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VISION DE L’OPL DE LA CONSTRUCTION DE L’ALTERNATIVE AU POUVOIR D’ÉTAT
TRADITIONNEL
Introduction
Depuis 1986, le peuple haïtien n’a jamais cessé de dénoncer la nature,
l’orientation et le fonctionnement du pouvoir d’État traditionnel.
Cette attitude est l’expression manifeste du rejet total des
principales caractéristiques de cet appareil de domination et
d’exploitation : la centralisation du pouvoir, des richesses et des
opportunités aux mains d’une minorité de profiteurs, siégeant en
l’unique lieu de décisions, la capitale; le mépris du citoyen dans ses
droits et ses préoccupations; l’arbitraire du chef, détenteur de tous
les droits et de tous les pouvoirs; le déni de justice,
l’autoritarisme ou l’anarchie selon le cas, mais toujours au profit du
chef suprême; la dépendance avilissante par rapport aux puissances
étrangères, et comme corollaires de tout ce qui précède la
détérioration des conditions de vie des citoyens et citoyennes,
l’aggravation de la misère du peuple, la dégradation écologique,
économique, sociale, politique et morale du pays.
L’avènement de Lavalas au timon des affaires publiques a charrié
beaucoup d’espoir, en particulier pour les masses défavorisées.
Néanmoins, après 15 ans de règne, c’est la désillusion, la déchéance,
de même que l’accentuation des aspects négatifs et rétrogrades de
l’État traditionnel qui continue d’être en opposition à la Nation,
prédateur de ses richesses et de son bien-être, hostile à toute forme
d’organisation de la société.
Le président de la République, premier représentant de l’État, en
dépit de sa filiation politique ou idéologique, ne vise, en
définitif, qu’à perpétuer cet État et de fait le perpétue au
détriment des masses ravalées dans l’indignité et la misère, les
classes moyennes appauvries, le pays sous perfusion et sous
surveillance internationale; et comme toujours au profit d’une infirme
minorité, aggravant ainsi les inégalités sociales et les sources
d’instabilité et de conflits sociaux et politiques.
Analyse
Aussi l’OPL,
convaincue du fait que les organisations de la société à caractère
politique et autres, soucieuses du bien-être collectif de la Nation,
constituent le dernier rempart quand l’État dégénère et entre dans un
processus avancé d’affaiblissement, et en ce sens doit être refondé et
renforcé pour pouvoir jouer à nouveau son rôle de garant de la
souveraineté nationale, des libertés citoyennes et de régulateur de la
société, et constatant que les acquis démocratiques, constitutionnels
et organisationnels des luttes populaires menées de 1986 à nos jours
sont menacés et qu’il y a lieu de les défendre, de les protéger voire
de les consolider, considérant que le népotisme, la corruption,
l’intimidation, la violence et la démagogie, érigés en méthodes de
gestion des affaires de l’État, se révèlent endémiques dans notre
pays et qu’il y a lieu de mettre fin à cette façon de faire qui est
un obstacle au progrès social, à la modernisation politique et au
développement économique ;
analysant la situation globale du pays, au regard de la faiblesse
effective des organisations politiques et sociales et tenant compte de
l’apparente indifférence des citoyens et citoyennes par rapport aux
processus de désignation des dirigeants de la chose publique et
considérant leur attitude de dépit vis-à-vis du processus de
décrédibilisation planifié des élections et de l’entreprise
d’instrumentalisation des élu(e)s qui d’une part dénature le
Législatif et l’Exécutif et d’autre part transforme la transition
démocratique en un état de fait permanent alimentant des ambitions
particulières ;
considère-t-elle que le pays a besoin d’un nouvel instrument
politique, unitaire, progressiste, démocratique et populaire et qu’il
urge aux acteurs politiques et sociaux d’y apporter une réponse
appropriée capable d’offrir une ALTERNATIVE viable à la Nation pour la
mobiliser en vue de stopper la dérive politique ambiante, de prévenir
la catastrophe environnementale annoncée, de relever la paysannerie
pour une relance effective de la production nationale, de redonner
espoir et goût de vivre à tout un chacun dans une Haïti nouvelle,
régénérée.
