« L’Europe au bord du gouffre : la guerre se prépare à tous les niveaux | Pr. Ulrike Guérot » : A voir, doublé en français, sur https://www.youtube.com/watch?v=g4xkSVb_zrU
L’Allemagne sous Merz fait tout pour entraîner l’Europe dans une guerre avec la Russie. Les préparatifs s’étendent jusque dans les églises, et la propagande de guerre bat son plein. Aujourd’hui, je m’entretiens avec la Dre Ulrike Guérot sur l’état inquiétant de la psyché allemande et européenne face à la guerre et à la paix avec la Russie.
Liens : Le document des Églises : https://neutralitystudies.com/files/bf432eef-5d0e-4c2c-a3fa-3bb390a14f0b-rahmenkonzept-ekd.pdf ; Article à ce sujet : https://pascallottaz.substack.com/p/germanys-churches-ready-for-war
European Peace Project : www.europeanpeaceproject.eu
Liber-Net : www.liber-net.org
Extraits :
Sur le livre publié, « L'Allemagne neutre, la sécurité pour la paix », avec comme sous-titre « To be or NATO be » :
« La maison d'édition Westend Verlag a réuni plus de 30 auteurs pour réagir à une situation où l'Allemagne se prépare, chaque jour un peu plus, très concrètement à la guerre. Et ça, chaque matin, ça me fait sursauter. J'ai le sentiment, je le dis en tant qu'Allemande qui vit à Berlin, que quand je suis à Barcelone, à Paris, à Zurich ou même à Vienne, ce n'est pas aussi intense, pas aussi fort. Ce que je veux dire par là, c'est qu'il me semble que le biais, cette orientation dans les informations, cette incitation à la guerre, cette préparation à la guerre, se glisse déjà dans de toutes petites formules, toutes faites. Ce matin, j'ai entendu des infos sur Deutschlandfunk, et puis tout à coup, il y a cette petite remarque, "l'armée allemande va maintenant être remise en forme, avec tout cet argent, pour redevenir apte à la guerre. Malheureusement, nos jeunes hommes ne sont pas encore vraiment prêts pour la guerre", ou quelque chose comme ça. Tu vois ce genre de petite pique ? Ou la guerre, enfin, disons, ils se font un peu prier, ils ne veulent pas devenir soldats.
Il faut bien comprendre que c'est une sorte de provocation avec laquelle on essaie de lancer un contre-discours dans ce pays. L'Allemagne est, je crois, le pays central, le pays pivot de l'Union européenne, ou plus largement de toute l'architecture européenne. Je dirais même malheureusement, parce que ce pays me paraît en ce moment comme hypnotisé. Avec cette rhétorique du genre, "nous devons partir en guerre, contre la Russie", et ainsi de suite. Et c'est justement maintenant qu'il faut dire, il faut changer le ton de cette discussion.
C'est pour ça que la maison d'édition West End a publié ce livre, pour qu'on ait des outils, qu'on puisse aller sur scène, dans de petites académies, organiser des débats, qu'il y ait une base de texte pour ça. Et ses 33 auteurs abordent le sujet, chacun à leur manière.
Situation d’Ulrike Guérot :
« Il y a trois ans, j'ai été licenciée, à la suite d'un livre, Endspiel Europa, que j'ai écrit avec Hauke Ritz. Dans ce livre, on raconte l'histoire qui a conduit à la guerre en Ukraine depuis le Maïdan. On y présente toutes les sources, y compris les préparatifs militaires américains. En réalité, une guerre par procuration, une stratégie pour repousser la frontière russe. Autrement dit, rien n'a été aussi préparé qu'une guerre dite non préparée. Enfin bref, nous avons expliqué que cette guerre n'était pas du tout une attaque soudaine et inattendue de la Russie, mais que le récit est en réalité tout autre. Et une semaine après la parution du livre, j'ai été publiquement sanctionnée par un communiqué de presse de l'université, puis licenciée par cette même université. »
Document des Eglises protestantes d’Allemagne (vois ci-dessous) :
« Ce document commence d'abord par une esquisse de la situation de menace, sans la moindre critique. « Oui, l'OTAN serait maintenant menacée, Poutine se réarme ». Bref, tout le récit est présenté du point de vue occidental, sans aucune mise en perspective critique. (...) En somme, c'est une reprise totalement acritique du récit, selon lequel la démocratie en Allemagne serait aujourd'hui menacée, et que pour cette raison, l'Église protestante aurait une responsabilité particulière, celle de renforcer l'unité œcuménique et de contribuer à ce que notre pays puisse se défendre efficacement.
