Google Groups no longer supports new Usenet posts or subscriptions. Historical content remains viewable.
Dismiss

La Francosphère

0 views
Skip to first unread message

Sen

unread,
Mar 27, 1998, 3:00:00 AM3/27/98
to

Que va-t-il advenir de la
Francosphère?


Memorandum
à tous ceux qui s'intéressent
à l'avenir des pays
qui ont la langue française en partage.


par
Gérard Bissainthe,
Professeur retraité de la City University of New York, CSI
Chevalier de l"Ordre des Palmes Académiques

"Sur ce territoire ... tous les hommes naissent, vivent et meurent
libres et français."
(Article 3 de la Constitution du 8 juillet 1801 promulguée par le
Gouverneur Général de Saint-Domingue, le Noir, ancien esclave,
Toussaint Louverture)

"C'était une grande faute que d'avoir combattu Toussaint Louverture.
J'aurais dû m'allier à lui....Mais je suivais alors les conseils de
mes ennemis politiques, les Royalistes, qui en réalité recherchaient
ma perte."
Napoléon Bonaparte

"Chaque fois qu'il faudra choisir entre l'Europe et la grand large, je
choisirai le grand large."
Winston Churchill

"Je suis de retour en France après de longues années d'absence. On
m'avait dit que la France était en train de s'engager dans l'Europe.
Je pensais venir assister à un mariage. Un mariage c'est normalement
la fête et tout le monde est content. Mais ici tout le monde est
triste; je ne vois que des drames partout. J'ai plutôt l'impression
d'assister à un enterrement."
Un inconnu rencontré dans le train en France

"Soyez réalistes: demandez l'impossible."
Graffiti de Mai 68

"Français, réinventez-vous un rêve !"
Stephen Kaplan, Professeur de Civilisation
à Cornell University


*****************************************************************


je suis moi aussi concerné.
Si j'interviens aujourd'hui pour donner mon point de vue sur les
problèmes actuels de la France, c'est parce que j'estime que je suis
moi aussi concerné. De nationalité haïtienne, j'évolue depuis ma
naissance dans un environnement fortement marqué par tous les apports
de la France qui s'associent, en général harmonieusement, mais parfois
aussi de manière conflictuelle, avec ceux de l'Afrique, comme aussi
avec ceux de l'Amérique du Nord et ceux de l'Amérique Latine. Ces
apports français sont d'une importance majeure dans mon pays; je
pourrais même dire qu'ils sont dominants dans toute la mesure où notre
éducation, qui, nous le savons tous, nous forge une sorte de seconde
nature, se fait et s'est toujours faite depuis notre naissance en tant
que nation indépendante, avec des outils et des ressources culturels
et technologiques qui nous viennent d'abord de la France. Dans ce
sens, nous, Haïtiens, nous ne sommes pas seulement des francophones,
puisque nous n'avons pas "en partage" seulement " la langue
française", mais tout ce qui fait le fond même de la France: sa
culture et mieux même: son destin; nous sommes, que vous le voulons ou
non, des franco-haïtiens.

L'Histoire plus puissante
que la géographie
Les pays aujourd'hui français ou autrefois français constituent, en
effet, par la force des choses et d'abord par la force de l'histoire,
toujours plus puissante en soi que la géographie, une sorte de grand
ensemble informel mais en fait intimement lié, qu'on pourrait appeler
la "Francosphère". Cette Francosphère c'est la France en tant
qu'ensemble informel planétaire: on la retrouve à Pondichéry comme à
l'île de la Réunion, voire même à l'île Maurice; on la retrouve au
Québec, au Sénégal, en Haïti, à la Guadeloupe. Elle est si vivace que
les Haïtiens de la "Diaspora haîtienne" des Etats-Unis, une communauté
de plus d'un million et demi de femmes et d'hommes qui quasiment tous
aujourd'hui maîtrisent l'anglais, publient depuis des décennies trois
hebdomadaires qui sont tous les trois en langue française; et aucune
publication haïtienne en langue anglaise ou même en langue créole n'a
jamais pu réussir dans la république étoilée. Cette Francosphère est
faite de ceux qu'on pourrait d'une part les Français de l'Hexagone et
d'autre part les Français du Grand Large.
La Francosphère a, qu'on le veuille ou non, un destin commun. Autant
le reconnaître tout de suite pour éviter des aventures et des errances
inutiles. C'est en fait parce que les responsables de l'Hexagone n'ont
pas jusqu'ici accordé assez d'attention à la globalité du "problème
français" que ce problème n'arrête pas de s'aggraver et paraît
aujourd'hui quasiment insoluble. Les gouvernements se succèdent à
Paris et la crise devient chaque jour plus aiguë. La France du Grand
Large n'est pas mieux lotie: d'Haïti où règne aujourd'hui la chaos
dans un bateau qui, le Monde Diplomatique le reconnaissait dans son
édition d'Octobre 1997, est en train de couler, à l'ex "Congo Brazza"
où un régime instable chasse un autre régime instable, le dénominateur
commun des pays autrefois français semble bien être le marasme
politique et économique.

Pour une Francosphère structurée,
solidaire et synergique.
La véritable cause de ce marasme que confronte aujourd'hui aussi bien
la "France Hexagonienne" que la "France du Grand Large", ne
serait-elle pas précisément le fait que ces deux entités qu'une
histoire, violente il est vrai --mais ce n'est qu'à l'époque moderne
qu'on a inventé l'accouchement sans douleur-- a en quelque sorte
forgées l'une pour l'autre, n'arrivent pas à comprendre que l'une sans
l'autre est incomplète et qu'elles seront toutes les deux équilibrées,
épanouies et heureuses seulement lorsqu'enfin elles se réconcilieront
pour faire ensemble, la main dans la main, route commune vers l'avenir
dans la liberté, l'égalité et la fraternité ? N'est-il pas aujourd'hui
nécessaire que ces morceaux épars de francité, dispersés à travers la
planète et qui se retrouvent dans mille et une formules d'associations
aux sigles compliqués et variés, se résignent a constituer une
structure bien définie qui leur permette enfin de travailler
harmonieusement et efficacement ensemble? Ne faut-il pas créer
aujourd'hui aujourd'hui une Francosphère structurée, solidaire et
synergique ?
Pourquoi n'y sommes-nous pas encore arrivés ? C'est, semble-t-il bien,
essentiellement la faute au centre de cette Francosphère, la France
Hexagonienne. Le projet d'une France planétaire; multipolaire a connu
deux échecs sérieux, qui sont dus en fait à deux des plus grands
hommes de l'histoire de la France.
Le dernier échec de la Francosphère
Je commence par le plus récent. En 1958, le Général de Gaulle décide,
de guerre lasse, d'accepter et d'institutionaliser en quelque sorte la
décolonisation. Il propose à l'Afrique un référendum qui permettra la
constitution d'une "Communauté Française" d'Etats libres et associés.
Né dans une Haïti qui a conquis son indépendance depuis 1804 et qui ne
l'a jamais regretté, je n'avais personnellement pas aimé les termes du
référendum proposé par de Gaulle, un homme dont, par ailleurs,
j'admirais cet amour entier qu'il portait à son pays et le souci qu'il
avait de préserver son indépendance et de travailler à sa grandeur. Je
fréquentais alors le groupe parisien de "Présence Africaine" dont le
Secrétaire Général, Alioune Diop, était un ami personnel. Je pris
contact avec Alioune et d'autres membres du groupe et comme quelques
uns d'entre eux partageaient mes préoccupations et mes désaccords, une
réunion fut décidée pour discuter du référendum à l'Ambassade d'Haïti.
Assistèrent à cette réunion: l'Ambasadeur d'Haïti, le docteur Jean
Price-Mars, qui avait été nommé récemment président de la Société
Africaine de Culture, Alioune Diop, Hazoumé du Dahomey, Jacques
Rabémananjara de Madagascar, Aimé Césaire et quelques autres Africains
qui intervinrent peu dans le débat. A un moment Hazoumé rapporta le
fait suivant: Léopold Senghor, nous dit-il, avait demandé un
rendez-vous au Général de Gaulle pour lui proposer quelques
changements aux termes du referendum. Le jour où il se présenta à
l'Elysée, le Général de Gaulle le reçut à la porte de son bureau et
lui dit sèchement: "Monsieur Senghor, bonjour! Vous venez donc me voir
pour le référendum. Je dois vous dire tout de suite que c'est à
prendre ou à laisser!" Le dialogue n'alla pas plus loin. Je me
rappelle la réflexion d'Hazoumé: "Si cela m'était arrivé à moi, je
serais allé aussitôt devant mon peuple pour le mettre au courant de ce
camouflet!"
Rabémananjara et Césaire rejetaient les termes du référendum et
votèrent contre. On connaît la suite: on finit par mettre sur pied une
"Communauté" dans laquelle la Guinée avait d'entrée de jeu refusé
d'entrer. L'expérience guinéenne fut loin d'être une réussite. La
Communauté elle-même fit long feu; l'une après l'autre les nouvelles
nations africaines y entrèrent et en sortirent. A cause du refus de
Gaulle de discuter avec Senghor, une chance a très probablement été
perdue d'arriver à un compromis qui eût tenu compte des aspirations
profondes des peuples africains; et cette Communauté Française
existerait peut-être encore aujourd'hui. Il n'est pas impossible
qu'alors Haïti eût souhaité y rejoindre la France et les frères
d'Afrique pour fonder une grande famille libre, unie et fraternelle.

