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HAITI-- Littérature-- Une entrevue avec Gary Victor

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Annette

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Nov 22, 2009, 8:07:38 AM11/22/09
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Diffusé par Mémoire d'encrier


Un article sur Saison de porcs de Gary Victor...

Entrevue avec Gary Victor - Éclats de magie et corruption en sol
haïtien
Caroline Montpetit 21 novembre 2009 Livres

L'écrivain Gary Victor

Saison de porcs, Gary Victor, Mémoire d'encrier, Montréal, 2009,192
pages

C'est un policier. Il vit dans un monde corrompu jusqu'à la moelle. Et
il assiste, impuissant, à sa déchéance. En entrevue, l'écrivain
haïtien Gary Victor explique qu'il ne partage pas le pessimisme de
Dieuswalwe Azémard, le personnage principal de son dernier roman, un
roman policier mêlé de fantastique et de réalisme, Saison de porcs,
paru aux éditions Mémoire d'encrier. Mais comme lui, il tente de
rester droit au milieu de la corruption dans la société haïtienne
d'aujourd'hui. Gary Victor est l'un des invités d'honneur du Salon du
livre de Montréal.

«C'est difficile de vivre différemment sur la terre d'Haïti, c'est
comme pour le personnage de mon livre», dit-il.

Ce personnage donc, Dieuswalwe Azémard, «traîne son honnêteté comme un
boulet à ses pieds [...]. Il vit dans un lieu où il n'y a pas
d'éthique, il n'y a pas de principe, dans une fiction permanente, où
ce qu'il voit le laisse ébahi [...]. Souvent, il aimerait faire comme
les autres. Il n'est pas fier de son honnêteté. [...] En Haiti, celui
qui est honnête est un peu considéré comme un raté, parce qu'il n'est
pas riche. C'est difficile d'être honnête et d'être riche, surtout
chez nous», dit-il.

On dit de Gary Victor qu'il est l'auteur le plus lu d'Haïti. Et malgré
les régimes difficiles qui ont tour à tour pris le pouvoir dans son
pays, il dit avoir désormais en Haïti la latitude d'écrire et de dire
librement ce qu'il pense notamment des excès des régimes en place,
lui, qui, en plus de ses livres, intervient régulièrement à la radio
dans son pays. Cela n'exclut évidemment pas qu'il ait dû s'exiler au
Québec lors du coup d'État de 1991, qui a chassé le premier
gouvernement d'Aristide dans lequel il avait travaillé. Gary Victor
est ensuite retourné vivre en Haïti, où il dit que la situation
s'améliore tout de même lentement.
«On est dans un lieu où il y a quand même un fonctionnement minimal de
certaines institutions, même si on peut se plaindre que ça fonctionne
mal, de la qualité de nos politiciens et de la corruption. Nous avons
un président élu et un parlement. Même si on se pose des questions sur
la légitimité de nos hommes politiques, et des élections, nous sommes
dans un processus. On se pose énormément de questions sur le
processus, et il y a beaucoup de choses à faire. [...] Il va falloir
que les Haïtiens comprennent que la valeur des institutions est liée à
la valeur de leurs choix»,dit-il.

Gary Victor n'est pas tendre dans ses livres envers tous ceux qui
participent à la corruption généralisée. Saison de porcs met notamment
en scène un réseau d'expérimentation illicite de médicaments sur des
cobayes humains, ainsi qu'un policier qui y participe activement. À ce
sujet, Gary Victor dit avoir bel et bien entendu des «rumeurs»
concernant des pratiques similaires en sol haïtien, mais qu'aucune
commission d'enquête n'est évidemment venue prouver.

Le roman met également en scène des sectes évangéliques, très
présentes en Haïti, qui seraient impliquées dans ces sombres trafics.
En fait, la fille de l'inspecteur Dieuswalwe Azémar, est elle-même,
dans ce roman, donnée en adoption aux membres d'une secte aux
commerces douteux.

Ce réalisme pessimiste est éclairé d'éclats de magie, qui témoignent
de la culture vaudou qui imprègne les lieux. Certains personnages y
seront transformés en porcs. Alors que, dans un roman précédent
mettant en scène Dieuswalwé, les cloches d'une église cessaient
subitement de sonner. On se délectera de cette touche de réalisme
magique à laquelle l'inspecteur, ce pragmatique, est bien malgré lui
confronté.


Caroline Montpetit, Le devoir, 21 novembre 2009

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