Et ensuite, tout ça est détaillé. Qu'est-ce que ça veut dire ? Par exemple, que l'Église protestante réfléchit en ce moment, et apparemment agit déjà concrètement, à embaucher davantage d'aumôniers, parce qu'on s'attend à ce qu'il y ait, à cause de la guerre, des soldats tombés au combat. Tout est organisé en conséquence. Les parents de ces soldats devront être accompagnés de manière particulière, et c'est pour ça que ces aumôniers, qu'on est déjà en train de sélectionner, auront besoin d'une formation spécifique.
Et puis, les Églises devront aussi veiller, dans leur lieu de culte, là où se tiennent les discussions, à ce que l'unité œcuménique soit préservée. Ça veut dire qu'il n'y a personne là-bas pour dire « Dis donc, est-ce que cette guerre est vraiment nécessaire ? Est-ce qu'on ne pourrait pas raconter les choses autrement ? Est-ce qu'on veut la paix ou peut-être la compréhension entre les peuples, comme c'est écrit dans notre Constitution ? «
Militarisation de l'Allemagne :
« On sait que l'Allemagne sera le point de passage central en cas d'affrontement militaire. Ça tient d'une part au fait qu'on a Ramstein, la base militaire américaine, dans les deux guerres, l'Ukraine contre la Russie, mais aussi avec l'Iran, toutes les données passent par là. Et donc la question se pose, est-ce que ce n'est pas déjà de fait une participation de l'Allemagne à la guerre, simplement parce que cette base, même si elle est officiellement sur territoire américain, se trouve quand même en Allemagne. Et là, bien sûr, on trie des données pour les attaques américaines en Iran et en même temps, évidemment, aussi pour la Russie et l'Ukraine. Autrement dit, on est déjà dans une phase de préparation opérationnelle.
Je peux l'illustrer avec ma ville natale, c'est un petit village sur le Bas-Rrein, Grevenbroich. Et là, on prévoit apparemment un carrefour numérique de données. Un relais, un hub, ou peu importe comment on l'appelle. Et maintenant, je vois que chez moi, au conseil municipal, donc dans notre petite commune, on nous vend ça avec des prospectus en couleur. Un grand projet d'investissement, super pour la ville de Grevenbroich, parce que ça crée des emplois, parce que ceci, cela et tout le reste. Et là, on voit bien qu'une ville entière qui, comme toutes les villes allemandes, tire un peu la langue, n'a plus d'argent et tombe un peu en ruine, , cette ville, donc tous les responsables municipaux se jettent maintenant sur ce projet. Alors, on se lève et on dit « Attendez, vous savez quand même que c'est en réalité un instrument de guerre et surtout que, d'après la Charte des Nations Unies, les sites de guerre, donc les sites de production ou ce genre d'installation, sont des cibles légitimes en temps de guerre. » Et là, on dit « Mais alors, ça veut dire que Grevenbroich devient de fait, comme une usine d'armement, une cible de guerre légitime. »
De la patience et de la modération des Russes :
« On construit en ce moment une usine de drones germano-ukrainienne en Bavière. Les Russes le savent. Et ils savent aussi quelles pièces se trouvent dans chaque drone ukrainien. Si un seul drone contenant des pièces allemandes atterrit sur le territoire russe, alors là, je ne sais pas vraiment ce qu'on pourrait dire aux Russes pour qu'ils restent calmes après que la Wehrmacht a déjà fait 27 millions...
