Copie d'un message reçu :
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À la découverte de Kwanza
Une exploration de l’origine des fêtes de fin d’année
par Marie-Thérèse Labossière Thomas
1968. Notre mère l’Afrique, debout, continuait de repousser le
colonialisme. Aux États-Unis d’Amérique, le mouvement pour les droits
civiques battait son plein et Martin Luther King, récent gagnant du
prix Nobel de la Paix, projetait d’établir un campement pacifique de
pauvres à l’intérieur même de Washington pour confronter les
disparités économiques. On venait à peine d'échapper à la potentielle
catastrophe nucléaire de la crise des missiles et les jeunes de toutes
races s’organisaient pour protester contre l'impopulaire guerre du
Vietnam . L’heure était au changement.
Récemment arrivés en exil à Washington, mon mari et moi nous sommes
tout de suite intéressés à cette nouvelle réalité autrefois seulement
visionnée sur les écrans. Le soir, les pan-Africanistes des environs
de Howard University, les Black Panthers, hippies, et « peace
activists » de Dupont Circle se côtoyaient dans les rues de
Georgetown, échangeant « peace signs », « Black Power salutes », de
même qu’idées et bulletins d’information, alors que les « Hare Krishna
» en longues robes orange chantaient et dansaient au son de leurs
tambourins. On se parlait sans se connaître et, parmi nos congénères,
la solidarité raciale s’affermit après l'assassinat de Martin Luther
King, les émeutes qui s'ensuivirent, l'occupation de Washingon par les
troupes fédérales et les préocupations relatives à l’avenir du
mouvement pour les droits civiques. Et, dans ce contexte, nous
découvrîmes Kwanza .
Commencé en 1966 à l’initiative de Ron Karenga, Kwanza (du Swahili,
premiers fruits) est un festival laïque et culturel qui se rattache à
l’héritage africain des festivités de la moisson, et met l’accent sur
sept valeurs familiales et communautaires :
Unité (Umoja, en Swahili)
Auto-determination (Kujichagulia)
Travail collectif et responsabilité (Ujima)
Coopération économique (Ujamaa)
Motivation (Nia)
Créativité (Kuumba)
Foi (Imani)
Celles-ci constituent chacune le thème journalier de Kwanza, du 26
décembre au premier janvier. Les principaux symboles se rapportant au
festival de la moisson comprennent des fruits et des légumes, un petit
tapis de paille et sept bougies, dont une nouvelle allumée chaque soir
s’ajoute à la précédente, et autour de laquelle la famille réunie
discute du principe du jour. De menus cadeaux, de préférence éducatifs
ou préparés à la maison, sont alors échangés, les plus importants
étant réservés au dernier jour du festival.
Notre découverte de Kwanza commença pour nous, en tant que nouveaux
parents, à un musée local. La tradition continua au fil des ans, à la
grande joie de notre fils qui, en plus de nos voyages à New York pour
les fêtes de Noël avec ses grand-parents, anticipait ensuite chaque
jour la surprise de la soirée alors qu’il préparait parfois la sienne
au cours d’ateliers culturels. Je me souviens du jour où, encore
enfant, il nous fit la surprise de déclamer un poème qu’il avait
rédigé tout seul et en grand secret pour illustrer le principe de
Créativité, alors que son cousin, encore plus jeune, s’empressa de
suivre son exemple par une histoire improvisée.
En plus des activités culturelles consacrées aux enfants et des
célébrations communautaires, l’ancien Museum of African Art du
Smithsonian, m’ouvrit aussi des horizons nouveaux et m’apprit à
reconnaître, par delà les différences culturelles, les similitudes
profondes de la condition humaine. Voici à ce sujet un de mes article
d’information présenté dans le numéro de décembre1988/ janvier 1989 du
magazine Kiskeya que je publiais:
Les origines de l’arbre de Noël semblent remonter, aussi
paradoxalement que cela puisse paraître, à l’ancienne civilisation
noire égyptienne, en passant par l’Allemage et l’Angleterre.
En effet, les sites archéologiques, documents historiques, et
recherches effectuées au cours de ces quelque 20 dernières années ont
prouvé le caractère négroïde de cette civilisation et l’étendue de son
influence. Dans son ouvrage The African Origin of Civilization, Cheikh
Anta Diop, du Sénégal, citant l’historien romain Tacite, démontre que
le culte de la déesse égyptienne Isis fut pratiqué par les tribus
germaniques. D’autres chercheurs confirment le culte des vierges
noires à travers l’Europe antique.
