PÉDAGOGIE DE LA COMMUNICATION.

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BRUNO LEROY.

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Mar 30, 2009, 2:30:46 PM3/30/09
to ÉDUCATION ET ACTION SOCIALE POPULAIRE.
Quel que soit leur âge, les jeunes ont une très grande soif de
communiquer. Cette soif commence à se manifester dès la naissance. De
mois en mois, d’année en année, des codes de plus en plus élaborés
sont explorés par l’enfant, au fur et à mesure qu’il échange avec son
entourage : ses parents, ses frères et sœurs, ses amis, les
éducatrices de la garderie et plus tard, l’enseignant. Dès la
naissance et pour qui veut le comprendre, ses gestes, ses rictus, tout
est pour lui, moyen de communication. Au fur et à mesure que sa
physiologie évolue, sa perception des codes verbaux et non verbaux
prend du sens et la répétition de tel ou tel mot, lui en confirme la
permanence. C’est ensuite à son tour de chercher à les reproduire et
d’en vérifier l’effet sur ses proches. Généralement, l’attention qu’on
lui porte va au-delà de ses attentes. « Mma… mma » est immédiatement
perçu comme l’expression du mot « maman ». Tout le monde s’extasie;
bébé a la confirmation que ces syllabes attirent l’attention de la
boule de cheveux qui lui sourit et… surtout …qui lui donne le sein ou
le biberon!
Le langage se construit ainsi et l’écrit arrivera de la même façon.
L’enfant réalise aussi que pour communiquer, il faut être au moins
deux. Peu à peu, il apprend que le sens et le poids des mots
comportent des nuances en fonction des interlocuteurs. C’est tout un
apprentissage qui l’enrichit d’un vocabulaire différencié en fonction
des interlocuteurs et des situations. Ici, l’influence du milieu de
l’enfant et de ses expériences revêt une grande importance car elle le
confirme de plus en plus dans sa façon d’appréhender son monde en
devenir.

C’est à partir de ce stade, jusqu’à l’âge adulte, qu’il nous paraît
important d’accompagner ce jeune en devenir, dans une recherche de
l’écoute d’autrui et dans un raffinement de plus en plus nuancé et
précis de l’expression de son imaginaire en construction. L’école,
jusqu’à ces derniers temps, fournissait au jeune les instruments pour
coder plus précisément cette symbolique arbitraire qu’est l’écriture,
tant pour la lire que pour l’écrire. On s’est aperçu que c’était
insuffisant, car elle ne tenait pas compte de toutes les compétences
de l’enfant pour s’intéresser véritablement à l’objet même de toute
cette démarche : le message. Ces préoccupations se manifestent, à
mesure que la réforme de l’enseignement se met en place
progressivement. Les enseignants tentent d’en tenir compte.
Malheureusement, leur tâche est immense, car le nombre d’enfants est
trop important pour qu’ils se consacrent à la recherche du
développement optimal de chaque enfant.

Nous croyons que certains milieux peuvent faire des expériences très
bénéfiques pour enrichir la qualité de cette communication. Dès l’âge
de quatre ans les enfants commencent à découvrir que l’écriture a du
sens, puisque papa ou maman leur a lu plusieurs fois la même histoire
dans le même livre qui a les mêmes images et les mêmes mots. Bien sûr,
il ne sait pas lire mais les images lui parlent et il reconnaît dans
ces images ce que papa ou maman lui ont lu.
Les liens qu’il fait avec le texte, les images et ce qui lui est lu,
sont des facteurs de motivation puissants pour découvrir, apprendre et
utiliser ces codes qui, pris isolément, n’ont encore aucun sens pour
lui.

