Maintenant, comme le dit Suétone, nous allons pénétrer dans le fantasme pur.
Finie l'histoire, place aux tabloïds. Caligula va désormais être l'objet des
délires de l'auteur et de sa théorie du "prince fou". Il va de soi, que ce
passage et les suivants sont ceux qui vont le plus satisfaire les tenants de
la version draculienne de notre cher Caïus. Les historiens devront
maintenant chercher la réalité derrière les faits travestis et
volontairement déformés par le filtre moral et les jugements thétiques d'un
historien qui veut casser du césar.
[XXII] Hactenus quasi de principe, reliqua ut de monstro narranda sunt.
Compluribus cognominibus adsumptis; nam et "pius" et "castrorum filius" et
"pater exercituum" et "optimus maximus Caesar" vocabatur; cum audiret forte
reges, qui officii causa in urbem advenerant, concertantis apud se super
cenam de nobilitate generis, exclamavit :
είς κοίρανος έστω,
Είς βασιλεύς.
Nec multum afuit quin statim diadema sumeret speciemque principatus in regni
formam converteret. Verum admonitus et principum et regum se excessisse
fastigium, divinam ex eo majestatem asserere sibi coepit; datoque negotio,
ut simulacra numinum religione et arte praeclara, inter quae Olympii Jovis,
apportarentur e Graecia, quibus capite dempto suum imponeret, partem Palatii
ad forum usque promovit, atque aede Castoris et Pollucis in vestibulum
transfigurata, consistens saepe inter fratres deos, medium adorandum se
adeuntibus exhibebat; et quidam eum Latiarem Jovem consalutarunt. Templum
etiam numini suo proprium et sacerdotes et excogitatissimas hostias
instituit. In templo simulacrum stabat aureum iconicum amiciebaturque
cotidie veste, quali ipse uteretur. Magisteria sacerdotii ditissimus quisque
et ambitione et licitatione maxima vicibus comparabant. Hostiae erant
phoenicopteri, pavones, tetraones, numidicae, meleagrides, phasianae, quae
generatim per singulos dies immolarentur. Et noctibus quidem plenam
fulgentemque lunam invitabat assidue in amplexus atque concubitum, interdiu
vero cum Capitolino Jove secreto fabulabatur, modo insusurrans ac praebens
in vicem aurem, modo clarius nec sine jurgiis. Nam vox comminantis audita
est:
Η μ’ ανάειρ ή εγώ σέ,
donec exoratus, ut referebat, et in contubernium ultro invitatus super
templum Divi Augusti ponte transmisso Palatium Capitoliumque conjunxit. mox,
quo propior esset, in area Capitolina novae domus fundamenta jecit.
--
Caligula.
Cher Caligula,
C'est très bien d'écrire les mots grecs en caractères grecs, mais encore
faudrait-il mettre (ou indiquer en note) les esprits qui manquent. C'est
ainsi qu'il est impossible de savoir, sans l'esprit, si "eis" est la
préposition, le nombre "un", une forme du verbe "être" ou du verbe "aller".
J'ai parié pour le numéral "un", car cela me paraît le plus vraisemblable
dans le contexte, mais je n'en suis pas sûr.
Cela dit, j'ai compris l'ensemble, car c'est un latin assez facile, mais ça
ne m'intéresse pas beaucoup de traduire un texte aussi peu littéraire.
Désolé...
Mais cordialement tout de même.
P. Salat, alias ATLAS, alias Pline le Jeune, vieux...
>
> Cher Caligula,
> C'est très bien d'écrire les mots grecs en caractères grecs, mais encore
> faudrait-il mettre (ou indiquer en note) les esprits qui manquent. C'est
> ainsi qu'il est impossible de savoir, sans l'esprit, si "eis" est la
> préposition, le nombre "un", une forme du verbe "être" ou du verbe
"aller".
> J'ai parié pour le numéral "un", car cela me paraît le plus vraisemblable
Dans le cas de ton post, c'est encore plus grave.
Car je n'ai que des points d'interrogation à la place des caractères grecs.
Et là, ça devient carrément incompréhensible :-))
Sur ce je vous quitte pour une dizaine de jours : je pars pour Poitiers puis
la Bretagne dans quelques heures, aux aurores.
Amicalement à tous,
Henri
>C'est très bien d'écrire les mots grecs en caractères grecs (...)
>J'ai parié pour le numéral "un", car cela me paraît le plus vraisemblable
>dans le contexte, mais je n'en suis pas sûr.
C'est le bon pari... évidemment.
>Cela dit, j'ai compris l'ensemble, car c'est un latin assez facile, mais ça
>ne m'intéresse pas beaucoup de traduire un texte aussi peu littéraire.
>Désolé...
Heureusement que tous les latinistes ne sont pas seulement motivés par
l'aspect littéraire d'un texte, sinon le latin serait encore plus
barbant. Suétone m'amuse et j'aime traduire n'importe quel texte latin
qu'il soit d'un "haut" niveau littéraire ou pas.
Imaginons seulement Horace pour toute latinité, quelle infinie
tristesse ce serait !
Je donnerai ma traduction de ce paragraphe dès que j'aurai un peu plus
de temps.
Cordialement.
--
Caligula.
> [XXII] Hactenus quasi de principe, reliqua ut de monstro narranda sunt.