Pour les Égyptiens, Osiris, époux d’Isis, était le dieu de la
mort et de la résurrection; selon Hainchelain, son culte était lié à
un arbre. La date de la Noël chrétienne, adoptée vers l'an 336 AD,
coïncida avec celle des rites agraires et solaires célébrés dans
l'antiquité au cours du solstice d'hiver, vers le 25 décembre.
Certaines traditions des nouveaux convertis furent donc conservées.
D’après Encyclopedia Britannica, les anciens Égyptiens se
servaient du pin comme symbole de la mort et de la résurrection. Les
Allemands (christianisés) y ajoutèrent des pommes, biscuits et bougies
et le nommèrent Arbre du Paradis. Ils gardèrent en plus, dans la même
pièce, une pyramide de Noël, faite de bois, contenant des figurines et
décorée de branches de pin, de bougies et d’une étoile. Au 16e siècle,
l’Arbre du Paradis et la pyramide se confondirent pour former l’arbre
de Noël moderne.
Introduit aux Etats-Unis dès le 17e siècle par les immigrants
allemands, l'arbre de Noël fut mis en vogue dans l'Angleterre du 19e
siècle par le prince allemand Albert, époux de la reine Victoria .
Depuis, il n’a cessé de se populariser, alors que ses origines
anciennes passent dans l’oubli.
Plus tard, j’appris qu’il existait aussi en Haiti des fêtes de
moissons directement relatées à la tradition africaine et très peu
connues dans les villes, telles le « manje yam » et le « goute diri »
de la vallée de l’Artibonite. La description qu’en a fait Courlander
dans son livre The Drum and the Hoe, évoque certains aspects de
Kwanza . Récemment, une amie m’a aussi fait remarquer combien les
enfants juifs adoraient recevoir de petits cadeaux journaliers au
cours de la célébration de Hanoukka ; en ce sens, la magie des
lumières est aussi commune aux deux célébrations.
De par son caractère culturel et humaniste Kwanza a débordé les
frontières américaines et continue de s’étendre sur la scène
internationale. Certains déplorent cependant le commercialisme qui
semble à présent s’y glisser. Comme beaucoup d’autres, nous avons
conservé chez nous la simplicité initiale de la fête d’antan et ainsi
créé notre propre tradition. Notre famille agrandie et les jeunes
devenus adultes, nous continuons de célébrer Kwanza en l’adaptant aux
besoins du moment, combinant parfois les thèmes journaliers au gré des
horaires. Au fil des ans, nous avons souvent eu la joie d’accueillir
parents et amis, spécialement au dernier jour, le premier janvier, qui
coïncide avec l’anniversaire de notre Indépendance nationale.
Bientôt 2010, et l’Afrique encore meurtrie est maintenant reconnue
comme berceau de l’humanité. Le premier Président noir américain
reçoit le prix Nobel de la Paix pour sa vision d’un monde plus juste,
alors que forcé de continuer une guerre à laquelle il s’était
initialement opposé. La catastrophe écologique menace un monde déjà en
plein désastre économique. Les conditions ont changé et, plus que
jamais, l’heure est encore au changement, ce moteur de notre condition
humaine que continue d’animer à travers les âges l’espoir tenace des
moissons de demain.
Marie-Thérèse Labossière Thomas
12 décembre 2009
Pour de plus amples informations concernant Kwanza , consultez votre
bibliothèque locale et les sites Internet sur le sujet.
Références :
Begg, Ean. The Cult of the Black Virgin. Penguin Group, London ,
1985.
Courlander, Harold. The Drum and the Hoe: Life and Lore of the Haitian
People. University of California Press, Berkeley, 1960.
Diop, Cheikh Anta. The African Origin of Civilization: Myth or
Reality. Lawrence Hill Books, Chicago , 1974.
Gilbert, Ben W. and the staff of the Washington Post. Ten Blocks from
the White House: Anatomy of the Washington Riots of 1968. Frederick A
Praeger, Publishers, New York , 1968.
Hainchelin, Charles. Les origines de la religion. Editions Sociales,
Paris, 1955.
Labossière Thomas, Marie-Thérèse. Origines africaines: arbre de Noël?
Kiskeya Vol. 2, No. 9: 7, 1988