Bonjour JeePee,
Il est aussi possible, dans le prolongement de ton message, de
s'interroger sur les éventuelles ambiguïtés provenant des traductions
successives.
J'ai été assez fasciné, par exemple, de constater la multiplicité des
compréhensions possibles de la célèbre béatitude, connue sous la
forme : "Heureux les pauvres en esprit".
A l'extrême, certains y voient les "simples d'esprit", ce qui est
assez drôle. Mais, en général, on y voit un éloge de la pauvreté. On
peut tout aussi bien lire (ce qui me semble plus exact) : "Heureux
ceux qui se blottissent (comme des mendiants) contre l'esprit". Ce
n'est pas tout à fait pareil.
Ensuite, les évangiles ont été infléchis dans le sens de la pauvreté
(voir les récits de l'enfance, l'étable, etc.) Mais bien des exemples
soulignent que Jésus appréciait la fréquentation des riches (Lazare
chez Jean, ou encore celui qui va payer ses funérailles).
Bien sûr, on nous rebat les oreilles avec le jeune homme riche. On
oublie que le "suis-moi" est l'essentiel de la demande, et surtout
que c'est l'un des rares exemples où l'on nous dit que Jésus "aima"
quelqu'un... Je n'ai pas en tête de passage où l'on nous dise qu'il
aimait les pauvres...
Reste la question de la signification profonde de cette "attention
aux pauvres" qui se dégage peu à peu.
Si l'on adopte une logique un peu critique, on peut se demander si ce
n'est pas, finalement, une formidable arme d'oppression.
Petit extrait du livre de Séailles que nous venons de rééditer :
“Aujourd’hui, ce sont les riches eux-mêmes qui vont répétant :
‘Malheur à vous, riches, parce que vous avez déjà reçu votre
consolation.’ (Luc, vi, 24). Ils savent qu’il leur est plus difficile
d’entrer dans le royaume des cieux qu’à un chameau de passer par le
trou d’une aiguille, ils le disent et ils tiennent à ce que les
pauvres le croient. Quelle meilleure manière d’obtenir la résignation
de ceux qui manquent de tout que de faire lever dans le désert de la
faim le mirage des noces éternelles !
“En fait, on ne réussit à tromper personne : tout le monde réclame
le danger d’être riche et l’honneur d’affronter les feux de l’enfer ;
tout le monde demande à remplir le devoir de charité, à prendre tout
et à rendre ce qu’il lui plaît de ne pas garder.”
Peut-être n'est-ce pas si faux.
Amitiés
Le 7 juil. 09 à 09:30, JeePeeHell22 a écrit :