Le premier échec de la Francophère
Car --et nous arrivons au premier échec dramatique du projet d'une
France planétaire; multipolaire-- c'était l'idée même de ce grand
précurseur que fut Toussaint Louverture.
Rappelons quelques faits. La Révolution de 89 a éclaté et s'est donné
pour objectifs d'établir dans la France et dans le monde la liberté,
l'égalité et la fraternité. Saint-Domingue est à l'époque la plus
belle et la plus prospère des colonies françaises, rapportant à elle
seule à la France plus que toutes les autres colonies réunies. Petit à
petit sur cette terre française d'outre-mer un homme émerge: grand
chef de guerre, grand administrateur, il gravit succesivement tous les
échelons du pouvoir. C'est un ancien esclave; il s'appelle Toussaint
Bréda, dénommé Louverture, parce qu'il fait partout devant lui
l'ouverture. Dans la rivalité qui oppose la France, l'Angleterre et
l'Espagne pour la possession du pactole domingois, il a opté pour la
France, parce que, contrairement aux autres chefs de bande rebelles
qui se sont réfugiés dans les montagnes de l'île et passent leur vie à
défendre leur liberté personnelle ou celle de leurs groupes, Il s'est
fixé pour but de libérer tout son peuple. Il se dit que la Révolution
Française est arrivée à point nommé pour lui permettre d'atteindre ce
but. Il ne se fait cependant aucune illusion; avant Mao il aurait
volontiers écrit: "La liberté est au bout du fusil." S'il en était
besoin d'ailleurs, un Délégué francais de la Métropole était venu à
Saint-Domingue et avait distribué des armes aux esclaves qu'ils
venaient de libérer au nom de la France en leur disant: "Ne vous
laissez jamais prendre ce fusil des mains. C'est la garantie de votre
liberté." Il s'appelait Sonthonax. C'était en 1793. Toussaint est
inflexible sur deux points: Saint-Domingue devait jouir d'une pleine
autonomie, mais en même temps elle devait rester associée à la
Métropole française par des liens étroits. Il se rend compte, en
effet, que les Français métropolitains avaient à l'époque en quelque
sorte le monopole du savoir et du savoir-faire sans lesquels aucune
écomomie ne peut réussir. Son rêve était que Saint-Domingie devienne
une sorte de micro-France libre mais reliée à la Métropole. Le 8
juillet 1801 devenu Gouverneur Général de Saint-Domingue, il promulgue
une Constitution qui stipule dans son article 3 que "sur ce
territoire... tous les hommes naissent, vivent et meurent libres et
français." La France d'Outre-mer, la vraie, la France du Grand Large,
non une "dépendance" de la France Hexagonienne venait d'être conçue.

l'aboutissement normal et ultime
de la Révolution Française
C'était en quelque sorte l'aboutissement normal et ultime de la
Révolution Française: si la France Hexagonienne était la Mère de cette
Révolution, Saint-Domingue libre en était la Fille aînée. Il restait à
élargir cette famille: inviter à y entrer les autres peuples colonisés
qui tous voyaient dans le succès de cette Révolution de 89 le début
d'une grande ère de liberté pour tous les hommes. La France prenait
hardiment la tête de la Révolution Mondiale, se mettait à bousculer
partout les tyrans, aidait et participait à la naissance de petites
"France" libres en quelque sorte, en rappelant d'ailleurs au besoin
que "France libre" est presque une tautologie, puisque le mot France
est issu du vocable germanique "franc" qui veut dire "libre".
Saint-Domingue restait une terre française. Toussaint d'ailleurs
s'empressa d'aller libérer au nom de la France la partie orientale de
l'île, aujourd'hui la République Dominicaine, et d'y proclamer
l'abolition de l'esclavage. Cette situation était presque idéale: la
"France, mère des arts, les lettres et des Lois"
assurait la présidence effective et devenait la "pédagogue" d'un
ensemble intercontinental dont elle pouvait tirer, avec des formules
de complémentarité, de synergie et de partenariat, de multiples
avantages géopolitiques, économiques, culturels. Primus inter pares,
premier parmi des pairs, l'Héxagone pouvait mener sans écraser,
diriger sans subjuguer, s'imposer par le poids de ses compétences et
de ses ressources dans une francosphère où toutes les énergies
pourraient se libérer, s'épanouir, donner leur mesure, avec seulement
"le ciel pour limite".

"Une de mes plus grandes erreurs politiques a été de combattre
Toussaint Louverture "
Mais le génie de Napoléon sans doute sommeillait. Il ne comprit pas
tous les avantages de la nouvelle situation créée par Toussaint
Louverture et il décida en fait sinon de tuer dans l'oeuf la vraie
"France d'Outre-Mer", du moins d'en arrêter net la gestation. A
Sainte-Hélène il le regrettera amèrement et avouera, ainsi que le
rapporte le "Mémorial de Sainte-Hélène": "Une de mes plus plus grandes
erreurs politiques a été de combattre Toussaint Louverture au lieu de
m'allier à lui. Mais malheureusement je me laissais influencer par
ceux qui étaient en fait mes ennemis politiques, les Royalistes, et
qui en fait recherchaient ma perte."
Napoléon envoya une formidable expédition militaire, la plus
importante de tous les temps, pour combattre Toussaint et rétablir
l'esclavage à Saint-Domingue. Toussaint, sans doute ulcéré de voir
s'évanouir son rêve d'un Saint-Domingue libre, uni à la France, dut
déposer les armes après une résistance héroïque et dramatique. Sans se
méfier il se rendit un jour à une entrevue avec un délégué de la
France qui lui avait donné sur l'honneur toutes les assurances sur sa
sécurité. Il fut traîtreusement arrêté. Déporté en France, il mourut
de privations et de froid au Fort de Joux dans le Jura. Son lieutenant
Dessalines, devant l'échec du projet de son chef et de son aîné
d'édifier un Etat domingois, lié à la France, opta, puisqu'on ne lui
laissait pas le choix, pour la solution radicale de l'indépendance
totale de Saint-Domingue qui devint la République d'Haïti.

Des conséquences catastrophiques
Les conséquences de la décision de Napoléon de faire échec à Toussaint
Louverture furent littéralement catastrophiques. Elles sont résumées
dans l'extrait suivant d'une conférence donnée à Paris à la Maison de
l'Amérique Latine, le 7 décembre 1981, par le docteur Paul Couturier:
"Sur le plan militaire:
Bonaparte sacrifia au total 60.000 officiers et soldats d'élite ...
(héros du Caire, de Saint jean d'Acre, des Pyramides, de Marengo) qui
lui eussent été précieux pour la suite (en Espagne et en Russie)...
sans compter des milliers de victimes civiles supplémentaires chez les
Dominguiens, déja ancestralement saignés à blanc.
Sur le plan économique
La privation du grenier colonial haïtien alimentant alors les 3/4 du
commerce extérieur français portera un coup terible à la prospérité de
l'Empire.
Sur le plan politique enfin
Les conséquences seront incalculables: la France possédait alors
l'immense et fertile Louisiane, colonisée depuis 1673 par Joliet et
Marquette, puis par Cavelier de la Salle en 1682, terre française
ayant pour capitale la Nouvelle Orléans depuis 1772, contrée riche
avec ses immenses champs de canne à sucre et de coton depuis le
Mississipi jusqu'à la Floride. Grâce à la tête de pont de
Saint-Domingue, Bonaparte pensait pouvoir fortifier et assurer
définitivement cette Louisiane convoitée par les jeunes Etats-Unis
d'Amérique, indépendants depuis 1776... et par les Anglais qui
venaient de perdre leurs 13 colonies d'Amérique du Nord.
Le désastre français progressif à Saint-Domingue rendra inévitable et
nécessaire l'abandon de la Louisiane, désormais indéfendable et
inexploitable. Ce bradage du 30 avril 1803 pour seulement 30 millions
de francs... sera la fin du "Rêve américain" du futur empereur."
Déchu, il en gardera remords jusqu'à Saint-Hélène."

Ils n'arrêtent pas de se rencontrer
en mille sous-bois
Mais en quoi tout ce passé nous intéresse-t-il aujourd'hui ? En ce
qu'il éclaire lumineusement le présent. Il est un fait que la France
veut entretenir des relations aussi étroites que possible avec ses
anciennes colonies, pour la raison très simple, que la France a besoin
de ces anciennes colonies, autant que ces anciennes colonies ont
besoin de la France. Mais ces deux parties qu'on peut appeler la
France Hexagonienne et la France du Grand Large ne se rend compte que
confusément à quel point l'une a besoin de l'autre. La preuve en est
ces mille et une organisations qui tentent de structurer, d'harmoniser
et de concrétiser des liens multiformes, variées jusqu'à l'infini,
entre ces deux France complémentaires. Un peu comme deux conjoints qui
se sont brouillés, ont rompu et n'arrêtent pas néanmoins de se
rencontrer en mille sous-bois au lieu de se décider à se remettre
ensemble pour de bon une fois pour toutes. Réunis autrefois par la
force des choses ou même plus simplement par la force, ils se sont
ajustés l'un à l'autre, ont dévéloppé des affinités, des réflexes
communs, une culture commune, toutes choses qui sont essentielles pour
la réussite d'un travail en équipe. Il en résulte que la France
engagée dans une crise qui semble bien être d'une ampleur sans
précédents avec ses millions de chômeurs, ses élites qui se marchent
sur les pieds dans un Héxagone exigu, sera planétaire et multipolaire
ou elle ne sera pas.

