Copie d'un message reçu :
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Le choc alimentaire
Jean Erich René
18 juillet 08
De sombres perspectives s'annoncent pour les familles haïtiennes avec
la montée en flèche des produits alimentaires. Nos dirigeants
politiques sont complètement tétanisés devant l'évidence de la cherté
de la vie et avouent carrément leur incompétence à faire baisser les
prix. La sécurité alimentaire de la population haïtienne est menacée.
L'approvisionnement des ménages devient un vrai casse-tête. En effet
la nouvelle augmentation des prix des produits agricoles, rend plus
difficile l'accès des masses à la nourriture. Compte tenu de leurs
faibles revenus il s'en suit une réduction sensible du pouvoir d'achat
avec des conséquences budgétaires alarmantes. La consommation
alimentaire représente une dépense incompressible et une contrainte
vitale. Il faut manger pour assurer ses fonctions biologiques. On doit
donc s'attendre à une dégradation des conditions de vie sans la mise
en place d'une politique de sécurité alimentaire.
53 représentants d'États et d'Organisations Internationales statuaient
cette semaine à Madrid sur un programme conjoint de sécurité
alimentaire et de développement rural d'Haïti en s'inspirant du
Document de Stratégie Nationale de Croissance et de Réduction de la
Pauvreté (DSNCRP). Ils se sont mis d'accord pour répondre aux besoins
de la population haïtienne à court, moyen et long terme. Les objectifs
visés sont:
- pourvoir une assistance alimentaire aux couches les plus
vulnérables;
- conforter la sécurité alimentaire et renforcer la nutrition;
- relancer la production agricole;
- soutenir le développement agricole et rural à moyen et long terme.
Les intentions sont nobles. Mais vu le degré de dépérissement de la
population haïtienne nous ne pouvons plus nous contenter de mots
magiques et mirifiques. Il existe une situation alarmante d'insécurité
alimentaire avec des pics inquiétants durant les mortes saisons. La
dégradation des conditions d'accès à la nourriture s'accentue surtout
en automne et en hiver. Il suffit d'observer les coefficients de
variations des prix des produits de base pour se rendre compte de
l'insécurité quasi saisonnière de la population haïtienne. D'où
l'urgente nécessité de stabiliser les prix des produits agricoles en
tenant compte des fluctuations saisonnières. La flambée des prix des
produits alimentaires est en passe de créer un véritable choc
alimentaire si on n'y prend pas garde.
Prix des produits alimentaires
1 marmite de maïs ...... 100,00 gourdes
1 marmite de riz....... 225,00 gourdes
1 marmite de petit mil...... 45,00 gourdes
1 marmite de blé ...... 125,00 gourdes
1 marmite de sucre blanc . ....110,00 gourdes
1 marmite de sucre roux : ..100,00 gourdes
1 marmite de café ........250,00 gourdes
1 douzaine de mangues.....40,00 gourdes
1 douzaine de véritables.....150,00 gourdes
1 gallon d'huile.......325,00 gourdes
1 marmite de pois..... 150,00 gourdes
1 caisse de lait...... 690,00 gourdes
1 caisse de spaghetti.... ...420,00 gourdes
1 sac de farine........ 1500,00 gourdes.
1 sac de riz américain.. ...2000,00 gourdes.
1 sac de sucre américain.... .1500,00 gourdes
Par rapport à l'année dernière,le maïs la trappe alimentaire
haïtienne, a connu une augmentation de prix de 162,5%, le riz 80% , le
petit mil 122,22 %, le blé 108,33%, la farine 66,66 %, le pois 33,33%,
le sucre 20%.
L'inflation est galopante. Depuis les émeutes de la faim du 5 avril
2008, la situation ne fait que s'aggraver. Nous assistons, à une
pénétration plus avancée du marché haïtien avec une baisse du prix du
sac de riz américain de -20%, de la caisse de lait -20% , de
spaghetti de -8,69%. Cette diminution de prix des produits importés, a
un effet certain de substitution par rapport aux produits locaux.
Elle augmente le segment de marché américain et décourage la
production nationale. Nous sommes victimes du dumping du marché
américain. Que les consuls prennent garde ! L'assistance alimentaire
promise par la Conférence de Madrid doit être passagère. Dans le cas
contraire elle va affaiblir notre fibre morale et nous soumettre à une
dépendance chronique. La sécurité alimentaire pour qu'elle soit
durable doit être assurée par la production nationale. Une nutrition
équilibrée de nos compatriotes suppose la mise en place d'une
structure visant à sensibiliser les ménages sur la valeur nutritive de
nos produits et la façon de les combiner pour obtenir les 2200
calories et les 100 grammes de protéine quotidiens conformes aux
normes diététiques internationales.
L'impact de la hausse des prix des produits alimentaires est beaucoup
plus percutant pour les masses urbaines à faible revenu. Réduire la
pauvreté ne peut pas être fredonné comme une chanson pour faire dormir
les affamés. Il faut des mesures urgentes et rationnelles, sans quoi
on risque d'aggraver le score. La hausse du prix du carburant va
exciter davantage la colère des émeutiers de la faim définitivement
gagnés par le désespoir d'un lendemain sans pain. Une combinaison de
facteurs défavorables va provoquer: le choc alimentaire haïtien. Ce
n'est pas un souhait !