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Ci-après texte de :
Jean-Claude MALEVAL, Professeur de psychologie clinique à Rennes 2, Membre
du SIUEERPP et
Marie-Jean SAURET, Professeur de psychologie clinique à Toulouse 2, Membre
du SIUEERPP
*Pourquoi la liste de revues promue par l’AERES pour évaluer les
publications des chercheurs en psychologie est-elle inéquitable et
inacceptable ?*
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Jean-Claude MALEVAL, Professeur de psychologie clinique à Rennes 2, Membre
du SIUEERPP
et
Marie-Jean SAURET, Professeur de psychologie clinique à Toulouse 2, Membre
du SIUEERPP
*Pourquoi la liste de revues promue par l’AERES pour évaluer les
publications des chercheurs en psychologie est-elle inéquitable et
inacceptable ?*
Parce que leur activité réelle de recherche, quand elle se traduit par la
publication d’articles, n’est prise en compte que de façon marginale.
Prenons deux exemples sommaires, mais indicatifs de l’essentiel, ceux de
deux universitaires cliniciens, appartenant à deux universités différentes,
reconnus par leurs pairs (Professeurs 1re classe), ayant une certaine
notoriété nationale (20 livres publiés pour l’un, 5 pour l’autre) et
internationale, attestée par 28 articles en langues étrangères pour l’un, 33
pour l’autre, par des traductions de certains de leurs ouvrages, et par la
participation à plusieurs ouvrages collectifs. L’un a commencé à publier en
1975, l’autre en 1977. Quelle est la part de leur production réelle
d’articles actuellement prise en compte par la liste des revues AERES pour
le domaine Psychologie-Éthologie-Ergonomie, mise à jour le 14-10-2009 ?
8, 84 % pour l’un ; 17, 21 % pour l’autre.
Pour le premier 10 articles évaluables sur 113 publiés.
Pour le second 26 articles évaluables sur 151 publiés.
(Dans les deux cas en négligeant certaines revues trop confidentielles).
On constate que la majeure part de l’activité réelle de publication de ces
chercheurs (91,12% et 82,79 % ) est ignorée de ceux qui prétendent
l’apprécier avec pertinence. Quant à la plupart de leurs articles
évaluables, ils ont été publié dans des revues au facteur d’impact « non
déterminé », plus rarement « modéré », jamais au-delà. Malgré cela les deux
enseignants-chercheurs sont parvenus à franchir les différentes étapes d'une
carrière normale. Qu'en conclure? Que les évaluations antérieures étaient
mieux adaptées? ou que les cliniciens doivent publier beaucoup plus que
leurs collègues pour obtenir de leurs pairs une reconnaissance équivalente?
Bref, bien que leurs travaux possèdent une reconnaissance internationale
(nombreux livres, chapitres d’ouvrages et articles traduits en plusieurs
langues) de tels chercheurs constituent un handicap pour l’évaluation de
leurs équipes de recherche. Bien entendu, dans ces conditions, en ce qui
concerne les conséquences de l’évaluation des travaux de collègues plus
jeunes, il faudrait trouver un mot plus fort que handicap.
Que l’on compare avec les enseignants-chercheurs qui situent leurs travaux
dans le paradigme des sciences cognitives, ceux-là atteignent à des taux
avoisinant 70% quant à la prise en compte de l’évaluation de leur production
d’articles, lesquels sont de surcroît publiés dans des revues dont les
facteurs d’impact sont plus élevés. On compare pourtant sans vergogne les
uns et les autres.
Notons le paradoxe selon lequel les cliniciens publient en moyenne plus que
les chercheurs du paradigme cognitiviste sans que cela ait une incidence
positive sur leur évaluation. Il s'agit d'un effet de cultures éditoriales
différentes méconnu par l'AERES.
