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Les partis politiques et l’art de la guerre (2e partie)
par Nancy ROC
La nouvelle est tombée tel un couperet le 23 novembre 2009 : 66 partis
et plateformes politiques se sont inscrits aux élections législatives
de février et mars 2010. Un record ! Les points marquants du processus
d’inscription sont les suivants : Unité, le nouveau parti politique du
président René Préval, succède à Lespwa et fait officiellement son
entrée sur l’échiquier électoral ; Alternative patriotique pour le
progrès et la démocratie (Alternative), un nouveau front de
l’opposition issu d’une alliance entre l’Organisation du peuple en
lutte (OPL), la Fusion des sociaux-démocrates et l’Alliance
démocratique, en fait de même ; l’exclusion du processus électoral du
parti Fanmi Lavalas, de l’ex-président Jean-Bertrand Aristide, pour la
deuxième fois consécutive et la naissance de la Plate-forme de la
libération, composée du Parti d’entente populaire (PEP), du Mouvement
d’union républicaine (Mur) et du Parti révolutionnaire pour
l’organisation et le progrès.
Après le verdict du Conseil électoral provisoire (CEP), 53 partis et
plateformes politiques prendront part aux élections législatives du 28
février 2010. Malgré les efforts louables des dirigeants de
l’Alternative, on doit reconnaître que, dans leur grande majorité, les
leaders politiques haïtiens ont choisi de perpétuer la tradition en
évitant les alliances. Ces chefs de partis réfractaires au changement
de stratégie semblent ignorer les leçons de Sun Tzu qui, au Ve siècle
av. J.-C., écrit : « Ne cherchez pas à avoir une armée trop nombreuse,
la trop grande quantité de monde est souvent plus nuisible qu’elle
n’est utile. Une petite armée bien disciplinée est invincible sous un
bon général. » Comment expliquer qu’au début du XXIe siècle des
personnes ayant des prétentions politiques soient aussi bornées et
n’arrivent pas à comprendre que la stratégie de Sun Tzu, conçue
initialement pour gagner la guerre, est aujourd’hui appliquée dans
toute entreprise moderne ?
Les dirigeants de ces partis politiques devraient donc lire ou relire
les écrits de Sun Tzu qui démontrent, entre autres, que l’art de la
guerre est vital pour l’État. C’est une question de vie ou de mort, la
route vers la sécurité ou la ruine. C’est donc un sujet qui doit être
étudié profondément. Selon Sun Tzu, l’art de la guerre est dirigé par
cinq facteurs fondamentaux à prendre en compte dans la réflexion pour
gagner la bataille sur le terrain. Ces facteurs sont la morale, le
climat, le terrain, le commandement, la méthode et la discipline. Et
tout bon stratège ou leader se doit de maîtriser ces cinq facteurs
déterminant la victoire ou scellant la défaite.
La tromperie comme arme politique
« Tout l’art de la guerre est basé sur la duperie », écrit Sun Tzu.
Victor Benoît, président de la Fusion des sociaux-démocrates, a accusé
lundi, à Santo Domingo, le président Préval de chercher à entraîner
dans son camp des dirigeants d’autres partis politiques « au moyen de
la corruption», rapporte l’agence EFE. Intervenant à une réunion de
l’Internationale socialiste (IS) dont il est l’un des vice-présidents
pour l’Amérique latine et les Caraïbes, Victor Benoît a estimé que «
le système de partis est actuellement menacé » et que M. Préval est en
train d’abuser de ses fonctions à la tête de l’État et des ressources
dont il dispose pour « créer une force politique hégémonique autour de
sa personne ». Selon M. Benoît, le président fait du parasitisme
politique qui menace les partis politiques. Il a donc appelé
l’Internationale socialiste à faire preuve de vigilance face à la
situation en Haïti et à dépêcher une mission d’observation à
l’occasion des élections. Rappelons qu’une véritable tempête politique
s’est abattue ces dernières semaines sur les partis de l’opposition
qui ont vu la plupart de leurs cadres et élus les abandonner pour
tomber dans l’escarcelle de la plateforme au pouvoir (INITE, ci-devant
Lespwa) accusée d’avoir savamment concocté une stratégie de débauchage
à la veille d’échéances électorales et constitutionnelles cruciales.
(1)
La question essentielle aujourd’hui est de découvrir pourquoi l’Unité
a succédé à Lespwa. Le président cherche-t-il à rebattre les cartes et
à reprendre le contrôle de son parti en éliminant certains
indésirables de l’état-major de Lespwa, faisant notamment comprendre
du même coup à Jacques Édouard Alexis qu’il reste et demeure le seul
maître à bord ? En tout cas, tout indique qu’il y aura des perdants
dans la cohorte de courtisans qui se sont précipités vers la
plateforme Lespwa, croyant que le parti du président garantira leur
avenir politique et économique. Sun Tzu ne prône-t-il pas qu’il faut
lancer des amorces pour appâter l’ennemi, le leurrer en feignant la
débâcle pour mieux l’écraser ensuite ?
Au moment de soumettre cet article, nous apprenons que seize partis,
groupements et regroupements de partis, sur 66 inscrits pour
participer au prochain scrutin législatif, ont été écartés par le
Conseil électoral provisoire (CEP). Le parti Fanmi Lavalas de l’ancien
président Jean-Bertrand Aristide a, une nouvelle fois, été mis à
l’écart pour sa non-conformité aux exigences de la Loi électorale. Le
parti Union du pasteur Jean Chavannes Jeune, le Parti démocrate
chrétien haïtien (PDCH) de feu pasteur Sylvio Claude, les partis
Konba, Eskanp et la plateforme Lespwa ne sont pas agréés non plus.
Cela veut-il dire que tous ceux qui se sont précipités vers Lespwa
dans l’espoir de faire partie du « camp des sauvés » se retrouveront
en fin de compte dans celui des «condamnés » ?
Ainsi, 53 partis et regroupements politiques sont officiellement admis
à prendre part aux élections législatives de février et mars 2010.
Récemment, le président du Sénat, Kély Bastien (Lespwa), avait déclaré
sur les ondes d’une station de radio que s’il y avait plus d’une
cinquantaine de partis politiques qui se présentaient aux élections,
les jeunes pourraient faire leurs valises. À cela nous répondons, «
C’est lorsqu’on est environné de tous les dangers qu’il n’en faut
redouter aucun.» (Sun Tzu). L’ultime combat ne fait donc que
commencer.
1-Radio Kiskeya, Victor Benoît dénonce devant l’Internationale
Socialiste la «politique de corruption» du Président René Préval, 23
novembre 2009.
Par Nancy Roc
LE MATIN vendredi 27 novembre 2009