Une Europe impériale
inévitablement sous égide germanique
Aujourd'hui l'Hexagone se frappe la tête contre tous les murs d'une
Europe qui se présente comme le remède miracle aux nombreux maux de
ses participants. Elle ne se rend pas compte que l'Europe en tant que
grand ensemble, malgré les grands discours et les grandes
démonstrations théoriques, est un projet anachronique, rétrograde et
auto-destructeur. Autant le projet d'une France élargie dans une
France du Grand Large est un projet qui depuis longtemps aspire à
l'existence, une création nouvelle, inédite, capable de faire franchir
enfin à la France une étape qualitative qui lui assure la maîtrise de
l'avenir, autant le projet européen est du réchauffé, la résurgence
d'une vieille obsession impériale et impérialiste qui depuis la chute
de l'Empire Romain n'a cessé de hanter l'imagination et d'exciter les
ambitions de tous les grands conquérants occidentaux de Charlemagne à
Napoléon, puis Hitler. Liée à une perspective et à une épure de
conquête, on ne voit pas trop ce que l'Europe peut apporter aux
nations européennes, sinon de les grouper sous l'égide, l'inévitable
hégémonie de l'une d'entre elle, qui sera en l'occurence plutôt
l'Allemagne que la France. C'est pour cela que l'Angleterre, toujours
réaliste, choisit de ne s'engager dans cette aventure que sur la
pointe des pieds. Elle a très bien compris que l'ère des empires est
terminé et le Premier Ministre Tony Blair a déclaré urbi et orbi que
l'ambition de l'Angleterre n'était plus "d'être la plus puissante,
mais seulement la meilleure". On feint d'oublier la parole de Winston
Churchill, le plus anglais des Anglais de ce siècle: "Chaque fois
qu'il faudra choisir entre l'Europe et la grand large, je choisirai le
grand large." A la limite on peut même se demander si l'Angleterre
n'entre pas dans l'Europe pour assurer une tête de pont à son grand
fils d'outre-mer, les Etats-Unis. De toutes façons lorsque tout
récemment l'Union Européenne a voulu se tenir à l'écart du dernier
épisode du conflit du Golfe Persique, Tony Blair, qui assure pourtant
actuellement la présidence de cette Union Européenne, est allé, sans
hésiter une seule seconde et surtout sans états d'âme, se ranger aux
côtés de Bill Clinton. On ne voit vraiment pas trop quel langage plus
clair l'Angleterre pourrrait employer pour faire comprendre poliment à
la France d'abord et aux autres membres de cette Europe en
construction qu'elle ne répond à leurs invitations que pour respecter
les convenances imposées par le bon voisinage. Elle a le coeur
ailleurs, parce que ses vrais intérêts sont ailleurs: le projet
européen ne pourra jamais lui apporter ce qu'elle peut légitimement
attendre d'une alliance naturelle avec son "Angleterre-du-Grand-Large"
à elle qui est l'Amérique.

le triste engagement européen
Il est frappant d'ailleurs qu'en réalité le projet de l'Europe
n'emballe réellement personne. La France entre dans l'Europe comme
entre penaudement en religion un novice sans qui n'a pas la vocation.
Les "leaders" ont dit à la base que c'est bien; eh bien! ce doit être
bien. Au point où on en est, on peut bien maintenant essayer tous les
remèdes. Pour le moment la méthode Coué joue très fort. Fermez les
yeux, convainquez-vous que le soleil va se lever. On ouvre de temps en
temps les yeux, il fait toujours nuit; mieux: il fait même de plus en
plus nuit, mais cela ne fait rien. En attendant on s'endort en rêvant
des lendemains européens qui finiront bien par chanter.
La genèse même du dernier avatar de l'Europe impériale explique son
inadaptation aux vrais problèmes de l'heure. Fondamentalement la
nouvelle Europe prétend construire une Forteresse économique et
politique du côté oriental de l'Atlantique pour essayer de faire pièce
à la puissance américaine qui se dresse fière et efficace sur l'autre
rive de l'Atlantique et qui a l'air de tout entraîner après elle. Au
lieu de chercher les vraies raisons de la force des Etats-Unis et,
ainsi qu'on fait en toute bonne guerre, de "copier" l'armement de
l'adversaire qui s'est révélé supérieur, en vue d'arriver au moins à
ne pas se laisser "écraser" par lui, la France opte pour la stratégie
défensive et desespérée du repli sur soi: elle forme le carré et
invite ses voisins à se joindre à elle, pour sauver ce qui peut être
sauvé. Les jolies motivations ne manquent pas: la civilisation
occidentale serait en jeu, en oubliant que l'Amérique elle-même n'est
rien d'autre qu'une extrapolation de l'Europe, qui s'est débarrassée
de tous les impedimenta qui empêchaient et empêchent encore l'Europe
d'avancer. Cette nouvelle Europe qu'on propose, qui ne peut décemment
se donner en plein XXe siècle des objectifs impérialistes, comme le
faisaient les Europes précédentes, en est réduite à être purement et
simplement une Europe dernier carré de Waterloo, une Europe-Montségur,
pour ne pas dire une Europe chant du cygne. Les jeunes Européens sont
aussi tristes que les fossoyeurs de Nietzsche qui allaient enterrer
Dieu.

