulevés par l’utilisation d’une méthode propre à une philosophie de sens commun : en quoi le langage ordinaire et les croyances du sens commun peuvent-ils être une norme pour la philosophie ? Quelle filiation entre Reid, Austin et Wittgenstein ?
Ainsi, les articles d’histoire de la philosophie contemporaine aussi bien que d’histoire de la philosophie moderne, mais également les articles analytiques, les travaux empiriques ou les études critiques sur ces approches, pourront éclairer les multiples apports de la philosophie de Reid.
Les coordinatrices de ce dossier invitent toute personne intéressée à adresser un résumé de deux pages, rédigé en anglais ou en français, exclusivement à l’adresse r...@sofrphilo.fr, au plus tard le 15 juin 2026. (Le fichier comprenant le résumé et une courte liste de références bibliographiques doit être en format .doc ou .docx. L’affiliation et le statut de l’auteur doivent être précisés dans le corps du courriel.)
Les auteurs sélectionnés seront ensuite invités à soumettre pour le 1er décembre 2026, à la même adresse, une première version de leur manuscrit (environ 7000 mots) pour évaluation par les coordinatrices du dossier et par un expert externe (sous double voile d’anonymat).
Pour toute demande d’information, s’adresser exclusivement à l’adresse r...@sofrphilo.fr.
Références indicatives :
Bow C. B. (dir.), Common Sense in the Scottish Enlightenment, Oxford, Oxford University Press, 2018.
Buras J. T., « The Problem with Reid’s Direct Realism », The Philosophical Quarterly, 2002, 52, p. 457-77.
Coady C. A. J., Testimony : A Philosophical Study, Oxford, Clarendon Press, 2002.
Copenhaver R., « A Realism for Reid : Mediated but Direct », British Journal for the History of Philosophy, 2004, 12, p. 61-74.
Etchegaray C., La Traversée des phénomènes. Thomas Reid et la possibilité d’une science de la perception, 2 vol., Paris, Éliott, 2025.
Foster J., Thomas Reid and the Defence of Duty, Édimbourg, Edinburgh University Press, 2024.
—, The Problem of God in Thomas Reid, Cambridge, Cambridge University Press, 2025.
Graham G., An Aberdonian Enlightenment : Reid, Campbell, Gerard and Beattie on David Hume, Edinburgh, Edinburgh University Press, 2025.
Greco J., « Virtues and Vices of Virtue Epistemology », Canadian Journal of Philosophy, 1993, 23, p. 413-32.
Guillon J.-B., « The Dynamic Strategy of Common Sense Against Radical Revisionism », Topoi, 2023, 42, p. 141-62.
Jaffro L., La couleur du goût. Psychologie et esthétique au siècle de Hume, Paris, Vrin, 2019.
Kroeker E., « Acting from a Good Conscience : Reid, Love and Moral Worth », History of Philosophy Quarterly, 2013, 30 (4), p. 333-48.
Pouivet R., Épistémologie des croyances religieuses, Paris, Éditions du Cerf, 2013.
Pasnau R., « Who Killed the Causality of Things? », Noūs, 2025, 59, p. 771-95.
Rysiew P., « Common Sense in Reid’s Response to Scepticism », Revue philosophique de la France et de l’étranger, 2021, 146 (1), p. 33-47.
Thébert A., « In Defence of a Reidian Moderate View of Our Hinge Commitments », in C. Sandis et D. Moyal-Sharrock (dir.), Extending Hinge Epistemology, Londres-New York, Anthem Press, 2022, p. 175-92.
—, La Philosophie de Thomas Reid, Paris, Vrin, 2024.
Van Cleve J., Problems from Reid, New York, Oxford University Press, 2015.
Wolterstorff N., Thomas Reid and the Story of Epistemology, Cambridge, Cambridge University Press, 2004.
Yaffe G., Manifest Activity : Thomas Reid’s Theory of Action, Oxford, Oxford University Press, 2004.
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