“BONDIEU BON”: ESPERANCE VIVANTE
OU RESIGNATION SILENCIEUSE!
Je vous invite à suivre avec moi cette réflexion pastorale basée sur l’expression populaire haïtienne « BonDieu bon », une analyse faite avec sérieux, avec un amour sincère pour notre peuple, et engagement spirituel.
⸻
« Le BonDieu bon » :
Espérance vivante ou résignation silencieuse ?
Par Jules Casséus
⸻
Introduction
Dans les rues de la Capitale, devenue maintenant encerclée par les gangs, comme dans les sentiers poussiéreux de nos campagnes, on entend cette expression simple mais puissante :
« BonDieu bon. »
Dans les marchés publics, à l’hôpital, dans les funérailles, dans la bouche d’une mère affamée ou d’un jeune sans emploi, cette expression revient comme une litanie, un souffle, un soupir de foi ou parfois de fatigue.
Un auteur a déclaré que cette simple phrase résume toute la philosophie du peuple haïtien. Est-ce vrai ? Et si oui, que révèle-t-elle de nous ? Est-elle source de lumière, ou bien barrière à notre engagement ? Que doit en penser le croyant, le leader chrétien , le théologien engagé dans la transformation du pays ?
⸻
1. Une expression chargée d’espérance
Il ne faut pas mépriser cette parole. Elle naît dans le feu de la souffrance, là où la douleur est grande, mais la foi reste plus grande encore. Le peuple haïtien, malgré les catastrophes naturelles: les crises politiques, les humiliations, garde cette conviction que Dieu est bon.
Dire « BonDieu bon », c’est :
• Résister à la haine et au désespoir,
• Se rappeler que Dieu n’abandonne jamais,
• S’ancrer dans une foi vivante, même sans théologie élaborée.
C’est là la force de notre peuple : espérer quand tout semble perdu.
⸻
2. Mais aussi une tentation de la résignation
Cependant, cette même expression peut devenir un piège silencieux, surtout si elle est répétée sans réflexion ni engagement. Trop souvent, on l’utilise pour éviter de poser des questions difficiles :
• Pourquoi y a-t-il tant d’injustices ?
• Pourquoi le pays ne change-t-il pas ?
• Qui est responsable de notre misère ?
• Que pouvons-nous faire, nous-mêmes, pour transformer nos vies ?
Au lieu de chercher des solutions concrètes, certains se réfugient dans le fatalisme :
« Si Bondye vle… »
« Se volonte Bondye… »
Et pendant ce temps, la corruption prospère, les jeunes fuient, les écoles ferment, les consciences dorment.
⸻
3. La vraie bonté de Dieu pousse à l’action
Oui, Dieu est bon. Mais Il est bon pour libérer, pas pour maintenir dans l’esclavage. Il est bon pour nous guérir, réveiller, relever, envoyer son Fils Jésus-Christ pour nous sauver
Jésus ne disait pas simplement : « Dieu est bon », il disait aussi :
« Va, et ne pèche plus. »
Ils disait aux disciples :
« Donne-leur vous-mêmes à manger. »
« Lève-toi, prends ton lit, et marche. »
La bonté de Dieu n’est pas un tranquillisant, c’est une puissance de résurrection, de libération et d’engagement.
⸻
4. Appel à l’ecclésiastique et à l’Église
L’Église haïtienne ne peut plus se contenter de répéter les phrases toutes faites. Elle doit éduquer à la foi active, participative dans le développement de la communauté, enseigner la responsabilité, réconcilier la prière avec L’action concrete, la spiritualité avec la citoyenneté.
Le rôle du Berger n’est pas d’endormir les brebis avec de belles paroles, mais de les réveiller à leur mission.
Nous devons dire au peuple :
« Oui, BonDieu bon, mais toi aussi, lève-toi, pour être les pieds et les mains du Bondieu pour construire , reconstruire, améliorer, faire mieux:
Toi aussi, engage-toi dans le processus de construction
Toi aussi, change ta manière de vivre.
Parce que Dieu travaille avec ceux qui veulent construire avec Lui. »
⸻
Conclusion
« BonDieu bon » : oui, et mille fois oui . Il est le seul et l’uniaue BonDieu.
Mais que cette expression devienne un point de départ, pas un point d’arrêt. Qu’elle nous pousse à l’action, à la réflexion, à la prière engagée, à l’action constructive « Ici et Maintenant »
Le BonDieu bon, ne veut pas seulement des croyants qui parlent ou qui prient seulement mais, des disciples qui marchent, qui agissent, qui construisent, qui transforment, qui changent mal en bien, le mauvais en bon…
Et, puisque le BonDieu est bon ,
Alors, ce peuple de Dieu, le peuple haïtien a le droit et le devoir de se relever, avec Dieu, pour bâtir une société haïtienne plus juste, plus digne, plus libre.
Jules Casseus