les bases de la force américaine
Qu'est-ce qui fait la force de l'Amérique et dont la France devrait
s'inspirer ? Avant tout et par dessus tout deux facteurs constituent
essentiellement les bases de la puissance américaine.
Le premier est son système universitaire qui lui permet de réduire au
minimum les "déchets" ou les "rejets". En face le système français
semble être une machine faite pour fabriquer des "déchets" donc des
"ratés", qu'inconsciemment on croit indispensables à la production de
belles "élites". Autant l'université américaine essaie de donner à
tous ceux qui la fréquente confiance en soi, autant l'université
française s'assigne presque pour but de convaincre la majorité de ses
étudiants qu'ils sont des médiocres, puisqu'ils ne sont pas des
génies. Les rescapés du système français, petite élite triée sur le
volet, prennent souvent un malin plaisir à souligner ce qu'ils
appelleraient bien la complaisance du système américain qui essaie de
faire une place à presque tout le monde --en oubliant qu'après tout
c'est bien le but de la démocratie: le maximum de biens au plus grand
nombre--. Quoi qu'il en soit, sil faut juger les arbres à leurs
fruits, "l'élitisme français" qui génère chômage, mentalité
d'assistés, manque de confiance en soi, pessimisme pour ne pas dire
défaitisme ne fait pas le poids devant ce qu'on pourrait appeler le
"populisme académique" américain qui insuffle confiance en soi, esprit
pionnier, imagination, dynamisme. Sans oublier le fait qu'un système
de sélection, qui existe aussi en Amérique, mais à l'arrivée en
quelque sorte plutôt qu'au départ, lui permet d'avoir des institutions
d'enseignement supérieur d'où sortent des femmes et des hommes qui en
fait mènent le monde. Tant vaut l'université tant vaut la nation. La
première réforme qui s'impose en France est une refonte sérieuse et
radicale de tout son système d'enseignement supérieur.
L'autre raison de la force américaine est que les Etats-Unis,
probablement plus que toute autre nation au monde, donnent à ses
citoyens la possibilité d'exploiter au maximum leurs ressources
personnelles. En France nombre de Français n'ont pas de possibilité de
donner leur mesure et demeurent des citoyens de seconde zone, dont
l'impact est quasi nul dans la vie politique ou dans les sphères
élevées de l'économie. Alors que, par exemple, l'Hexagone compte bien
au moins six millions de citoyens non blancs (soit environ un dixième
de sa population), on ne les voit pratiquement nulle part ou si peu
dans les cadres politiques ou même là où en général partout ailleurs
ils font facilement leur place, à savoir dans le monde des spectacles.
Ils percent seulement dans le domaine des sports où il est
littéralement impossioble de les cacher. Alors de deux choses l'une:
ou ces non-blancs n'ont pas assez de dynamisme pour s'imposer et c'est
une condamnation du système qui les a formés ou ce système ne leur
donne pas assez de chances et c'est encore un plus grave échec pour ce
système qui est responsable d'un manque à gagner considérable pour
l'Hexagone.
En face l'Amérique est comme un char qui gagne la course, parce ses
chevaux sont dans l'ensemble mieux soignés et que tous sont mieux
placés dans l'attelage. La France a des pans énormes de sa population
dont les ressources sont totalement inexploitées. Le résultat est que,
par exemple, dans le domaine de la musique les Noirs américains très
souvent mènent le jeu et contribuent éminemment à la propagation à
l'échelle mondiale de la musique et par là de la culture américaines,
alors que les Noirs de France en sont réduits souvent à copier
aujourd'hui un rap américain vieux au moins de deux décennies. Les
Noirs de France, comme d'ailleurs tous les autres Français, copient,
mais ne créent pas ou plus. J'aurais presque envie de pasticher ce que
Pierrefite écrivait de la Chine: "Quand la France se réveillera, elle
étonnera le monde!" Pour le moment elle dort.
Dures vérités! Je sais que le Français n'aiment pas les entendre. Il
aime mieux l'infirmier qui lui cache sa maladie que le médecin qui lui
dit nettement de quoi il souffre. On préfère en France la politique de
l'autruche. Et puis qui peut donc s'arroger le droit de critiquer la
"nation la plus intelligente du monde" ? Ou une personne de mauvaise
foi ou une personne de mauvaises manières. Si je fais remarquer
qu'après tout moi, Français extra muros, je suis dans le même bateau
que les Français intra muros, parce que ce bateau embarque tous ceux
qui parlent la même langue et sont tributaires de la même culture,
parce que ce bateau, lui, emmène tout le monde sans discrimination; si
je fais remarquer que ce bateau est en train de couler et que son
moteur est bloqué, c'est tout juste si on me dit pas: "De quoi vous
mêlez-vous donc ? Cordonnier, pas plus haut que la chaussure!
Critiquez la semelle de la chaussure; restez même à la rigueur en
dessous de la ceinture, mais n'allez surtout pas à la tête. Ce qui se
passe dans la tête, monsieur, c'est le "fardeau de l'homme blanc." Si
j'insinue qu'après tout dans le débat pratique sur l'avenir de la
Francosphère qui se posait en 1802, c'est l'ancien esclave noir quasi
analphabète, Toussaint, qui avait raison et non le grand général blanc
qui avait fait une prestigieuse école militaire, Napoléon, on risque
bien de me dire: "Un blanc peut bien se tromper dans le passé, jamais
dans le présent!" Comme toutefois je constate que le bateau continue à
prendre eau, avant la noyade générale, je tiens à pousser quelques
derniers cris.
La Francosphère est malade. Comment la soigner ? De Gaulle avait une
qualité remarquable: il avait le courage de prendre de grandes
décisions, lorsqu'elles s'imposaient, quitte d'ailleurs à mécontenter
tout le monde (et souvent moi compris). Mendès-France avait aussi ce
don qui fait les grands chefs. Dans le cabinet actuel, je vois un
ministre, Claude Allégret, qui est capable d'affronter tranquillement
l'impopularité pour s'attaquer à un problème majeur.
Se trouvera-t-il dans le gouvernement de la France des femmes et des
hommes qui seront prêts à aller jusqu'au bout des choses? Le Premier
Ministre Lionel Jospin "fait sérieux et honnête"; c'est beaucoup en
politique. Il ne semble pas manquer de force d'âme. Sera-t-il l'homme
providentiel qui saura prendra les mesures qui s'imposent
impérativement pour permettre au bateau de la France de mettre le cap
sur la bonne direction? Peut-être voudra-t-il assumer cette haute
mission.
Madame Martine Aubry a de l'imigination, du punch; reste à souhaiter
qu'elle ait de l'ambition, beaucoup d'ambition, car avec toutes les
cordes qu'elle a à son arc, elle peut faire mouche un jour au niveau
le plus élevé de la politique. Il faudrait pour cela qu'elle refuse
les missions impossibles et sache ouvrir des sentiers vraiment
nouveaux sans trop se laisser guider par les cartes d'état-major déjà
établies.
Il y a aussi les autres. Ceux qui se méfient de l'Europe et même la
combattent, plus ou moins ouvertement, plus ou moins à visière levée:
Chevènement, Seguin. Ils oublient qu'on ne détruit que ce qu'on
remplace et ils n'ont encore proposé aucune formule de remplacement de
cette Europe phagocytaire. Il leur reste d'avoir le courage de dire:
"Laissons la France accoucher de la plus grande France dont elle est
grosse. La France n'est pas obligée d'aller se diluer dans l'Europe.
Il faut aujourd'hui enfin propulser le deuxième étage historique de la
fusée France. Entre le cercle élitiste, étroit, fermé, nombriliste de
l'Europe et le vaste club ouvert, aéré, aux mille facettes et aux
mille ressources de la France du Grand Large, choisissons la France du
Grand Large. Disons à nos jeunes Hexagoniens qui s'étiolent dans
l'oisiveté ou sont prêts, pour libérer leurs énergies, à casser une
société qui distille l'injustice, le défaitisme et l'ennui et dont les
horizons leur paraissent cruellement bouchés: "Allez vers le sud,
garçons et filles; ou le sud de vos villages qui se meurent et qui ne
demandent qu'à revivre; ou le sud des pays de la faim que votre savoir
et votre savoir-faire pouront aider à faire fructifier et exploser."
Lorsque j'enseignais le français dans une école huppée des environs de
Paris il y a maintenant très longtemps, j'étais un jour scandalisé de
constater que quelques uns de mes élèves ne songeaient pas à profiter
de la chance pour moi extraordinaire qu'ils avaient d'avoir un accès
facile à l'instruction, alors que je revenais d'Haïti où les jeunes
avaient une véritable fringale d'apprendre et les plus pauvres
allaient se mettre sous les réverbères de la rue pour pouvoir étudier
jusque très tard dans la nuit. Un jour n'y tenant plus j'éclatai et
leur fis un véritable sermon sur leur insouciance et leur
inconscience. "Mais allez donc voir, leur disais-je, ce qui se passe
en Haïti, mais allez donc voir ce qui se passe à Cuba!" Ils
m'écoutèrent, je dois le reconnaître avec un silence religieux. Puis
l'un d'eux finit par me dire: "Que voulez-vous? Nous sommes des fins
de race!" Je protestai énergiquement contre cette déclaration. Mais
aujourd'hui, près de trente ans après, je me demande si ce jeune
n'avait pas raison. Je me le demande; mais je n'ai pas encore trouvé
la réponse.

Les valeurs républicaines
Il est frappant qu'aujourd'hui tout le monde se remet à parler de la
République; 89 revient à l'ordre du jour. On se plaint de la
disparition des vertus républicaines et on veut les faire revivre. Or
la France de la décennie 1990 ressemble assez curieusement à la France
de la décennie 1790, tourmentée par ses problèmes internes, mais aussi
harcelée par ses problèmes externes: il faut aujourd'hui encore
consolider les bases de la République, mais il faut aussi savoir ce
qu'on va faire de tous ces "Français virtuels" qui autrefois étaient
dans les colonies, mais se trouvent aujourd'hui aux portes de
l'Hexagone. Comme on n'est pas arrivé, pendant deux cents ans à les
aider à construire des "chez soi" habitables, ils viennent aujourd'hui
dans les rues, dans les salles d'attente des mairies de France
présenter la facture de la colonisation ou de la
décolonisation-mal-faite. On essaie de les renvoyer "chez eux"; mais
de "chez eux" ils n'en ont plus vraiment. Qu'on les mette à la porte
ou qu'on leur ferme la porte au nez, ils reviendront par la fenêtre,
par toutes les fenêtres de la France ou de l'Europe qu'on ne pourra
jamais surveiller efficacement nuit et jour. On a presque envie de
dire: l'Hexagone les a sur le dos et il ne l'a pas volé. Tôt ou tard
tout se paie. Personne ne s'y trompe: l'Europe est aussi conçue pour
être un chateau-fort qui isolera les "nobles" des "manants" qui errent
dans la plaine. On oublie que les châteaux-forts deviennent des
bastilles et on sait ce qu'il est advenu de la plus célèbre d'entre
elles, le 14 juillet 1789.
Si gouverner c'est prévoir, il serait bon de se dire dès aujourd'hui
que, si on n'aide pas d'urgence et de manière sérieuse les pays de la
faim à se développer, tôt ou tard le nanti, tout nanti, où qu'il soit,
aura le pauvre sous-développé à sa porte, et il sera à juste titre
menaçant: on a souvent rendu son pays inhabitable; il vient réclamer
son droit imprescriptible à la vie.
Il y a une loi d'airain qu'il faut briser: les pays riches deviennent
de plus en plus riches et les pays pauvres deviennent de plus en plus
pauvres. Le "nouvel ordre mondial" que l'on préconise sous le nom de
"mondialisation" ou de "globalisation" ne vise en réalité qu'à
entériner, qu'à consacrer l'inéluctabilité de cette loi d'airain. Les
"ordres nouveaux" ont une très mauvaise histoire. On aura beau brimer
la révolte des pays de la faim avec des embargos-génocides, on aura
beau utiliser des armements modernes qui permettent de frapper en
limitant les risques humains dans son propre camp, demain devant le
déferlement des "barbares de la faim", la question va se poser
inévitablement aux instances responsables: de savoir si, pour arrêter
ce déferlement, ile ne faudra pas décimer ces femmes et ces hommes
bactériologiquement, chimiquement, génétiquement, atomiquement, toutes
formules de catastrophes qui sont déjà probablement à l'étude dans les
officines appropriées. A moins qu'on ne se décide enfin de les aider
sérieusement et efficacement à faire leur place au soleil.