[Pascal Lotaz] : le problème qu'on a en Europe, c'est qu'on a tellement poussé les voix modérées, comme celle de Vladimir Poutine, dans leur retranchement en Russie, qu'aujourd'hui, les voix de Karaganov et d'autres qui disent « alors frappons » reçoivent un soutien massif dans le pays. Parce qu'au final, aucune tentative de désescalade de la part des Russes avec les Européens n'a abouti. Aucune. Donc Vladimir Poutine s'est heurté à un mur, encore et encore. Et ses collègues russes lui reprochent maintenant que l'on...
[Ulrike Guérot] : La patience des Russes qu'on a vues ces dernières années... Enfin, moi aussi, ici, on parle avec l'ambassadeur de Russie et tout ça, cette douceur, cette patience, les propositions, le pacte de non-agression, Lavrov, les textes, tout était là, tout nous a été tendu, la main était toujours ouverte. Quand je vais à Moscou en tant qu'Allemande, j'ai encore autour de moi des Russes qui me disent « j'aimerais parler allemand ». Et ainsi de suite. Donc, cet amour pour l'Allemagne existe toujours, même après 4 ans de guerre. On se demande vraiment comment ce pays tient moralement dans ces conditions.
Mais je te rejoins, au Moscow Economic Forum, il y avait aussi Dugin. Ça veut dire que, maintenant, les durs, ceux de la ligne la plus rigide, passent un peu au premier plan. Pourquoi ? Eh bien, parce qu'il y a évidemment une pression énorme. C'est aussi quelque chose que j'ai souvent entendu à Moscou, "on ne peut plus rester les bras croisés très longtemps. Pourquoi est-ce que Poutine ne fait rien ? Ou pourquoi ça n'avance pas un peu plus vite ?" Ce genre de remarques. Et forcément, dans ce contexte, les plus radicaux finissent par s'imposer.
Pendant des années, j'ai vraiment cru qu'avec un peu de bon sens, on pouvait mener des débats ici en Allemagne, qu'on pouvait influencer les choses, organiser des manifestations, pour la paix. On a tout fait, oui. Mais là, honnêtement, avec ce document de l'église protestante et aussi avec d'autres éléments, comme cette usine de drones en Bavière, j'ai le sentiment que la situation devient vraiment sérieuse. On n'empêche plus rien du tout. Et après, c'est comme une avalanche. On ne l'arrête pas à mi-chemin, il faut agir dès le début. »

Pascal Lottaz, 29 avril
2026
https://pascallottaz.substack.com/p/germanys-churches-ready-for-war
Je joins ci-dessous le lien vers ce que l’on appelle le « concept-cadre œcuménique » que le Dr Ulrike Guérot m’a communiqué lors d’une récente conversation. Sa lecture est effrayante, car elle montre à quel point la psychose de la guerre a déjà progressé en Allemagne. Résumé par IA, document complet (en allemand) ici.
Daté de septembre 2025, le « concept-cadre œcuménique » est bien plus qu’un simple document de planification pastorale. Il s’agit d’un document de préparation sobre à l’éventualité d’une guerre — et, à ce titre, d’une indication révélatrice de la gravité avec laquelle les institutions allemandes, y compris les Églises, envisagent désormais la possibilité d’un conflit militaire en Europe.
Le point de départ du document définit le cadre de l’ensemble : selon les évaluations de tous les acteurs concernés issus de l’armée, des services de renseignement et de la recherche universitaire, la Russie pourrait être en mesure d’attaquer le territoire de l’OTAN avant la fin de cette décennie. L’Allemagne se prépare déjà institutionnellement à ce scénario — par le biais d’une stratégie de sécurité nationale publiée en 2023, d’un plan opérationnel de la Bundeswehr pour l’Allemagne et de lignes directrices-cadres pour une défense nationale globale. Le concept-cadre des Églises est explicitement présenté comme une contribution à cette logique plus large de préparation sociétale, que l’État a consolidée sous le concept de « sécurité intégrée », dans lequel les acteurs ecclésiastiques sont expressément désignés comme partenaires de la société civile.
