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HAITI -- Gouvernance -- Sabine MANIGAT -- Confusion des fonctions, abus de prérogatives

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Annette

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Jul 14, 2008, 4:07:42 PM7/14/08
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Editorial LE MATIN du 14 juillet 2008

Confusion des fonctions, abus de prérogatives… et les dérives

par Sabine Manigat

Un conflit à l’intérieur d’une institution X. Une dénonciation dont
les motivations demeurent obscures jusqu’à présent. Un débarquement
policier dans une institution Y, que l’on peut qualifier à bon droit
d’intempestif dans la mesure où il ne semble pas directement lié à des
suspects ou à une scène de délit. Un enchaînement de susceptibilités
bien ou mal placées… voici en somme à quoi se réduit l’incident qui a
opposé, le lundi 7 juillet, un commissaire du gouvernement et un
directeur général. Sauf que la scène se passe à l’Aéroport
international Toussaint Louverture de Port-au-Prince. Sauf que des
armes ont été exhibées, voire dégainées. Du coup, cet incident
présenté d’abord comme un « monté à deux » entre deux personnalités
devient une source d’alarme. À plus d’un titre.

Tout d’abord nous sommes lundi après-midi, c’est-à-dire que l’aéroport
est en pleine opération. On peut s’étonner que l’interrogatoire du
responsable de l’Autorité aéroportuaire nationale (AAN ) ait été
planifié à cette heure de pointe dans la mesure où, si j’ai bien
compris, il s’agissait en somme de recueillir un témoignage ou qu’en
tout cas on n’a pas évoqué de flagrant délit. Cette impression est
confortée par le fait que, malgré l’escalade entre le commissaire et
le directeur de l’AAN, celui-ci est finalement rentré chez lui. Une
scène aussi désagréable qu’inutile pour la tenue d’un aéroport qui
fait l’objet de mises en garde sécuritaire aurait donc pu être évitée.

Mais derrière tout ceci se pose également la question plus large du
statut des témoins dans une société qui décourage toute forme de
collaboration avec les autorités en traitant le témoignage comme une
sorte de reddition de comptes suspecte. Car être un témoin en Haïti
peut vous mettre dans des complications telles que le premier reflexe
d’une personne que l’on interroge sur un événement est de dire : «
Moi, je n’ai rien vu (ou entendu), c’est untel qui m’a dit que… » Il
me revient le souvenir d’un cas de meurtre dans la rue, à Pétion-
Ville. Un mineur qui a déclaré avoir vu la scène a été emmené par la
police sans autre forme de procès et gardé à vue injustement. Le
problème plus large des procédures d’enquête et de la collecte
d’informations se pose aussi, bien sûr, puisque c’est à partir du
double principe du devoir de collaborer avec l’autorité (sous peine de
se retrouver complice d’un crime ou d’un délit) et du droit de
s’abstenir lorsqu’on n’est pas impliqué dans une situation donnée, que
les responsables d’une enquête doivent opérer. Tout est là en somme,
dans cette marge dont les limites contiennent la notion de liberté du
citoyen. Et ce n’est pas avec des actions spectaculaires, d’allure «
gwo ponyèt », que l’on fait avancer une enquête et, en tout cas, que
l’on encourage quiconque à se comporter en citoyen en se constituant
témoin.

Cependant l’aspect le plus préoccupant de cet incident est sans doute
la confusion des prérogatives et des rôles, la confrontation entre
deux personnes occupant des fonctions, pourtant clairement définies,
dans un méli-mélo de manifestations de force qui a finalement requis
la présence du ministre Verella lui-même ; présence rendue nécessaire
sans doute, vu la violence croissante de l’altercation, mais déplacée
elle aussi car un ministre n’a rien à voir en principe avec une
opération judiciaire ou policière de vérification. Mais voilà, tout le
monde mélange tout dans ce pays. Pour recueillir une déposition, un
officier de justice fait une descente de police dans un bâtiment
stratégique pour l’État et un directeur général se voit menacé
d’interpellation, pour une enquête touchant un fournisseur de services
dans l’institution qu’il dirige. Les niveaux d’autorité, la pertinence
des implications et des actions, le bien-fondé des prises de position,
tout cela est superbement ignoré au nom d’une autre dérive, la plus
nocive sans doute : celle des interventions tous azimuts, sans
considération de l’impact que celles-ci peuvent produire.

Quel que soit le fondement de l’action de la justice dans ce cas –
l’enquête est en cours, apprend-on – on ne peut pas ignorer que le
déploiement de forces armées dans un aéroport et l’altercation
violente qui s’en est suivie risquent d’hypothéquer la sécurité de cet
espace dont l’importance stratégique n’est pas à démontrer. Dans ce
pays où les moyennes et petites autorités foisonnent et s’affrontent
sans égard et référence à l’autorité centrale, sans imputabilité, sans
crainte de sanction surtout, chaque épisode semblable affaiblit l’État
de plus en plus.

Par Sabine Manigat
LE MATIN lundi 14 juillet 2008


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