« Sans renoncer à nos racines africaines, nous pensons qu'il est
urgent d'engager un dialogue sérieux avec la culture européenne et la
culture asiatique. Nous ne pouvons pas passer notre temps à
pleurnicher et à brandir inutilement le drapeau du nationalisme. Nous
ne devons jamais avoir peur de nommer le mal qui ronge notre société
depuis deux siècles : la peur de créer et de réussir ensemble. Les
novelles générations devront apprendre à travailler et à inventer
ensemble une pensée claire et puissante qui sera à la hauteur de nos
grands problèmes. » H. T.
Les conditions dans lesquelles vivent la Communauté noire américaine
m’ont permis de mieux appréhender la problématique haïtienne. Les
Américains noirs n’ont pas d’Histoire*, leur communauté est traversée
par des courants d’idées et font face à des crises. Ils ne sont pas
autonomes ni dans leurs pensées ni dans leurs actions. Ils posent les
problèmes d’existence dans un contexte sociologique.
Contrairement aux noirs américains, si nous avons fait des conquêtes
historiques, nous souffrons de grandes déficiences sociologiques.
Les faits historiques trouvent leur place dans l’univers de la
sociologie quand ils sont transformés en énergie renouvelable ou
courant dérivé. Mais, s’ils sont relégués au rang des festivités, ne
façonnent pas notre quotidien, nous sommes réduits à un peuple sans
mémoire, sans objectif, des entités éphémères.
Dans notre société, seules les alliances politiques sont conclues, en
dehors de cet espace, l’esprit d’équipe s’évapore. On ne peut pas
assimiler de tel comportement aux traits culturels. Rappelez-vous que
pendant trente ans, c'est-à-dire jusqu’en 1986, on n’avait pas le
droit de se réunir, de visiter un ami, de se déplacer librement. Avec
le temps, la psychose de peur s’est métastasée dans le mental
collectif. Aujourd’hui, les régimes démocratiques, continuer d’enlever
ou tuer des notables pour rafraîchir les lisières de l’insécurité.
Si les Haïtiens réfutent la réussite collective comme vous dites,
cependant on assiste à des initiatives personnelles que le mépris a
flétries.
Les caractéristiques de la peinture haïtienne sont uniques. Combien de
musée d’art possédons-nous ? Notre musique populaire a été imitée dans
la Caraïbe et en Afrique. Combien de conservatoire avons-nous ? Roger
Colas, Gérard Dupervil et consorts ont bercé des cœurs africains en
inspirant des chanteurs internationaux. Finalement, combien de
biographies et de textes critiques sur l’art national publiés à
l’intention de nos jeunes ?
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Rony Blain