Les exigences concrètes du document sont radicales. Il appelle à la préparation systématique de tous les domaines de la pastorale ecclésiale — de l’aumônerie paroissiale et hospitalière à l’aumônerie militaire, policière et pénitentiaire — à des scénarios impliquant un grand nombre de soldats blessés, de combattants tombés au combat, de prisonniers de guerre et de réfugiés. On n’attend pas des Églises qu’elles improvisent ; elles sont plutôt appelées à mettre en place dès maintenant des équipes de gestion de crise, à maintenir à jour les chaînes de notification, à clarifier les lignes de responsabilité et à former le personnel à l’avance. La devise qui guide ce travail est éloquente par sa franchise : « En cas de crise, connaissez vos gens. »
Les scénarios concrets auxquels le document prépare les Églises sont particulièrement révélateurs. Dans le cas d’une alliance — considéré comme le scénario le plus probable —, l’Allemagne servirait de plaque tournante logistique pour les forces de l’OTAN. Cela implique le transit de troupes et de matériel sur le territoire allemand, le rapatriement d’un grand nombre de soldats blessés et tombés au combat, des mouvements de réfugiés en provenance d’Europe de l’Est, ainsi que des attaques potentielles contre des infrastructures critiques et des systèmes informatiques. S’appuyant explicitement sur les leçons tirées de la guerre en Ukraine, le document prévoit que le nombre de victimes sera très élevé. Les aumôniers d’hôpital doivent se préparer à des situations de triage ; les aumôniers d’urgence, à des événements de traumatisation de masse ; les aumôniers de paroisse, à accompagner les familles endeuillées à une échelle jusqu’alors inconnue en Allemagne en temps de paix.
Le document exige en outre une coordination institutionnelle étroite entre les structures ecclésiastiques et les autorités publiques, tant au niveau fédéral qu’au niveau des Länder. Les bureaux ecclésiastiques rattachés aux gouvernements des Länder doivent servir d’interfaces institutionnelles permanentes. Au niveau fédéral, la mise en place d’une équipe œcuménique de crise d’environ dix membres est à l’étude. Les Églises doivent savoir précisément qui détient l’autorité de supervision en cas d’urgence — sur les aumôniers d’urgence, les aumôniers d’hôpital et les employés d’Église qui servent simultanément dans les pompiers volontaires ou à l’Agence fédérale pour l’aide technique. Cette clarté est tout sauf évidente ; elle présuppose un travail préparatoire juridique et organisationnel considérable.
Dans l’ensemble, ce document met en évidence une société qui, au niveau institutionnel, se prépare à la guerre, sans la nommer publiquement comme telle.
Les Églises sont appelées à s’intégrer dans une infrastructure nationale de préparation. Bien que le document prenne soin d’affirmer qu’il ne remet pas en cause les engagements éthiques en faveur de la paix de l’une ou l’autre Église, il opère néanmoins, dans la pratique, une réorientation opérationnelle substantielle : s’éloigner d’une posture éthique abstraite en faveur de la paix pour s’orienter vers une planification concrète des crises dans un cadre coordonné par l’État de défense nationale globale.
Pour l’Allemagne, cela signifie que la préparation à une éventuelle guerre n’est plus une affaire purement militaire. Elle imprègne désormais de plus en plus toutes les institutions de la société — jusqu’à la paroisse individuelle.
Le ministre de la Défense allemand Pistorius est assez clair, l’Ukraine prépare la guerre à venir de l’Allemagne contre la Russie : « L’important n’est pas qu’une seule partie tire profit de l’autre à un moment donné, mais que ce soit conçu pour une coopération à long terme et une amélioration commune, à notre avantage mutuel. Et les données que l’Ukraine recueille actuellement depuis 5 ans sur le champ de bataille – grâce à l’utilisation de systèmes de défense aérienne, de drones, de toute sorte de véhicule de combat, ainsi que de manœuvres stratégiques et tactiques – tout cela en fait partie. Mais surtout les données générées par la guerre numérique sont des données que personne d’autre ne possède »
La dernière fois que l’Allemagne avait conçu une coopération mutuellement bénéfique avec les nationalistes ukrainiens, cela s’était finalement assez mal passé.