Ceux qui imposent une évaluation méthodique, en elle-même fort contestable,
ont pour premier devoir de la rendre équitable. Or la manière d’évaluer
actuellement les productions d’articles des deux paradigmes, clinique et
cognitif, est sans commune mesure. Elle est si disproportionnée, qu’accepter
ou refuser l’évaluation de l’AERES n’est même plus un choix pour les
cliniciens : dans les deux cas l’issue les concernant ne peut être que
péjorative. Par la pré-évaluation de la psychologie clinique à laquelle
procède la liste actuelle de l’AERES, chacun sait qu’elle est porteuse d’un
projet de mort pour cette sous-discipline. Dans de telles conditions comment
l'AERES peut-elle prétendre chercher à être "consensuelle"? L'inégalité
d'évaluation méconnue entre sous-disciplines peut parfois n'être pas moindre
que celle reconnue entre disciplines.
Pourquoi une telle situation ? Par la vertu d’une liste contraignante de
revues édictée par des commissions dans lesquelles les cliniciens étaient
soit minoritaires, soit non représentatifs de leur communauté. La liste
actuelle de revues de l'AERES ignore la spécificité du champ clinique.
Procéder à un nouveau toilettage de celle-ci serait sans effet : le gouffre
entre l’évaluation des deux paradigmes resterait béant. Ce sont les critères
mêmes qui doivent être reconsidérés. Les revues du champ clinique n’ont pas
la même culture, ni les mêmes fonctionnements, ni les mêmes diffusions, ni
les mêmes langues dominantes que celles de l’autre paradigme. (Ci-joint une
liste de 56 revues dans laquelle les deux chercheurs pris en exemple ont
publié. Une majorité de celles-ci devrait être considérée comme évaluable
pour que dans leurs cas soient rétablis les équilibres - liste qui serait
bien entendu à compléter et qui ne vise pas à être représentative.)
Pourquoi une sur-représentation écrasante (90% !) des revues anglo-saxonnes
dans la liste Psychologie-Ethologie-Ergonomie? Au nom de l'impact factor,
dont chacun reconnaît pourtant la niaiserie, mais qui reste déterminant dans
la constitution de la liste, et dans le classement interne des revues. Il
aboutit à faire équivaloir la diffusion de la langue anglaise avec la
qualité des revues. Or le paradigme positiviste qui prévaut dans leurs
comités de lecture oppose un filtre épais aux publications du champ
clinique. La situation est très différente dans les revues de langue
espagnole et portugaise. Une évaluation "consensuelle" de la psychologie
clinique ferait à ces dernières une place beaucoup plus large. Pour les deux
chercheurs considérés, ils publient quatre fois plus en espagnol et en
portugais qu'en anglais (29 articles contre 7). Plusieurs de leurs livres
sont traduits en espagnol et portugais, voire en italien ou en grec, aucun
en anglais.
En psychologie clinique, la situation actuelle est comparable à celle qui
imposerait à des historiens des critères issus de la physique. Dans ces
conditions soit une rupture s'effectue, soit l'évaluation se discrédite.
Un pas décisif ne peut passer que par l'élaboration de critères nouveaux
adaptés au champ considéré.
Un indice de leur acceptabilité serait qu’ils prennent en compte une
majorité des revues de la liste ci-jointe. Par exemple en se fondant sur
l’ancienneté de la revue, sur le nombre de numéros déjà publiés, attestant
ainsi d’un certain champ de diffusion. De surcroît un rééquilibrage des
langues est incontournable : est-il légitime de considérer que les articles
produits en français, en espagnol et portugais représentent moins de 4% de
la recherche en psychologie ! Sachant que le paradigme clinique y trouve son
champ majeur d’expression, ce chiffre donne un nouvel indice de
l’incommensurabilité d’évaluation des deux paradigmes. Une authentique
représentativité des divers courants de pensée du champ clinique ne pourrait
être obtenue qu’en minimisant le poids de l’idéologie positiviste véhiculée
par la recherche anglo-saxonne. Les évaluateurs se défendent de tout choix
idéologique, arguant d'une impartialité, alors qu'ils la prouvent !
