===
En introduction au communiqué ci-dessous, je rappelle la définition de la
science en droit, i.e. raisonnement juridique :
http://www.lta.frdm.fr/spip.php?article70
= http://tinyurl.com/yh34xds
<<
Science :
La connaissance, la matière elle-même, ou encore l’ensemble des travaux de
la doctrine
* 1. Connaissance approfondie et méthodique d’une matière, englobant non
seulement celle de ses principes, mais la maîtrise de l’ensemble des
ressource de la pensée en cette matière (raisonnement, qualification,
interprétation), science fondamentale, et le savoir pratique qui en gouverne
l’application, science appliquée ; par extension, chacune des branches de
cette connaissance.
* 2. La matière elle-même en tant que “science” : ensemble cohérent de
concepts, de méthodes et de procédés.
* 3. Parfois, l’ensemble des travaux de la doctrine.
(Définition issue du dictionnaire "Vocabulaire juridique", PUF.)
===== =====
http://www.oedipe.org/forum/read.php?6,21087,21087
= http://tinyurl.com/y8vvcxf
COMMUNIQUÉ DU MOUVEMENT UNIVERSITAIRE POUR LA PSYCHANALYSE.
Par un mail diffusé sur la liste « Kamel Gana », le 25 novembre 2009, M.
Swendsen annonce une bonne nouvelle : la psychanalyse est maintenant soluble
dans la science. Il ne conçoit aucune difficulté à la soumettre à « une
évaluation scientifique rigoureuse ». Les experts de l’AERES, nommés par le
Ministère, ont donc résolu le difficile problème de savoir ce qu’est une
science et disposent de critères pour le mesurer. Pourquoi gardent-ils
cachées de telles découvertes qui jusqu'alors résistaient aux recherches des
meilleurs épistémologues ? Ils semblent aussi avoir conclu sur une autre
difficulté largement débattue : la science est-elle le seul mode de
connaissance possible ? Des avancées aussi considérables ne sauraient rester
réservées à quelques initiés : ils doivent maintenant les porter sur la
place publique.
On peut espérer qu’ils auront mieux à nous proposer que le critère poppérien
de falsifiabilité dont le caractère peu probant a été maintes fois démontré.
Rappelons qu’aucune expérience ne peut s'avérer décisive pour réfuter une
théorie. D'une part, parce que ce n'est jamais qu'un énoncé déterminé qui
est comparé aux faits, et non la théorie elle-même, or l'on ne saurait
évaluer tous les énoncés par rapport à l'expérience; d'autre part, plus
important encore, si les faits observés ne confirment pas la théorie, la
démarche initiale du savant n'est pas de l'abandonner, mais de la compléter
par de nouvelles hypothèses. Les irrégularités factuelles par rapport aux
thèses centrales de la théorie peuvent s'accumuler, les hypothèses ad hoc
s'ajouteront tant qu'une nouvelle théorie n'aura pas été non seulement
conçue mais aussi acceptée par la majorité des spécialistes. L'unification
de la science sous l’'égide de l’épistémologie de Popper n'offrirait d'autre
promesse que celle d'une stérilisation méthodologique de certains domaines.
"On ne peut guère éviter la conclusion, note le mathématicien René Thom
(1984), qu'il n'y a pas de critère unique de la scientificité, chaque
domaine disciplinaire élabore ses propres critères de scientificité, compte
tenu des possibilités déductives qui s'y présentent. Le critère poppérien de
falsifiabilité est peut-être valable pour la physique (encore que je n'en
sois pas sûr). C'est de la part des physiciens un acte d'impérialisme
injustifiable que de vouloir l'imposer aux autres disciplines". Dès lors,
les épistémologues les plus pertinents parviennent à un constat d'échec :
"le problème de la démarcation entre ce qui est science et ce qui ne l'est
pas n'est pas encore épuisé" (Paty, 1982). La science est multiple. Avant
les récentes découvertes de l'AERES, il n'en existait pas de définition
neutre et objective.
Qui plus est, l’une des caractéristiques majeures des recherches
scientifiques du XXe siècle réside dans la multiplication des démonstrations
d’incomplétude. On connaît les théorèmes de Gödel qui établissent qu'il
existe dans l'arithmétique des propositions à la fois vraies et
indécidables. Mais il existe d'autres trous irrémédiables dans les
connexions rigoureuses des lettres de la science : la réfutation de
l'hypothèse du continu par Cohen, le théorème d'indécidabilité de Church, le
principe d'incertitude de Heisenberg, le théorème d'arrêt de Turing, le
théorème de la vérité de Tarski, etc. Il arrive que parfois une fiction
tente de recouvrir l'aporie logique, tel est le cas de la fameuse thèse
astronomique du big-bang, bien qu'issue de formalisations mathématiques
rigoureuses, elle ne saurait clore l'interrogation sur l'origine, ni faire
taire le naïf demandant ce qui précédait l'explosion initiale. Ces trous
dans les énoncés les plus rigoureux viennent rappeler que les savoirs
scientifiques sont des réductions discursives du réel faites à partir
d’hypothèses conçues par un sujet. Or il est une condition nécessaire, mais
non suffisante, pour déterminer ce qui est scientifique, c’est que ce sujet
n’y apparaisse plus. Quand les résultats d’une expérience sont conditionnés
par les états d’âme de celui qui la fait, comme dans l’alchimie ou le
chamanisme, il y a consensus pour considérer qu’il ne s’agit pas de science.
Lapsus, rêves, délires, symptômes ne peuvent trouver place dans le discours
de la science : ils sont toujours singuliers et non reproductibles en
laboratoires.
Une spécificité de la psychanalyse, ignorée de M. Swendsen, tient à ce que
son étude porte sur le sujet qui fait la science, laquelle de ce fait doit
méthodiquement le rejeter : il n’y apparaît plus que par l’entremise de
trous dans le savoir, ombilics de son insertion. Vouloir faire entrer la
psychanalyse dans le discours de la science équivaut à méconnaître sa
spécificité. Elle relève d’un autre champ épistémologique et ne peut user
sans se renier des outils propres à la méthode expérimentale.
Dès lors, le MUPP salue et approuve l’initiative des Professeurs du CNU 16e
section qui refusent de participer aux expertises AERES, sachant que les
critères retenus opèrent de fait une pré-évaluation particulièrement
inéquitable pour la psychanalyse et la psychologie clinique. Il faut
rappeler que la méthode clinique n’est pas la méthode expérimentale et que
rien ne justifie épistémologiquement de vouloir subordonner la première à la
seconde.
Le MUPP demande aux psychologues cliniciens universitaires de ne plus
participer aux expertises de l'’AERES – sachant que dans leur mode actuel
elles ne peuvent conduire qu’ à la disparition de leurs formations.
Seule la proposition de scission du CNU 16e section proposée par le Syndicat
National des Psychologues pourrait permettre de sortir d'’une situation
délétère qui alimente depuis des décennies des tensions entre psychologues
intervenant à l’université.
Pour le Mouvement Universitaire Pour la Psychanalyse.
Pr J-C Maleval.
===== ===== =====