Pour construire cette ALTERNATIVE, l’OPL pense qu’il faut rassembler
partis politiques, organisations sociopolitiques ou organisations
sociales proprement dites, personnalités du secteur démocratique et
progressiste, autour d’une vision partagée du nouvel État soucieux de
ses responsabilités envers la Nation, revêtu de tous les attributs de
la souveraineté, érigé sur le socle de la loi, décentralisé pour mieux
servir les citoyens et citoyennes, partout où ils se trouvent, en
vertu du principe de la subsidiarité. Il s’agit là de la vision de
construction collective d’une ALTERNATIVE GLOBALE devant résulter
d’une double approche : régionale pour un meilleur ancrage sur le
terrain dans la perspective des élections [mobilisation et choix de
candidat(e)s], nationale pour une meilleure cohésion et discipline
organisationnelle dans la perspective de la gestion post-électorale du
pouvoir d’État.
Décision
L’OPL, suivant l’orientation du IIIème Congrès National, a décidé de
contribuer à l’émergence d’une force stratégique unitaire porteuse
d’une ALTERNATIVE viable au pouvoir d’État traditionnel. À l’occasion
des élections générales prochaines, elle opte pour la constitution
d’une plateforme présentant des candidat(e)s autour d’un projet
commun, sur la base de mécanismes et de critères de choix prédéfinis.
Elle encourage ses représentations régionales et parlementaires à
analyser l’échiquier politique local et évaluer les forces politiques
et sociales dans l’optique d’une alliance permettant de contrer les
velléités du pouvoir central de rafler tous les postes, de le vaincre,
d’annihiler son projet antidémocratique de réformer la Constitution
pour installer à perpétuité un régime présidentialiste autoritaire,
autocratique et messianique.
Mise en œuvre et perspective
À l’occasion des élections sénatoriales partielles de 2009, des
contacts ont été
pris, des alliances ont été matérialisées ou formalisées, des formes
de soutien ont été expérimentées. Les acteurs de ces prémisses sont au
niveau national, FUSION et PPRH de l’ALYANS; au niveau régional, CROSE
dans le Sud-Est, TÈT KOLE dans le Nord-Ouest ainsi que MOLHA, AAA
pendant la période de contestation des résultats et KOREDEPLA dans
l’Artibonite. Dans les Nippes, l’OPL a appuyé le candidat de KONBA /
KORENIP. Tous ces contacts et expériences devront être portés à
l’actif du processus de construction de l’ALTERNATIVE.
D’autres organisations de type populaire (RAMICOS), paysan (ATAG), de
femmes (FANM DESIDE), de citoyens (CITOYENS CONCERNÉS DE PETION-
VILLE), des leaders du secteur syndical sont déjà inscrits dans le
processus de construction de cette ALTERNATIVE avec l’OPL et pour la
mise en œuvre d’une large plateforme politique porteuse de
changement.