Berlin et Kyiv dévoilent le programme d'armement « Brave Germany »
Avec "Brave Germany", Berlin et Kyiv veulent développer ensemble de nouvelles technologies de défense, des armes IA et des systèmes de frappes en profondeur. Le ministre de la Défense Boris Pistorius a évoqué à Kyiv de nombreux nouveaux projets visant à renforcer le partenariat stratégique.
Le ministre allemand de la Défense Boris Pistorius (SPD) et son homologue ukrainien Mychajlo Fedorow ont signé aujourd'hui à Kyiv un accord pour le lancement de "Brave Germany". Il s'agit d'un programme commun de développement de technologies de défense et de soutien aux start-ups innovantes.
Selon le portail d'information ukrainien Ukrinform, Fedorov a déclaré que « l'Allemagne est aujourd'hui le numéro un mondial en matière de soutien à l'Ukraine dans le domaine de la politique de sécurité ». Selon lui, le soutien de Berlin représenterait environ un tiers de l'aide totale à l'Ukraine.
Pistorius est arrivé aujourd'hui à Kyiv, la capitale ukrainienne, pour une visite surprise. Il a déclaré à l'agence de presse allemande (DPA) que sa visite avait pour but de développer la coopération en matière d'armement et de construire de nouveaux systèmes d'armes avec l'Ukraine. Selon la dpa , l'objectif de sa visite inopinée est d'approfondir cette coopération dans le cadre du partenariat stratégique.
« L'Allemagne et l'Ukraine sont des partenaires stratégiques qui profitent tous deux de cette coopération. Il en résulte de nombreux nouveaux projets », a déclaré le ministre. « L'accent est mis sur le développement commun des systèmes sans pilote les plus modernes à toutes les portées, notamment dans le domaine du deep strike. Nous renforçons ainsi la sécurité de nos pays ».
Après sa visite à Berlin le mois dernier, Fedorov a annoncé sur Telegram que l'Allemagne et l'Ukraine avaient convenu d' un nouveau paquet de défense d'une valeur de quatre milliards d'euros. Le paquet comprend le financement de plusieurs centaines de missiles Patriot ainsi que de 36 lanceurs IRIS-T pour renforcer la défense aérienne, des investissements de 300 millions d'euros dans les capacités ukrainiennes dites de "Deep Strike" et une production commune de drones dits de "Mid Strike" assistés par IA, c'est-à-dire des drones avec des capacités de frappe à moyenne portée, dont 5 000 sont initialement prévus pour les forces armées ukrainiennes.
Lors de la signature d'aujourd'hui à Kyiv, Fedorov y a fait référence en déclarant que l'Allemagne avait commencé à financer « des capacités Middle-Strike et Deep-Strike qui sont d'une importance énorme pour nous ». « Comme le dit notre président, ce sont nos 'sanctions à longue portée'. Les "middle strikes" nous permettent aujourd'hui d'interrompre la logistique de notre ennemi. Cela montre également la qualité du soutien et le financement des domaines les plus importants actuellement », a ajouté Fedorov, selon Ukrinform .
Les forces armées allemandes sont certes massivement équipées, mais il manque à la Bundeswehr une capacité importante : les "Deep Strike Capabilities". On entend par là des frappes de précision à grande distance, c'est-à-dire la capacité de frapper avec précision des cibles militaires et infrastructurelles de haut niveau à plusieurs centaines ou milliers de kilomètres derrière le front.
Le chancelier SPD de l'époque, Olaf Scholz, avait convenu avec le président américain de l'époque, Joe Biden, que des missiles de croisière Tomahawk américains seraient déployés en Allemagne. Ils devaient servir à la dissuasion contre la Russie.
Après l'annonce par l'actuel président américain Donald Trump d'une réduction des troupes américaines d'environ 5.000 soldats, il a également remis en question le déploiement des Tomahawks. En fait, ils devaient être transférés en Allemagne en 2026. Mais il semble que cela ne se fera plus.