les pompiers pyromanes
Il ne suffit pas d'effacer la dette des pays sous-développés, puisque
demain matin, au petit jour, ils vont de nouveau s'endetter, non par
irresponsabilité, comme on se plaît a le dire, mais parce qu'ils sont
prisonniers de la géo-structure infernale d'une économie moderne qui a
forgé et organisé leur dépendance. Les grands pompiers pyromanes de la
planète crée les conditions de la misère pour se donner après le
plaisir "humaniste" et "chrétien" et "démocratique" ou affublé de tous
les grands qualificatifs qu'on détourne de leur sens et qu'on
galvaude, d'aller soulager sectoriellement cette misère. Pourquoi donc
avait-on fait Bokassa ou simplement ne l'avait-on pas empêché, si ce
n'est pour pouvoir après faire des gorges chaudes sur l'infantilisme
nègre, justifier la pérennisation du "white man's burden" et se
présenter après en messie pour sauver ces "pauvre gens"?
L'Hexagone aussi joue ce jeu. Il est subtil. Si subtil que bien des
Hexagoniens, dans une parfaite bonne foi, ne s'en doutent même pas.
Parfois ils le découvrent seulement, lorsqu'ils accèdent aux hautes
sphères du pouvoir; se posent alors à eux le problème "moral" ou de
continuer à jouer ce jeu infernal ou de le dénoncer. Aucun haut
responsable de l'Hexagone ne l'a jusqu'ici dénoncé Dans les premiers
discours du gouvernement socialiste actuel, perçait une préoccupation
d'aller régler les problèmes de l'immigration galopante à sa source,
en aidant les pays d'où viennent les immigrés à sortir de leur
pauvreté, puisqu'un pauvre dans un pays sous-développé est toujours un
"boat people" en puissance. Cette idée s'est concrétisée dans une
offre d'une valeur de quatre mille francs à tous les immigrés qui
accepteraient le rapatriement. Ce plan est totalement irréaliste au
moins en ce qu'il prétend résoudre sur un plan purement individuel un
problème collectif.
Normalement on se serait attendu à une réforme totale de l'ancien
Ministère devenu Secrétairie d'Etat de la Coopération. Il n'y a rien
eu de la sorte. A une coopération qui sur le terrain est une
coopération de fonctionnaires il aurait fallu substituer une
coopération de "pionniers"; à une coopération trop souvent
"proconsulaire" et "néo-colonialiste" il aurait fallu substituer une
coopération réllement paritaire, synergique et créatrice.
Car la coopération dans sa formuile actuelle a déjà été condamnée même
depuis 1983 par une revue dont le moins qu'on puisse dire est qu'elle
n'a rien de contestataire: Paris-Match, aussi bien que par de nombreux
analystes venant d'horizons les plus variés qui soient. Les experts de
l''ONU ont déjà et depuis longtemps fait remarquer que sur chaque
dollar que dépense la coopération étrangère dans un pays assisté,
seulement 15 centimes profitent réellement à ce pays. La coopération
est trop souvent conçue comme une solution (en fait très mauvaise) aux
problèmes de chômage des pays donateurs. On s'attendait à ce que le
nouveau gouvernement prît l'initiative de proposer la "Coopération du
troisième millénaire". Elle ne l'a pas encore fait.

le sans-papier est
un prisonnier de guerre
L'idée même de rapatrier les sans-papiers est une parfaite illusion et
ne vise en réalité qu'à rassurer fallacieusement l'électorat de
l'Hexagone. On ne rapatrie pas un sans-papier: on le renvoie
provisoirement aux frais de l'Etat dans son pays d'origine; à la
limite ce sont des congés payés, car il reviendra tôt ou tard; et si
ce n'est lui ce sera son frère. Pour la simple raison qu'il n'a pas le
choix! Le sans-papier est comme un prisonnier de guerre: il a en
quelque sorte un devoir de soldat de sortir de l'univers
concentrationnaire que l'économie mondiale a créé chez lui. Dites-lui
seulement: au-revoir et à bientôt, car demain matin au chant du coq il
reviendra frapper à votre porte.
Les responsables de l'Hexagone ne s'en tireront pas, tant qu'ils
n'auront pas élaboré un PLAN GLOBAL pour enrayer une immigration
galopante qui, par les conditions déficientes et parfois cruelles
d'accueil qu'elle engendre est une insulte à la dignité des êtres
humains que sont les immigrés. Evidemment il est préférable pour eux
d'aller servir de soubassement au capitalisme d'une métropole en
s'acquittant de toutes les tâches dont les métropolitains ne veulent
pas, plutôt que d'aller pourrir dans un bidonville. Mais il n'y a rien
de glorieux pour une société à s'appuyer de manière quasi normale sur
ce genre d'exploitation. Or, de plan global, le seul qui soit sain,
respectueux des droits de la personne humlaine et en même temps
réaliste, est un plan de développement des pays du Sud qui ne soit pas
un plan de charité, mais un plan bénéfique pour le pays qui aide aussi
bien que pour le pays qui est aidé.

quinze pour cent de chômeurs
Or nous constatons que l'Hexagone en ce qui le concerne, souffre d'un
grave problème de chômage quinze pour cent de chômeurs c'est un cote
d'alerte avec laquelle il ne devrait pas être permis de plaisanter. Ce
problème est quasiment insolubre de manière interne. Réduire à
trente-cinq heures la semaine de travail ne va pas faire avancer la
production de biens ou de services qui seule génère des emplois. Cette
mesure peut facticement libérer des heures d'activité qui
nécessiteront de la main-d'oeuvre supplémentaire; mais tout cela n'est
que mathématique, alors que l'économie est une réalité dynamique: que
surgisse un seul entrepreneur inventif et énergique et voilà des
dizaines ou des centaines d'emplois de créés. A la vérité, ce qui
manque à la France d'aujourd'hui ce sont les conditions et les
structures qui favorisent le pionniérisme et l'esprit d'entreprise.
Sur ce point ce que qu'on pourrait appeler l'européanisme n'est que la
recherche du confort maximum dans un environnement familier et dans un
risque minimum. Mettre sur pied un grand ensemble "d'élite, sûr de lui
et dominateur" pour pasticher de Gaulle, ne créera en réalité qu'un
espace où des talents et des compétences ne pourront que se bousculer
et finir par se neutraliser.

le fardeau de l'homme blanc
Si le "white man's burden" n'a jamais été qu'une aberration et un
contresens historiques, il demeure que la complémentarité a été
l'élément fécondateur qui a toujours fait marcher le monde, à
commencer par l'union du couple de l'homme et de la femme. L'homme
blanc n'est pas investi d'une "mission civilisatrice"; il a seulement
toujours été acculé à chercher des terrains inexploités où il arrive à
déployer pour survivre son savoir et son savoir-faire. L'essaimage qui
a pris le nom de "colonisation" --un mot qui d'ailleurs au départ
n'avait rien de péjoratif-- a toujours été une nécessité empirique:
dès qu'une nation avait un surplus de main-d'oeuvre, en quelque sorte
une pléthore de sang, il lui fallait un exutoire, un déversoir. Les
saignées qu'étaient les guerres ne suffisaient pas à éliminer les
trop-pleins de l'humanité. Il fallait chaque fois un nouvel "espace
vital". Saint-Domingue fut ainsi le refuge de tous les fils de famille
sans rentes, de tous les aventuriers qui en avaient assez de se battre
pour des "territoires" et des "chasses gardées" qui de toutes façons
se raréfiaient et se rétrécissaient de façon dramatique dans un
Hexagone exigu. Victimes d'un ostracisme qui était ou économique ou
politique ou religieux, mais qui finalement portait blanc bonnet ou
bonnet blanc, les Hexagoniens ont ete forcés de quitter l'Hexagone.
L'homme blanc n'est jamais allé civiliser; il est allé exploiter pour
survivre; les hommes des autres couleurs ne faisaient d'ailleurs pas
mieux. Et lorsque l'homme blanc se plaît à faire remarquer que le
lendemain même de son départ, la pagaille s'installe dans les
"anciennes colonies", il oublie de mentionner qu'il ne ménage rien
pour que cette pagaille s'étale et se propage: embargos, contrats
léoniens, campagne en sous-main de destabilisation, et j'en passe.
L'essaimage est en soi inévitable; il est même économiquement
nécessaire. On l'appelle "colonisation" lorsqu'il se fait brutalement
en écrasant les autochtones; il sera "transfert de technologies",
lorsqu'il se fait de manière pacifique et même fraternelle. Pour
réussir et ne léser personne il doit être la rencontre harmonieuse,
complémentaire de deux besoins: un besoin de champ d'action pour
déployer un savoir ou un savoir-faire et un besoin de savoir et de
savoir-faire excédentaires aileurs pour développer un champ d'action.