Il importe pour une bonne gestion du temps et dans la perspective des
élections prochaines de formaliser le noyau initial autour duquel
s’édifiera la construction de l’ALTERNATIVE. Les éléments à définir
pour la mise en œuvre de la plateforme sont :
Projet social et grandes lignes du programme de gouvernement
Contours idéologiques de la Plateforme
Mécanismes et organes de direction de la Plateforme
Critères de choix des candidat(e)s
Code de comportement et de morale politique
Règles de partage des espaces de pouvoir en cas de victoire aux
législatives
Le projet de société de la Plateforme doit plonger ses racines dans
les nécessités et revendications du peuple haïtien tout en essayant de
s’adapter aux réalités du monde moderne. Il doit adresser de manière
claire, sans équivoque le problème de cette société haïtienne
pratiquement sans classe moyenne, polarisée, divisée en deux : d’un
côté, un petit groupe de nantis et de l’autre une grande majorité de
démunis. Aucune société ne saurait fonctionner harmonieusement sans
un minimum de cohésion sociale qui est le ciment de sa stabilité et de
son développement démocratique. Il importe donc que la priorité soit
accordée à la réalisation de politiques sociales intenses et
susceptibles d’assurer des filets de sécurité, en matière
d’alimentation, d’éducation, de santé et d’assainissement, aux
populations démunies. Il convient de rechercher avant tout les moyens
d’enrayer l’approfondissement de l’exclusion et des inégalités
sociales et ensuite de promouvoir hardiment une politique
d’intégration et de développement humain des couches les plus
démunies de la population. Pour ce faire, l’instrument le plus
approprié est la formation. Il convient d’ériger l’éducation en pilier
sur lequel doivent se greffer les options de croissance et de
développement du pays. Dans un monde globalisé où le savoir s’est
révélé plus important que le capital physique et s’est constitué en
pierre angulaire de toute dynamique de développement soutenu, tout le
pays court le risque d’être marginalisé du village global, si des
mesures vigoureuses ne sont pas prises pour intégrer la population au
savoir et pour développer des compétences susceptibles de s’adapter
aux nouvelles donnes de la plus grande révolution technologique que
l’Humanité ait connue.
Les grandes lignes du programme de gouvernement de la Plateforme
devront s’articuler autour des axes suivants: la refondation de
l’État, la réforme du système éducatif et la formation des ressources
humaines, la production nationale et l’emploi, la santé, la protection
et la réhabilitation de l’environnement. Les politiques publiques
définies et mises en œuvre dans le cadre de ce programme, les actions
entreprises, les mesures législatives et règlementaires arrêtées
doivent viser à renforcer les institutions de l’État et de la société,
combattre la corruption, rétablir la confiance de la population dans
les organes de l’État en particulier et dans la politique en général,
gérer dans la transparence et la rationalité le budget de la Nation,
réformer les entreprises publiques en les rentabilisant, rétablir
l’autorité de la loi, la prééminence du droit pour que fonctionne la
démocratie, relever la dignité et l’honneur du peuple haïtien à
l’intérieur comme à l’extérieur du pays, favoriser l’intégration
régionale par l’aménagement rationnel du territoire et l’inclusion
sociale.
Le projet de société et les grandes lignes du programme de
gouvernement définissent les contours idéologiques de la Plateforme.
Les orientations du pouvoir politique que devra incarner le nouvel
État projeté par la Plateforme seront fondées sur des valeurs de
justice, d’égalité sociale dans le respect des droits et des libertés
individuelles et collectives, de coopération, de solidarité. L’État
planifie et mène ses activités dans le cadre du marché en régulateur
et promoteur stratégique afin d’orienter la création des richesses
vers la satisfaction des besoins et l’épanouissement des citoyens et
garantir l’efficacité économique et la justice sociale.
Les contours idéologiques de la Plateforme dessinés, les grandes
orientations permettant d’élaborer un programme commun précisées, les
éléments de base garantissant un accord sont ainsi établis. Il
importe d’envisager les mécanismes d’organisation et de direction de
la Plateforme. L’approche régionale garantissant l’ancrage sur le
terrain suggère un mécanisme souple, respectueux des structures des
différentes composantes. Il peut être constitué en des coordinations
départementales des forces (partis, organisations sociales,
personnalités) intégrant la Plateforme dans les régions. De ces
coordinations émergeront des conseils de direction de cinq membres qui
dirigent, représentent et animent la Plateforme au niveau
départemental. Les conseils de direction départementaux forment la
grande coordination nationale qui, par ses délibérations, son action
exécutive au niveau du terrain, assiste le directoire national de la
Plateforme. Le directoire national est constitué des leaders des
principaux partis et organisations d’envergure nationale ou leurs
représentants mandatés. Un comité exécutif de cinq membres est désigné
pour gérer, animer et représenter la Plateforme. Des commissions
seront mises en place graduellement à la diligence du comité exécutif
national, approuvées par le directoire.