Dans le cadre du projet « Les jeunes s’approprient leur littérature »,
nous avons expérimenté plusieurs démarches qui amplifiaient chez les
jeunes enfants, le goût de traduire en mots écrits, leur imaginaire.
Plusieurs de ces expériences consistaient à faire inventer des
histoires par des enfants de quatre ans, à les transcrire et ensuite,
à les faire illustrer par ces mêmes enfants. Les éducateurs et les
éducatrices de CPE et les parents doivent se reconnaître dans ces
expériences, car nombreux sont ceux qui les ont pratiquées. Les
enfants adorent ce genre d’activités car ils se sentent reconnus dans
ce qu’ils expriment. De plus, afficher les dessins qu’ils ont
réalisés, prolonge leur plaisir d’avoir participé à une œuvre tangible
et vérifiable.

Nous sommes allés beaucoup plus loin et les résultats ont été
époustouflants!

Nous avons proposé à des jeunes enfants d’inventer une histoire à
partir d’une démarche qui tient compte des étapes de la construction
d’un conte : description des personnages, évocation d’un problème,
recherche de solutions, conclusion. Au fur et à mesure que l’histoire
s’élaborait, les enfants voyaient une transcription de leur évocation
sous forme de dessin. Ils avaient une trace écrite, compréhensible par
eux, de ce que l’animateur écrivait. Ces enfants étaient transportés
de joie lorsque l’animateur relisait ses écrits et qu’ils pouvaient
lire l’histoire sur le dessin. Cette approche a fait l’objet d’un
projet de recherche de maîtrise qui confirme que, non seulement, les
enfants amélioraient la richesse de leur vocabulaire et la qualité
syntaxique de leur évocation mais aussi, que leur niveau d’opération
mentale s’était accru, après une pratique de cette expérience durant
seulement quelques jours.

Cette expérimentation confirme que cette pratique permet d’enrichir la
qualité de l’expression du jeune enfant dans son milieu. De plus, elle
met en évidence le plaisir de la découverte et le désir de l’enfant,
de s’améliorer toujours plus, si les conditions le lui permettent.

Voilà un modèle de création participative où chacun, avec ses
compétences, apporte sa contribution à la construction d’un patrimoine
culturel enfantin qui pourra servir d’outil pédagogique incitatif
donnant le goût aux jeunes de s’investir dans la lecture d’un contenu
attrayant, proche de leur vécu, de leurs aspirations, de leurs rêves.
Souhaitons que de telles initiatives voient le jour en d’autres lieux
et que cette série de projets, initiés par les responsables et des
éducateurs servent de modèle.

Les enfants et adolescents ont un univers intérieur très riche.
Cependant, il peut subvenir un débordement de cette richesse non-
exploitée. Elle devient alors une aliénation latente qui nuit à
l'épanouissement.

Toutes formes d'expressions artistiques ont des fonctions
cathartiques. En ce sens, l'environnement de l'enfant demeure
primordial. Il faut des adultes qui évitent le jeunisme et
transmettent leurs savoirs, leurs convictions.En cohérence avec leur
propre vécu. Les jeunes élimineront d'eux-mêmes ce qui ne correspondra
pas au miroir de leur existence. Pour autant, il faut que la pédagogie
de la créativité soit le reflet existentiel de ce que les animateurs
ou éducateurs vivent profondément.

Les sentiments écrits correspondent à la fois aux interdits et aux
débordements de l'imagination. Il faut passer par ce stade pour
acquérir au fil du temps, une conscience claire. Puissions-nous être
présents à nos enfants lorsque ceux-ci expriment les magmas
éblouissants ou les abysses de leur âme. Ainsi, ils se définiront
mieux par rapport au monde qui les entoure. Le langage écrit permet ce
positionnement de l'être.

Sinon, nos petits bonshommes ne grandiront jamais et seront d'éternels
"adulescents" vivant inexorablement à la surface des événements, sans
les intégrer. Nous serions alors responsables de leur future
désocialisation pathologique, dans le sens où ils souffriront toujours
de ce corps étrange qu'ils n'habitent pas. S'approprier le langage,
c'est aussi s'approprier sa vie dans toutes ses dimensions.

Alors, notre vigilance d'éducateurs ( trices ) s'impose davantage que
nous l'aurions imaginés. Nous sommes co-acteurs, avec nos enfants, de
cette écologie mentale qui structure l'adulte.



Bruno LEROY.

Éducateur Social.
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