une séquence de raisonnements
Voici en résumé une séquence de raisonnements et de propositions dont
la valeur semble bien s'imposer aujourd'hui:
1. La France regorge aujourd'hui de savoir et de savoir-faire, de
talents et de compétences pour lesquelles elle a crucialement besoin
de vrais débouchés.
2. Ce n'est certes pas dans l'espace européen qu'elle arrivera à caser
cette main-d'oeuvre excédentaire, puisque l'Europe elle-même souffre
aussi dans bien des cas de la même pléthore de savoir et de
savoir-faire.
3. L'Etat peut créer facticement des emplois pour les chômeurs de
l'Hexagone, mais ce sont des emplois qui ne sont pas générés par un
dynamisme économique; ce sont à la vérité des voies de garage.
4. Or en même temps l'Hexagone est envahi par des hommes et des femmes
sans emplois qui ont dû s'exiler, la plupart du temps, parce que leurs
pays mal développés ne leur offrent pas les moyens normaux de
subsistance.
5. Pour développer ces pays de la faim, ce qui fait essentiellement
défaut ce sont les connaissances technologiques ou les connaissances
tout court, avant les capitaux (car bien souvent les capitaux existent
mais ne trouvent pas de structures d'accueil opérationnelles).
6. Pourquoi donc ne pas offrir à ces jeunes de l'Hexagone la
possibilité d'aller dans des pays du sud mettre à l'oeuvre leur savoir
et leur savoir-faire qui pourront aider au développement de ces pays?
Qu'on ne dise pas que cette idée est chimérique, car pendant des
décennies ç'a été la justification et l'objectif de la "coopération"
et de "l'assistance" officielles, dont le seul défaut a été de se
baser sur le fonctionnarisme au lieu du pionniérisme.
7. Pour éviter que ces jeunes Hexagoniens ne finissent par créer dans
les pays d'accueil une nouvelle élite dominante, étant donné les
avantages et les atouts dont ils disposent, il faudrait en règle
générale s'arranger pour qu'ils s'associent avec des gens du lieu dans
des entreprises à buts lucratifs ou non lucratifs; une partie de
l'apport des jeunes hexagoniens pourra être précisement dans bien des
cas ce savoir et ce savoir-faire qui ne leur étaient finalement
d'aucune utilité pratique dans l'Hexagone.
8. Voici quelles seront pour l'Hexagone les retombées directes, à plus
ou moins long terme, de cette coopération formule nouvelle:
8.1. En aidant au dévéloppement des pays du Sud, en priorité ceux d'où
viennent l'immigration galopante, en principe donc les pays
francophones, elle aidera à la stabilisation économique de ces pays et
contribuetra à faire disparaître une des causes principales de ce
qu'on pourrait appeler l'exode massif méridional ou la ruée vers le
Nord.
8.2. Elle pourra aider à réduire de manière drastique le chomâge dans
l'Hexagone, surtout si cette nouvelle coopération a été lancée de
manière méthodique et dynamique. Au lieu de donner de l'argent à des
oisifs pour en faire des parasites élégants, on leur offre la
possibilité de devenir producteurs de biens ou de services et
d'assurer leur propre subsistance
8.3. Cette formule contribuera à augmenter la présence francophone
dans les pays du sud; présence qui comporte elle-même les retombées
économiques et culturelles qu'on connaît: vente de livres, de films,
de cédés et de tous produits en provenance des pays francophones, et,
par la force des choses, d'abord de l'Hexagone. Plus tard des "joint
ventures" fructueux pour tout le monde pourront se developper entre
l'Hexagione et les pays d'accueil.
8.4. Elle contribuera à changer l'image de l'Hexagone, trop souvent
percu comme otage d'un establishment néo-colonialiste, qui au bout du
compte ne recherche que ses seuls intérêts.
8.9. On aura fait la démonstration qu'un pragmatisme bien compris peut
très bien se concilier avec un certain altruisme que de plus en plus
tout le monde veut voir s'établir dans les relations individuelles et
collectives de notre planète. Un peu plus de deux siècles après 89 il
est grand temps que la fraternité, associée à la liberté et à
l'égalité, préconisée par cette révolution ne soit plus un vain mot.
Si on n'arrête pas de parler de restauration des vertus républicaines,
que ce ne soit pas seulement à l'usage interne de l'Hexagone, mais que
ce soit aussi à son usage externe en quelque sorte, puisque ce centre
hexagonien de la Francosphère a gardé avec les pays autrefois
colonisés des liens --et par là des responsabilités et des dettes à
tout le moins morales-- que plus rien ne pourra faire disparaître. Il
n'en faut pas beaucoup pour constituer ou reconstituer la grande
"famille française" internationale qui pourra réparer les erreurs du
passé et à entrer aussi, délibérement, généreusement et serainement,
dans la course pour être l'ensemble "sinon le plus fort du moins le
meilleur"?
9. Une jeunesse a besoin pour vivre d'un minimum de bien-être et de
dignité. Mais elle a profondément besoin aussi de buts, d'idéaux, de
dépassement de soi. Si elles ne les trouve pas, elle ira les chercher
dans la violence, dans les sectes religieuses ou politiques ou dans la
drogue. L'engagement dans cette coopération nouvelle peut répondre
dans une très grande mesure à ces aspirations, en permetant à des
jeunes d'être utiles à eux-mêmes tout en étant utiles aux autres.
10. Il va sans dire que cette coopération nouvelle devra être réalisée
dans un accord total et continu avec les responsables des pays
d'accueil.

une coopération enfin résolument paritaire et synergétique.
Qu'aura-t-on réalisé alors? Un rapprochement fondamental et profond
entre un Hexagone décidé à sauvegarder aussi bien la politique que la
"mystique" et les autres pays de la Francosphère qui n'auront plus de
mal à accepter une coopération enfin résolument paritaire et
synergétique. Petit à petit on édifiera cette France multipolaire,
multiculturelle qui est la seule qui pourra entrer de plain pied dans
le troisième millénaire.
Les responsables actuels de l'Hexagone doivent être bien conscients du
choix qui s'impose à eux et devant lequel ils ne peuvent absolument
pas se dérober:. ils sont devant un Rubicon. Et devant un Rubicon il
faut ou prendre la décision de le franchir ou licencier ses troupes.
Ou ils vont mettre sur pied une Europe dans la quelle la France va tôt
tard va se diluer et qui, si elle n'est pas finalement sans visage,
sera inévitablement à dominante germanique, —ce qui était après tout
l'objectif que Hitler voulait atteindre par d'autres moyens—; ou ils
décident de structurer une "Grande France" géopolitique avec les
autres membres de la Francosphère. Si d'ailleurs un minimum de
structuration européenne était demain inévitable, rien n'empêcherait
une entrée plus tard "en force" dans cette Europe qui ne serait plus
un carcan.

le dernier refuge de l'homme blanc
Maintenant voyons les choses en face. Si nous extrapolons, il est
incontestable qu'une Europe où la France viendrait se fondre, sera en
quelque sorte le dernier refuge de l'homme blanc, alors que la Grande
France au fur et à mesure qu'on avancera se bigarrera inévitablement
comme les Etats-Unis, très probablement le Canada, les pays de
l'Amérique Latine, tous les pays d'Afrique, y compris l'Afrique du
Sud. Mais cette Europe elle-même ne pourra rester monochrome pendant
longtemps: étant donné le caractère secret et imprévisible des
échanges sexuels dans les tumultueux brassages sociaux actuels
favorisés par la facilité croissante des déplacements, rien ne pourra
bientôt garantir à quelque niveau que ce soit la "pureté" raciale de
qui que ce soit, même pas des petits-enfants des leaders des
mouvements les plus racistes qui soient. Car si on peut surveiller et
contrôler les saillies des chevaux pur-sang, à moins de recourir à un
système prophyllactique de harems bien gardés, on ne voit pas comment
on évitera à l'avenir une altération implacable de toutes les races ou
soi-disant races, y compris celle de la race dite blanche. Le monde de
demain est programmé pour être à plus ou moins brève échéance un monde
métis. Une Europe blanche ne survivra probablement pas la première
moitié du troisième millénaire. Par contre, sauvegarder une culture
comme la culture française, qui est d'ailleurs en soi ainsi que toute
culture déjà "métissée", reste chose possible et souhaitable, à
condition que cette sauvegarde soit dynamique, ouverte et réceptive.
Préserver une culture c'est comme préserver une espèce vivante: c'est
un devoir écologique. Une Francosphère fédérée permettra de défendre
et de promouvoir plus facilement une culture hexagono-française,
belgo-française, haïtiano-française, afro-française, canado-française,
et j'en passe.

l'europe ou le grand large
Nous sommes à l'heure des choix. L'Hexagone doit savoir et faire
savoir clairement dans quelle voie elle entend se lancer. Il ne pourra
continuer à courir en même temps après la proie et l'ombre. Il doit
choisir entre l'Europe et le Grand Large. Ce sera l'un ou l'autre. Il
doit se décider pour que ses autres partenaires éventuels fassent
aussi leur choix. Si l'Hexagone refuse de se ceindre les reins pour
jouer à fond le jeu du Grand Large, l'option qui sera laissée aux pays
de la Francosphère sera probablement l'Amérique, qui n'aura pas les
complexes de la France pour lancer un grand ensemble complémentaire
des 50 Etats déjà existants. L'absorption d'Haïti, la fille aînée de
la Révolution Française, est déjà depuis longtemps amorcée et
l'Amérique s'incruste de plus en plus dans une Afrique autrefois
française, à laquelle l'Hexagone n'a jamais pu proposer que des
formules éculées de néo-colonialisme stérile: néo-colonialisme pour
néo-colonialisme, si l'Amérique est aussi néo-colonialiste, autant
aller, diront les intéressés, vers un néo-colonialisme américain plus
fortuné, même si de Gaulle a souhaité autrefois à la République
étoilée "bien du plaisir". Les intéressés n'auront pas forcément
raison de faire un nouveau choix; mais ventre vide est connu pour
n'avoir pas d'oreille. Sans compter que l'Amérique peut offrir aux
Africains, à tous les Noirs et autres peuples basanés de la
Francosphère l'image de communautés de couleur aujourd'hui
passablement libérées, présentes partout, qui de plus en plus occupent
des fonctions de direction aux niveaux les plus élévés de la nation,
alors que récemment une grande revue parisienne, L'express, a pu
publier un numéro sur "les 100 femmes qui mènent la France", parmi
lesquelles ne figure pas une seule femme de couleur, dans un Hexagone
qui compte au moins un dizième d'hommes et de femmes non blancs! Ou
les femmes de couleur françaises n'ont aucun dynamisme, ce qui est une
condamnation de la formation qu'elles ont reçue dans le système
hexagonien, ou on ne leur a donné aucune chance de percer, ce qui est
une condamnation encore plus grave de ce système. L'Hexagone doit
aujourd'hui opter, afin de savoir ce qu'il sera demain. Ce sera une
France fondue dans l'Europe ou une France élargie dans le Grand Large.