> Compluribus cognominibus adsumptis; nam et "pius" et "castrorum filius" et
> "pater exercituum" et "optimus maximus Caesar" vocabatur; cum audiret
forte
> reges, qui officii causa in urbem advenerant, concertantis apud se super
> cenam de nobilitate generis, exclamavit :
> είς κοίρανος έστω,
> Είς βασιλεύς.
[22] Jusqu'ici j'ai rapporté les faits d'une sorte de prince, maintenant
pour le reste il me faut parler comme d'un monstre. Ayant pris plusieurs
surnoms, puisqu'il était appelé "le pieux", "le fils des camps", "le père
des armées" et "césar très bon très grand", comme d'aventure il aurait
entendu des rois, qui étaient venus pour affaire dans la Ville, se battre
chez lui à sa table sur la noblesse de leur famille, il s'écria :
"Qu'un seul soit commandant, qu'un seul soit souverain. "
La suite plus tard...
--
Caligula.
>Nec multum afuit quin statim diadema sumeret speciemque principatus in regni
>formam converteret. Verum admonitus et principum et regum se excessisse
>fastigium, divinam ex eo majestatem asserere sibi coepit; datoque negotio,
>ut simulacra numinum religione et arte praeclara, inter quae Olympii Jovis,
>apportarentur e Graecia, quibus capite dempto suum imponeret, partem Palatii
>ad forum usque promovit, atque aede Castoris et Pollucis in vestibulum
>transfigurata, consistens saepe inter fratres deos, medium adorandum se
>adeuntibus exhibebat; et quidam eum Latiarem Jovem consalutarunt. Templum
>etiam numini suo proprium et sacerdotes et excogitatissimas hostias
>instituit. In templo simulacrum stabat aureum iconicum amiciebaturque
>cotidie veste, quali ipse uteretur. Magisteria sacerdotii ditissimus quisque
>et ambitione et licitatione maxima vicibus comparabant. Hostiae erant
>phoenicopteri, pavones, tetraones, numidicae, meleagrides, phasianae, quae
>generatim per singulos dies immolarentur. Et noctibus quidem plenam
>fulgentemque lunam invitabat assidue in amplexus atque concubitum, interdiu
>vero cum Capitolino Jove secreto fabulabatur, modo insusurrans ac praebens
>in vicem aurem, modo clarius nec sine jurgiis.
Et il s'en fallut de peu qu'il prisse aussitôt le diadème et
transformasse l'apparence du principat en un régime monarchique. Mais
averti qu'il avait dépassé le rang des princes et des rois, il se mit
du coup à s'attribuer la majesté divine ; et l'affaire conclue, pour
qu'on apporte de Grèce les statues des dieux les plus célèbres sous le
rapport de la piété et de l'art, parmi lesquelles celle de Jupiter
Olympien, dont on remplacerait la tête par la sienne, il fit
construire une aile du palais jusqu'au Forum et transforma le temple
de Castor et Pollux en vestibule, se tenant souvent entre les frères
divins, il s'offrait au milieu d'eux à l'adoration des visiteurs et
certains le saluèrent comme Jupiter Latin. Et même pour sa propre
divinité il décréta un temple, des prêtres et des victimes des plus
fantaisistes. Dans ce temple se dressait sa statue faite d'après
nature et en or que l'on habillait chaque jour comme lui même était
vêtu. A tour de rôle, chacun des plus riches, acquérait les plus
hautes fonctions de la prêtrise par la brigue et la plus grande
surenchère. Pour victimes il y avait des flamants, des paons, des coqs
de bruyère, des oiseaux de Numidie, des méléagrides(?), des faisans,
qui étaient généralement sacrifiés chaque jour. Et, bien sûr, de nuit
il invitait fréquemment la lune pleine et brillante dans ses bras et
sur sa couche, et de jour il parlait en secret avec Jupiter Capitolin,
tantôt tour à tour en murmurant et en lui prêtant l'oreille, tantôt à
voix plus forte et non sans disputes.
La fin du paragraphe, plus tard.
--
Caligula.
> Et il s'en fallut de peu qu'il prisse
???
Barbarisme !
Si c'est un subjonctif imparfait , c'est prît, qu'il faut écrire.
> aussitôt le diadème et
> transformasse
Apparemment tu es fâché avec le subjonctif imparfait :-)
à transformer en transformât :-)
Amicalement,
Henri
>Barbarisme !
J'adore.
>Si c'est un subjonctif imparfait , c'est prît, qu'il faut écrire.
Merci.;o)
>Apparemment tu es fâché avec le subjonctif imparfait :-)
>à transformer en transformât :-)
Re-merci. ;o)
Amicalement.
--
Caligula.
> Nam vox comminantis audita est:
>
> Η μ’ ανάειρ ή εγώ σέ,
>
> donec exoratus, ut referebat, et in contubernium ultro invitatus super
> templum Divi Augusti ponte transmisso Palatium Capitoliumque conjunxit.
mox,
> quo propior esset, in area Capitolina novae domus fundamenta jecit.
En effet, on entendait la voix (de Caius) le menaçant :
Enlève-moi, ou moi (je) t'(enlève) !
jusqu'à ce que fléchi, comme il le rapportait, et par dessus le marché
convié à son intimité, il fit réunir le Palatin au Capitole au moyen d'une
passerelle au dessus du temple du Divin Auguste. Puis, pour être plus proche
de lui, il fit jeter les fondations d'un nouveau palais sur la place du
Capitole.
--
Caligula.