J’envoie ce poème au monde entier, texte traduisant mes émotions quand
j’ai visité mon pays vingt ans après mon départ. »
PORT-AU-PRINCE
Comment me présenter à ma ville natale
Monument baigné de pleurs nocturnes
Après des années d’exil?
Cette héroïque mère veut que ses fils soient égorgés
Au pied des invincibles statues des places publiques
Au lieu de fuir comme le vent dans le désert inconnu.
Comment me présenter à ma ville natale
Aux ruelles asphaltées de chair
Aux maisons peintes de sang?
Sur les portes fracassées
On lit les adresses ébauchées à coups de baïonnettes aveugles
Comme pour indiquer le nombre des martyrs.
Frissonnant comme un linceul,
Le ciel enveloppe mon âme de ses sanglots.
L’air porte le parfum des cris,
Des convois de fantômes qui viennent puis s’éloignent
Suivant les caprices du vent.
Dans ce champ funeste on étreint sa peau en mordillant ses lèvres
Dont la saveur indique la position de la vie par rapport au tombeau.
Comment me présenter à ma ville natale
Monument baigné de pleurs nocturnes
Après des années d’exil?
On ne meurt pas pour une cause mais vit pour la sauver.
Que le cœur du guerrier est comme un tambour de régiment
Se tait au fort du combat, renaît pour saluer la victoire.
Rony Blain