affaire de pionniers et de héros.
Si, oubliant Cyrano:
"Ne pas monter bien haut peut-être, mais tout seul!"
l'Hexagone préfère aller s'abriter frileusement dans l'Europe et
endosser sa houppelande, il sera obligé de chanter les funérailles
d'une Francosphère puissamment unie, qui n'est que la vraie France, la
France intégrale en puissance qui attend d'être actualisée, et dont
l'Hexagone pourra être le "pédagogue", le "cicerone". Une telle
mission demande beaucoup de coeur, beaucoup de lucidité et beaucoup de
volonté. Si l'Hexagone se sent fatigué ou a perdu foi en lui-même ou a
peur pour sa pureté, il lui sera difficile d'assumer, pendant qu'il
est encore temps, cette haute mission; on pourra alors le plaindre,
mais on ne saurait lui en vouloir. Affronter le grand large est
affaire de pionniers et de héros. Les pionniers et les héros ont aussi
le droit d'être fatigués.
Mais si, par contre, ce qu'à Dieu plaise, l'Hexagone est prêt à mettre
le cap sur la haute mer, alors va pour la grande aventure! Au lieu
d'un Hexagone qui n'arrête pas de copier et de suivre l'Amérique et
d'être au mieux, partout où il arrive encore à s'affirmer, le meilleur
second, on aura une France capable d'affronter la compétition mondiale
et de gravir les sommets, parce qu'elle aura libéré ses énergies,
toutes ses énergies internes.
Une première grande erreur fut commise par Napoléon, lorsqu'il refusa
de laisser éclore la Grande France, la France fédérale que l'autonomie
de Saint-Domingue au sein de la France venait en fait de réaliser.
L'Hexagone venait de manquer sa première chance. Avec de Gaulle il
manquera une deuxième chance. L'histoire, ce qui est rare, vient
aujourd'hui lui offrir une autre chance. Ou la France choisit de
mourir à petit feu, car ses jours ou tout au moins ses lustres, en
tant que France, sont comptés, ou elle choisit d'éclater, d'être
totalement elle-même pour survivre. Apparamment il n'existe aucune
autre issue.
Le Grand Large n'est certes pas le bonheur pour demain matin. Mais
plus vite on s'y mettra, plus tôt on en récoltera les fruits. L'Europe
triste et constipée ressemble à un asile de vieux du siècle passé où
tout le monde ne respire que l'air confiné du foyer. Si la France veut
éviter une morte lente et douce, elle doit au moins faire comme les
clubs modernes du troisième âge et aller se revigorer et prendre un
bain de jouvence dans l'air vif du Grand Large.

Gérard Bissainthe
Saint Domingue, 26 mars 1998

NOTES ANNEXES
Réponses à quelques questions importantes ou insidieuses:

1. Comment les finances de la France lui permettront-elles de prendre
en charge les pays du Grand Large ?
Il ne s'agit précisémlent pas de prendre en charge financièrement qui
ou quoi que que ce soit. Les prises en charge économiques ont toujours
été des échecs retentissants. Et d'ailleurs la prise en charge
économique est le véhicule normal du néo-colonialisme.
Il ne s'agira jamais pour l'Hexagone de faire de la charité aux pays
du Grand Large. Il ne s'agira jamais que d'un investissement humain
qui d'ailleurs rapportera des dividences à l'Hexagone. Des Hexagoniens
aidés au besoin financièrement par leur gouvernement pourront aller
dans les pays du Grand Large exercer leurs compétences, en vue
d'assurer leur propre avenir, mais —et c'est là la specificité de
cette nouvelle coopération—en donnant en même temps aux autochtones la
possibilité de faire fortune avec eux.

2. Ne faudrait-il pas souligner aussi les grands progrès de la
francophonie dans le monde?
S'en console qui veut. A la vérité, si progrès de la francophonie il y
a, ils sont purement illusoires et cela malgré tout ce que la France
investit financièrement dans cette aventure. Il n'est pas exagéré de
dire que pendant que l'anglophonie progresse, comme la population
mondiale à un rythme géométrique, la francophonie avance à un rythme
arithmétique, ce qui veut dire que par rapport à l'accroissement de la
population mondiale et à l'accroissement de l'anglophonie la
francophonie recule chaque jour de manière dramatique. Un exemple
entre mille: dans la ville de Santo Domingo en République dominicaine,
un pays qui fut pour un temps français grâce à Toussaint Louverture,
le plus important institut d'enseignement de l'anglais compte environ
quinze mille étudiants; son équivalent pour l'enseignement du français
peut aligner à peine mille cinq cents étudiants, soit une proportion
de 1 pour 10. Les grands-messes officielles de la francophonie, ses
agences et ses différentes organisations officielles peuvent entonner
de magnifiques antennes sur les succès et les avancées du français,
la vérité est que la francophonie est en train de mourir encore
lentement peut-être mais très sûrement. Et ses nombreux fonctionnaires
dont le feu sacré est souvent en raison inverse de leur salaire, ne
pourront un jour que rédiger, sans doute dans une autre langue, son
acte de décès.

2. Une fédération de la France Héxagonienne et de la France du Grand
Large ne sera-t-elle pas en fin de compte une résurgence des tutelles
ou des protectorat du passé ?
Il faut se rendre à une évidence: tous les pays du Sud sont dans une
zone d'influence donnée. Chacun d'eux a de facto un tuteur qui la
plupart du temps ne s'avoue pas, mais qui s'arroge un droit
d'ingérence ou d'intervention où seul son bon plaisir sert de loi.
Lorsque, par exemple; les Etats-Unis interviennent militairement ou
autrement dans un pays quelconque, quelle est la charte ou l'outil
légal qui règle les modalités de son intervention ? Le bon plaisir des
Etats-Unis. Ce n'est que tout récemment qu'on a institué un "mandat"
de l'ONU, qui est la plupart du temps un chef-d'oeuvre d'hypocrisie et
d'imprécision et dans lequel en tout cas les droits des pays à occuper
ou ocupés ne sont jamais définis: en cas de litige il n'existe aucun
recours possible pour un plaignant du pays occupé devant quelque
tribunal que ce soit. Il en va de même pour les interventions ou
occupations des autres grandes puissances. Le président des Etats-Unis
a besoin de l'accord du Congrès, donc du pouvoir législatif, pour
intervenir militairement par le truchement des gardes fédéraux dans
quelque Etat que ce soit de l'Union. S'il désire envahir la République
Dominicaine ou le Vietnam ou la Grenade ou Haïti, il n'est strictement
pas tenu d'avoir l'autorisation du Congrès: son pouvoir est impérial
et césarien en ce qui concerne le reste du monde. Dans ce sens c'est
justice à l'intérieur de la République étoilée, arbitraire au delà. Et
si un jour une intervention ou une occupation se passent mal, les pays
victimes n'ont rigoureusement aucun recours juridique. Alors plutôt
que de continuer dans cet arbitraire, ne vaut-il pas mieux définir
juridiquement, légalement à l'avance les rapports avec les pays qui
sont amenés à exercer une influence sur les pays plus faibles? "Good
fences make good neighbours", les bonnes clôtures font de bons
voisins.
Ce qu'il faut aujourd'hui, c'est déterminer des zones constituées de
cercles concentriques de relations et d'échanges définis par la nature
et par la force contraignante des liens qui auront été librement
choisis.
Dans ce sens, en ce qui concerne les pays autrefois ou aujourd'hui
encore sous influence française, il faudrait lancer deux structures.
D'abord une "Fédération Francaise" (F.F.) qui comprendra tous les pays
dont les habitants jouissent de la citoyenneté française. Puis une
"Fédération Francophone Internationale" (F.F.I.), formée par tous les
pays qui ont été à un moment français. L'objectif essentiel consistera
à faire entrer progressivement par un échange de citoyennetés et
d'autres avantages les pays de la Fédération Francophone
Internationale dans la Fédération Francaise.
Pour cela il existera des conditions, dont la première pourra être un
minimum de stabilité économique et politique. Pour atteindre ce
pallier, l'Hexagone et la F.F. en général s'engageront à envoyer dans
les pays de la F.F.I. leur surplus de main-d'oeuvre qualifiée selon
des formules de coopération synergétique et paritaire bien étudiée et
qui essentiellement consisteront à garantir pendant un temps donné à
des chômeurs hexagoniens pourvus d'un savoir ou d'un savoir-faire le
même revenu minimum (RMI) qui leur est versé en France en vue de leur
permettre d'aller lancer des entreprises dans un pays de la FFI en
collaboration avec les instances locales. Ce RMI joint a quelques
autres aides logistiques bien élaborées, deviendra ainsi une sorte de
prime à l'expatriation vers les pays du Sud. L'enjeu sera pour le pays
concerné d'atteindre un niveau économique qui lui permettra d'entrer
dans la FF.
Etre membre actif de la FFI comportera pour un pays des droits et des
devoirs. Premier droit: celui de faire partie d'une Assemblée Fédérale
Consultative (AFC), dont les membres seront élus par les membres des
pays concernés. Cette Assemblée s'occupera de toutes les affaires qui
concernent la FFI. La première conséquence de l'existence de la FFI
est qu'il ne sera possible d'intervenir dans aucun des pays membres
sans que cette question ne soit débattue dans l'Assemblée Fédérale
Consultative de la FFI. Par ailleurs, cette AFC mettra au point une
charte des modes de relations entre les differents pays membres.
Cette fédération devra, par exemple, d'abord prendre acte du fait que
dans la présente communauté francophone internationale informelle les
déplacement brutaux de population sont provoqués implacablement par
les déséquilibres économiques internes. Il faudra y mettre en place
des structures qui permettront dans les plus brèves échéances de
réduire les écarts économiques entre les différents secteurs de cette
fédération. Dans une première étape il n'y aura dans la FFI que la
libre circulation des biens, pas des personnes pour éviter des
déplacements massifs et brutaux de population.
Le siège de cette Assemblée devra être en dehors de l'Hexagone et
pourra se trouver, par exemple, au Cap-Haïtien, l'ancienne capitale de
Saint-Domingue et ville natale de Toussaint Louverture, ou à Dakar.