Selon un rapport (source en allemand) du Financial Times (FT), Pistorius prévoit de se rendre à Washington pour convaincre l'administration Trump de vendre des missiles de croisière Tomahawk ainsi que les systèmes de lancement Typhon correspondants. Selon le FT, cette visite dépendrait toutefois de la possibilité pour le ministre allemand de la Défense de convenir d'un rendez-vous avec son homologue américain, le secrétaire à la Guerre Pete Hegseth. Compte tenu des tensions actuelles liées aux commentaires de Merz sur la guerre menée par Trump en Iran, ce n'est "pas du tout sûr". [l’autre problème non-dit est le problème d’approvisionnement en Tomahawk, du fait de leur utilisation ‘furieuse’ contre l’Iran]
Actuellement, l'armée allemande ne possède qu'une seule arme que l'on peut classer dans la catégorie inférieure ou moyenne des armes à longue portée : le missile de croisière Taurus, qui se situe à l'extrémité inférieure ou moyenne de cette catégorie d'armes avec une portée de plus de 500 kilomètres.
On ne sait pas exactement quelles armes sont prévues avec l'aide des investissements et de la coopération allemands. L'année dernière, Kyiv a toutefois présenté un missile à longue portée qui pourrait combler la lacune "Deep Strike" : le "Flamingo". Le FP-5 Flamingo basé au sol a une envergure d'environ six mètres, pèse environ 6.000 kilogrammes et a une charge utile de 1.150 kilogrammes. Il s'agit du premier "système de missiles lourds" de fabrication ukrainienne.
[Nb : en ce qui concerne la ‘fabrication ukrainienne’, voir https://groups.google.com/g/alerte-otan/c/bhyV8zlikWc/m/XKq90S5sAwAJ : « Le FP-5 Flamingo est exactement ce qu'il semble être : une arme de fabrication britannique conçue pour contourner les légalités et les conséquences des lignes rouges russes concernant l'utilisation de missiles à longue portée basés en Ukraine contre des cibles russes.... La Russie est attaquée par une arme conçue par les Britanniques [fabriquée au Danemark] sur la base de renseignements fournis par la CIA. Cette attaque est aussi proche d'un acte de guerre de la part des États-Unis et du Royaume-Uni que l'on puisse l'imaginer. »]
La charge de combat pèse plus de 1.000 kilogrammes, ce qui correspond selon les estimations à 450-550 kilogrammes d'explosifs et est nettement plus élevé que les drones et les petits missiles de croisière ukrainiens utilisés jusqu'à présent, selon l'expert militaire et en sécurité Fabian Hoffmann dans son blog "Missile Matters (source en allemand)".
La vitesse finale élevée, combinée au poids important du Flamingo, permet à l'ogive de pénétrer plus profondément dans la cible avant d'exploser, ce qui augmente considérablement la puissance de destruction.
D'autre part, la grande charge explosive permet un rayon d'action létal nettement plus grand : alors qu'il est d'environ 21 mètres pour les cibles fortement fortifiées comme les bâtiments en béton, il atteint environ 38 mètres pour les structures plus souples comme les installations de raffinage, selon Hoffmann.
Avec le "Flamingo", les forces armées ukrainiennes attaquent des cibles situées profondément en Russie, comme par exemple une usine située à plus de 1 300 kilomètres de là, à Votkinsk, en février 2026. Selon les rapports, la Russie produit des missiles Iskander dans cette ville industrielle située près de la ville d'Ijevsk.
L'Ukraine et l'Allemagne lancent la production conjointe de drones kamikazes d'une autonomie de 1 500 km - Pistorius
« [...] [Pistorius] a ajouté que, s’ils étaient déployés à grande échelle, ces drones seraient capables non seulement de détruire des cibles militaires, mais aussi de neutraliser efficacement les systèmes de défense aérienne ennemis.
Outre l'assistance technique, Berlin cherche à s'intégrer davantage dans l'écosystème de défense ukrainien, notamment en rejoignant la plateforme d'innovation Brave1. La partie allemande manifeste un intérêt marqué pour les systèmes de gestion de combat ukrainiens et l'expérience unique des Forces armées ukrainiennes. M. Pistorius a souligné que Berlin continuerait à développer ce partenariat stratégique, car la production conjointe permettra d'associer la technologie allemande à l'expérience de combat ukrainienne afin de contrer efficacement l'agression russe. »
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