"Le Procès de Henry Kissinger" : portrait à charge d'un criminel de guerre
putatif
Un documentaire expéditif d'Eugene Jarecki et Alex Gibney.
par Samuel Blumenfeld
Réalisé pour la BBC d'après le document à charge du journaliste anglais
Christopher Hitchens Les Crimes de M. Kissinger (publié en France en 2001
chez Saint-Simon), le documentaire d'Eugene Jarecki et Alex Gibney soutient
que le lauréat du prix Nobel de la paix doit être tenu pour responsable du
maintien des forces américaines au Vietnam après 1968, de l'invasion du
Cambodge, du coup d'Etat qui renverse le président chilien Salvador Allende
en 1973 et des massacres au Timor-Oriental.
Mais pour les deux réalisateurs l'ancien secrétaire d'Etat de Richard Nixon
et Gerald Ford n'est pas seulement un politicien cynique prêt à tout pour
conquérir puis conserver le pouvoir. Ils affirment que Kissinger est un
authentique criminel de guerre. Mais ils se contentent pour cela de clamer
la pertinence de l'ouvrage de Christopher Hitchens - le plus souvent avec
de longues interventions du journaliste - sans se donner les moyens
d'étayer leur thèse.
UNE LÉGÈRETÉ COUPABLE
C'est une chose de dire que Kissinger, gamin juif allemand surdoué, victime
du nazisme, émigré aux Etats-Unis après l'arrivée d'Hitler au pouvoir, ne
tire de son drame personnel aucune empathie pour les faibles et ses futures
victimes ; ou de l'accuser d'avoir fait échouer les pourparlers
américano-nord-coréens en 1968 pour s'assurer de devenir le futur
secrétaire d'Etat de Richard Nixon. C'en est une autre de le déclarer
criminel de guerre.
Dès qu'ils s'aventurent sur ce terrain miné de l'investigation, Eugene
Jarecki et Alex Gibney font preuve d'une légèreté coupable. Pourquoi le
film n'examine-t-il pas la juridiction particulière liée aux crimes de
guerre ? Pourquoi les deux réalisateurs ne nous expliquent-ils pas pourquoi
les présidents Nixon et Ford ne sont pas autant responsables que leur
secrétaire d'Etat ? Le film ne donne pas la parole à un seul avocat de
Kissinger, à l'exception du général Alexander Haig, dont l'argumentation
sommaire, l'art consommé de la langue de bois et les mouvements de menton
auraient pu lui valoir un rôle dans Docteur Folamour.
On ne peut envisager un tel portrait à charge sans s'armer d'un minimum de
rigueur. Malgré l'exigence de vérité qui anime les deux réalisateurs, leurs
accusations s'assimilent à une justice expéditive où l'accusé est condamné
sans jamais pouvoir consulter son avocat.
Il y avait pourtant une belle idée à développer dans Le Procès de Henry
Kissinger, qui va bien au-delà de l'addition des fautes d'un politicien
brillant et cynique. On peut découvrir, dans la partie la plus convaincante
du film, un Henry Kissinger rayonnant, roi de la jet-set, en cour avec
Hollywood, séduisant, dans les bras des starlettes à la mode, qui maîtrise
son image à la perfection. L'exercice du pouvoir chez Kissinger se
confondait avec la gestion admirable de sa célébrité. Il détenait en partie
sa légitimité de ce que les Américains le percevaient comme puissant. Cet
exercice moderne du pouvoir, fondé sur les apparences, aurait mérité un
autre film.[End]
**********************************************************
All parties are allowed to post, Camnews does not restrict political
speech.
To subscribe to or unsubscribe from camnews, please email
to camnews...@cambodia.org with the word "subscribe"
or "unsubscribe" (without the quotes) in the subject line.
For discussions, please subscribe to camdisc...@cambodia.org
**********************************************************