3. Cette France du Grand Large ne sera-t-elle combattue violemment par
l'extrême-droite française ?
Par ses états-majors, sans doute. Par ses bases moins probablement. Il
faut d'abord se rendre compte qu'une des raisons du succès des
mouvements extrêmistes c'est qu'ils proposent des causes, même folles
ou aberrantes parfois, qui sont percues comme un appel au dépassement
et semblent déboucher sur un au-delà de soi-même. On le sait, les
mouvements fascistes provoquent facilement l'exaltation; et la
jeunese bien souvent n'a cure de la coupe, pourvu qu'elle ait
l'ivresse. Dans la société française d'aujourd'hui l'ivresse que
beaucoup avaient à chanter l'Internationale et à militer pour des
luttes de libération nationale ou internationale est tombée à plat; la
dernière grande confrontation mondiale de 1939-45 est la dernière
guerre qu'on pouvait encore appeler "juste" donc belle. Depuis seules
les guerres des "damnés de la terre" pour sortir de leur enfer valent
la peine d'un engagement. La seule belle cause qui reste aujourd'hui,
c'est celle de donner la main à son voisin plus faible, et pour une
nation de reconnaître et de réparer les torts du passé. La phalange
européenne qui veut encore aller à la conquête du monde, et disputer
pied à pied à l'Amérique les territoires de chasse se trompe de siècle
et même de millénaire, puisque le troisième millénaire est déja là.
C'est bien pour cela que l'Angleterre qui est déja veuf d'un empire,
n'est nullement excitée par la perspective d'en épouser un autre. Il
est à remarquer que l'Extrême-Droite est anti-européenne, ce qui veut
dire qu'elle ne sera pas indifférente à une ouverture vers le Grand
Large qui en soi n'implique aucune dilution de la France, mais en fait
recherche plutôt son extension. Il reste la question de couleur. Elle
est de poids. Les racistes endurcis de l'Extrême-Droite, qui rêvent
d'un Hexagone de l'apartheid n'aimeront sans doute pas l'idée de cette
France appelée inévitablement à se bigarrer un jour. Mais ce noyau dur
n'est sans doute qu'un noyau. Il doit se retrouver dans les rangs du
FN, par exemple, bien des Français fourvoyés qui ne recherchent en
réalité que l'exaltation d'une foi dans leur pays et dans ses valeurs.
L'aventure d'un Grand Large non raciste pourrait leur permettrait de
retrouver le chemin d'un engagement enthousiaste purifié de toutes les
scories des conceptions retrogrades et ridicules d'une France et d'un
Occident transformés en paradis aryens.

4. La France du Grand-Large sera-t-elle anti-américaine ?
Peut-être la plus grande erreur que commet la France est-elle
d'entretenir une sorte de conflit permanent avec les Etats-Unis,
conflit dont la virulence au niveau des instances politiques est en
raison inverse de l'engouement souvent passionné pour l'Amérique qui
existe dans les tranches les plus dynamiques de la société française.
Dernièrement lorsqu'il s'est agi de nommer un leader de la
Francophonie internationale, la France a préféré choisir non point le
chef d'Etat africain qui était depuis longtemps pressenti, ce qui fut
perçu comme un camouflet, mais un ancien responsable onusien, Boutros
Boutros-Ghali, qui semblait donner des garanties d'anti-américanisme
parce qu'il avait eu autrefois eu aille à partir avec les Etats-Unis.
La France aime bien à se poser dans le monde comme l'Adversaire des
Etats-Unis, qui lui dispute partout le terrain et n'est jamais prête à
lui faire de cadeaux; toujours le petit Astérix qui se dresse devant
l'empereur de la Rome moderne. Ce syndrome de l'anti-américanisme a
l'avantage d'offrir facilement au public un bouc émissaire qui portera
la responsabilité de nombreux échecs de la France. En tout cas sur le
terrain les résultats de la confrontation ne sont pas toujours très
brillants. Mais ici la France semble rechercher moins la victoire,
que l'excitation du combat. Il peut même arriver que la lutte sur le
terrain soit quelque peu tartarinesque; pire: la France peut même
finir par tirer les marrons du feu pour son géant d'adversaire, ce qui
arrive immanquablement lorsque, oubliant les approches discrètes et
combien plus efficaces à la Talleyrand qui savait que "le bruit ne
fait pas de bien et le bien ne fait pas de bruit", elle se lance dans
une diplomatie spectaculaire et théâtrale d'interventions verbales
intempestives, comme si faute de pouvoir faire donner la garde, elle
veut montrer pour se consoler qu'elle peut encore donner de la voix.
C'est le président Chirac lui-même qui récemment a condamné cette
politique et ces méthodes stériles.
L'anti-américanisme est en fait une erreur profonde. Tout d'abord le
premier ennemi des intérêts de la France c'est loin d'être l'Amérique,
mais en réalité la France elle-même. De plus, s'il faut, ce qui est
évident, résister à l'Amérique et ne pas la laisser, dans la griserie
de sa puissance, commettre ces erreurs monumentales que commettent
parfois tous ceux qui sont trop sûrs d'eux-mêmes, la méthode française
manque pour le moins d'habileté. Ce qui fera jamais reculer
l'Amérique, ce ne sont pas des cocoricos d'un seul coq, quelque
perçants qu'ils soient, jetés de temps en temps sur l'arène mondiale,
mais un choeur de cris et de hurlements lancés par cent fauves grands
et petits qui feront comprendre en même temps au lion américain que
tout lion qu'il est, on peut lui tendre à droite et à gauche mille
petits pièges qui lui rendront la vie impossible dans la forêt et
qu'il y aura peut-être même un moucheron qui lui réservera quelques
harcèlements sans merci qui lui feront regretter d'être venu au monde.
Pour ce faire il faut une concertation permanente qui ne pourra bien
se faire qu'au sein d'une coalition et cette coalition pourra très
bien être cette Fédération Francophone Internationale, dont l'objectif
ne sera certainement pas de "contrer l'Amérique", mais de s'opposer à
tout comportement géopolitique arbitraire, d'où qu'il vienne.
La Révolution Française s'était donné pour but de "renverser partout
les despotes et les tyrans"; dans la même ligne et dans la même
inspiration la Fédération Francophone Internationale pourra se poser
comme la première mouture d'un regroupement intercontinental de
micro-structures décidées à résister aux appétits voraces des grands
prédateurs que sont aujourd'hui les macro-structures existantes ou en
puissance. Plutôt que de vouloir bâtir une nouvelle macro-structure
prédatrice: l'Europe, la France peut très bien se mettre du côté de
la défense des plus faibles dans une France du Grand Large, premier
embryon d'une coalition internationale des nations qui ne veulent
perdre ni leur âme ni leur identité dans une mondialisation
qu'essaient d'instaurer les anmbitions hégémoniques du "complexe
militaro-industriel américain", un complexe dont les desseins et les
manoeuvres furent dénoncés naguères par le Président Eisenhower
lui-même comme opposés aux idéaux déclarés de la société américaine.
A un totalitarisme américain qui s'annonce et qui essaie de se
contruire, il faut non point apporter la réplique d'un totalitarisme
européen érigé par un orgueil aryen qui n'a pas le courage de
s'avouer, mais plutôt celle d'une ligue de nations qui s'unissent pour
résister et mettre un terme à tous les impérialismes. Le monde de
demain fera bloc non pas autour d'une super-puissance ou de quelques
super-puissances, mais dans un rassemblement égalitaire, synergétique
de toutes les mouvances petites et grandes qui constituent le
kaléidoscope de notre monde.
Dans ce monde la France de demain sera une France du Grand Large ou
elle ne sera pas: positive à l'égard de toutes les nations,
sereinement ouverte aux quatre vents et à tous les courants de la
planète. Si la France accepte de jouer ce rôle historique de prendre
la tête de la lutte pour une vraie justice internationale, pour la
mondialisation des chances et de l'espoir et pour la démondialisation
de l'arbitraire et de la détresse, elle pourra jouir d'un leadership
moral exceptionnel, pour avoir essayé, comme c'est l'objectif que
l'Angleterre de Tony Blair désire aujourd'hui s'assigner, d'être "non
point la plus puissante mais la meilleure" C'est un Américain, Stephen
Kaplan, professeur de civilisation à Cornell University, qui récemment
(L'Express, No 2434 du 26 février 1998) a écrit aux Français
d'aujourd'hui écrasés par la déprime, enferrés dans des solutions de
problèmes qui se révèlent souvent pire que la mal: "Français,
réinventez-vous un réve!"
Ce rêve ne pourra pas être la reviviscence anachronique de belles
heures du passé, il ne pourra être ni un retour à Clovis, ni même à
Jeanne d'Arc, ni à Charles Martel, ni à Napoléon; et encore moins sans
doute à Pétain. A vin nouveau outres neuves. La France meurt
d'énergies inemployées, aussi bien celles de ses élites que celles
d'une plèbe blanche ou basanée qui campe aujourd'hui menaçante aux
portes de la cité.
Qu'elle s'accroche à un label de nation homogène, monochrome et
aristocratique, et elle continuera à s'étioler, comme ces arbres
auxquels il manque l'eau, le soleil et le vent, pour finir un jour par
imploser; et demain on admirera ses momies et ses pyramides. Ou elle
accepte sa vraie réalité qui est déjà l'hétérogénéité, la polychromie,
la pluralité et elle explosera.
Ou elle décide carrément et sans hypocrisie d'essayer de réussir là où
l'Afrique du Sud a fini par échouer, et d'être sans scrupules et sans
états d'âme la France du nouvel apartheid de l'An 2000; ou elle
consent à devenir ce qu'elle est: une France multipolaire où chaque
être humain qui habite un de ses nombreux territoires a droit à la
parole, à la vie, à sa part de rêve et de soleil. Une Grande France où
personne n'aura à craindre dans un bouge infâme que demain ...le ciel
ne lui tombe sur la tête, mais où tout le monde pourra se dire avec
confiance: "ma vraie limite c'est le ciel!"

0 new messages