La Plateforme est constituée en tant qu’instrument de conquête et de
gestion du pouvoir politique en vue de la refondation de l’État pour
le mettre au service de la société. Elle participe aux compétitions
électorales en présentant des candidat(e)s pour les postes. Elle
entend œuvrer pour que ses élu(e)s à n’importe quel niveau que ce soit
répondent des attentes placées en eux, travaillent au renforcement de
l’État, au développement de la société, à l’amélioration des
conditions de vie de la population, notamment des catégories sociales
défavorisées comme les jeunes, les femmes et les paysans, et à la
défense des droits de la personne. Pour cela, la Plateforme édicte des
critères devant présider au choix des candidat(e)s. Ils sont de
manière non limitative :
Concertation et désignation par la base
Éligibilité vérifiée selon les exigences de la Constitution et de la
Loi électorale (documents en bonne et due forme, valeur de la caution
disponible, capacité de financer partiellement la campagne
démontrée)
Priorité aux élus en compétition pour leur réélection à condition de
n’avoir pas été transfuges, déloyaux envers leur parti; de n’être
l’objet de poursuite judiciaire; de n’être pas contestés
majoritairement par la base électorale de la Plateforme
Priorité aux femmes candidates présentant un potentiel électoral
avéré
Priorité aux membres actifs des organisations constitutives de la
Plateforme dont le sentiment d’appartenance est éprouvé et par
conséquent la loyauté future et la discipline seront garanties
Priorité aux personnalités intégrant la Plateforme dont le sérieux,
l’engagement politique ou social ne peuvent être mis en doute, et leur
acceptation par la base électorale ne pose grandement problème
Validation par le directoire national
La Plateforme est l’expression d’une volonté de moderniser la vie
politique. Elle exige des acteurs un comportement qui témoigne de
leur appartenance à une dynamique nouvelle, un cadre de fonctionnement
caractérisé par le respect des engagements contractés, la protection
de l’image et la défense des intérêts du groupe en toute priorité, la
valorisation de la politique et des personnes qui s’y consacrent. Les
membres de la Plateforme en général et ses représentants dans les
organes de l’État en particulier sont astreints à un code de conduite
qu’ils s’engagent préalablement à respecter. Les dispositions du code
de comportement et de morale politique auxquelles les candidat(e)s et
tous les membres de la Plateforme adhèrent, prescrivent, par exemple,
de :
s’interdire toute forme de corruption et de trafic d’influence
respecter l’honorabilité de la fonction de représentant de l’État
payer régulièrement sa contribution aux caisses de la Plateforme
agir dans le souci du bien commun
se comporter toujours en représentant et serviteur de la Nation
pratiquer le respect de l’autre, la tolérance et la transparence dans
ses activités d’homme ou de femme publique
La Plateforme est organisée et mise en ordre de combat pour conquérir
les espaces de pouvoir. Les postes électifs sont investis par les
candidats élus qui ouvrent la voie à la fonction publique et aux
instances du gouvernement qui sont les lieux d’application des
programmes et de la direction effective de l’État. Ces espaces de
pouvoir au sein de l’Exécutif, en cas de victoire majoritaire aux
législatives, seront occupés par les politiques et les cadres de la
Plateforme. Il importe, pour prévenir toute mésaventure ou déconvenue,
de veiller à établir préalablement les règles de partage du pouvoir
afin de garantir la viabilité de la Plateforme, sa cohésion, sa
consolidation et sa pérennité.
Port-au-Prince, le 08 octobre 2009
Source: Sauveur Pierre Étienne