Bref, pour sortir de la situation actuelle, nous demandons :
— l’élaboration d’une liste de revues par les cliniciens eux-mêmes, en
fonction de critères propres à leur sous-discipline.
— la scission de la 16e section du CNU, ou sa division en deux
sous-disciplines, comme cela existe déjà en d’autres sections.
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MALEVAL J.-C.
Professeur de psychologie
clinique à Rennes 2
Membre du SIUEERPP
.
SAURET M.-J.
Professeur de psychologie
clinique à Toulouse 2
Membre du SIUEERPP
P.S. *Exemple d’une liste de revues ignorées (56) pouvant accueillir des
publications du champ clinique :*
1. Analysis . Australian Center for Psychoanalysis. Melbourne.
2. Ancla. Universidad de Buenos-Aires.
3. Annales de Médecine Interne.
4. Apertura. Cuadernos de Psicoanalisis. Barcelona.
5. Archives de Sciences sociales des religions.
6. Capiton. Caracas. Venezuela.
7. Che vuoi ? Revue de psychanalyse.
8. Clinica y pensamiento
9. Confluencias. Barcelona.
10. Confrontations psychiatriques.
11. Connexions.
12. Cuadernos de Psicoanalisis. Bilbao.
13. Desde ell Jardin de Freud.
14. Essaim. Paris.
15. Estudos e Pesquisas em Psicologia. UERJ, Rio Janeiro.
16. Etudes psychothérapiques.
17. Freudiana. Revista psicoanalitica publicada en Barcelona.
18. Filigranne, Ecoutes psychothérapiques, Santé mentale au Québec.
19. Hurly-Burly. The International Lacanian Journal of Psychoanalysis.
20. Jahrbuch für klinische Psychoanalyse.
21. L'information psychiatrique.
22. L’ippogrifo. (Italie)
23. La Cause freudienne. Revue de psychanalyse.
24. La Clinique lacanienne.
25. La petite girafe. Revue de la Diagonale francophone du nouveau réseau
CEREDA.
26. La Règle du jeu. Revue Littérature/Philosophie/ Politique/Arts.
Paris.
27. Latusa. Rio de Janeiro.
28. Le Nouvel Âne. Paris.
29. Les feuillets du Courtil. Belgique.
30. Les Temps Modernes. Paris.
31. Malentendido. Buenos-Aires.
32. Médecine. De la médecine factuelle à nos pratiques. John Libbey
Eurotext.
33. Mental. Revue Internationale de Santé mentale et de Psychanalyse
appliquée.
34. Nervure. Revue de psychiatrie.
35. Ornicar? Revue du champ freudien.
36. Opçao lacaniana, Revista Brasileira Internacional de Psicanalise.
37. Pas tant, Revue de la Découverte Freudienne, Toulouse.
38. Préliminaire. Bruxelles.
39. Psicologia USP (Instituto de Psicologia de Sao Paulo)
40. Psychanalyse.
41. Psychiatries.
42. Psychoanalytical Notebooks of the London Circle.
43. Psychologie clinique.
44. Psychologie Médicale.
45. Quarto. Revue de psychanalyse. Belgique.
46. Raison Présente.
47. Revista de la Asociacion Espanola de Neuropsiquiatria.
48. Question d'orientation. Revue de l’ACOP France. (Association des
Conseillers d’orientation psychologues).
49. Revue des Collèges cliniques du Champ lacanien.
50. Revue québécoise de psychologie.
51. Revue Internationale de Criminologie et de Police Technique et
Scientifique.
52. Stylus, Revista de psicanalise
53. Synapse. (France).
54. Sud/Nord - Folies & cultures, Revue internationale.
55. Trazos, Departamento de Psicologia, Universidad de
Antioquia.(Colombie).
56. Vertex. Revista Argentina de psiquiatria.
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