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HAITI-- Politique-- N_ROC -- L'Unité ne fait pas l'unanimité.

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Annette

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Dec 4, 2009, 10:14:26 AM12/4/09
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Agora

L’Unité ne fait pas l’unanimité

Par Nancy Roc

« L’unité d’action consiste, dans la comédie, en l’unité d’intrigue ».
On peut dire qu’en Haïti, au pays des Comédiens de Graham Green, cette
pensée de Corneille est plus que jamais de mise depuis la création de
la nouvelle plateforme présidentielle dénommée Unité.

La ruée de candidats, partis politiques, parlementaires et autres
personnages étranges vers ledit parti pour s’assurer une place aux
prochaines élections législatives partielles en dit long sur la
société haïtienne d’aujourd’hui. Pour le politologue Auguste
Desmesard, la création de ce parti politique ne « constitue qu’un
paravent qui cache l’enjeu d’un projet de société par un petit groupe
qui va utiliser cette plateforme à travers les élections pour imposer
une vision commune à laquelle la société n’adhère pas », a-t-il
déclaré le 2 décembre dernier au micro de Wendell Théodore de Radio
Métropole. Pour le politologue, la ruée de candidats vers l’Unité
démontre qu’en Haïti, «la société est basée sur le leurre, la vilénie,
la traîtrise et la luxure », s’est-il indigné en appelant tous les
secteurs à se ressaisir et à se mobiliser pour faire barrage «aux
relents d’une pensée unique qui précède toujours la
dictature».«Aujourd’hui, il faut absolument faire front en définissant
quelle société nous souhaitons avoir pour les trente prochaines années
», a-t-il conclu.

De plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer les dernières
manœuvres du Conseil électoral provisoire (CEP). Pour le Réseau
national de défense des droits humains (RNDDH), « certains groupements
politiques ont bénéficié de traitement de faveur alors que d’autres
sont purement écartés du processus électoral, sans aucune
justification»(1), indique un communiqué daté du 1er décembre 2009.
Même préoccupation du côté de la Commission épiscopale nationale
Justice et Paix (Jilap) de l’Église catholique qui dénonce une
mainmise d’un secteur sur l’appareil politique et l’absence de
transparence dans les élections. « Des signes inquiétants montrent
qu’il y a des forces au travail qui veulent faire main basse sur le
pouvoir politique, mais sans projet et sans avenir. La population
comprend et ne fait pas confiance à la politique et aux politiciens,
comme cela est apparu clairement au cours des dernières élections
sénatoriales », souligne la Commission dans son message à l’occasion
de son assemblée générale annuelle.(2) Sortant de son long silence,
Rosny Smarth, l’ex-Premier ministre du président René Préval, a
assimilé l’Unité à un « cyclone politique », en pointant aussi du
doigt son ancien camarade de combat Paul Denis, actuel ministre de la
Justice, d’être le principal maître d’œuvre du dispositif de
démolition des organisations politiques et du recrutement massif de
militants d’autres partis.(3) Il a aussi a remis en cause
l’indépendance et la neutralité du président du CEP, Gaillot
Dorsinvil, en annonçant qu’il appartiendrait à Moreno, une
organisation régionale membre de l’Unité, la nouvelle plateforme
présidentielle.

À observer le triste tableau qui se profile à l’horizon de 2010, peut-
on espérer voir se réaliser la pensée d’Antonin Artaud qui veut que
l’histoire des peuples soit l’histoire de la trahison de l’unité ?

Contradictions ou complicité de la Communauté internationale ?

On l’a souvent dit : la Communauté internationale ne constitue pas un
bloc monolithique dans sa « gestion » du dossier haïtien. Toutefois,
tout observateur politique peut facilement noter « le silence coupable
et complice», de certains acteurs importants de ladite Communauté,
comme l’a indiqué le politologue Auguste Desmesard. En effet, les
ambassadeurs des pays dits amis d’Haïti se gardent de faire des
déclarations concernant les velléités présidentielles d’instaurer un
pouvoir personnel sans bornes à travers son nouveau parti politique
Unité.

Quant aux Nations unies, alors que son émissaire spécial en Haïti,
l’ex-président américain Bill Clinton, ne s’est plus exprimé sur la
question haïtienne depuis la chute du gouvernement de Mme Duvivier
Pierre-Louis, deux déclarations contradictoires émanant de cette
institution internationale ont été remarquées. D’abord, celle de la
Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah)
qui, dans un communiqué daté du 27 novembre, prône un « esprit
d’équité, d’ouverture et de transparence » dans la gestion du
processus des élections législatives, prévues pour février et mars
2010. Cette déclaration de la Minustah a été faite 24 heures après le
rejet par le Conseil électoral provisoire (CEP) de l’inscription de 16
des 69 partis qui ont souhaité prendre part aux élections, dont la
Famille Lavalas de l’ex-président Jean Bertrand Aristide. Elle a aussi
appelé les acteurs concernés «à éviter toute décision susceptible de
créer la perception d’un traitement inégal ou injuste à l’égard de
certains partis ou candidats ». Or, 48h après, l’expert indépendant
des Nations unies sur la situation des droits de l’homme en Haïti,
Michel Forst, prenait le contrepied du communiqué de la Minustah en
appuyant le CEP : « Le mandat qui a été confié au CEP n’est pas un
mandat d’exclusion, mais un mandat de reconnaissance et d’inclusion.
Il a pris sa décision de manière souveraine, en choisissant, sur la
base des documents qui ont été fournis, les partis politiques qui
étaient admis à concourir »,(4) a-t-il affirmé. Tout en déclarant que
les contestations contre le CEP n’étaient basées que sur des « rumeurs
», il a conclu en avançant : « Je n’ai pas observé autre chose qu’un
fonctionnement légitime du Conseil électoral provisoire. C’est
pourquoi je me rallie à la décision qui a été prise par le CEP.» Trois
« messagers » des Nations Unies, trois positions différentes.

La Communauté internationale soutient-elle le projet du président
Préval visant à liquider les acquis démocratiques consécutifs au 7
février 1986 ? Comme dit le proverbe créole, « ce n’est pas parce que
le cabri fait des crottes comme des pilules qu’il est pharmacien ».
Aux Haïtiens de savoir s’ils accepteront une fois de plus d’avaler la
pilule amère sans la mâcher…

Nancy Roc, Montréal, le 3 décembre 2009.

1-Alterpresse, Traitement de faveur » de certains groupements
politiques par le CEP, selon le RNDDH, 2 décembre 2009.
2-Alterpresse, Le non respect des droits fondamentaux, y compris
électoraux, préoccupe Jilap, 2 décembre 2009.
3-Radio Kiskeya, Le président du CEP serait membre d’une composante de
Inite, selon Rosny Smarth, 1er décembre 2009.
4-Compte redu de la conférence de presse de Michel Forst par la
MINUSTAH, le 30 novembre 2009.

LE MATIN vendredi 4 décembre 2009


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